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Les pensées célèbres, celles de la Vagabonde de la Poésie, les pensées Momoriciennes et les vôtres si le coeur vous en dit

Dans la vie il faut savoir ce que l’on ne veut pas.
 
Les poètes décernent la palme aux vainqueurs, aux volontés héroïques, ils. découvrent que rien n’est plus élevé au monde que la grandeur du libre arbitre humain.
 
J’ai été végane durant deux ans au lycée Champollion.
Sans être ni hindou ni disciple de Pythagore, je n'ai pas voulu toucher un seul morceau de viande pendant deux ans.
L’odeur de la viande était repoussante. Quel goût avait-elle?
 
Beaucoup trop long pour être lu, même un livre mérite plus de savoir vivre, de savoir faire et un peu de candeur ne fait jamais de mal.
Je terminerais simplement par : celui qui péte plus haut que son cul fini par avoir de la merde dans les cheveux.

Amitiés poétiques ^^
 
Celui qui néglige le détail est un étourdi, si celui qui la dédaigne est un sot ou un infirme, celui qui s'y perd et ne l'organise pas en quelque manière dans une idée ou vers un but, est un médiocre ou un impuissant. C'est dans les jeux infiniment variés de la synthèse et de l'analyse qu'est la vie de l'imagination, comme de la pensée comme de la volonté. C'est là, qu'est le secret de la grande science et de la grande action.
 
Si tu avais le sens du détail, tu serais millionaire et célèbre d'avoir à ton actif des dizaines de livres ^^
Si j'étais impuissant je n'aurais pas d'enfants, mon imagination est plus grande que ta queue ^^
toi tu vois un visage dans un poêle à bois, moi je vois la réalité dans un feu de bois, c'est là notre différence et tu ne peux pas l'accepter, car ton concept de vie et basé sur le fait que plus tu forces, plus tu es fort et c'est faux.
Plus tu forces, plus tu te fais mal, mais aucunement, jamais tu ne deviens plus fort, et je te le dis, je suis plus fort que toi, que tu l'acceptes ou pas :) et tu peux bien me bassiner de ton âge et de ta connaissance, j'ai eu un grand père plus fort et plus grand que toi ^^, tu ne m'apprends pas énorme, mais je t'en prie, le Lot est pour moi un intéressement continue et j'apprécie te lire parfois pour ça, évites juste de trop alambiquer, mensonge ne sera jamais vérité mon ami. Le lot mérite sa véritable histoire, tu ne mens jamais, mais n'enjolives pas trop, j'aime le véridique :)
 
Obélix en terre lotoise

Voici un chien qui marqua de sa forte empreinte ma jeunesse, mon adolescence, et une partie de ma vie d’adulte : Obelix !

Ils sont légion les animaux qui m’ont accompagné fidèlement quand, jeune enfant, j’ai commencé à me balader sur les sentiers pierreux de l’existence. Je vais vous parler aujourd’hui de celui qui m’a particulièrement ému par son comportement, mais aussi grâce à l’incroyable parcours qu’il a eu avant de nous quitter. Je l’ai aperçu pour la première fois dans une portée que notre chienne de chasse Ita avait eu la délicatesse pour une fois de ne pas nous cacher! J’étais excité à l’idée qu’un de ses rejetons aurait peut-être la chance de connaître les joies de l’existence. Eh oui, chers lecteurs, malgré l’amour que mon père et ma mère portaient aux meilleurs amis de l’homme, nous étions contraints d’opérer une très sévère sélection quand venaient au monde d’adorables créatures ! A l’époque dans nos campagnes les pulsions sentimentales passaient après les exigences que nous imposait la rudesse des jours. Un tri sévère s’imposait rien ne pouvait s’opposer à un destin où les dès avaient été jetés par avance ! J’entends parfois des personnes ici et là, regretter ces temps reculés, parler même de glorieuses années! Ce type de paroles m’interroge un peu et me mène à cette réflexion : ont-ils vraiment connu la période d’après-guerre dans nos contrées sauvages, que les citadins avaient pour habitude de caricaturer en les qualifiant péjorativement de France profonde? Le mal- être des pauvres gens croyez-moi était bien présent et visible. Je ne vais pas vous en reparler aujourd’hui, je pense avoir développé suffisamment ce sujet au cours de mes précédents récits. Je vais donc reprendre mon histoire après ce court intermède qui me paraissait nécessaire. Que devenaient les portées alors me direz-vous ? Je n’ai appris que bien plus tard comment le maître de la propriété les faisait disparaître. Bien entendu je vais passer sur les détails pour ménager l’ensemble des âmes sensibles présentes sur ces lignes. Pour vous rassurer cependant, je peux vous affirmer que les sacrifiés ne souffraient pas. Il arrivait parfois, après une forte insistance de ma part, que mes parents finissent par accepter d’épargner la vie d’un de ces petits êtres, on pouvait considérer ce geste comme un grand miracle ! Ce fut le cas en ce début d’année 1958. Mon cœur d’enfant subitement propulsé au zénith, je me suis approché calmement du nid douillet fraîchement bordé par une mère déjà très préoccupée par les soins de sa nichée. Je connaissais mon rôle, je devais sélectionner le chiot qui me paraîtrait le plus alerte le plus fobuste, le plus beau! Ce choix délicat s’avérait toujours difficile ! Cette sélection impitoyable était malheureusement incontournable je les aurais bien tous gardés! Je les ai examinés, le mot n’est pas trop fort, les uns après les autres dans mes petites mains et j’ai remarqué qu’un d’entre eux, un mâle était d'une constitution massive, solidement accroché à une tétine de sa mère. Il m’avait fait comprendre par un gémissement qu’il ne voulait pas être dérangé dans sa tété ! Ita sa mère avait l’habitude de ce rituel barbare, elle attendait patiemment que la sentence arrive tout en priant très certainement le ciel pour qu’il ne lui tombe pas sur la tête ! Vous avez tous entendu parlez des causes à effet ? Eh bien, en ce jour béni des dieux Celtes face à la robuste physionomie de sa progéniture j’allais dans la foulée l’appeler Obélix. N’est-ce pas un joli prénom de baptême pour un animal né à proximité des remparts du célèbre village gaulois d'Uxellodunum ? Je vous pose la question! Plus les jours passaient et moins je regrettais mon choix. Pas de doute, sans vaccin ni nourriture spéciale, ce gros toutou qui n’était pourtant pas tombé dans une marmite profitait à vue d’œil en se contentant de téter le lait maternel. Je lui offrais quand même en complément quelques bols fraîchement tirés du pis de la Flourette pour soulager sa mère. Il faut dire que le libre service se trouvait à deux pas de la nursery. Ainsi passèrent les jours et les semaines, le futur guerrier prenait du poids rapidement et nous montrait déjà qu’il allait devenir un celtique indépendant. Très gentiment, il me faisait comprendre au bout d’un moment qu’il souhaitait être seul. Il faut dire que je n’avais pas mon pareil pour agacer le monde à quatre pattes qui m’entourait, c’était une sorte de mise en condition à mes bons désirs! Une éducation sans violence mais bien particulière à la Maurice. Le temps passa ainsi, Obélix à mes yeux grandissait bien trop vite! Il a rapidement pris l’habitude de faire un petit tour de quartier et très vite en prenant un peu d’âge, il a étendu son terrain de prospection à une grande partie de la commune. D’une gentillesse incroyable il était connu de tous, et les gens du pays ne manquaient pas de lui tendre une petite gâterie. Il rentrait le soir à bon port, en roulant de sa très forte corpulence sans se poser la question de savoir si nous avions été inquiets de son absence. Il commença ainsi sa vie de chien domestique errant, fier de vivre sans corde au cou avec une petite préférence tout, de même pour son port d’attache ! Il m’accordait ses faveurs par de gros câlins, je le méritais bien, après tout n’étais-je pas son sauveur ? Au fil des mois puis des années il s’est montré de plus en plus autonome, négligeant parfois même la soupe que ma mère lui tendait. Jamais malade malgré les tiques entre autre qui jalonnaient son corps et que je lui enlevais épisodiquement sans aucune précaution. Est arrivé rapidement le temps des interrogations : comment faisait-il pour être en pleine possession de ses moyens, alors qu’il ne se jetait pas sur la gamelle qu’on lui donnait ? La réponse nous l’avons rapidement eue d’un rustre connu pour son aptitude au braconnage! « Votre chien est bien meilleur chasseur que moi, pas une truffe ou autres chairs vivantes appétissantes n’échappent à son flair!».
Il faut dire que mon père l’avait éduqué à la recherche de l’or noir du Quercy cependant,
en Obélix qui se respecte la prospection il préféra la faire sans assistance !
Obélix était devenu bien plus rusé qu’un renard en effet et rien ne pouvait, le distraire dans sa quête gourmande. Sa gentillesse quand il nous voyait , n’avait d’égale que son indépendance toujours croissante c’était un pur Gaulois dans l’âme.
Les années succédèrent aux années vous savez celles qui passent bien trop vite au gré des uns et trop lentement au gré des autres! Cependant, malgré cette fatale réalité mon chien les supportait sans faiblesse au point que l’on aurait pu se poser la question : est-il insensible à la fuite inexorable du temps ?
On fêta ses dix ans, puis ses quinze ans ! Un ami de passage à la maison entama une discussion sur la chasse, au moment où mon brave Obélix pointait le bout de son museau. « Voilà le meilleur chasseur de la région lui ai-je lancé ! » Je lui expliquai la vie agitée du seigneur de la vallée en vadrouille « Je peux voir comment il chasse, nous lança Georges » « Pas de soucis, tu n’as qu’à l’embarquer, tu nous le ramèneras après demain».
Aussitôt dit, aussitôt en voiture, Obélix ne refuse pas le voyage!
Le soir même la gâchette nous appelait, affolé : «le chien s’est échappé, je ne sais pas où il se trouve !».
Le maraîcher chasseur habitait le village d’Ournes à une quinzaine de kilomètres de la Madeleine.
Eh bien, le lendemain matin j’ai eu la surprise d’apercevoir mon chien couché dans la grange sur son lit de paille au fond de la grange ! Il m’a salué comme il avait l’habitude de le faire, fatigué quand même par cette petite virée nocturne qu’il n’avait pas lui-même programmée !
Le parcours d’Obelix avait été tout tracé !
Il a suivi naturellement les sentiers escarpés des coteaux où se trouve le village perché d’Uxellodunum. En ce haut lieu de la résistance, trois mille valeureux et courageux Gaulois ont résisté à l’envahisseur romain pendant plus de six mois! Imaginez un peu une armée de légionnaires composée de trente mille gladiateurs face à ce promontoire!
Les assaillis ont fini par se rendre, vaincus par le génie militaire de Jules César qui alerté par les chefs fit creuser un tunnel pour dévier la veine d’eau qui alimentait la source du village.
Les guerriers encerclés, pensant alors qu’ils étaient abandonnés des dieux, préférèrent se rendre.
César, dans la grande clémence qu’on lui avait toujours connue, épargna ces valeureux et très courageux combattants et ordonna simplement de leur couper les mains!
Leur chef, prisonnier de la légion de l’empire, se laissa mourir de faim.
Voilà pour la petite histoire ! Eh non! Le dernier village Gaulois à avoir résisté aux envahisseurs de la Guerre des Gaules n’est pas breton qu’on se le dise!
Obélix, de toute évidence ne voulait pas chasser en terre inconnue, et surtout accompagné par une piètre gâchette!
Un accident est si vite arrivé !
Il nous a quitté bien plus tard en 1976 victime de sa surdité,. Un satané train a eu la mauvaise idée de passer au moment où il traversait la voie ! Il partait faire son tour habituel, en quête de quelques bonnes surprises, se fiant à son adorat toujours intact!
Ainsi prit fin la vie de ce puissant et brave chien de chasse indépendant, qui a toujours fait honneur à son nom de baptême !

Gageons, n’en doutons pas un instant que sa descendance dans le pays est toujours bien présente! Aussi, si vous vous promenez dans la région non loin du bras de la rivière qui vient langoureusement lécher les pieds du célèbre oppidum et que vous croisez un chien solitaire dites-vous bien qu’il a sûrement un Obelix dans l’âme!

Obélix en terre lotoise

Voici un chien qui marqua de sa forte empreinte ma jeunesse, mon adolescence, et une partie de ma vie d’adulte : Obelix!

