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Citations, pensées momoriciennes, et petites histoires vécues…les miennes et les votres.

Déclaration d’humour d’une petite génie de la poésie "Alexia" à Momo le clochard suite à mon roman.

Je te surkiffe, un peu, beaucoup, poivrotement !
Tel quel, de ta laideur à ta beauté ; nature,
Râleur, puant, humble, et par-dessus tout, marrant,
Que plus d’un cœur, pour toi, sans doute se biture.

Tu n’es guère un savant et je m’en réjouis
Car qui, mieux qu’un fou, peut défendre leur bêtise ?
En a-t-on déjà vu des plus épanouis
Flairer cet arbrisseau qu’ils appellent cytise ?

As-tu idée, au moins, d’où te vient ton odeur
Qui me va puisque tout parle à mon angélisme ;
Je ne t’hume, et c’est vrai ! que par ta candeur
Qui me rend mes Pampers et mon je-m’en-fichisme.

Mais, ce qui me subjugue - et c’est là mon pépin -
C’est, dans tes vers profonds où j’omets la pendule,
Quand brillant je t’adore et que non pas crétin,
Par-dessous tout, divin, quand je me fais crédule.

Je n’ai rien à t’offrir à part un vieux grattoir ;
Voudrais-tu, s’il te plaît Mau, devenir ma cloche,
Me laisser partager ton carré de trottoir
Jusqu’à ce que la mort près d’un rond-point nous fauche ?

ATPMP
 
Que devient ma sœur d’âme Marine ?

Hommage à momo

https://www.cjoint.com/doc/21_12/KLmjPuvaxRu_hommage-à-momo.mp3

Je ne te connais pas donc je ne dois rien dire

Mais je sais lire sous les mots le pire et le plus beau

Je me suis retournée sur la route du pire

Oui tu es poète dans ta prose

Un poète qui dit la vérité c’est rare chose

Tu sais trafiquer les duos de mots

Au lieu de chercher fanfreluches et petits cœurs

Je préfère le fil à couper le beurre

Que le technique mot que je ne connais pas

J’ai acheté une tronsonnante

Je n’entends plus les scieuses de bois

Je trébuche souvent dans l’escalier

Me tenant à la canne et attendant l’intrus

Qui viendra me poser une barre de bois

Du peuplier pourquoi

Afin qu’il ne se plie sous le poids

De mes songes quand terrorisée je descends

Sous le regard des rideaux voisinages

J’ai essayé d’écrire en prose mais la découpe

Est chose incluse alors c’est de toi que je parle

Comme si je disais de moi

Arrivée aux quatre arbres du bois

Qui se trouvent à dix pieds me croyant à l’abri

Je lâche mon appui et je vois

L’enfumé qui me suit le shérif de la loi

Qu’on impute aux gueulants

Mes genoux lâchent il me regarde

Je ne veux plus le voir

Du fond de mon cerveau gauche agissant

Je me relève et me retourne

Il part dans sa carriole

Non j’essaie simplement d’écrire comme toi

J’ensorcelle mes mots

Puis épuisée du souffle je retourne chez moi

En sueur comptant les pas

Ma canne est belle il est 8 heures

Vous n’auriez pas un peu de confiture

Je n’ai plus d’épicier et je pleure

Maman confiture et mes seaux de mûres

Entourée de guêpes en petit tablier

Et sandalettes dans les chemins du haut

En évitant les chiens lancés pas les jaloux

J’ai pris ma sœur avec la petite

Celle qui est venue mesurer l’escalier

Pour la largeur de mon cercueil

Sans aucune pudeur

Ma petite chérie est devenue odieuse

Mais elle ne le sait pas

Les sentiments c’est pas son truc

Alors momo dis-moi suis-je assez réaliste

Je reconnais en toi le garçon de la lande

Et le jargon des brandes

La simple ipséité des paysans du sud

Et comment tu devins stylus et moi crivante

Comment la nuit nous ulons du creux des mains le hibou

Et ses yeux affixés piqué sur un poteau

Signe de mort prochaine

Dicton de pauvre aubaine

Voilà momo toi qui disais cherry et moi qui n’osais pas

Montrant mon chemisier au col plein de cerises

A ce Marcel Maurel du côté de StFlour

Dans ce vieux train de bois poussant le chasse-neige

Où on fumait jouant à la belote

Et nous tenant au chaud des lendemains épiques

Où il faudrait debout devant Nelly parfumée

Chasse gardée parler de Kierkegaard et de la non reprise

Je n’avais que 16 ans je devais traverser la ville en courant

Je pourrais dérouler ce peloton de laine

Pour refaire la vie au point de riz au lait

Mais il est un peu tard sur le bord de la lampe

Où je m’endors rêvant où sont les mots de l’être

Hommage à toi momo

Le prince des chênaies

Qui apporte à mon œil

Des odeurs de fumée

Et la griseur du deuil

Où nous avons pleuré

Envoi

A momo frère d’âme

Sur la route d’épeautre

Le dos lourd de savoir

Le jour de la main chaude .

Marine

12 décembre 2021
 
La vérité ne peut s’obtenir que dans le mépris de soi-même, comme pour les sciences, car elle est impersonnelle.

Un tricot d'amour, c'est une maille à l'endroit puis une maille à l'envers.

On doit rester lucide quand la vie devient acide ; sur son chemin aride, l’esprit doit être intrépide pour éviter le vide.

Je privilégie la beauté à la vérité, c’est-à-dire la forme au froid.

Quand on parle de nuit des temps en évoquant le lointain passé, on manque totalement de clarté!

L’univers dans un premier temps est concentré, donc très lumineux, (clarté des temps!). Comme il est en expansion, les masses lumineuses formées par les galaxies s’éloignent les unes des autres et nous dirigent inévitablement vers la nuit des temps!

J’espère que j’ai été suffisamment clair!

Ce qui m’inquiète le plus dans la société, c’est que la médiocrité arrive à se hisser au plus haut rang de la hiérarchie.

Croire ou ne pas croire, telle est la vraie question.

Dans la vie on doit se donner une priorité, hélas, elle n‘est pas toujours adroite.
 
IMG_0184.jpegLe conseil de révision des jeunes gens du pays vous avez tous rendez-vous à la mairie de FAYCELLES….tous en route pour la cocarde!

Je vais vous parler du conseil de révision, obligatoire à la Belle Epoque, vécu par nos pères, nos grands-pères et, pour n’oublier personne, par nos arrière-grands-pères. De la même manière que l’on amène nos voitures au contrôle technique aujourd’hui, jusqu’à la fin des années soixante, les gars du pays, à l’âge révolu de vingt ans, devaient se soumettre à une visite médicale obligatoire afin de savoir s’ils étaient jugés aptes au service militaire national. Pour les plus jeunes lecteurs, je tiens à préciser que la contre-visite n’avait pas encore été inventée! Vous pouvez vous imaginer, ou peut-être pas, le stress qui habitait ces candidats à la future fourragère !

