HimeAkieEspada
Poète libéré
J’ai toujours perçu la vie comme on regarde la mer.Il y a les déferlantes d’émotions, les vagues de pur bonheur et ces houles sourdes, douloureuses. Il y a l’écume des souvenirs, les éclats du doute et les naufrages de nos tentatives.
Mais ce que j’ai toujours chéri par-dessus tout, ce sont les ports. J’en ai croisé peu, mais dès qu’une lumière scintillait à l’horizon, j’y cherchais refuge. Parfois pour respirer, parfois pour retrouver la terre ferme. Parfois pour y trébucher, ou pour réaliser que la mer déchaînée était, au fond, plus calme que l’immobilité d'un quai. Mais j’ai aimé chacun de ces ports : ils étaient des étapes, des souffles dans la tempête.
Et puis, il y a eu ce port.
Il brillait plus que tous les autres. Une lumière si vive, si chaleureuse, que j’aurais pu jurer l’avoir déjà vue dans mes rêves, ou rencontrée lors de voyages oubliés. Mais à ce port, il n’y avait pas d’attache pour moi. Le phare brûlait de mille feux, m'appelant sans que je puisse jamais accoster.
Alors j’ai tourné en cercles, tout autour, évitant les récifs, percutant parfois de plein fouet l’épave d’autres naufragés. Je ne comprenais pas. Car entre mes mains, je tenais pourtant les coordonnées exactes de cette destinée. Ce phare portait ce nom déjà imprimé dans mon esprit ; un nom que je connaissais au-delà du temps, par-delà les âges de la mer.
Je l’observais. Je l’aimais sans avoir besoin de comprendre. Je reconnaissais cette lumière qui me semblait mienne depuis la nuit des temps.
Et pourtant.
Plus je le fixais, plus mon navire dérivait. Injustice, incompréhension ou simple ironie du sort : c’était le silence déchirant de reconnaître en toi l’unique port où je devais jeter l’ancre, tout en restant au large, à regarder ton navire s’éloigner vers l’horizon d’une autre.