Ils sont légion les animaux qui m’ont accompagné fidèlement quand, jeune enfant, j’ai commencé à me balader sur les sentiers pierreux de l’existence. Je vais vous parler aujourd’hui de celui qui m’a particulièrement ému par son comportement, mais aussi grâce à l’incroyable parcours qu’il a eu avant de nous quitter. Je l’ai aperçu pour la première fois dans une portée que notre chienne de chasse Ita avait eu la délicatesse pour une fois de ne pas nous cacher! J’étais excité à l’idée qu’un de ses rejetons aurait peut-être la chance de connaître les joies de l’existence. Eh oui, chers lecteurs, malgré l’amour que mon père et ma mère portaient aux meilleurs amis de l’homme, nous étions contraints d’opérer une très sévère sélection quand venaient au monde d’adorables créatures ! A l’époque dans nos campagnes les pulsions sentimentales passaient après les exigences que nous imposait la rudesse des jours. Un tri sévère s’imposait rien ne pouvait s’opposer à un destin où les dès avaient été jetés par avance ! J’entends parfois des personnes ici et là, regretter ces temps reculés, parler même de glorieuses années! Ce type de paroles m’interroge un peu et me mène à cette réflexion : ont-ils vraiment connu la période d’après-guerre dans nos contrées sauvages, que les citadins avaient pour habitude de caricaturer en les qualifiant péjorativement de France profonde? Le mal- être des pauvres gens croyez-moi était bien présent et visible. Je ne vais pas vous en reparler aujourd’hui, je pense avoir développé suffisamment ce sujet au cours de mes précédents récits. Je vais donc reprendre mon histoire après ce court intermède qui me paraissait nécessaire. Que devenaient les portées alors me direz-vous ? Je n’ai appris que bien plus tard comment le maître de la propriété les faisait disparaître. Bien entendu je vais passer sur les détails pour ménager l’ensemble des âmes sensibles présentes sur ces lignes. Pour vous rassurer cependant, je peux vous affirmer que les sacrifiés ne souffraient pas. Il arrivait parfois, après une forte insistance de ma part, que mes parents finissent par accepter d’épargner la vie d’un de ces petits êtres, on pouvait considérer ce geste comme un grand miracle ! Ce fut le cas en ce début d’année 1958. Mon cœur d’enfant subitement propulsé au zénith, je me suis approché calmement du nid douillet fraîchement bordé par une mère déjà très préoccupée par les soins de sa nichée. Je connaissais mon rôle, je devais sélectionner le chiot qui me paraîtrait le plus alerte le plus fobuste, le plus beau! Ce choix délicat s’avérait toujours difficile ! Cette sélection impitoyable était malheureusement incontournable je les aurais bien tous gardés! Je les ai examinés, le mot n’est pas trop fort, les uns après les autres dans mes petites mains et j’ai remarqué qu’un d’entre eux, un mâle était d'une constitution massive, solidement accroché à une tétine de sa mère. Il m’avait fait comprendre par un gémissement qu’il ne voulait pas être dérangé dans sa tété ! Ita sa mère avait l’habitude de ce rituel barbare, elle attendait patiemment que la sentence arrive tout en priant très certainement le ciel pour qu’il ne lui tombe pas sur la tête ! Vous avez tous entendu parlez des causes à effet? Eh bien, en ce jour béni des dieux Celtes face à la robuste physionomie de sa progéniture j’allais dans la foulée l’appeler Obélix. N’est-ce pas un joli prénom de baptême pour un animal né à proximité des remparts du célèbre village gaulois d'Uxellodunum? Je vous pose la question! Plus les jours passaient et moins je regrettais mon choix. Pas de doute, sans vaccin ni nourriture spéciale, ce gros toutou qui n’était pourtant pas tombé dans une marmite profitait à vue d’œil en se contentant de téter le lait maternel. Je lui offrais quand même en complément quelques bols fraîchement tirés du pis de la Flourette pour soulager sa mère. Il faut dire que le libre service se trouvait à deux pas de la nursery. Ainsi passèrent les jours et les semaines, le futur guerrier prenait du poids rapidement et nous montrait déjà qu’il allait devenir un celtique indépendant. Très gentiment, il me faisait comprendre au bout d’un moment qu’il souhaitait être seul. Il faut dire que je n’avais pas mon pareil pour agacer le monde à quatre pattes qui m’entourait, c’était une sorte de mise en condition à mes bons désirs! Une éducation sans violence mais bien particulière à la Maurice. Le temps passa ainsi, Obélix à mes yeux grandissait bien trop vite! Il a rapidement pris l’habitude de faire un petit tour de quartier et très vite en prenant un peu d’âge, il a étendu son terrain de prospection à une grande partie de la commune. D’une gentillesse incroyable il était connu de tous, et les gens du pays ne manquaient pas de lui tendre une petite gâterie. Il rentrait le soir à bon port, en roulant de sa très forte corpulence sans se poser la question de savoir si nous avions été inquiets de son absence. Il commença ainsi sa vie de chien domestique errant, fier de vivre sans corde au cou avec une petite préférence tout, de même pour son port d’attache ! Il m’accordait ses faveurs par de gros câlins, je le méritais bien, après tout n’étais-je pas son sauveur? Au fil des mois puis des années il s’est montré de plus en plus autonome, négligeant parfois même la soupe que ma mère lui tendait. Jamais malade malgré les tiques entre autre qui jalonnaient son corps et que je lui enlevais épisodiquement sans aucune précaution. Est arrivé rapidement le temps des interrogations : comment faisait-il pour être en pleine possession de ses moyens, alors qu’il ne se jetait pas sur la gamelle qu’on lui donnait? La réponse nous l’avons rapidement eue d’un rustre connu pour son aptitude au braconnage! « Votre chien est bien meilleur chasseur que moi, pas une truffe ou autres chairs vivantes appétissantes n’échappent à son flair!».
Il faut dire que mon père l’avait éduqué à la recherche de l’or noir du Quercy cependant,
en Obélix qui se respecte la prospection il préféra la faire sans assistance!
Obélix était devenu bien plus rusé qu’un renard en effet et rien ne pouvait, le distraire dans sa quête gourmande. Sa gentillesse quand il nous voyait , n’avait d’égale que son indépendance toujours croissante c’était un pur Gaulois dans l’âme.
Les années succédèrent aux années vous savez celles qui passent bien trop vite au gré des uns et trop lentement au gré des autres! Cependant, malgré cette fatale réalité mon chien les supportait sans faiblesse au point que l’on aurait pu se poser la question : est-il insensible à la fuite inexorable du temps?
On fêta ses dix ans, puis ses quinze ans Un ami de passage à la maison entama une discussion sur la chasse, au moment où mon brave Obélix pointait le bout de son museau. « Voilà le meilleur chasseur de la région lui ai-je lancé! » Je lui expliquai la vie agitée du seigneur de la vallée en vadrouille « Je peux voir comment il chasse, nous lança Georges » « Pas de soucis, tu n’as qu’à l’embarquer, tu nous le ramèneras après demain».
Aussitôt dit, aussitôt en voiture, Obélix ne refuse pas le voyage!
Le soir même la gâchette nous appelait, affolé : «le chien s’est échappé, je ne sais pas où il se trouve!».
Le maraîcher chasseur habitait le village d’Ournes à une quinzaine de kilomètres de la Madeleine.
Eh bien, le lendemain matin j’ai eu la surprise d’apercevoir mon chien couché dans la grange sur son lit de paille au fond de la grange ! Il m’a salué comme il avait l’habitude de le faire, fatigué quand même par cette petite virée nocturne qu’il n’avait pas lui-même programmée!
Le parcours d’Obelix avait été tout tracé !
Il a suivi naturellement les sentiers escarpés des coteaux où se trouve le village perché d’Uxellodunum. En ce haut lieu de la résistance, trois mille valeureux et courageux Gaulois ont résisté à l’envahisseur romain pendant plus de six mois! Imaginez un peu une armée de légionnaires composée de trente mille gladiateurs face à ce promontoire!
Les assaillis ont fini par se rendre, vaincus par le génie militaire de Jules César qui alerté par les chefs fit creuser un tunnel pour dévier la veine d’eau qui alimentait la source du village.
Les guerriers encerclés, pensant alors qu’ils étaient abandonnés des dieux, préférèrent se rendre.
César, dans la grande clémence qu’on lui avait toujours connue, épargna ces valeureux et très courageux combattants et ordonna simplement de leur couper les mains!
Leur chef, prisonnier de la légion de l’empire, se laissa mourir de faim.
Voilà pour la petite histoire ! Eh non! Le dernier village Gaulois à avoir résisté aux envahisseurs de la Guerre des Gaules n’est pas breton qu’on se le dise!
Obélix, de toute évidence ne voulait pas chasser en terre inconnue, et surtout accompagné par une piètre gâchette!
Un accident est si vite arrivé !
Il nous a quitté bien plus tard en 1976 victime de sa surdité,. Un satané train a eu la mauvaise idée de passer au moment où il traversait la voie! Il partait faire son tour habituel, en quête de quelques bonnes surprises, se fiant à son adorat toujours intact!
Ainsi prit fin la vie de ce puissant et brave chien de chasse indépendant, qui a toujours fait honneur à son nom de baptême!

Gageons, n’en doutons pas un instant que sa descendance dans le pays est toujours bien présente! Aussi, si vous vous promenez dans la région non loin du bras de la rivière qui vient langoureusement lécher les pieds du célèbre oppidum et que vous croisez un chien solitaire dites-vous bien qu’il a sûrement un Obelix dans l’âme!
 
Lance Amstrong et les autres, le changement dans la continuité!

Le poète re décerne la couronne au vainqueur!

Cher Lance Armstrong, tu te sens sans doute aujourd’hui un peu isolé face à la charge qui t’accable! Sept tours de France gagnés tout en étant le seul condamné, alors que tu fais parti d’un groupe de vainqueurs qui ont pratiqué le cyclisme comme toi, avec cette soif de gloire dopée par une notoriété sportive mondiale. Le mal est donc ancien, il date d’avant Coubertin, que dire des consultants des chaînes télévisées et de radio-diffusion? Un individu bien connu a une montée célèbre à son nom, et le seul échantillon que l’on a analysé de lui au temps de sa superbe, nous a permis de savoir qu’il était ce jour là sous l’effet de substances de type E P O ! Gageons qu’il a eu une carrière riche en produits dopants de ce type. Il a été privé de commentaire pendant une année, c’est bien là une sentence minimale vous en conviendrez avec moi ! Un autre se balade en moto il est très aimé des supporters incultes de ce sport. Comment revenir à un cyclisme saint qui n’a jamais existé, alors que des directeurs sportifs, dont un avait le surnom évocateur de druide sont aux commentaires, et que personne ne s’en inquiète, ou ne s’en insurge ?
On ne peut pas, vous le savez tous, guérir le mal par le mal!
La moyenne inhumaine de la course la plus réputée au monde cette année, prend des allures stratosphériques, sans que personne ne s’en inquiète.
On n’a pas prononcé le mot dopage depuis l’abandon des freins à étriers pour les disques., alors s’il vous plaît changeons de face, ou taisons-nous à jamais.
Cher Lance, toi qui est le seul à être montré du doigt permet moi d’avoir en cet instant solennel un peu d’indulgence quant à ta carrière de coureur cycliste professionnel et à ton comportement , tu as triché c’est vrai et ce n’est pas bien, mais tu l’as fait tout en sachant que les grands de la petite reine et leur cohorte d’équipiers étaient au même régime que toi, à ton époque et à leur époque.
Permet moi donc de te réhabiliter, je te remets à titre personnel tes sept Tour de France que tu as remporté haut les bras!

PS…ne t’étonne pas des moyennes réalisées aujourd’hui, les préparations évoluent dans le temps, et tu le sais bien, les records sont faits pour être améliorés!
 
Petite réflexion sur l’homme aux semelles de vent !

réflexion complète !