Habillés du dimanche, lavés, selon l’expression de l’époque, de la tête aux pieds au savon de Marseille grâce à l’eau généreuse des puits ou des cours d’eau environnants, nos géniteurs n’en menaient pas large! Ils allaient savoir pour la première fois de leur tendre existence s’ils étaient des hommes ou des sous-hommes. Auraient-ils, le soir venu, l’honneur de fêter avec la troupe ce grand pas vers ce qu’il y a de plus rassurant et de plus noble, être assimilé à un mâle futur reproducteur, prêt à servir avec abnégation la patrie ? Allons, enfants de la patrie…i…e!
Ces prétendants aux armes à feu en tous genres avaient rendez-vous à la mairie où, une fois n’est pas coutume, la salle d’attente allait servir de vestiaire. Dans un cérémonial savamment programmé digne de l’armée, ils devaient alors se dévêtir jusqu’à se retrouver entièrement nus ! Montrer pour la première fois aux copains sa plus stricte intimité sans avoir l’appréhension de se faire dévisager n’était sûrement pas une démarche facile à envisager. Certains de nos campagnards quittaient le nid familial pour la première fois et se trouvaient face à cette situation délicate pour le moins insolite. Nos anciens, ne vous faites pas d’illusion, étaient considérés globalement comme des ploucs par les habitants des grandes villes. Nous étions, suivant une expression à la mode en ces temps très reculés, ravitaillés par les corbeaux, natifs de la France profonde. Pour vous donner une idée, les films cultes aux titres évocateurs, La grande Vadrouille ou Le Jour le plus long, ont été diffusés dans nos salles un an après leur sortie à Paris. De quoi mettre en place stratégiquement deux ou trois débarquements, vous en conviendrez avec moi. Mais après ce court intermède, retrouvons nos candidats sous les projecteurs du jour. Voici les questions principales qui turlupinaient leur esprit à l’âge assez périlleux où l’on n’est plus un enfant sans avoir la certitude d’être encore vraiment un homme.
-Va t-on considérer que je suis un adulte?
- Suis-je vraiment dans la norme, ou hors normes?
- Ai-je les bonnes mensurations?
- Vais-je être la risée de l’assemblée ?

Bon, inutile de tergiverser plus longtemps, quand il faut y aller, il faut y aller, de toute façon, on n’a plus la possibilité de faire autrement, il est impossible de s’éclipser miraculeusement ou de se rendre totalement invisible ! L’heure fatidique vient de sonner! Nos futurs vers de terre sont aiguillés dans la grande salle où siège une fois par mois le conseil municipal et où l’on doit, c’est un comble, obligatoirement s’isoler avant d’aller déposer le bulletin dans la fente de l’urne. Nos bientôt troufions sont instantanément dans le grand bain! Face à eux, se trouve le médecin major, et cerises au pluriel sur le gâteau, le conseil général est au complet, épaulé par tous les maires du canton! Rassurez-vous, ce voyeurisme était couvert par une loi étatique, alors pourquoi nos représentants légaux se seraient ils privés de ce privilège ? Tout le monde trouvait cela naturel à une période où le nudisme était sévèrement condamné par une autre loi! Abracadabra et le tour est joué !

C’est donc face à une tablée d’hommes secondés parfois de quelques femmes, (ne perdons pas de vue que, dès 1925, la gent féminine a pu siéger au sein des conseils municipaux), qu’il fallait se balader dans sa plus stricte intimité ! Il était, paraît-il, toutefois difficile, voire impossible, d’avoir une subite érection et on n’a pas rapporté non plus de mort subite. L’émotion était intense mais les jeunes cœurs ne souffraient encore d’aucune anomalie ! Eh oui !.. Chères lectrices et chers lecteurs, il n’est pas impossible depuis 1945 d’être maire et mère de famille ! Le plus drôle, me direz-vous, est d’être maire et père de famille! J’espère que vous me suivez toujours, autrement, réclamez- moi une pause. Ces représentants de l’état, installés aux premières loges, ne pouvaient donc rien manquer du spectacle permanent d’une montagne de chair fraîche qui allait se présenter face à leurs yeux ébahis.
Le cheminement était tout tracé, un rituel bien rodé avait été mis en place depuis des décennies. Il était donc impossible de se perdre dans ce parcours, il suffisait bêtement de suivre les flèches fraîchement tracées au sol.

Voici le déroulement du film, silence, on tourne! Tout d’abord, on toise l’animal puis on le pèse, ensuite on contrôle son acuité visuelle et on finit le tour du spécimen en lui demandant de se mettre à l’écoute de quelques sons pour tester son audition. Maintenant, reste à savoir si sa poitrine ou, si vous préférez, son torse dénudé est en harmonie avec le haut de son buste. Pour cela on use de stratégies infaillibles. Dans un cérémonial tracé au cordeau, on inspecte le dessous de ses aisselles en les palpant minutieusement afin de pouvoir détecter si quelques ganglions perdus sous les premiers poils pubères ne s’y cachent pas! On mesure la longueur de ses bras en pouces
ou en pieds, il ne faut surtout pas qu’un membre soit plus long que l’autre ! Puis on s’attarde sur la dimension du tour de sa poitrine qui est jugée forte, moyenne ou étroite. Aussi naturellement que possible arrive l’instant solennel du couperet où l’on scrute son entrejambe grâce à un savant palpage de ce qu’il a de plus précieux! Cela permet au passage de vérifier si le compte est bon et si les deux boules sont bien descendues dans leur emplacement définitif. Pour finir ce processus de prospection au peigne fin, on mesure sa longueur d’entrejambe. Puis, chose très importante, on vérifie si ses pieds ne sont pas plats car ce type de panard est considéré inapte aux marches à venir de notre cher petit canard. Le médecin-major, très méticuleux, vérifie le blanc des yeux, l’état des narines, la dentition, puis l’ensemble des réflexes sont jugés à la réaction grâce à des coups secs sur les genoux entre autre. La souplesse est également notée après quelques mouvements bien spécifiques, on se positionne alors à «coucoulou» c’est-à-dire accroupi, et on se relève l’instant d’après. Voici une petite anecdote qui ne manque pas de verve. Le toubib qui avait trouvé un Faycellois de pure souche un peu maigrichon lui a fait part de son appréciation : -Mon bonhomme, il va falloir faire un peu de sport ! Notre rude vigneron, vexé de cette outrecuidance, lui a répondu : - Je travailha la vinha, ieu...ai pas besoun de fàser despòrt ! Je travaille la vigne, moi, j'ai pas besoin de faire de sport.

Je peux vous résumer ce premier parcours du combattant, puisque vous me le demandez si gentiment, à la manière de l’illustre journaliste animateur de la première chaîne française qui couvrait tous les événements importants, j’ai nommé l’immense, que dis-je, l’illustre, allez, n’ayons pas peur des mots, l’inimitable Léon Zitrone. En espérant qu’il ne montera pas crescendo sur ses grands chevaux! Voici sa prise de parole depuis la tribune d’en face : - Bonjour Mesdames, bonjour Mesdemoiselles, bonjour Messieurs, ici Léon à Faycelles pour vous faire vivre comme si vous y étiez l’examen physique annuel des futures recrues du service militaire national ! En ce 6 juin 1960, quinzième anniversaire, faut-il que je vous le rappelle, du débarquement en Normandie, nous allons assister à une évaluation poussée de plusieurs poulains nés dans la commune et âgés de vingt ans révolus. Pour eux aussi va débuter, vous allez vous en rendre rapidement compte, le jour le plus long. Je tiens à vous préciser au passage que les pouliches n’ont pas été convoquées et que par voie de conséquence, il n’y aura pas encore cette année de médaillons décernés avec la mention : « Bon pour les garçons». Sachez-le ! Mais je suis obligé de stopper cette mise au point nécessaire, les lois du direct m’y obligent. Certains mâles arrivent juste à temps. Venus du diable Vauvert, ils ont quitté leurs écuries ce matin, réveillés dès les premiers cocoricos. Je les aperçois maintenant avec mes jumelles dans le virage où est érigé un ouvrage mortuaire à la gloire de leurs aïeux. Ils ne m’apparaissent pas très emballés, la bride détendue, serrant le mors aux dents, le fouet entre les pattes, je les sens visiblement sur la retenue, pas un seul de ces jeunes étalons ne dodeline de la croupe ! Ils arborent tous des tuniques grises et des cravates aux couleurs bleues, blanches et rouges. Ils sont toisés de crins blonds, noirs et roux ! Ils viennent à l’instant d’intégrer le paddock d’exposition sous les regards déjà très intéressés des membres actifs et inactifs du jury au complet. Jury, je le précise, fidèle à cette concentration animale que je baptise « rince toi l’œil gratuitement » ! Les canassons m’apparaissent maintenant tels des agneaux sevrés depuis peu qui se rendent à la tonte à la queue leu leu, ou bite à cul si vous préférez, selon la célèbre expression imagée des militaires. Ils se déplacent désormais à pas feutrés de poste en poste. Ils se déclinent les membres ballants ou croisés sur le torse, l’échine courbe ou l’encolure haute, le regard clair ou éteint, l’arrière-train flasque ou rebondi, leurs narines semblent sensibles au courant d’air et les poussent à des éternuements nerveux. Plus ou moins bien montés, il faut en convenir, ils trépignent d’impatience sur place en frappant du sabot tout en se demandant avec anxiété, je suppose, car je les sens fébriles, quand cette mascarade équine prendra fin! Ils ne se sentent pas prêts de toute évidence à vouloir honorer fièrement une première montée du drapeau ! Permettez-moi, s’il vous plaît, d’interrompre un instant, je ne peux plus soutenir ce flux d’images, elles bouleversent mon esprit admirateur…Non ! Pardonnez mon émotion de speaker, pour la première fois de ma jeune carrière, je sens, je vous l’avoue, monter en moi une fièvre de cheval ! A vous les studios, à vous Cognacq-Jay !…
-Punaise, heureusement que la pouliche Simone n’était pas à mes côtés !….Je ne sais pas comment j’aurais pu contenir ses ardeurs!
-Chut ! Chut…Ne parlez plus, Léon, les micros sont encore ouverts, vous êtes toujours à l’antenne !
Ah ! Ce direct, il nous en aura joué des tours!

Poursuivons sans le roi Léon. La délivrance de nos bidets en herbe, bientôt bidasses, n’interviendra qu’après deux longues heures de mise en scène stressante ! Ils pourront alors enfin voir le rideau tomber! Mais ils ne pousseront un hennissement de soulagement que lorsqu’un gradé placardé leur tendra une feuille où sera inscrite la mention: "Bon pour le service". Nos acteurs d’un jour pourront alors aller se rhabiller sans les applaudissements! Enfin libres de toute attache, nos destriers confirmés et libérés s’empresseront alors d’aller acheter des colifichets et le très mérité et très attendu médaillon : "Bon pour les filles!” Ils ne l’auront pas volé, entre nous, ni trouvé sous une de leurs galoches ferrées de neuf pour l’occasion. Ayons quand même au passage une pensée émue pour l’éventuel enfant qui aura échoué aux épreuves physiques imposées. II deviendra bien malgré lui la cible des bouches sombres de la commune aux multiples railleries malveillantes. J’aurai l’occasion de vous parler de leur langue fourchue dans un prochain récit. La nuit qui va suivre promet d’être festive pour nos heureux pioupious, l’unique café du village est pris d’assaut ! Le bar ne manque pas de munitions mais ne sert qu’à l’échauffement! Le lieu par contre est tragiquement dépourvu de jeunes filles! Aussi, dans un élan commun irrésistible, ils se rendent tous à pied à Figeac où nos grands-mères les attendent bras ouverts pour une folle nuit dansante aux airs d’accordéon et aux câlins inoubliables ! Ils se mettent tous au service des galantes, sorties des chaumières exprès pour eux! Après tout, ils viennent d’obtenir l’autorisation de les séduire. Je viens de vous parler d’un temps que seuls les gens de plus de 75 ans ont pu connaître ! C’était le bon temps, n’est-ce pas? Imaginez-vous aujourd’hui à la mairie de votre ville en âge de faire votre service national, face à votre maire et à tous les élus du canton! Dans quel état d’esprit aborderiez-vous cette satanée visite obligatoire ? Eh oui, les filles, les héros de mon récit se sont rhabillés ! Que c’est dommage, n’est-ce pas?
 
IMG_1039.pngBergon, lo campanièr de campanas! Bergon, le campanier de Faycelles! Diga, mameta, me contas l'istòria de Bergon e de sa Mariton a Faicelas?
Dis, mémé, tu me racontes l’histoire de Bergon et de sa Mariton à Faycelles ? Cette histoire vécue, je la connaissais aussi bien qu’elle, et je me plaisais à la réentendre, aussi il n’aurait pas fallu que ma pauvre grand-mère saute un seul paragraphe de ce charmant récit riche en enseignement, car j’étais très attentif à ses paroles, et elle aurait immédiatement entendu un premier son de cloche ! Tout d’abord il faut camper l’individu ! Pour cela, je vais vous parler en quelques lignes de sa famille. Sa grand-mère maternelle était née sur le rocher troglodyte qui domine la montée abrupte de la châtaigneraie en dessous du village de Faycelles. Beaucoup de malheureux avaient choisi cet endroit providentiel qui les protégeait un peu d’un climat aux rudes variations. Les hivers étaient bien plus rigoureux qu’aujourd’hui, les plus anciens ont en mémoire des mois où les températures oscillaient entre moins dix et moins vingt degrés. Cette petite plateforme providentielle qui leur offrait un toit avait été taillée dans la roche au fil des millénaires par l’érosion, elle n’avait rien de confortable mais avait le mérite d’exister et quand on est miséreux, on se contente de très peu! Le grand-père de Bergon avait participé à la guerre de 1870 et s’était comporté, rapporte t-on, en soldat exemplaire. Cette très longue absence loin de ses parents avait été précédée du service militaire. Cet éloignement lui avait permis de faire connaissance avec une partie de sa patrie. Bien souvent les jeunes gens de nos fermes n’avaient que cette occasion pour quitter l’endroit qui les avait vus naître! C’était d’ailleurs une phrase-clé de l’armée pour inciter les hommes à rejoindre le drapeau: «Engagez-vous, vous verrez du pays !» Pour cela fallait-il encore être jugé apte le jour de l’inévitable conseil de révision! Cela me permettra, dans une prochaine histoire vécue, de vous décrire cette fameuse journée où les futurs conscrits de la commune étaient soumis à une suite d’épreuves autant physiques que morales avant de s’entendre dire: «Bon pour le service, bon pour les filles» et enfin d’avoir l’autorisation d’arborer fièrement sur leur beau veston la cocarde tricolore!