Notre prodige de la poésie a passé plusieurs saisons en enfer! Lui, qui ne rêvait que de voyages et de soleil, n’était hélas, pas né au bon endroit ni au bon moment ! Sourires
D’ailleurs, n’a t’il pas, à plusieurs reprises écrit sur son mal-être ? Le bateau ivre, représente à lui seul, ce besoin d’exotisme dans le temps et l’espace qui habite, que dis-je, qui hante son esprit !
Il dénigre sa génitrice au point de la surnommer la bouche d’ombre !
il déteste son lieu de naissance au point de le baptiser : "Le trou du cul du monde!" Il semble presque s’en excuser après des autres villes plus au sud !
Incompris, il va s’adonner à tous les interdits que la société condamne et cela pendant de longues années.
Il écrit à Izambar son professeur de réthorique : «Tout ce que vous m’avez interdit de faire avant mon départ, je l’ai fait !»
Enfance malheureuse : son entourage n’hésite pas à le traiter de fainéant ! Sa mère lui lance :-Mon pauvre Arthur au lieu d’écrire des phrases qui n’ont aucun sens, tu ferais mieux de travailler ! " Il s’insurge ! : " J’ai horreur de tous les métiers ! Maîtres, ouvriers et paysans tous ignobles ! La main à la plume, vaut la main à la charrue !"
Paix à son âme d’artiste, il a longtemps été plus poète qu’homme ! Il fut, comme beaucoup, relégué au rang des incompris !
Gloire à ce génie de la littérature !
Je rajoute…
Inutile d’écrire mille poèmes ! L’esprit poétique qui habite les plus grandes plumes permet de discerner les bons des mauvais poètes dès les premiers jets d’alexandrins.
Ainsi, Arthur Rimbaud à dix sept ans, auteur du bateau ivre s’est imposé comme un très grand, parmi les grands au 19 ème siècle.
Une ineffable vague ailée par instant, survole en cent lignes une myriade de vers créés avec art afin d’être à jamais insubmersibles.
Le très grand Paul Verlaine s’incline face au jeune prodige au style Ô combien précurseur et surréaliste ! Avant lui dit-il, j’étais un bon poète!
Comment ne pas être subjugué, voire ensorcelé par l’incroyable esprit créatif d’Arthur ! Quand on a été confronté une seule fois à son style unique, on se voit à tout jamais impuissant à le conjurer !
Inutile d’écrire mille poèmes ! L’esprit poétique qui habite les plus grandes plumes permet de discerner les bons des mauvais poètes dès les premiers alexandrins.
Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide, qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain".
Arthur Rimbaud

Ce n’est qu’une affaire de patience! Le poète a toujours raison ! N’est-ce pas?

Le poète est voyant ! N’est-ce pas?
 
Petite réflexion sur l’homme aux semelles de vent !

réflexion complète !

Notre prodige de la poésie a passé plusieurs saisons en enfer! Lui, qui ne rêvait que de voyages et de soleil, n’était hélas, pas né au bon endroit ni au bon moment ! Sourires
D’ailleurs, n’a t’il pas, à plusieurs reprises écrit sur son mal-être ? Le bateau ivre, représente à lui seul, ce besoin d’exotisme dans le temps et l’espace qui habite, que dis-je, qui hante son esprit !
Il dénigre sa génitrice au point de la surnommer la bouche d’ombre !
il déteste son lieu de naissance au point de le baptiser : "Le trou du cul du monde!" Il semble presque s’en excuser après des autres villes plus au sud !
Incompris, il va s’adonner à tous les interdits que la société condamne et cela pendant de longues années.
Il écrit à Izambar son professeur de réthorique : «Tout ce que vous m’avez interdit de faire avant mon départ, je l’ai fait !»
Enfance malheureuse : son entourage n’hésite pas à le traiter de fainéant ! Sa mère lui lance :-Mon pauvre Arthur au lieu d’écrire des phrases qui n’ont aucun sens, tu ferais mieux de travailler ! " Il s’insurge ! : " J’ai horreur de tous les métiers ! Maîtres, ouvriers et paysans tous ignobles ! La main à la plume, vaut la main à la charrue !"
Paix à son âme d’artiste, il a longtemps été plus poète qu’homme ! Il fut, comme beaucoup, relégué au rang des incompris !
Gloire à ce génie de la littérature !
Je rajoute…
Inutile d’écrire mille poèmes ! L’esprit poétique qui habite les plus grandes plumes permet de discerner les bons des mauvais poètes dès les premiers jets d’alexandrins.
Ainsi, Arthur Rimbaud à dix sept ans, auteur du bateau ivre s’est imposé comme un très grand, parmi les grands au 19 ème siècle.
Une ineffable vague ailée par instant, survole en cent lignes une myriade de vers créés avec art afin d’être à jamais insubmersibles.
Le très grand Paul Verlaine s’incline face au jeune prodige au style Ô combien précurseur et surréaliste ! Avant lui dit-il, j’étais un bon poète!
Comment ne pas être subjugué, voire ensorcelé par l’incroyable esprit créatif d’Arthur ! Quand on a été confronté une seule fois à son style unique, on se voit à tout jamais impuissant à le conjurer !
Inutile d’écrire mille poèmes ! L’esprit poétique qui habite les plus grandes plumes permet de discerner les bons des mauvais poètes dès les premiers alexandrins.
Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide, qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain".
Arthur Rimbaud

Ce n’est qu’une affaire de patience! Le poète a toujours raison ! N’est-ce pas?

Le poète est voyant ! N’est-ce pas?
 
Version définitive

Le soleil et le poète

Etoile radieuse, déesse des nuages,
Osmose de la nuit naturelle et sauvage,
Phare du néant, légèreté des cimes,
Île magique perdue dans les abîmes ,
Tu es la déité aux pouvoirs fascinants.
Diamant de l'espace, ta pureté me hante
D’éternelles visions, d'illusions pénétrantes.

Sur la voie lactescente ton navire océan
Fuit, bercé par le vent de la clarté des temps.
L'univers le dirige dans un silence austère,
Lentement vers l'écueil de la vie éphémère!
Tu connais les secrets de l'âge originel,
Ses rayons chatoyants, voyageurs immortels,
Éveille en toi l’écho d'une nuée stellaire
Aux ombres captivantes au milieu du désert.

C'est là qu'avec tes sœurs, dans un profond mystère,
Ton enfance bleutée prit son vol au grand jour,
En une danse folle aux confins de l'amour.
Au royaume des dieux on quitte ses racines.
Né de tes cendres dans ce remous culmine
Un chapelet de perles où prie un séducteur.

Il a gardé du Roi les gènes de l'artiste,
Mais aussi la fureur qui attise son cœur,
L’écriture dévoile son âme fabuliste,
La musique adoucit son instinct destructeur.
Ses yeux fixent le ciel le soir quand tout se fige,
Et l’espace géant lui donne le vertige,
Des myriades d'îlots s'allument en un instant,
Ses pensées s'illuminent, il songe à ses parents.

L'amour qui les unit l'inonde d'espérance,
L’idée de les revoir s'infuse d'une image
Bénie d'éternité, et met fin à l'errance
De l’ esprit captif à cette fleur de l'âge!
Sa sève s'électrise d'orages holorimes,
La flèche poétique s'élève vers le ciel,
Le récit de sa vie sous sa dictée s'imprime
Sur une voûte claire au matelas glaciel.

Ce recueil de paroles sous les ailes du temps
Fustige sa conscience, anesthésie ses peurs,
Un souffle de fraîcheur parfumé de printemps
Accueille sa raison aux sources du bonheur.
Un serpentin naissant surgit des profondeurs,
Purifiant le reflet du génie créateur,
Maudit par le destin quand son bateau s'arrime
Sur les vers enlacés des princes de la rime.
Le monde qu'il sculptait d'œuvres surréalistes
S’inclinera toujours en hommage à l'artiste,
À la plume de feu volant dans tous les sens,
Près des nues électriques où l'éclair sent l'encens!
Bohémien au grand cœur au Parnasse des muses,
L’auberge où tu dors enjôle les regards,
Petit Poucet rêveur, ce trou de ver t'amuse,
Les brumes qui le voilent encrent tes yeux hagards.

Car des ondes fuyantes caressées par les vents
Fleurissent l'azur vert d'aurores boréales,
De couleurs envoûtantes sur des tapis volants,
Saisissant les démons où flotte la Réale.
Ô poussières solaires aux pensées libérées!
Ô mystiques lueurs sur les vagues océans!
Ordonnez la sagesse aux pâleurs égarées,
Cupides affameurs condamnés au néant.

La nuit fond dans un ciel dévoré par les braises
Aux geysers jaillissant du ténébreux abysse
Là, coule le sang gris qui nourrit la daraise,
D’un étang sacré où règne la justice.
Adossés sur les bancs des arches religieuses,
Certains pensaient soleil que ces abris célestes
Offriraient à leurs corps le salut sans un geste,
Ici, sombre l'espoir, des ombres fallacieuses.

Prêcheurs diaboliques vous crucifiez mon nom!
Créateur éternel à la barbe azurée,
Belenos vous maudit, quand au son des canons,
Les pleurs voilent les cœurs de larmes lasurées.
Des feux renaît la flamme de mes enfants stellaires,
Terroristes sataniques sous mes rayons brûlants,
La haine qui vous guide déchaîne ma colère,
Protubérances errantes, damnez ces loups hurlants!

La planète meurtrie, berceau du père Temps,
Mère du sacré enfante des mutants!
Mais, face au mal, à ces horreurs, à ces souffrances,
L’arc-en-ciel d'Iris cible la délivrance!
Ô poète lyrique ce monde tu le peins
D’une funeste et profonde couleur!
Féal des partitions, ta baguette à la main,
La symphonie…DO..RÊ…ensoleille les choeurs.

Visions harmonieuses, enchantement des sens,
Tes vers charment les yeux, et leur mélodie
Joue à ton âme des rêves qui encensent
Mille pensées divines présentes au paradis.
L'avalanche des mots, près des pics les plus hauts,
Aux blancheurs éternelles glorifie tes voltiges!
Les sommets de l'idée, du loup à l'agneau,
Subliment l'écriture imagée de prestige.

Le joug du lyrisme aussi léger soit-il,
Le joug salutaire et doux porté fièrement
Et gracieusement sur les têtes dociles,
Tu tiens souvent à le secouer fortement.
Etoile vénérée tu façonnes l'instant
D’une immuable et émouvante beauté,
Auréolée d'une lunule bleue îlotée,
Captive de l’odyssée vers la nuit des temps!
 
Un homme avant tout au grand cœur !

HONNEUR au Docteur ISSALY ! Figeacois d’origine, il soignait les indigents sans leur demander un sou ! Il étendait même son abnégation à des patients moyennement aisés ! Cette disposition bienveillante pour ses semblables que l’on nomme savamment l’altruisme, il l’a mise en avant des années trente, à la fin des années soixante. Il n’était pas exceptionnel à l’époque de rencontrer ce type de personnage au grand cœur dans nos petites villes, pour qui le serment d’Hippocrate avait une grande résonance ! Villefranche-de-Rouergue avait également son brave ! Ces hommes de sciences aux âmes charitables avaient un sens profond du devoir, bien éloigné de celui de nos praticiens actuels, qui s’intéressent hélas souvent plus aux cartes vitales qu’à la santé des patients !
Voici une lettre de Roger Martin du Gard que m’a gentiment fait connaître Jean Anizan. Elle prouve mes dires en les appuyant !
J’ai dans un de mes écrits longuement parlé de cette perle figeacoise qui mérite plus que bien d’autres, vous en conviendrez avec moi , d’avoir son nom inscrit au Panthéon de notre chère vieille cité bénédictine…Amen !
D’ailleurs, je me demande à l’instant avec une certaine anxiété, si nos élus ont eu l’idée de lui dédier un nom de rue ?
Super!….merci…Le doute est levé…Il la mérite bien !
Ci-dessous le message de gratitude à ce bienfaiteur de Roger Martin du Gard prix Nobel de littérature en 1937 .
 