Cette notion d’évasion loin de son clocher me remémore une petite anecdote que je ne peux pas passer sous silence. Alors qu'il était souffrant pour la première fois de sa vie, le brave Gaston natif de Lavalade dut se rendre à Cahors afin d’être hospitalisé. Notre malade installé confortablement à l’arrière de la reine des voitures voyait défiler le paysage quand il a subitement prononcé cette phrase en patois ! Elle en disait long sur son dépaysement: « Eh plan!...auriái pas jamai cregut que França èra tan granda!» «Eh bien!...je n'aurais jamais cru que la France était si grande!». Rien ne vaut, vous voyez, un déplacement en grandeur nature, il permet de se faire une idée précise de l’étendue des choses. Comme la vie loin du nid natal forme la jeunesse, notre brave Bergon, à la fin de son incorporation sous les drapeaux, avait tenté l’aventure dans la capitale où il s’était adonné au rude métier de livreur de charbon. Il était très fier de pouvoir raconter qu’en ce temps-là, chargé de deux gros sacs d’anthracite, il gravissait plus de six étages sans être essoufflé ! L’appel de l’air pur du pays cependant et les fameuses résonances de cloches ont rapidement eu raison de ce court exode. C'est donc en accord avec sa conscience qu'il a pris la décision de rejoindre sans plus tarder sa terre natale. Bergon y a trouvé presque aussitôt un travail et il s’est avéré rapidement indispensable à la vie du village et de ses alentours. Il a même cumulé les fonctions grâce à une de ses passions, en devenant marchand d’ânes. Il avait en effet un amour démesuré pour ces quadrupèdes têtus à grandes oreilles! Dans un premier temps il se fit campanier ! C'était un personnage très important, essentiel même, il assurait le lien qui unissait l’ensemble de la communauté gravitant autour du clocher de l’église. C’était en quelque sorte un des premiers fonctionnaires mal rémunérés et non reconnu officiellement par l’administration. De là à dire que cette corporation ne mérite aucun salaire, je ne me risquerai pas à un tel raccourci!
Je ne veux pas, chers lecteurs, ici susciter vos foudres et devenir la cloche à abattre, mais le diablotin que je suis aime gentiment attiser la surchauffe. Cela dit, je ne prends pas un grand risque car mon clocher est équipé d’un bon paratonnerre!
Le travail principal de Bergon était axé bien entendu sur les annonces des offices religieux, cela se faisait par un vol de sonneries préalables précédant successivement de soixante, trente, et cinq minutes le début de la cérémonie. Cette méthode servait de métronome afin de prévenir les hameaux les plus éloignés. Les fidèles avaient alors le temps matériel d’arriver à l’heure à l’église car le plus souvent, cette approche se faisait à pied. Mais bien entendu les cloches ne se limitaient pas à cet appel, elles jouaient aussi le rôle aujourd’hui encore tenu dans toutes nos villes par les sirènes. Elles étaient bien plus charmantes et avaient une résonance bien plus mélodieuse que les hurleuses de nos cités que les gens du pays qualifiaient d’inhumaines, celles d’un monde qui devenait à leurs yeux trop moderne, où la spiritualité était moins propice aux prières et à l’appel du Seigneur. Rien ne peut remplacer dans ce rôle l’angélus, n’est-ce pas? Le matin, semblables au maître à la crête rouge et aux élans de roi dans la basse-cour , elles tintaient l’heure du réveil, les vibrations sonores de midi étaient suivies du repas des paysans et des ouvriers, elles obligeaient les femmes à presser le pas, le panier sous le bras. Dans les chemins tortueux entretenus par les bergers, certaines allaient à la rencontre de leur mari qui travaillait les champs dans la plaine. D’autres prenaient la direction du causse où le chef de famille gardait les moutons tout en façonnant des murets qui leur servaient de clôture et des caselles qui les abritaient en cas d’intempéries! Bergon était également un journalier, et pour cette raison, il lui arrivait de se suspendre à la corde quelques minutes avant l’heure précise, on ne lui en voulait pas pour autant, tous les gens du pays bénéficiant ainsi de cette aubaine bergonniènne ! Evidemment, quelques-uns lui en faisaient de temps en temps la remarque, c’était à leur tour d’entendre un son de cloche !…Il leur répondait immanquablement: -En çò de-me es abans tot l'estomac que parla!…Chez moi c’est avant tout l’estomac qui parle! La sonnerie du soir, quant à elle, arrivait enfin, elle invitait à lâcher le manche de l’outil et à rentrer les bêtes à l’écurie. La longue journée n’était pour autant pas achevée, il fallait encore traire! Le labeur à la campagne est aussi fractionné par le rythme des animaux, quand le concert des meuglements et des bêlements se fait mélodieusement entendre!

Mais revenons à nos très chères cloches qui assuraient toutes sortes de fonctions!
Elles invitaient les gens à écouter le crieur public, lequel jouait le rôle d’une radio locale, elles annonçaient les événements exceptionnels! Le triste tocsin signalait une déclaration de guerre, un cataclysme ou un incendie et c’étaient alors les cœurs des pauvres gens qui battaient à l’unisson ! Joyeuses, elles fêtaient l’armistice, elles étaient alors les témoins privilégiés des liesses populaires.
Le carillon faisait partager les joies de l’entrée en chrétienté d’un nouveau-né par le baptême, il annonçait à toutes volées l’union d’un couple dans le mariage. Le triste glas qui sonnait deux coups pour les hommes et un coup pour les femmes ponctuait les décès tout en accompagnant le défunt vers sa dernière demeure ! Les cloches avaient aussi le pouvoir magique de faire fuir les orages porteurs de grêle! Dieu, cependant, avait le pouvoir de punir pour des raisons diverses l’ensemble de la commune et après un désastre, des voix paysannes s’élevaient en disant : - Prengam en nòstres, es lo tot poderós que l'a volgut! - Prenons-nous-en à nous, c’est le tout puissant qui l’a voulu ! Ce battant mobile en acier fixé solidement sur son axe, comme vous le constatez, avait un rôle capital dans l’existence de nos braves campagnards dès qu’il prenait vie, agité intelligemment par la main de l’indispensable Campanier. Bergon était récompensé chaque année des services qu’il rendait à l’ensemble des âmes de la commune. Lorsque la saison des récoltes enfin arrivait, il allait de propriété en propriété pour percevoir en quelque sorte sa dîme, il en avait rendu des services, et les paysans le récompensaient aussi généreusement que possible, c’était en quelque sorte un juste retour d’un écho de cloche ! Mais là ne s’arrêtait pas son grand talent, il était également chantre à l’église, et bien que n’ayant jamais appris un mot de latin, il faut reconnaître que dans l’ensemble, il le possédait fort bien. Il entonnait les chants grégoriens et avec son accent rocailleux bien particulier, doublé d'une voix très haute, il suivait les notes en escaladant ou en dévalant la gamme, c’était un virtuose des sons, le baryton du chœur et des rimes à faire pâlir de jalousie les voix des piliers d’église à trente lieux à la ronde! Ce don du ciel qu’il possédait avec grâce lui a permis de gravir l’échelle de la reconnaissance ou de la renommée si vous préférez. On l’éleva au rang d’annonceur public. Excusez-moi mais quand je parle de Bergon, je n'ose pas, par respect pour ses cordes vocales, employer le terme de "crieur!" Le dimanche à la sortie de la messe, il avait toujours des bons conseils à donner, et les nombreux pratiquants l’écoutaient religieusement et se confiaient même aux oreilles du chanteur éclairé! Un confessionnal de groupe à l’air libre en quelque sorte! « Ben ausit, aqueles prepauses èran divulgats dins la lenga del país en pateses ! Sols los iniciats podián comprene ! Lo vertadièr latin, coma s'agradava a m'o repetir mon oncle qu'èra professor de francés latin grèc!» paroles que je vous traduis ici: « Bien entendu, ses conseils étaient divulgués dans la langue du pays en patois! Seuls les initiés à ce merveilleux langage pouvaient le comprendre! Le vrai latin, comme se plaisait à me répéter mon oncle Roger qui était professeur de français- latin-grec ! »

Notre homme vivait de moins que rien avec sa pauvre chérie, la Mariton. Ils mangeaient régulièrement les vieilles carcasses de chèvres qu’ils mettaient au sel! Bergon les avait achetées à la foire pour une bouchée de pain. Dans nos campagnes, on conservait la viande des animaux dans une maie, grand coffre en bois muni d’un couvercle amovible. Le réfrigérateur, pour les plus jeunes d’entre vous, n’est apparu que bien plus tard ! Ils vivaient ainsi et pour rien au monde ils ne se seraient plaints, ils ne se considéraient pas comme des déshérités. Quand on se contente de l’essentiel, on peut sans problème toucher du doigt le bonheur. Sa brave Mariton savait à sa manière le gâter parfois et il lui en était très reconnaissant. « Giga Marie ! Tu me gastas ! » « Dis, Marie, tu me gâtes ! » Ils étaient braves et simples, et pour rien au monde, ils n’auraient porté tort à quelqu’un, contrairement à beaucoup de langues de vipères qui sillonnaient le pays en crachant leur venin! Ils vivaient chichement, certes, mais dignement, et paraissaient très sereins, c’étaient des sages comme l’on n’en rencontre pas beaucoup de nos jours ! La Mariton le régalait parfois d’une belle tête de mouton, c’était la tête de veau du pauvre! On l’utilisait surtout au pays pour la pêche à l’écrevisse dans les ruisseaux aux eaux cristallines! Ces petits homards d’eau douce d’origine autochtone ont pratiquement disparu aujourd’hui, ils avaient colonisé nos petits cours d’eau où ils pullulaient. Malheureusement, ils ont été les premières victimes de la pollution. On utilisait un système ingénieux en forme de balance pour les capturer. L’appât aux odeurs puissantes à base de viande avariée de moutons les attirait dans l’antre d’une large vasque, il suffisait alors de soulever le piège et le tour était joué ! En ces temps glorieux, les mets des riches pouvaient être servis sur la table des misérables. Ainsi la truffe noire, l’écrevisse, le cèpe entre autres venaient-ils s’inviter dans les assiettes creuses des gueux.

Mais revenons à ce jour de festin chez les Bergon! Sa tendre épouse, par mesure d’économie, n’enlevait pas les yeux de l'animal sacrifié! Les badauds curieux qui tendaient l’oreille pouvaient entendre leur conversation, la porte étant toujours ouverte hiver comme été! Un agréable courant d’air assainissant parcourait ainsi l’unique pièce avec son cortège de mouches par forte chaleur, et par temps froid, cette ingénieuse idée permettait de ne pas enfumer l’entourage ! Alors que ce fastueux dîner avait débuté, notre Bergon s’est adressé à la Mariton et de sa voix de baryton s'est mis à l'interroger sur un détail qui, à première vue, semblait anodin mais qui, à deuxième vue, a fini par l'inquiéter! - Diga, Marie, los èlhs se manjan ? - Oc ben, Bergon, tot se manja ! Tot se manjea ! Dis, Marie, les yeux se mangent ? - Oui, Bergon tout se mange ! Notre pauvre homme, qui ne voulait surtout pas contrarier sa Mariton chérie, toujours docile, obtempéra sur-le-champ ! Il faut dire qu’il lui vouait une véritable passion, que dis-je, un véritable culte. Dans la vie, il avait trois priorités ! « Ça que aimi lo ma, après lo bon Dius e la nostra Marie, aquos és lo tabac !» « Ce que j’aime le mieux après le bon Dieu et notre Marie, c’est le tabac !». Curieusement, il avait oublié les ânes ce jour-là! La gentille Mariton n’avait pourtant rien d’une beauté, c'était un tas de nerfs qui frôlait le nanisme, en plus elle se tenait voûtée et avait été avantagée par une certaine prédisposition à la pilosité. Bref, on ne s'attend pas à voir autant de traits négatifs sur une aussi petite personne. Mais vous le savez comme moi, l’amour est aveugle, et quand Bergon vous parlait d’elle, il la décrivait comme une des sept merveilles du monde. D’ailleurs, un jour qu’il était en train d'évoquer des souvenirs de caserne et qu’il mettait en avant la très belle prestance de son colonel droit dans son uniforme et dont il avait été le planton, il flatta la magnificence de sa perle rare ! Elle était, à le croire, la plus belle créature que la terre eut portée! Il lui était impossible de la décrire, et de superlatif en superlatif il a fini par lâcher cette image digne du culte inconditionnel qu'il lui portait : - Agacha ! Réa polida, polida ! Té, tant polida que la nostra Marie - Regarde! Elle est belle, belle ! Tiens, aussi belle que notre Marie. Il parlait bien entendu de la Sainte Vierge! Beauté extérieure et intérieure d'une mère vénérée que l'on ne peut en aucun cas mettre en doute!
On raconte que ce culte de la passion amoureuse le poussait carrément à l’héroïsme! Lorsqu'il revenait d'une cueillette de champignons où la diversité pouvait créer le doute par rapport à la comestibilité, il avait le sens du sacrifice! Il s'affairait à les trier et à les préparer. D'un bon coup de fourchette, il les dégustait et en laissait une bonne part pour sa Mariton. Rassurée, son âme sœur pouvait ainsi manger les restes le lendemain sans arrière-pensée!
Il l’aimait à en mourir !