Récit définitif

L’accident avec Pompon et la vie à la fin des années cinquante au port de la Madeleine

Je vous vois venir! Vous allez penser que ce petit écrivaillon veut nous parler d’une époque si lointaine qu’elle a été sûrement oubliée par la plupart des personnes qui l’ont vécue! N’en croyez rien, c’était hier, nous vivions le bon temps enfin, celui que nous envient les jeunes générations qui sont persuadées de voguer dans un monde qui a atteint le paroxysme de ce qu’un être humain est en mesure de supporter.
C’est oublier cette période d’avant-guerre et d’après-guerre où les pauvres étaient de vrais pauvres, où les gitans sillonnaient nos contrées et où les journaliers mendiants pour la plupart dormaient dans le coin d’une grange après avoir trimé une journée pour un simple morceau de pain!
J’ai connu cette cambrousse paysanne qui s’est transformée très rapidement sans avoir vraiment eu d’autres choix ! Cependant le progrès, marqué essentiellement
par l’arrivée de l’éclairage a été le bienvenu. Ce ne fut pas le seul, l’eau allait bientôt se déverser dans la vasque de l’évier en pierre grâce à un robinet. Sonnait ainsi la fin de la corvée épuisante du seau remonté à la force des bras au bord du puits! Ne vous faites pas de fausses idées sur le courant électrique, à cette époque il n’était utilisé que pour alimenter en lumière les pièces à vivre et l’écurie de la ferme. Un peu plus tard encore est apparu le cheval moteur qui a sonné, hélas le glas de la traction animale !
Cela me conduit naturellement à vous parler de ces braves bêtes ! C’étaient les poids lourds des étables, ils allaient encore faire illusion un moment face à cette inévitable évolution.
Mais avant de rembobiner ce ruban cinématographique très imagé, j’ai le souhait de vous faire part d’une situation quelque peu insolite. Mon plus jeune enfant était au cours élémentaire première année en 2012 quand sa maîtresse a abordé un sujet ô combien intéressant ,celui des gens du pays à l’âge lointain de la vapeur.
En parlant d’âge, je suis certain à cet instant précis que beaucoup d’entre vous se sont déjà lancés dans de grands calculs pour connaître celui de l’auteur, non?
Je reprends…Le nœud ferroviaire de la petite ville de Capdenac construite autour de sa gare se prêtait fort bien à ce type de discussion.
Alors que l’institutrice parlait des fameuses locomotives baptisées par les cheminots du nom évocateur de bêtes noires, mon fils a cru bon de lever énergiquement son bras !« Madame !…Madame!…Mon papa a connu les machines à vapeur !».
Un moment plus tard ce fut le tour des tombereaux tirés par les bœufs et les chevaux. Naturellement est arrivée l’heure du pénible dépiquage du blé à l’ancienne, puis du battage aux rouages toujours animés par des nuées ardentes. Les bohémiens suite à ce déploiement de nouvelles technologies ne tardèrent pas à emboîter le pas! Figurez-vous que ces nomades organisaient leur campement en cercle comme le faisaient les cow-boys du far west américain! A ces paroles pour le moins dépaysantes, mon gamin très attentif persistait à affirmer que son père avait vécu ces scènes authentiques d’autrefois !
Arriva naturellement l’inévitable période où les hordes de loups hurlants colonisaient nos bois.
Et là, sans hésiter une seconde, l’insatiable garnement leva à nouveau sa main, avec ces mots : « Mon père a également connu les loups!».
La maîtresse avait à peine plus d’une vingtaine d’années, je me suis posé la question de savoir si la convocation que j’avais reçue de sa part quelques jours plus tard, n’avait pas une corrélation avec ce sujet ancestral !
La rencontre à venir du très vieil homo sapiens père de ce très jeune élève en chair et en os méritait bien ces quelques lignes n’est-ce pas?
Elle fut rassurée à ma vue, l’enfant n’était pas un menteur, enfin juste avant que le loup ne pointe le bout de son nez! Même si aujourd’hui certains de ces carnivores aux dents aiguisées comme des sabres ont été aperçus à nouveau dans notre région.
Quittons ce monde inquiétant pour revenir à pas de loup visiter la grange et son étable où logeaient les lourds sabots de la ferme. Après avoir passé le porche daté de l’an huit de la République française on pouvait apercevoir à droite le puissant percheron Pompon. A ses côtés une charmante jument nommée Coquette de robe baie foncée avait l’œil vif ! La dame au très fort caractère n’était pas du genre à se laisser manœuvrer facilement, elle avait toujours refusé de travailler seule!
Suivaient dans l’ordre trois vaches, baptisées en fonction de leur robe : Flourette, Blanchette, et Négrote.
Deux ânesses complétaient ce cheptel important, elles avaient pour nom Nénette et Fatma.
Dans la petite porcherie ,on engraissait un cochon, toujours prêt à sauter sur une poule inconsciente qui se hasardait dans son espace restreint! Elle était attirée par quelques vermisseaux et la gourmande finissait généralement sa vie dans l’estomac du carnivore grognant.
Pompon et Coquette étaient des robustes chevaux de trait, nous les attelions à différents outils à la fin des années cinquante afin de travailler les champs.
La faucheuse, l’andaineuse étaient utilisées au mois de juin pour la récolte du foin.
Le brave Pompon secondé parfois par Coquette ,collier sur l’encolure, ne chômait pas!
La ferme n’avait pas une grande surface d’exploitation , tous les terrains étaient regroupés dans un rayon d’environ un kilomètre. Le chef de famille se plaisait à dire en plaisantant aux curieux qui lui posaient la question «Nous sommes des grands propriétaires, nous possédons des biens sur deux départements et quatre communes !» Pour finir de les convaincre et afin d’appuyer ses paroles , il les énumérait : Le Lot , l’Aveyron étaient suivis des célèbres noms des villages bien connus des gens du pays d’Olt, Faycelles, Capdenac -le -Haut, Loupiac et Capdenac- Gare Il y avait là de quoi asseoir une certaine notoriété, même lorsqu’on se sentait fauché comme les blés!
Au début de l’été ,la période des fenaisons nous donnait beaucoup de travail ! La tâche était rude. Sur une surface d’environ six hectares une fois le travail mécanique achevé, nous devions rassembler le foin en meule avant de le charger sur la remorque et le remiser au-dessus de l’étable. Les grosses chaleurs ne facilitaient pas notre labeur alors qu’à grandes enfourchées , mon père élevait le foin jusqu’à l’ouverture de l’étage supérieur où mon frère aîné dégageait le passage et envoyait la précieuse herbe séchée près de nous. Notre rôle consistait à tasser l’herbe avec nos petits pieds dans des allers et retours incessants pour qu’un maximum du précieux regain sec puisse entrer dans la remise. Je ne peux que difficilement vous décrire l’ambiance du coin chargé en diverses poussières aux très fortes effluves, qui avaient le pouvoir de nous irriter la gorge nous piquer les yeux et nous plongeaient dans des atchoums à n’ en plus finir!
Heureusement un bon verre de menthe à l’eau bien fraîche que nous amenait notre chère mère nous permettait de retrouver un second souffle.
La journée se terminait toujours par une baignade bien méritée près de la cale qui mettait fin au mur du port.
Nous étions satisfaits du boulot accompli, Pompon, Coquette et la grande troupe de poids lourds auraient de quoi manger durant la longue période hivernale.
Pompon était un cheval admirable, taillé dans la masse comme un athlète, d’un poids approchant la tonne. Toujours aux moindres ordres il obligeait Coquette la rebelle à suivre la cadence, même si parfois elle n’était pas partante pour transpirer plusieurs heures. Le travail de la vigne était assuré par le percheron. Il partait seul pour tracter la décavaillonneuse qui permettait une approche des ceps avec une précision millimétrée ainsi, le moindre pied d’herbe était éliminé.l Mais là où le roi Pompon était surprenant c’était quand attelé à la sarcleuse, seul en bout de la rangée il reprenait l’allée suivante !
L’entretien du petit vignoble prenait fin par une récompense que je n’aurais manquée pour rien au monde. Mon brave père me hissait sur le dos puissant cheval pour une balade inoubliable depuis les grappes de raisins vers l’écurie. C’est à cet instant précis que commençait pour moi le grand frisson. D’un pas sûr, frappant le chemin avec ses larges et lourds sabots. Pompon se déplaçait tranquillement vers son lieu de repos, et faisait de moi l’écuyer le plus fier à dix lieues à la ronde!
Avant de passer sous le porche d’entrée, il ralentissait conscient que sur son dos ,je devais baisser la tête.
Puis il se dirigeait vers l’abreuvoir où dans une aspiration continue qui me paraissait interminable, il buvait six à sept litres d’eau sans relever la tête avant de reprendre place fièrement à côté de sa princesse.
Arriva le fameux jour où tout a basculé !
Nous avions dans les coteaux une parcelle plantée en betterave, non loin des quelques chênes truffiers qui nous permettaient d’améliorer en période hivernale notre quotidien. Nous devions aller récolter les tubercules au poids conséquent, et c’est donc à Pompon que nous avions confié la traction de la charrette dans les travers vertigineux. À vide ,tout se passa normalement mais déjà je mesurais la prise de risque du déplacement où les pierres éparpillées soulevaient par intermittence les solides roues porteuses au point d’ébranler fortement l’ensemble de l’attelage. Sur le lieu de la récolte, nous n’avons pas ménagé nos efforts, et pas à pas nous avons fini par avoir l’ensemble des betteraves chargées. Je m’étais hissé moi-même sur le monticule, la puissance du courageux cheval allait être mise à rude épreuve. Sans broncher, Pompon tractait la périlleuse cargaison qui se déplaçait titubante dans ce dévers très incertain quand l’inévitable se produisit. Un bloc énorme a agi comme un bras de levier ascensionnel en déséquilibrant le tombereau. Je me suis senti propulsé, et dans une roulade qui m’a paru interminable, favorisée par cette horrible pente, j’ai terminé ma course stoppé par un genévrier sauvage.
Aussitôt sur mes jambes, j’ai aperçu Pompon couché bloqué par les brancards, poussé par je ne sais quel courage, je suis revenu vers lui aussi vite que je m’en étais éloigné !.
Mon père s’attelait déjà à le dételer!
La tête plaquée par moments au sol, Pompon tentait désespérément de la redresser par un mouvement puissant d’encolure. « Caresse-le, parle lui pour le calmer », me dit alors celui qui n’aurait à mes yeux jamais dû prendre un tel risque! Pour la première fois de mon existence je crois que j’ai eu un sentiment de révolte face à celui que j’admirais!. Le plus près possible de la tête de mon cheval qui à chaque aspiration avait les narines qui doublaient de volume, j’essayais avec toute la force de ma faiblesse de le calmer en le caressant. Je voyais ses yeux affolés, ouverts au maximum, scruter le ciel dans des va-et -vient effrayants. Sa puissante respiration me laisser espérer qu’il allait survivre mais j’ignorais s’il s’était brisé un membre. Et tout à coup j’ai entendu une voix prononcer ses mots : « Eloigne-toi vite, je viens de désolidariser les brancards, s’il n’a rien de cassé il va se redresser sur ses pattes !»
Les miracles arrivent parfois, rassemblant dans un élan ses dernières forces, la brave bête se redressa, puissamment avant de pousser de brefs hennissements de satisfaction ou de soulagement !
« On rentre maintenant, je trouverai un autre moyen pour récupérer la charrette et le chargement », ce qui entre-nous, n’avait aucune importance !
Pompon, mon brave Pompon,et moi n’avions que quelques égratignures, là était l’essentiel!
Le rituel dans nos contrées était donc étroitement lié aux saisons plus ou moins favorables aux récoltes. L’animal était le moteur d’un système, sans lui rien n’aurait été possible.
Il arrivait parfois qu’un paysan voisin vienne vers nous pour nous demander si nous pouvions lui prêter mon animal de trait préféré pour une journée.
Croyez-moi, il est plus facile de répondre oui à une demande concernant l’outillage qu’à ce type de sollicitation !
Même si notre cher cheval était suffisamment habitué à travailler, et que sa docilité fusionnait avec le courage qu’il déployait au labeur, mon père préférait être à ses côtés.
Il lui fallait alors prendre une décision rapide.
Le plus souvent, il proposait sa présence pour ne pas froisser le paysan, Il partait ainsi pour honorer un travail dont il se serait bien passé.
Cette situation n’était pas exceptionnelle, il arrivait qu’un animal se blesse, ne laissant aucune autre possibilité. Certaines cultures ne peuvent pas attendre elles sont rythmées aussi précisément qu’une symphonie!.
« C’est le temps qui commande», se plaisaient à répéter les agriculteurs du pays.
Hélas, parfois il n’y avait pas d’autres alternatives que de décliner la demande. On ne peut être à deux endroits à la fois, bien que j’aie ouï dire qu’un personnage célèbre y était arrivé !
S’ensuivait alors une mésentente, qui parfois prenait des proportions inimaginables, on ne se parlait plus!
Ainsi entre les Sirvain et les Marcouly avons-nous assisté à près d’un siècle de profonde animosité!
On s’ignorait, la haine prenait des proportions délirantes sans que l’on sache vraiment pourquoi ni quand elle avait débuté, et surtout quelle en était la raison.
Elle était ancrée dans nos gènes, on ne peut expliquer l’inexplicable ,n’est-ce pas ?
Un jour, alors que je me promenais ,j’ai aperçu le fils Sirvain au fond de l’étang.
Il faisait mine de ne pas me voir quand une de crever l’abcès me guida irrésistiblement vers lui.
Il ne refusa pas la conversation. Après tout, peut-être que dans son for intérieur de brave paysan, il souhaitait lui aussi inconsciemment sortir de cette impasse. Aussitôt près de lui, j’ai engagé la conversation avec cette phrase directe.
«Bonjour, j’ai une question qui turlupine mon esprit depuis longtemps !»
-Connais-tu la raison pour laquelle nous ne nous parlons pas, et pourquoi nous entretenons cette horrible relation doublée d’une tension constante depuis des dizaines d’années entre nos deux familles ?».
Sa réponse a été aussi directe et précise que ma question : «je n’en sais rien !»
-Eh bien écoute-moi, à partir d’aujourd’hui si tu es d’accord, on fait une croix sur ce lointain passé relatif à nos aïeux et nous entretenons à nouveau une relation amicale».
Lui : -mais bien sûr !
Le plus rigolo dans cette histoire, c’est que dans la généalogie de nos familles, j’ai découvert à ma grande surprise que nous étions cousins!
Depuis, nous vivons des jours sans tension, mais nous restons vigilants ! Il n’est pas interdit qu’un jour cette paix retrouvée prenne fin, les rancœurs ainsi étouffées peuvent renaître sournoisement et mûrir toutes ensemble, le fils n’est pas le père!
Laissons ce feu couver et parlons à nouveau du cheval à la lourde crinière blonde.
Pompon a eu une vie bien remplie . Sa mort fut le reflet de son parcours exemplaire. Nous l’avons découvert un matin ,allongé face au râtelier qui avait tant vu son museau happer puis broyer le foin qu’il contenait.
Il a eu droit à des obsèques dignes d’un grand destrier et nos larmes l’ont accompagné jusqu’à l’énorme fosse qui avait été creusée par le premier bulldozer en service de la sablière Grégory.
Son corps repose depuis face aux parcelles qu’il a si souvent arpentées avec courage un collier autour de l’encolure.
Coquette ne s’est jamais remise de cette brutale séparation. En totale déprime, elle a refusé de travailler seule. L’heure de la mécanisation à outrance allait bientôt sonner poussant la traction animale hors des écuries.
Mon père en grand seigneur décida néanmoins de résister à ce soudain séisme du terroir. La jument a eu droit aux honneurs d’un bel étalon et quelques mois plus tard naissait Pucette une belle alezane.
Cette arrivée fut pour nous tous une délivrance. Nous ne doutions pas que la mère s’occuperait de sa pouliche et finirait par reprendre comme on l’entend chez nous du poil de la bête !
Après le sevrage de Pucette, elle n’avait cependant toujours pas retrouvé l’entrain qu’un propriétaire attend d’une jument de trait.
L’heure des interrogations est arrivée, nous ne pouvions pas nous permettre de continuer à nourrir un animal en déprime !
Mon père décida de la vendre suitée à un maquignon du coin. Bien plus tard, j’ai appris qu’un triste sort leur avait été réservé !
L’argent ainsi gagné rapidement nous a permis de faire entrer dans la maison un instrument diabolique où des personnages en noir et blanc s’agitaient continuellement. Ce petit écran n’était pas avare en conseils pratiques, il incita le chef de famille à se tourner résolument vers l’avenir.
Il acheta un motoculteur de marque Staub. Ce curieux engin motorisé était équipé de tous les accessoires utiles pour cultiver la terre. On ne pouvait lui trouver que des avantages par rapport aux animaux! Il suffisait de le lancer d’un geste sec avec une ficelle pour qu’il démarre au quart de tour!
Il ne rechignait pas à la tâche ! Comble du bonheur une substance liquide à la forte odeur qu’on lui donnait à ingurgiter suffisait pour le propulser pendant près d’une heure sans risque d’emballement !
Pas de doute, l’affaire du siècle, mon géniteur l’avait entre ses mains!
On ne voyait que des avantages à ce tas de ferraille ronronnant !
Alors me direz-vous, elle n’était pas porteuse d’un avenir meilleur cette brillante avancée mécanique qui allait enfin libérer l’esprit des pauvres paysans ? Du moins le croyait on!
Ne nous laissons pas attendrir par une nostalgie naissante, il faut savoir évoluer intelligemment pour vivre en symbiose avec son époque et pour cela on doit sans aucune appréhension se remettre continuellement en question ! Nous rentrions de plain-pied dans l’ère ultramoderne des chevaux moteur, de l’électricité, de l’eau paiera ! Nos habitudes allaient être totalement bouleversées le confort entrait dans nos vieilles demeures, la planche à laver le linge avait trouvé sa remplaçante presque autonome !
Un tracteur Massey Harris Pony ne tarda pas à faire son apparition triomphale dans la cour de notre ferme, entre Pony et grand Poney. Il suffisait simplement d’affranchir une lettre de commande n’est-ce pas?
Nos occupations étaient toujours les mêmes, Négrote, Flourette, et Blanchette n’ont absolument rien remarqué d’anormal. On continuait notre chemin en allant les garder, mais c’était sans compter sur une nouvelle invention géniale qui elle aussi allait révolutionner nos habitudes, la clôture électrique! On aurait pu ,croyez-moi, surnommer avec justesse cette période l’époque miraculeuse !
Cependant elle a eu ses victimes ! Le forgeron
installé dans tous les petits hameaux ne lui survivrait pas longtemps !
Ainsi prit fin la chevaleresque aventure du travail équin, mais également celle du bovin au sein de nos communes. Une banque de crédit agricole allait faciliter les échanges et permettre l’achat du nec plus ultra en matière d’avancée technologique grâce à des facilités de paiement. Pour rester à la pointe du progrès, il ne faut pas avoir peur de se lancer sans a priori dans son aventure. Des paysans pris à la gorge par les emprunts n’eurent qu’une alternative celle du suicide! Est-ce ce que l’on nomme communément la rançon du progrès ? J’ai cependant vu certaines petites fermes résister à cette défiguration fulgurante du paysage agricole jusqu’au début des années soixante dix. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie doublée d’une grande tristesse que je vous ai fait part de ces quelques pages qui témoignent d’un passé heureux, où l’animal a eu un rôle prédominant grâce à son intelligence et à son dévouement inné pour l’homme.
N’oublions pas que durant la première guerre mondiale les chevaux de trait sous une mitraille nourrie de l’artillerie ont été employés à la traction des canons. C’est dans un délire sanguinaire total que ces pauvres bêtes sont mortes par dizaines de milliers dans un épuisement total au fond de leur mare de sang.
Avant de vous laisser lire un autre récit chères lectrices et chers lecteurs je tiens à vous poser une question.
Mon grand-père avait une paire de bœufs pour travailler les champs, pourquoi mon père a t-il résolument fait le choix d’avoir deux chevaux percheron pour cette même tâche ?
Bien entendu j’attends de vous la raison principale !
Vous avez dix secondes pour répondre à cette question pertinente !
Neuf…huit…sept…six…cinq…quatre…trois…deux…un…stop : eh bien oui! Vous avez la bonne réponse : tout simplement parce qu’ils accomplissaient le travail demandé deux fois plus rapidement!
Une dernière information importante il y avait deux millions quatre cent mille explorations agricole au début des années cinquante il y en a six fois moins de nos jours.
Ce manque de bras a eu un effet immédiat sur l’entretien de nos campagnes. Beaucoup de sentiers ont disparu, laissant place à la broussaille.
La voie romaine qui serpentait sur le flanc de la colline de la Madeleine appartient aujourd’hui au passé!
Je vous ai parlé dans mon écrit des clôtures électriques venues en substitution des bergers qui façonnaient des murets avec les pierres du causse et des cazelles pour s’abriter lors des intempéries. Comment ne pas regretter cet entretien journalier et le plaisir que j’avais, au détour d’un chemin sur mon vélo de me retrouver face à une belle bergère !
Décidément je hais ce progrès qui s’est emballé et qui est à l’origine d’une clé des champs à l’ambiance de plus en plus survoltée!
Allez pour clôturer cette longue histoire je vais vous amener au crédit agricole. Mon père fut le premier client de l’agence de Figeac au début des années cinquante.
Vous n’imaginez pas tous les avantages que peut nous offrir le système financier.
Un chéquier à la main permet de se lancer dans des transactions rapides et efficaces sans avoir à trimballer sur soi des sommes astronomiques, avec tous les risques qui sont liés à ce type d’échange pour le moins aventureux. C’était bien entendu avec le crédit que l’on pouvait obtenir le dernier cri de la technologie moderne. Ce fut un des arguments que le banquier avança pour convaincre les premiers clients de l’agence !…Et même les seconds paraît-il !
Mon père rencontra son voisin Fernand peu de temps après et lui indiqua le processus à suivre pour obtenir le miraculeux chéquier qu’il tenait en main.
Après quelques hésitations quand même, notre brave paysan passa la porte du coffre -fort.
Inutile de vous dire que le système ingénieux des rendez-vous n’existait pas encore!
Reçu avec toute la courtoisie due à son rang, empreinte indélébile de ce temps révolu, suivirent quelques sages paroles. Il obtint sans difficulté le droit d’utiliser à sa guise le fameux carnet aux nombreux feuillets.
Et sans se préoccuper de savoir si son compte avait suffisamment de provisions, notre Fernand se lança dans des dépenses inconsidérées.
Il ne tarda pas à recevoir une convocation par courrier lui indiquant qu’il était attendu d’urgence au guichet. Le banquier avait quelque chose d’important à lui communiquer.
Il attela donc la charrette à sa jument grise, s’habilla du dimanche et se rendit à ce rendez-vous en se demandant tout le long du chemin ce que voulait lui dire ce brave homme cravaté.
Voici le dialogue rapporté par un journaliste du coin:
« Bonjour Monsieur»
« Bonjour »
« Je vous ai convoqué car votre compte accuse un solde débiteur très important !»
« Un qué?»…« Un quoi?»
«Vous n’avez pas l’argent que vous dépensez à tour de bras depuis plus d’un mois!»
«Ah compreni mas es pas grèu! Qué aquò tenga pas!…Per reglar aquel problèma dichas ieu çò que devi! Vos vau far un chèc !»
«Ah je comprends mais ce n’est pas grave!…que cela ne ne tienne!…
Pour régler ce problème dites -moi ce que je dois! Je vais vous faire un chèque !»
C’est ainsi que nous avons fait nos premiers pas dans l’ère moderne qui nous a grandement simplifié la vie n’est-ce pas?
 