Voici sa chanson : il avait plusieurs métiers !
Je m’appelle Bergon
Je suis un maquignon
Quand je vais à la foire
Je prends mon bâton,
Quand j’active les cloches, Je n’ai rien d’une cloche!

M'apèli Bergon
Soi un maquinhon
Quand vau a la fièra
Preni mon baston!
Quand activi las campanas
Ai pas res d'una campana!
 
IMG_0344.pngIMG_0347.jpegLe Quercy avant la Révolution avait de très larges épaules!


Je vais vous parler aujourd'hui des Igues! Non pas de mézigues, ou de tézigues, ou de sézigues, des igues tout simplement. Si vous vous promenez un jour dans la forêt de la Braunhie, faites attention où vous posez vos pieds, les marches risquent d’être très hautes. On a l’habitude d’entendre parler du gouffre de Padirac à juste titre, c’est le plus grand, le plus beau, et surtout le plus accessible pour les touristes. Mais le Quercy est truffé de ce type de profondes cavités appelées Igues. Le plus proche de Figeac se trouve dans le secteur de Montbrun. À une encablure des source de la Diège, se trouve le trou de Gargantua, vous savez, le fameux Gargantua à l’appétit gargantuesque du poète François Rabelais. Notre promenade commence à trois kilomètres de Villeneuve sur les chemins bucoliques où jadis le géant Gargantua rôdait. Nous sommes donc toujours en zone quercynoise. Il y a quelques millions d’années, une plage de sable fin se trouvait à Peyrusse-le-Roc!

Voici la légende :

Cette créature à l’immense stature avait un appétit incroyable, j’allais dire d’ogre, pour employer une image bien connue, mais c’était bien plus que cela ! Ah oui ! Il était gargantuesque ! Imaginez plutôt, il dévorait un troupeau de moutons pour son repas si l’on en croit la légende! Dans notre région, on lui attribue un trou ou une doline à quelques centaines de mètres de Salles-Courbatiés. Gargantua était un géant pas comme on a l’habitude d’en voir aujourd’hui à Figeac, bien sûr que non !…Gargantua était bien plus grand que cela, il était gigantesque! A l’époque de sa folle jeunesse, il se baladait à grandes foulées et, dit-on, il arpentait le sud de la France en sautant de causses en causses, par-dessus les rivières et les lacs qui n’étaient pour lui que des petits ruisseaux ou de vulgaires flaques d’eau. Dans notre région, un jour, il s’arrêta au bord de la source de la Diège pour s’y désaltérer. Il était sur le point de tarir la source quand il observa d’un regard intéressé tous les moulins qui se succédaient le long de ce charmant ruisseau. Après mûre réflexion, il se dit que la terre de ce petit secteur devait être fructueuse. Pas de doute, elle ne pouvait fournir du blé qu'en abondance, le nombre plus que conséquent de meuniers en était la preuve évidente. Les paysans d’antan comme ceux d’aujourd’hui étaient très attachés à leur arpent de terre et les géants, croyez-moi, ne faisaient pas exception à cette règle bien établie. Gargantua s’interrogea soudain comme il avait rarement eu l’habitude de le faire et pensa qu’il serait plus que judicieux de ramener une bonne poignée de terre en échantillon à ses congénères. C'est ce qu’il fit sur-le-champ. Il creusa délicatement un coin de terre à portée de bras, puis mit la précieuse marchandise dans la poche de son pantalon. Cette idée géniale lui arracha un sourire et sans plus attendre, il se remit en route.
Mais vous avez sûrement entendu parler de l'accoutrement des jeunes à cette époque très reculée. Un peu dans le style négligé de Jésus, tête en l’air aux cheveux longs, la barbe abondante, un gros joint à la bouche, enfin, c’était l’allure du parfait géant dans sa juvénilité exacerbée et cette image lui collait à ravir à la peau ! En se baladant par monts et par vaux, comble de l’élégance, il avait déchiré et troué tous ses vêtements. Aussi, dans la foulée, après quelques pas de géant, la poignée de terre se répandit en un immense tas sur le sol. Bien entendu, il ne s’en aperçut que bien plus tard et, dépourvu de GPS, il se remit sans se démonter un instant à courir entre le Ségala et le Lévezou. Les gens du pays, ne l’apercevant plus, sortirent timidement de leur cachette et découvrirent l’immense trou béant puis, à quelques encablures, le non moins demeuré tas de terre compacté !Voilà pourquoi les gens du coin appellent ce trou, qui deviendra un jour une igue puis un gouffre, le trou de Gargantua. L'immense tumulus, quant à lui, est attribué à la poignée de terre échappée de la poche trouée du géant rabelaisien!
 
Dernière édition:
Ce matin deux phrases très fortes !

Voici la première elle est au combien vérifiée !

Il existe une séparation bien plus douloureuse dans le temps que celle imputée à la mort d’une personne qui nous est chère c’est celle d’un cœur mortellement blessé qui saigne suite à une rupture conjugale !

Mise à part, lorsqu’il s’agit de la mort d’un enfant, ce qui n’est pas dans la logique des choses !

Voici la deuxième…IMG_0340.jpeg!

Inclinons-nous face à la mémoire et le souvenir de nos parents, de nos amis et de nos camarades bien trop tôt disparus. Ils sont légion, ceux qui nous attendent pressés de revivre parmi nous. Évoquer leur ombre au cours d’une réunion de famille, exprimer ce que l'on ressent pour eux est une satisfaction personnelle ; c'est, ce me semble, les serrer une fois de plus dans nos bras !
Comptons parmi les chagrins les plus redoutables de la vie, celui de perdre les personnes que l’on aime sans pouvoir vieillir encore plusieurs années ensemble, et sans pouvoir les retrouver lors des rencontres fraternelles autour de la grande table.
 
Une réponse géniale de mon amie la centenaire!

À mon amie, Emilie, toujours très alerte malgré ses 102 ans j’ai posé la question habituelle :
Quel est ton secret pour vivre si longtemps ?
Elle m’a répondu sans l’ombre d’une hésitation : - Mais Maurice, j’ai bien trop peur de mourir !

A ce soir….
 
Roger Martin du Gard très reconnaissant
IMG_0359.jpegDeux médecins opèrent à cœur ouvert à Figeac ! Je suppose que chez-vous ces hommes de cœur devaient également exister

Oui, mais cela se passait à une autre époque

Reconnaissance aux frères Jacques.

Bien entendu, lorsqu’on parle de Figeac, deux noms reviennent inlassablement, vous les avez tous en mémoire : il s’agit de Jean-François Champollion et de Charles Boyer. Aujourd’hui je tiens à vous présenter deux hommes exceptionnels. Deux personnages de l’ombre, mais dévoués cœurs et âmes à leur profession de médecin. Je vais d’abord vous parler de Monsieur Chancel car je l’ai bien connu personnellement. Il avait son cabinet dentaire boulevard Georges Juskiewenski. A peine le petit escalier en pierres sèches franchi, on se trouvait face à l’entrée où un petit couloir étroit nous dirigeait vers la salle d’attente. Confortablement installés, on pouvait à loisir lire quelques revues éparpillées sur une table basse. Depuis, ce décor sobre a peu évolué, me direz-vous ! Les émanations médicamenteuses aux effluves bien connues venaient emplir alors nos narines et, comme si cela ne suffisait pas à nous rappeler que nous étions dans un cabinet dentaire, on percevait un sifflement harmonieux bien caractéristique en prémices à un petit air de douleur promis!
Rien cependant de très décourageant, notre brave praticien avait des années d’expérience derrière lui ! Une retraite bien méritée allait bientôt lui permettre de regagner sa grande propriété boisée située en Auvergne. Aussitôt dans l’enclave du cabinet, je m’installais confortablement sur le fauteuil incliné en lui disant: « Vous savez, je viens vous voir pour une douleur à une dent, cependant, je n’ai pas d’argent pour vous régler les soins !» Le serment d'Hippocrate était donc par nécessité immédiatement appliqué. Mon soignant, vêtu d’une grande blouse blanche, me mettait immédiatement en confiance en me lançant la phrase suivante :« A t-il été une seule fois question d’argent entre nous?». Tout en actionnant sa terrible roulette à l’intérieur de ma bouche qu’il maintenait grande ouverte grâce à un de ses doigts, il me parlait de ses plantations de sapins, de ses poulets et autres animaux à quatre pattes qui peuplaient son domaine. Il ne manquait pas de me causer aussi de ses consœurs qui exerçaient depuis peu dans notre vieille cité. Au passage, elles en prenaient plein les dents. Il m’avait rapporté qu’un patient était venu le consulter pour l’extraction d’une molaire. Cette dent résistante était ancrée de telle manière que nos dentistes féminines n’avaient pas réussi à la déloger d’une mâchoire qui avait fini par être meurtrie à vif ! « Heureusement que j’étais là pour achever le travail » me lança t-il ! Chirurgien dentiste c’est un métier d’homme, faut avoir de la poigne pour ne pas se manquer! Cette façon maligne qu’il avait d’entretenir une conversation qui ne pouvait aller que dans un sens détournait mon attention, ce qui me permettait de faire l’abstraction d’une douleur souvent montante pendant le soin. Il me regardait avec ses yeux vitreux et j’avais beau lever le bras pour lui signaler une vive douleur comme il avait été convenu dans notre pacte, l’engin tournant à plusieurs milliers de tours à la minute finissait sa besogne hautement curative. Je n’allais quand même pas me plaindre d’un soin qui était gratuit!

J’ouvre une petite parenthèse pour vous parler de l’époque d’avant où l’on pouvait trouvait la mort suite à une rage de dent. Je rappelle pour les plus jeunes d’entre vous que les "arracheurs de dents" se tenaient au service de la population sur les places des villages jusqu’à la fin des années trente. Le service dentaire local se déplaçait généralement le jour de la foire aux bestiaux. Il était inutile de prendre rendez-vous, voilà pour le côté pratique. Pour couvrir les hurlements des patients, les roulements de tambour se faisaient entendre, il faut ajouter que les pinces monseigneur non stérilisées ne laissaient aucune chance aux dents creuses excessivement douloureuses et tremblantes montées sur coussin d’air ! L’expression "mentir comme un arracheur de dents " prenait alors tout son sens, car elle intervenait après ces paroles rassurantes : « Approchez-vous de moi sans crainte, avalez ce verre de gnôle, vous ne sentirez rien !» En avant la musique ! Et au suivant ! Le verbe extraire n’avait pas encore acquis ses lettres de noblesse. En parlant de noblesse et avant de refermer ma bouche sur cette parenthèse rigolote, savez-vous pourquoi l’ensemble de la bourgeoisie et de la royauté ne sourit jamais sur les peintures qui les représentent ? Trois…deux…un…zéro !Tout simplement par rapport à l’intérieur de leur bouche dans un état pitoyable ! Il va falloir que vous pensiez à édenter vos acteurs, Messieurs les réalisateurs, lorsque vous campez la royauté par exemple, sur la bande cinématographique ! Le Roi Soleil n’était pas doté d’un sourire éclatant aux émanations printanières, son ministre Jean Baptiste Colbert non plus à l’opposé du Président Macron et de sa première Ministre Elisabeth Bornée aujourd’hui ! Ah non ! Pardonnez-moi cette erreur volontaire, c’est le surnom que je lui ai donné : je parlais naturellement de Madame Borne ! Les sans-dents d’autrefois ne faisaient pas forcément partie du pauvre peuple, comme vous le constatez. Les implants à 6000 euros la dent ne sont venus au secours des nantis que bien plus tard!
Eh oui! Pauvres hères,vous n’avez pas toujours eu à souffrir d’une différence physique avec la haute société.

Revenons aux années soixante où frère Jacques, c’est ainsi que je l’avais surnommé par apport à son prénom, était connu des pauvres gens de la région. Il prodiguait des soins sur les ratiches des malheureux sans leur demander le moindre sou. Il avait su me rassurer en me disant que j’étais doté d’une belle dentition pour l’époque, je n’ai connu la brosse à dents qu’en 1967 à mon entrée au lycée Champollion. Son diagnostic, je dois le reconnaître, a été excellent, je peux encore aujourd’hui mordre dans une pomme sans me soucier de la dureté du fruit. Merci, Monsieur Chancel, vous avez permis aux sans-dents de ne pas se faire un sang d’encre. Des praticiens comme vous, j’en suis persuadé, n’existent plus actuellement.