Mon père fut le premier client de l’agence de Figeac au début des années cinquante.
Vous n’imaginez pas tous les avantages que peut nous offrir le système financier.
Un chéquier à la main permet de se lancer dans des transactions rapides et efficaces sans avoir à trimballer sur soi des sommes astronomiques, avec tous les risques qui sont liés à ce type d’échange pour le moins aventureux. C’était bien entendu avec le crédit que l’on pouvait obtenir le dernier cri de la technologie moderne. Ce fut un des arguments que le banquier avança pour convaincre les premiers clients de l’agence !…Et même les seconds paraît-il !
Mon père rencontra son voisin Fernand peu de temps après et lui indiqua le processus à suivre pour obtenir le miraculeux chéquier qu’il tenait en main.
Après quelques hésitations quand même, notre brave paysan passa la porte du coffre -fort.
Inutile de vous dire que le système ingénieux des rendez-vous n’existait pas encore!
Reçu avec toute la courtoisie due à son rang, empreinte indélébile de ce temps révolu, suivirent quelques sages paroles. Il obtint sans difficulté le droit d’utiliser à sa guise le fameux carnet aux nombreux feuillets.
Et sans se préoccuper de savoir si son compte avait suffisamment de provisions, notre Fernand se lança dans des dépenses inconsidérées.
Il ne tarda pas à recevoir une convocation par courrier lui indiquant qu’il était attendu d’urgence au guichet. Le banquier avait quelque chose d’important à lui communiquer.
Il attela donc la charrette à sa jument grise, s’habilla du dimanche et se rendit à ce rendez-vous en se demandant tout le long du chemin ce que voulait lui dire ce brave homme cravaté.
Voici le dialogue rapporté par un journaliste du coin:
« Bonjour Monsieur»
« Bonjour »
« Je vous ai convoqué car votre compte accuse un solde débiteur très important !»
« Un qué?»…« Un quoi?»
«Vous n’avez pas l’argent que vous dépensez à tour de bras depuis plus d’un mois!»
«Ah compreni mas es pas grèu! Qué aquò tenga pas!…Per reglar aquel problèma dichas ieu çò que devi! Vos vau far un chèc !»
«Ah je comprends mais ce n’est pas grave!…que cela ne ne tienne!…
Pour régler ce problème dites -moi ce que je dois! Je vais vous faire un chèque !»
C’est ainsi que nous avons fait nos premiers pas dans l’ère moderne qui nous a grandement simplifié la vie n’est-ce pas?

Pas de doute, vu le logo ils avaient bien l’intention de se faire du blé sur le dos des paysans sans jamais leur lâcher la grappe! Hi trois coups
 
Le Noël du pauvre! Version définitive

Une fête reste une fête que l’on soit riche ou pauvre, Noël résonnait ainsi en moi lorsque petit bonhomme mes yeux commençaient à scintiller à l’approche d’une journée, qui par tradition ne pourrait être qu’enchantée! Aussi ne fallait-il pas négliger les préparatifs afin que le vieillard à la grande barbe blanche puisse repérer de loin ma petite maison, sa cheminée, et qu’il soit surpris par une décoration que je souhaitais aussi féerique que possible. Il fallait donc tout prévoir afin que cette nuit s’illumine de couleurs scintillantes. Mon premier travail consistait à partir à la recherche de ce qui ressemblerait le plus possible à un beau sapin. Mon père m’avait longuement expliqué que le Roi de la forêt ne devait en aucun cas être coupé pour servir à la décoration, c’était d’ailleurs pour lui une atteinte à la vie, et il ajoutait même qu’un acte criminel de ce type devrait être sévèrement puni! Je doutais un peu face à ses fortes paroles, mais quelque chose en moi m’obligeait finalement à les prendre au sérieux. Cet homme était un sage, alors rien ne devait m’éloigner du chemin qu’il traçait avec bienveillance pour moi. Il me montra alors du doigt la colline en me disant que j’avais de quoi trouver mon bonheur dans ce coin aride parsemé de plantes sauvages plus ou moins vertes et plus ou moins rampantes.
C’est donc dans l’espoir d’une découverte originale muni d’une petite hachette et d’un grand sac, que je suis parti confiant à la recherche de ma bonne fortune. Au-dessus de la voie romaine, des plantes dont j’ignorais le nom allaient pouvoir faire illusion. Je ramassai d’une main agile la fraîche mousse verte non loin de la fontaine gauloise aujourd’hui disparue. Quelques tiges feuillues piquantes à souhait ornées de boules rouges que l’on nomme aubépine donneraient un peu de gaieté à l’ensemble. J’oubliai, la mort dans l’âme le magnifique jeune sapin Douglas aux larges et douces ramures où nichait une mésange, pour enfin me trouver face à un beau genévrier qui une fois en place devrait sans compromis se substituer au petit prince de cette colline.
Quelques traces marquaient sur la neige et me rappelaient que l’endroit n’était pas aussi désert qu’il semblait paraître.
Je ne sais pas si vous l’avez constaté, mais lorsque l’on est occupé, le père temps semble s’écouler plus vite. Le clocher de la petite église du Mas du Noyer me fit un signe avec insistance,. Il était urgent pour moi de quitter ce paradis ombragé aux blancheurs éternelles. Chargé comme pouvait l’être jadis un mulet je rebroussai chemin habité par une certaine fierté pour planter le décor!
Près de l’âtre deux petites bûches savamment ajustées bout à bout entretenaient une flamme tiède, animée par quelques braises. Après avoir intelligemment égayé la pièce d’artifices, le chef d’œuvre prenait enfin forme et notre poivre du pauvre finissait par ressembler à s’y méprendre au plus beau roi que la forêt pouvait abriter lors d’une nuit givrée. La neige cotonneuse faiblement éclairée par un halo lunaire rasant finissait par ajouter à ce décor enchanté un effet surréaliste.
C’était mon premier cadeau, celui-là je l’avais mérité, et à lui seul il comblait pratiquement toutes mes espérances.
La nuit du réveillon était semblable à toutes les soirées en attendant le repas du lendemain qui tradition oblige, était légèrement amélioré. C’est donc avec amour que ma maman me prépara pour marquer de son empreinte ce qui devait être à ses yeux aussi un soir de réveillon un bol de chocolat. Elle me le servit accompagné de larges tartines qu’elle avait généreusement recouvertes d’une délicieuse confiture maison de myrtille. J’avais couché en résonance phonétique sur une feuille une liste d’envies, cette symphonie sans fausse note paraissait interminable. Mon imagination dans ce domaine musical semblait n’avoir aucune limite. Avec délicatesse j’avais glissé cette missive aux grands airs d’espoir dans une enveloppe blanche, puis dans une de mes chaussures alignée au cordeau face au plus fier des conifères.
Il fallait, en bon enfant prévoyant, penser au vieil homme au traîneau qui dans sa longue tournée allait avoir froid et faim, un bon verre de lait entier de la Blanchette aurait toutes les propriétés d’un bon remontant, et lui ferait le plus grand bien après un si long voyage.
L’heure des songes enchantés allait bientôt sonner, et c’est après un petit papa Noël entonné par la voix douce d’une mère à l’écoute des moindres désirs de son rejeton que mes paupières allaient se fermer lentement éclipsant d’un souffle léger ma conscience. J’étais enfin baigné dans un espace enneigé où mille carillons me berçaient avec délicatesse en m’éloignant lentement d’une douce réalité.
Puis arrivait comme par magie l’instant solennel où d’un pas décidé je me dirigeais vers le coin rêvé aux multiples surprises !
D’un seul coup d’œil j’apercevais le verre vide de son contenu qui témoignait que le brave vieillard à la grande hotte ne m’avait pas oublié ! Mais où avait-il déposé les paquets renfermant mes cadeaux ?
Mes chaussures étaient bien à leur place, et l’enveloppe avait bien disparu !
C’est à ce moment précis que j’ai entendu ma maman prononcer ces mots dont l’écho revient encore en moi comme dans une mauvaise fiction «Tu sais Maurice, j’ai vu le père Noël, il a pris ta lettre et tout en buvant ton verre de lait, il m’a expliqué qu’il n’était pas plus riche hélas cette année que l’année dernière, qu’il avait été obligé de donner ses jouets à des petits enfants bien plus pauvres que toi. Il te remercie pour ta délicate attention, il a laissé ces quelques oranges en témoignage de son passage. Avant de s’éloigner sur son traîneau tiré par deux superbes rennes il a ajouté qu’il ferait son possible pour t’offrir un cadeau présent sur ta liste la prochaine fois, il m’a chargé de t’embrasser».
Ces paroles aussi tendres que dures à entendre, puis à accepter, m’ont cependant rassuré.
Le père Noël était très pauvre certes, mais il existait bien, c’était un personnage juste et droit semblable en tous points à Dieu!
Il ne m’avait pas oublié dans son immense tournée autour de la terre !
Cela suffisait à me rendre heureux et joyeux, à l’image de cette fête aussi mystérieuse que magique pour un petit homme…NOËL !
 
Bergon lo campanièr de campanas! Bergon lo campaniér de Faycelles!

Récit définitif !

Diga mameta me contas l'istòria de Bergon e de sa Mariton a Faicelas?

Dis mémé tu me racontes l’histoire de Bergon et de sa Mariton à Faycelles ?

Cette histoire vécue, je la connaissais aussi bien qu’elle, et je me plaisais à la réentendre, aussi n’aurait-il pas fallu que ma pauvre grand-mère saute un seul paragraphe de ce charmant récit riche en enseignement, car j’étais très attentif à ses paroles, et elle aurait immédiatement entendu un premier son de cloche !
Tout d’abord il faut camper l’individu !
Pour cela je vais vous parler en quelques lignes de sa famille. Sa grand-mère maternelle était née sur le rocher troglodyte qui domine la montée abrupte de la châtaigneraie en dessous du village de Faycelles. Beaucoup de malheureux avaient choisi cet endroit providentiel qui les protégeait un peu d’un climat aux rudes variations. Les hivers étaient bien plus rigoureux qu’aujourd’hui, les plus anciens ont en mémoire des mois où les températures oscillaient entre moins dix et moins vingt degrés.
Cette petite plateforme providentielle qui leur offrait un toit avait été taillée dans la roche au fil des millénaires par l’érosion, elle n’avait rien de confortable mais avait le mérite d’exister et quand on est miséreux on se contente de très peu!
Le grand-père de Bergon avait participé à la guerre de 1870 et s’était comporté rapporte t-on en soldat exemplaire.
Cette très longue absence loin de ses parents avait été précédée du service militaire. Cet éloignement lui avait permis de faire connaissance avec une partie de sa patrie.
Bien souvent les jeunes gens de nos fermes n’avaient que cette occasion pour quitter le
l’endroit qui les avait vus naître!
C’était d’ailleurs une phrase-clé de l’armée pour inciter les hommes à rejoindre le drapeau: «Engagez-vous, vous verrez du pays !»
Pour cela fallait-il encore être jugé apte le jour de l’inévitable conseil de révision!
Cela me permettra dans une prochaine histoire vécue de vous décrire cette fameuse journée où les futurs conscrits de la commune étaient soumis à une suite d’épreuves autant physiques que morales avant de s’entendre dire: «Bon pour le service, bon pour les filles»et enfin d’avoir l’autorisation d’arborer fièrement sur leur beau veston la cocarde tricolore!
Cette notion d’évasion loin de son clocher me remémore une petite anecdote que je ne peux pas passer sous silence. Alors qu'il était souffrant pour la première fois de sa vie, le brave Gaston natif de Lavalade dut se rendre à Cahors afin d’être hospitalisé.
Notre malade installé confortablement à l’arrière de la reine des voitures voyait défiler le paysage quand il a subitement prononcé cette phrase en patois !
Elle en disait long sur son dépaysement: « Eh plan!...auriái pas jamai cregut que França èra tan granda!» «Eh bien!...je n'aurais jamais cru que la France était si grande!».
Rien ne vaut, vous voyez, un déplacement en grandeur nature, il permet de se faire une idée précise de l’étendue des choses.
Comme la vie loin du nid natal forme la jeunesse, notre brave Bergon à la fin de son incorporation sous les drapeaux, avait tenté l’aventure dans la capitale où il s’était adonné au rude métier de livreur de charbon.
Il était très fier de pouvoir raconter qu’en ce temps-là, chargé de deux gros sacs d’anthracite il gravissait plus de six étages sans être essoufflé !
L’appel de l’air pur du pays cependant et les fameuses résonances de cloches ont rapidement eu raison de ce court exode.
C'est donc en accord avec sa conscience qu'il a pris la décision de rejoindre sans plus tarder sa terre natale.
Bergon y a trouvé presque aussitôt un travail et il s’est avéré rapidement indispensable à la vie du village et de ses alentours. Il a même cumulé les fonctions grâce à une de ses passions en devenant marchand d’ânes.
Il avait en effet un amour démesuré pour ces quadrupèdes têtus à grandes oreilles!
Dans un premier temps il se fit campanier !
C'était un personnage très important, essentiel même, il assurait le lien qui unissait l’ensemble de la communauté gravitant autour du clocher de l’église.
C’était en quelque sorte un des premiers fonctionnaires mal rémunérés et non reconnu officiellement par l’administration.
De là à dire que cette corporation ne mérite aucun salaire, je ne me risquerai pas à un tel raccourci!
Je ne veux pas chers lecteurs ici susciter vos foudres et devenir la cloche à abattre, mais le diablotin que je suis aime gentiment attiser la surchauffe. Cela dit, je ne prends pas un grand risque car mon clocher est équipé d’un bon paratonnerre!
Le travail principal de Bergon était axé bien entendu sur les annonces des offices religieux, cela se faisait par un vol de sonneries préalables précédant successivement de soixante, trente, et cinq minutes le début de la cérémonie. Cette méthode servait de guide afin de prévenir les hameaux les plus éloignés, les fidèles avaient alors le temps matériel d’arriver à l’heure à l’église car le plus souvent cette approche se faisait à pied.
Mais bien entendu les cloches ne se limitaient pas à cet appel, elles jouaient aussi le rôle tenu, aujourd’hui encore par les sirènes dans toutes nos villes.
Elles étaient bien plus charmantes et avaient une résonance bien plus mélodieuse que les hurleuses de nos cités que les gens du pays qualifiaient d’inhumaines,celles d’un monde qui devenait à leurs yeux trop moderne, où la spiritualité était moins propice aux prières et à l’appel du Seigneur. Rien ne peut remplacer dans ce rôle l’angélus n’est-ce pas?
Le matin semblables au maître à la crête rouge et aux élans de roi dans la basse-cour , elles tintaient l’heure du réveil, les vibrations sonores de midi étaient suivies du repas des paysans et des ouvriers, elles obligeaient les femmes à presser le pas le panier sous le bras.
Dans les chemins tortueux entretenus par les bergers, certaines allaient à la rencontre de leur mari qui travaillait les champs dans la plaine. D’autres prenaient la direction du causse où le chef de famille gardait les moutons tout en façonnant des murets qui leur servaient de clôture et des caselles qui les abritaient en cas d’intempéries!
Bergon était également un journalier, et pour cette raison il lui arrivait de se suspendre à la corde quelques minutes avant l’heure précise, on ne lui en voulait pas pour autant, tous les gens du pays bénéficiant ainsi de cette aubaine bergonniène !
Evidemment quelques/uns lui en faisaient de temps en temps la remarque, c’était à leur tour d’entendre un son de cloche !…Il leur répondait immanquablement: «En çò de-me es abans tot l'estomac que parla!»…« Chez moi c’est avant tout l’estomac qui parle!»
La sonnerie du soir, quant à elle, arrivait enfin, elle invitait à lâcher le manche de l’outil et à rentrer les bêtes à l’écurie.
La longue journée n’était pour autant pas achevée, il fallait encore traire! Le labeur à la campagne est aussi fractionné par le rythme des animaux, quand le concert des meuglements et des bêlements se fait mélodieusement entendre!
Mais revenons à nos très chères cloches qui assuraient toutes sortes de fonctions!
Elles invitaient les gens à écouter le crieur public, qui jouait le rôle d’une radio locale, elles annonçaient les événements exceptionnels! Le triste tocsin signalait une déclaration de guerre, un cataclysme ou un incendie et c’était alors les cœurs des pauvres gens qui battaient à l’unisson ! Joyeuses elles fêtaient l’armistice elles étaient alors les témoins privilégiés des liesses populaires.
Le carillon faisait partager les joies de l’entrée en chrétienté d’un nouveau-né par le baptême, il annonçait à toute volée l’union d’un couple dans le mariage. Le triste glas qui sonnait deux coups pour les hommes et un coup pour les femmes ponctuait les décès tout en accompagnant le défunt vers sa dernière demeure !
Les cloches avaient aussi le pouvoir magique de faire fuir les orages porteur de grêle!
Dieu cependant avait le pouvoir de punir pour des raisons diverses l’ensemble de la commune et après un désastre des voix paysannes s’élevaient en disant : « Prengam en nòstres, es lo tot poderós que l'a volgut!» «Prenons-nous-en à nous, c’est le tout puissant qui l’avoulu !».
Ce battant mobile en acier fixé solidement sur son axe comme vous le constatez, avait un rôle capital dans l’existence de nos braves campagnards dès qu’il prenait vie agité intelligemment par la main de l’indispensable Campanier.
Bergon était récompensé chaque année des services qu’il rendait à l’ensemble des âmes de la commune.
Lorsque la saison des récoltes enfin arrivait, il allait de propriété en propriété pour percevoir en quelque sorte sa dîme, il en avait rendu des services, et les paysans le gratifiaient aussi généreusement que possible, c’était en quelque sorte un juste retour d’un écho de cloche !
Mais là ne s’arrêtait pas son grand talent, il était également chantre à l’église, et bien que n’ayant jamais appris un mot de latin, il faut reconnaître que dans l’ensemble il le possédait fort bien. Il entonnait les chants grégoriens et avec son accent rocailleux bien particulier doublé d'une voix très haute il suivait les notes en escaladant ou en dévalant la gamme, c’était un virtuose des sons le baryton du chœur et des rimes à faire pâlir de jalousie les voix des piliers d’église à trente lieux à la ronde!
Ce don du ciel qu’il possédait avec grâce lui a permis de gravir l’échelle de la reconnaissance ou de la renommée si vous préférez. On l’éleva au rang d’annonceur public. Excusez-moi mais quand je parle de Bergon, je n'ose pas, par respect pour ses cordes vocales employer le terme de "crieur!" Le dimanche à la sortie de la messe il avait toujours des bons conseils à donner, et les nombreux pratiquants l’écoutaient religieusement et se confiaient même aux oreilles du chanteur éclairé!
Un confessionnal de groupe à l’air libre en quelque sorte!
Ben ausit, aqueles prepauses èran divulgats dins la lenga del país en pateses
Sols los iniciats podián comprene !
Lo vertadièr latin, coma s'agradava a m'o repetir mon oncle qu'èra professor de francés latin grèc!»
Que je vous traduis ici:
Bien entendu, ses conseils étaient divulgués dans la langue du pays en patois!
Seuls les initiés à ce merveilleux langage pouvaient le comprendre!
Le vrai latin comme se plaisait à me répéter mon oncle Roger qui était professeur de français latin grec !
Notre homme vivait de moins que rien avec sa pauvre chérie, la Mariton. Ils mangeaient régulièrement les vieilles carcasses de chèvres qu’ils mettaient au sel!
Bergon les avait achetées à la foire pour une bouchée de pain.
Dans nos campagnes on conservait la viande des animaux dans une maie, grand coffre en bois muni d’un couvercle amovible. Le réfrigérateur pour les plus jeunes d’entre vous, n’est apparu que bien plus tard !
Ils vivaient ainsi et pour rien au monde ils ne se seraient plaints, ils ne se considéraient pas comme des déshérités. Quand on se contente de l’essentiel on peut sans problème toucher du doigt le bonheur.
Sa brave Mariton savait à sa manière le gâter parfois et il lui en était très reconnaissant.
- Giga Marie ! Tu me gastas !
-Dis Marie tu me gâtes ! Ils étaient braves et simples, et pour rien au monde ils n’auraient porté tort à quelqu’un, contrairement à beaucoup de langues de vipères qui sillonnaient le pays en crachant leur venin! Ils vivaient chichement certes mais dignement, et paraissaient très sereins, c’étaient des sages comme l’on n’en rencontre pas beaucoup de nos jours !
La Mariton le régalait parfois d’une belle tête de mouton, c’était la tête de veau du pauvre! On l’utilisait surtout au pays pour la pêche à l’écrevisse dans les ruisseaux aux eaux cristallines!
Ces petits homards d’eau douce d’origine autochtone ont pratiquement disparus aujourd’hui, ils avaient colonisé nos petits cours d’eau où ils pullulaient. Malheureusement ils ont été les premières victimes de la pollution. On utilisait un système ingénieux en forme de balance pour les capturer. L’appât aux odeurs olfactives puissantes à base de viande avariée de moutons les attirait dans l’antre d’une large vasque, il suffisait alors de soulever le piège et le tour était joué !
En ces temps glorieux les mets des riches pouvaient être servis sur la table des misérables. Ainsi la truffe noire, l’écrevisse, le cèpe entre autres venaient-ils s’inviter dans les assiettes creuses des gueux.
Mais revenons à ce jour de festin chez les Bergon! Sa tendre épouse par mesure d’économie n’enlevait pas les yeux de l'animal sacrifié! Les badauds curieux qui tendaient l’oreille pouvaient entendre leur conversation, la porte étant toujours ouverte hiver comme été!
Un agréable courant d’air assainissant parcourait ainsi l’unique pièce avec son cortège de mouches par forte chaleur, et par temps froid cette ingénieuse idée permettait de ne pas enfumer l’entourage !
Alors que ce fastueux dîner avait débuté, notre Bergon s’est adressé à la Mariton et de sa voix de baryton s'est mis à l'interroger sur un détail qui à première vue semblait anodin, mais qui a deuxième vue a fini par l'inquiéter!
»Diga, Marie, los èlhs se manjan ?.- Oc ben, Bergon, tot se manja ! Tot se manjea ! -Dis, Marie, les yeux se mangent ? -Oui, Bergon tout se mange ! Notre pauvre homme qui ne voulait surtout pas contrarier sa Mariton chérie, toujours docile obtempéra sur le champ !
Il faut dire qu’il lui vouait une véritable passion, que dis-je un véritable culte. Dans la vie il avait trois priorités ! « Ça que aimi lo ma, après lo bon Dius e la nostra Marie, aquos és lo tabac !» « Ce que j’aime le mieux après le bon Dieu et notre Marie, c’est le tabac !»
Curieusement il avait oublié les ânes ce jour-là!
La gentille Mariton n’avait pourtant rien d’une beauté, c'était un tas de nerfs qui frôlait le nanisme, en plus elle se tenait voûtée et avait été avantagée par une certaine prédisposition à la pilosité. Bref, on ne s'attend pas à voir autant de traits négatifs sur une aussi petite personne.
Mais vous le savez comme moi l’amour est aveugle, et quand Bergon vous parlait d’elle il la décrivait comme une des sept merveilles du monde. D’ailleurs un jour qu’il était en train d'évoquer des souvenirs de caserne, et qu’il mettait en avant la très belle prestance de son colonel droit dans son uniforme et dont il avait été le planton, il flatta la magnificence de sa perle rare !
Elle était à le croire la plus belle créature que la terre eut portée! Il lui était impossible de la décrire, et de superlatif en superlatif il a fini par lâcher cette image digne du culte inconditionnel qu'il lui portait :
« Agacha ! Réa polida, polida ! Té, tant polida que la nostra Marie »
« Regarde! Elle est belle, belle ! Tiens, aussi belle que notre Marie ».
Il parlait bien entendu de la Sainte Vierge!
Beauté extérieure et intérieure d'une mère vénérée que l'on ne peut en aucun cas mettre en doute!
On raconte que ce culte de la passion amoureuse le poussait carrément à l’héroïsme!
Lorsqu'il revenait d'une cueillette de champignons où la diversité pouvait créer le doute par rapport à la comestibilité, il avait le sens du sacrifice! Il s'affairait à les trier et à les préparer. D'un bon coup de fourchette il les dégustait et en laissait une bonne part pour sa Mariton.
Rassurée, son âme sœur pouvait ainsi manger les restes le lendemain sans arrière-pensée!
Il l’aimait à en mourir !

Voici sa chanson : il avait plusieurs métiers !

Je m’appelle Bergon
je suis un maquignon
quand je vais à la foire
je prends mon bâton,
Quand j’active les cloches,
je n’ai rien d’une cloche!

M'apèli Bergon
Soi un maquinhon
Quand vau a la fièra
Preni mon baston!
Quand activi las campanas
Ai pas res d'una campana!
 
Une journée d’école à Capdenac dans les années soixante, le jour où tout a failli basculer ! Récit définitif

Si vous avez l’occasion de balayer du regard cette cour d’école aujourd’hui, dites-vous que rien n’a vraiment changé depuis les glorieuses années où petit écolier je la parcourais brodequins aux pieds. Je vais essayer de vous décrire ce qu’était la vie des écoliers dans le courant des années soixante en ce haut lieu de la culture. Le portail en fer forgé s’ouvrait sur un espace sobre parsemé de petits platanes. Les instituteurs avaient pour habitude de parcourir cet espace clos dans d’incessants et curieux allers-retours, composés d’une marche avant et d’une marche arrière. Ce mouvement de balancier, dans une gestuelle bien huilée, ne pouvait jamais s’enrayer, Ils discutaient entre eux tout en surveillant les élèves. Ce mécanisme pouvait toutefois marquer un temps d’arrêt suite à une glissade ou à un télescopage accidentel. L’enceinte en terre battue était en léger dévers et la vitesse que prenaient les trois cents petites guiboles ne permettait pas toujours d’éviter les dures rencontres non sollicitées! Dans ces conditions extrêmes les genoux couronnés n’étaient pas rares. A l’air libre, sans soins particuliers, les blessures finissaient toujours par cicatriser. Rapidement arrivait le fatidique son de la cloche actionnée par une chaîne solidement accrochée à une poutre du préau. Préau qui nous servait d’abri en cas d’intempéries, qui pouvait aussi offrir un de ses coins afin de permettre à un éventuel étourdi qui n’avait pas appris ses tables de multiplication de remédier à cet impensable oubli. Il lui suffisait pour cela de parcourir le dos du cahier qui faisait office de brouillon. Cette suprême punition durant la récréation nous permettait de prendre conscience que les études passaient avant l’amusement ! Nous pouvions aussi jumeler cette offense à notre dignité d’écolier par des tours de cour les mains sur la tête, ou derrière le dos. La pire de toutes ces sanctions restait celle où nous devions accomplir ce même outrage dans l’enceinte des filles! Une rangée de commodités turques bien pratiques aux portes pleines mais ajourées par l’inexorable rudesse du temps, longeait un mur d’enceinte pratiquement infranchissable. Bien entendu, les filles et les garçons ne partageaient pas le même secteur d'études, en ces temps reculés la morale prédominait sur tout, l’éducation nationale ne voulait pas, vous l'avez compris s’exposer au moindre risque!. Toutefois, ce contexte sobre qui prête aujourd’hui à sourire n'influait aucunement rassurez-vous sur notre imagination débordante. La semaine scolaire s’étalait du lundi au samedi après-midi, nous rentrions le matin à neuf heures et nous quittions l’établissement à quatre heures et demie. Le jeudi nous n’avions pas classe mais cela ne veut pas dire que nous étions au repos, nos parents nous trouvaient diverses occupations pratiques ! Lorsqu’on est entouré de champs et d’animaux il y a toujours de quoi occuper un esprit épris d’oisiveté ! Les vacances d’été avaient une durée de trois mois environ. Intelligemment nous avions séquencé les trois trimestres par diverses activités ludiques mais aussi physiques. La rentrée autour du vingt septembre était consacrée aux billes que l’on achetait chez la Marinette. C’était une toute petite surface aux multiples gâteries pas très loin de l’entrée de l’école Saint Louis. Le paquet de cent billes en terre avait une valeur marchande de cent francs, la bille était donc à un franc!
Ce petit calcul rapide est là, pour vous prouver que mon passage à l’école primaire n’a pas eu que des côtés négatifs.
Les agates en verre aux reflets multicolores étaient à dix francs, il existait le boulard bien plus gros mais aussi la bille en plomb, nous pensions avoir une fortune en poche! Cette grande richesse se mélangeait souvent dans nos tabliers gris avec de succulentes châtaignes fraîchement ramassées puis grillées au feu de bois. Ce délicieux fruit très nourrissant à l’enveloppe épineuse était surnommé "le pain du pauvre" Il était largement utilisé dans nos campagnes et pouvait se conserver toute l’année. Aux petites mains il servait parfois de monnaie d’échange lorsque par malheur nous étions kuffés! "Sans billes".Nos jeux étaient variés, soit on débutait une partie de triangle , soit on jouait au trou! Alors les phrases aux timbres magiques fusaient de nos petites bouches : « Point de dégouline ! Point de patte! Je vais te kuffer! » Une suite de mots magiques que nous comprenions tous, et qui nous permettaient de passer un très agréable quart d’heure. Nous entonnions un peu plus tard dans l'année les «Qui c'est qui veut jouer aux gendarmes et aux voleurs? » Ou le fameux :«Qui c'est qui veut jouer à trape trape? » Ces moments de liberté cependant passaient bien trop vite à notre gré! Certains élèves dès leur arrivée le matin étaient de corvée pour allumer le poêle à charbon. Une agréable chaleur était donc bien en place pour nous accueillir, à l’instant même où la cloche sonnait le moment du grand rassemblement. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, les rangs par deux se formaient dans un silence qui aujourd’hui paraîtrait surprenant, tant il contrastait avec la minute qui l’avait précédé.
Devant la porte l’instituteur d’un signe autorisait l’accès à la salle de classe.
Deux ou trois allées séparaient des petits bureaux à deux places où un petit banc solidaire servait d’assise aux élèves.
L’odeur bien particulière de cette pièce réservée aux études emplissait nos narines.
C’était un parfum olfactif difficile à décrire, fait d’un savant mélange de craie, d'encre, de gommes, de cahiers et de livres! Sans oublier l’odeur du chauffage aux effluves charbonneuses si particulières. À l’époque des machines à vapeur, nous nous étions habitués à ce type de confort passager! Nos fermes étaient équipées d’une cheminée avec un effet chaud devant froid derrière pour faciliter le tirage et bien souvent la porte d’entrée restait ouverte pour éviter les émanations de fumée à l’intérieur de la pièce à vivre.
L'académie de Toulouse, vous voyez ne lésinait pas sur le bien-être de ses petits étudiants.
Face à notre pupitre nous attendions patiemment l’ordre du maître qui nous ordonnait de nous asseoir. Cette phrase était suivie généralement d’un : « Sortez votre cahier du jour!»
L’instituteur commençait alors de morale, très importante à ses yeux.
Après nous avoir expliqué les règles d’une bonne conduite sur divers sujets de l’existence, il prenait la craie et dans une écriture faite de pleins et de déliés le tableau s’incrustait de sages paroles. Une fois la phrase moralisatrice définitivement inscrite nous devions la recopier à l’aide de notre plume légèrement humectée dans l’encrier. L’écriture est un art de nos jours oublié, je vous invite à consulter les anciens registres dans nos mairies pour en saisir les contours aux multiples facettes.
Plume légère en montant puis accentuée dans sa descente, la lettre ainsi posée devient une œuvre d'une finesse admirable.
Les taches ne sont pas admises, il faut beaucoup d’expérience et de doigté pour obtenir une récompense désignée par un bien ou un très bien.
Les uns après les autres, nous nous levons et toujours dans le plus grand calme, nous avançons vers la chaire et tendons le cahier ouvert à l’homme nanti d’une grande instruction.
Il nous demande si l’on a bien compris ses explications du matin, et nous pose une ou deux questions à ce sujet, sa plume imbibée d’encre rouge parcourt les quelques lignes et en marge tombe par magie l’appréciation.
Le bonheur on le ressentait déjà dans un assez bien, alors lorsqu’on atteignait le sommet de la récompense avec un très bien, inutile de vous décrire la fierté qui fusait en nous!
Ainsi passait la journée où le français côtoyait les mathématiques, avec ces fameux trains qui partaient en gare de Capdenac vers Cahors à une certaine vitesse, mais qui contrairement à la régularité exigée par la SNCF pendant cette glorieuse époque, n’étaient jamais à l’heure, et il fallait bien entendu dire à quel endroit ils allaient se croiser!
Difficile me direz-vous sur une ligne à une voie!
Les réserves d'eau n'étaient jamais étanches et d'astucieux vases communicants ajoutaient leur grain de sable à un résultat que nous devions trouver et qui nous faisait inévitablement bouillir les neurones !
Nous sortions une fois par jour l’ardoise pour du calcul mental et c'était à celui qui trouverait le bon résultat en premier!
Il pouvait ainsi gagner un bon point ou une image!
À ce jeu-là, certains d'entre nous montraient une certaine aisance. D’autres qui au contraire avaient sûrement déjà des facultés résolument tournées vers la littérature ne progressaient guère !
Heureusement la brave cloche actionnée grâce à une chaîne par l'élève de service venait, à intervalles réguliers, nous délivrer de ces prises de tète incessantes mais oh combien utiles et instructives.
Le repas de midi que nous avait concocté avec amour la mère Closel arrivait à point. Nous faisions notre possible pour lui être agréable en l’aidant dans son service, afin de pouvoir avoir accès à la réserve au Petit - beurre. Évidemment nous nous remplissions les poches sans le lui dire!
Je n’appréciais pas la nourriture qui nous était servie. Sans être ni hindou ni disciple de Pythagore, je n'ai pas voulu toucher un seul morceau de viande pendant plusieurs années. L'esprit n'en était que plus alerte, aussi bien retrouvait-on le même régime dans la plupart des internats, c’est ce que m’ont fait comprendre les quelques années de pensionnat au lycée Champollion de Figeac! S’il faut en croire le philosophe Alain : "Il y a une odeur de réfectoire, que l’on retrouve la même dans tous les réfectoires. Que ce soient des Chartreux qui y mangent, ou des séminaristes, ou des lycéens, ou de tendres jeunes filles, un réfectoire a toujours son odeur de réfectoire. Cela ne peut se décrire. Eau grasse ? Pain moisi ? je ne sais. Si vous n’avez jamais senti cette odeur, je ne puis vous en donner l’idée ; on ne peut parler de lumière aux aveugles. Pour moi cette odeur se distingue autant des autres que le bleu se distingue du rouge.
Si vous ne la connaissez pas, je vous estime heureux. Cela prouve que vous n’avez jamais été enfermé dans quelque collège. Cela prouve que vous n’avez pas été prisonnier de l’ordre et ennemi des lois dès vos premières années. Depuis, vous vous êtes montré bon citoyen, bon contribuable, bon époux, bon père ; vous avez appris peu à peu à subir l’action des forces sociales ; jusque dans le gendarme vous avez reconnu un ami ; car la vie de famille vous a appris à faire de nécessité plaisir.
Mais ceux qui ont connu l’odeur de réfectoire, vous n’en ferez rien. Ils ont passé leur enfance à tirer sur la corde ; un beau jour enfin ils l’ont cassée ; et voilà comment ils sont entrés dans la vie, comme des chiens suspects qui traînent un bout de corde. Toujours ils se hérisseront, même devant la plus appétissante pâtée. Jamais ils n’aimeront ce qui est ordre et règle ; ils auront trop craint pour pouvoir jamais respecter. Vous les verrez toujours enragés contre les lois et règlements, contre la politesse, contre la morale, contre les classiques, contre la pédagogie et contre les palmes Académiques ; car tout cela sent le réfectoire. Et cette maladie de l’odorat passera tous les ans par une crise, justement à l’époque où le ciel passe du bleu au gris, et où les libraires étalent des livres classiques et des sacs d’écoliers".
Après ces fortes paroles, et après avoir redressé mon ancienne casquette d’écolier un instant déstabilisée sur une tête vagabonde, je glisse avec vous vers la deuxième partie de la journée.
Elle était consacrée aux matières très importantes qui font travailler la réflexion et l’imagination. Nous avions des sujets de rédaction pas faciles à développer. Il m’en revient un à l’esprit : "Décrivez l’automne" Les séances de vocabulaire que j’aimais bien étaient très animées aussi ! L’orthographe avec sa fameuse dictée d’environ dix lignes en CM2 truffée d’accords avec le verbe être et avoir nous posait de sérieux problèmes! En effet, une faute entière comptait pour quatre points en moins sur vingt, la demi-faute sanctionnait un nom commun de deux points, la ponctuation et les accents oubliés un quart de faute ! À ce régime on atteignait rapidement le zéro pointé avec cinq fautes! Mais peu importe la besogne, il nous fallait être fin prêts pour le jour où l’ordre nous serait donné de sortir nos cahiers de composition! Notre plus grand bonheur venait encore une fois de cette brave cloche qui à quatre heures et demie résonnait à nouveau afin de nous délivrer de ces interminables casse-têtes!
On reconnaissait la sonorité du soir, l’élève qui tirait sur la corde y mettait tout son cœur!
La sortie était accompagnée de cris joyeux sonnant la liberté dès que l’on passait le portail en fer forgé pour regagner nos foyers.
Il est à ce propos un souvenir moins heureux qui est resté ancré dans la mémoire collective de beaucoup d’écoliers, enfin c’est ce que je pense !
Comme chaque jour, matin et soir, le car de la société Laurens se chargeait du ramassage scolaire. De Capdenac-Gare en passant par la Madeleine et au-delà de Foissac, les enfants empruntaient l’autobus dans un aller-retour journalier.
En cette fin d’après-midi, c’est donc la tête remplie de nouvelles connaissances que
cinquante écoliers du cours préparatoire aux collégiens en classe de troisième, prenaient la route pour rentrer chez eux. Confortablement installés sur des sièges à l’assise ferme dépourvus de ceintures de sécurité, ils se trouvaient dans les lacets de la fameuse côte de Roquefort. Il n’y a pas jusque-là de quoi en faire un fromage me direz-vous!
Oui mais voilà, ce jour- là, le garagiste du coin essayait une nouvelle déesse de la route!
Au tiers de la montée, dans un virage en courbe pas très accentué ce bolide lancé à toute allure a eu la fâcheuse idée de percuter l’avant de notre bus! Dans une glissade miraculeuse, ce dernier s’est arrêté dans un mouvement de balançoire retenu en son centre par un brave chêne qui avait réussi l’exploit de prendre racine dans un coin où toutes plantes dites raisonnables hésitent à s’aventurer !
J’ai ressenti immédiatement une douleur vive au niveau du genou gauche qui s’est mis à saigner abondamment puis à gonfler. Heureusement cette blessure après consultation s’est avérée sans gravité. Seule une cicatrice attestera par sa présence l’instant où dans ma vie tout a failli basculer !
Des cris de frayeurs ont jailli de l’habitacle, le moteur du car a été immédiatement stoppé grâce au sang-froid du chauffeur à l’éternel béret basque.
Ce brave père Laurens comme on l’appelait tous, avait eu un réflexe béni , il venait de sauver sans le savoir encore l’ensemble de ses petits passagers !
Sous nos yeux effarés, un ravin vertigineux, gueule grande ouverte, nous tendait ses bras. Cet espace béant d’environ quatre-vingts mètres de profondeur baigne ses pieds dans le lit du ruisseau la Diège. Elle était prête ce jour-là à nous offrir son en guise d’adieu son lit.
Le car scolaire en équilibre précaire devait se vider sans tarder avant que l’impensable ne se produise.
Heureusement, le maître à bord encore une fois a su organiser son évacuation dans le calme. La portière qui permettait la sortie habituellement s’ouvrait face au précipice. Nous avons emprunté logiquement celle du conducteur. Je ne vous cache pas toutefois que le temps que l’on a mis à quitter le couloir central au moment crucial de l'évacuation nous a paru interminable. Des craquements inquiétants saccadés rythmaient notre future délivrance, et nos yeux évitaient de se focaliser vers l’espace diabolique qui nous aurait condamnés à une mort certaine.
J’ai grâce à mon ami instituteur retrouvé l’endroit précis où a eu lieu le télescopage et le Saint arbre qui a permis la survie de très nombreuses âmes bien trop jeunes pour quitter le monde des études!
Eh oui, il existe encore, son tronc robuste défie les années avec grâce et dans une révérence dont il a le secret il se rappelle à nous en tant que sauveur à l’écorce providentielle.
 
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