Le deuxième personnage de l’ombre était médecin, il s’agit de Monsieur Issaly. Ma mère, qui était infirmière à l’hôpital de Figeac, m’en avait toujours parlé comme d’un être à la bonté inégalable. Une perle dans la profession! L’argent, lui aussi oubliait de le réclamer aux indigents, mais parfois également aux personnes moyennement aisées. Une petite anecdote à son sujet m’a été rapportée dernièrement. Il s’était déplacé à plusieurs reprises chez une grand-mère en fin de vie et, fidèle à son habitude, il l’avait soignée sans rémunération. Cependant, un voisin proche de la famille marquait ses passages sur un petit carnet. La vieille dame très âgée a fini, malgré ses bons soins, par aller à la rencontre de Saint Pierre, du moins c’est ce que le curé a sermonné le jour de son enterrement! L’homme fit part des visites répétées du médecin à un membre de la famille d’une honnêteté exemplaire, qui se rendit en consultation chez notre bienfaiteur avec la ferme intention de lui régler les notes d’honoraires. Après la question d’usage sur l’état de sa santé, Maître Issaly eut ces mots : « Que venez vous faire ici si vous n’êtes pas souffrant ?» « Je viens régler les visites que vous avez faites chez Madame L……..». « Je n’ai aucune idée du nombre de déplacements que j’ai pu effectuer chez cette brave personne !» «Ils sont notés ici, au nombre de six». «Je vous remercie, cher Monsieur, cependant mes soins pour cette dame ont été toujours gratuits, donc je n’accepte aucune somme la concernant». Ainsi ce brave praticien d’un autre âge exerçait-t-il son noble métier à Figeac. On pouvait le voir circuler en ville à bord de sa belle traction avant noire. Il avait ses habitudes et en bon vivant, à heure fixe, il discutait avec les habitués au comptoir de certains bars où il avait, rapporte t-on, son propre verre qui l’attendait. Comment ne pas être admiratif face à ces âmes du devoir qui ont pratiqué la médecine avec un seul souci, le bien-être des pauvres gens du peuple, avec en permanence en tête un serment que je rappelle ici : [Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité. J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés. J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité. Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.] Que le Divin, s’il existe, se souvienne de ces deux braves Figeacois exemplaires, hélas par beaucoup aujourd’hui oubliés! Le docteur Issaly a exercé des années trente environ jusqu’à la fin des années soixante, dans le même créneau que le chirurgien-dentiste Chancel.

Pour moi, dans un autre registre, c’est vrai, ils ont eux aussi leur place au panthéon de notre petite ville, au même titre que Jean-François Champollion et Charles Boyer! Une anecdote qui confirme le dévouement de ce praticien dans l’âme m’a été rapportée par Jean. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’épouse de Roger Martin du Gard, un écrivain français célèbre de la première moitié du vingtième siècle, lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1937, réfugiée avec son époux à Figeac, a elle aussi été soignée gratuitement . Dans la copie numérique de la lettre manuscrite retrouvée sur Internet, Roger Martin du Gard insiste pour payer ses honoraires à un docteur humaniste ! Il y avait à l’époque de nombreux médecins altruistes et passionnés par leur métier. Pardonnez-moi, restons simples, je voulais bien entendu parler de la disposition bienveillante que possèdent certains êtres pour leurs semblables ! C’ est malheureusement de plus en plus rare aujourd’hui, n’est-ce pas ? Je me demande même avec anxiété s’il en existe encore.
***
 
IMG_0364.pngIMG_0366.pngChaque village a eu ces personnages farfelus !
N’est-ce pas ?

Jupette et Taïaut ! Merci à mon ami Régis d’avoir su immortaliser l’emblématique Jupette grâce à son œil toujours en éveil et d’avoir su peindre avec l’art qu’on lui connaît notre cher Taïaut en un lieu que vous reconnaîtrez sûrement!

Ils étaient connus de nous tous au siècle dernier, ils ne sont pas passés inaperçus lors de leur existence, on ne les oublie pas.
L’une, parfumée, attirait les regards d’une manière toute en élégance ; l’autre, tout en relents, dégageait des odeurs qu’une mémoire même peu olfactive ne peut oublier.
Ils habitaient à peu près dans le même secteur, dans la région de Toirac. Tous les deux avaient pour habitude de se rendre à Figeac régulièrement de préférence les jours de marché et de fêtes!
Pas un coin du pays n’avait été absent de leur forte présence!
Le premier, qui était une figure typique de notre secteur, s’appelait Robert, mais tout le monde le connaissait sous le nom de Taïaut.
J’ai oublié le nom du second, le soleil ne m’a pourtant pas tapé sur la tête! Cette petite parenthèse pour vous dire que c’est ce que disaient les gens du coin quand ils parlaient de lui…Jupette, en effet, avait beaucoup voyagé et s’était exposé dit-on aux rayons verticaux du soleil africain.
De là, à établir un raccourci avec sa tenue quelque peu excentrique, il n’y avait qu’un seul pas à franchir!
Permettez-moi, d’ouvrir une seconde parenthèse, pour vous relater en quelques lignes l’histoire qui est arrivée à mon grand-père paternel. Après cinq années de légion, au début du siècle dernier, avec en prime la traversée du désert dans des secteurs très agités, il est recruté pour servir la patrie dans la garde républicaine à Paris. Un ancien de la garde a la mauvaise idée de le traiter de bleu dès son arrivée. L’insulte est inacceptable pour le béret vert. Il saisit son éperon et le lui plante dans le dos!
Geste qui lui vaut de passer devant la justice militaire, et d’être condamné sur le champ.
Il voit sa peine, cependant, réduite à son minimum, car le garde républicain qu’il a blessé reconnaît qu’il l’a provoqué.
Ma grand-mère vole à son secours, elle écrit au corps prestigieux en leur précisant que durant son séjour dans le désert, le sirocco et le soleil ont eu raison de son état mental. Réformé pour débilité, il n’en sera pas moins rappelé pour combattre pendant la grande guerre, où il sera décoré à deux reprises pour son héroïsme et sa bravoure les armes à la main, et cela lors des terribles batailles de la Marne en 1914 et de la Somme en 1916. Rappelons-nous que ces combats sanglants, de 1914 et 1916, se sont soldés par une turie! Trente mille enfants d’une vingtaine d’années sont morts dés la première journée! On peut donc en conclure que les coups de chaleur sur la tronche ne sont pas rédhibitoires pour devenir un excellent combattant, et défendre cœur et âme son bon et beau pays.
Ayant moi-même connu les commandos parachutistes du 8 RPIMA, je me demande si je n’aurais pas eu le réflexe que mon aïeul face à ce type de provocation, mais, me direz-vous, tel grand-père, tel petit-fils!
Mais revenons à nos deux lascars lotois.
Taïaut était issu d’une famille très ancienne qui figurait parmi les consuls du pays dès le XVIIème siècle. Ils avaient donc eu très longtemps des postes de responsables dans la vie de la communauté. Ils s’étaient construit un patrimoine non négligeable au fil du temps. Et notre brave Taïaut profitait des quelques richesses que ses braves aïeux lui avaient laissées en héritage.
On le sentait venir de loin, cet animal, je ne saurais vous décrire son odeur car, comme le disait justement le philosophe Alain, on ne peut pas parler de lumière à un aveugle! Ou difficilement, n’est-ce pas?
Là, on se trouve dans la même situation, aussi ayez la gentillesse de demander à ceux qui l’on connu si ce petit exploit de description linguistique est à leur portée.
Taïaut traînait à longueur de journée, il a parcouru tous les chemins du Causse et de la rivière, en quête de quelques victuailles à se mettre sous la dent.
Il n’était pas pauvre, je vous le rappelle, mais il en avait la parfaite attitude. Lorsque sa vieille mobylette bleue était en panne, il prenait le car SNCF pour se déplacer entre Figeac et Cajarc.
Inutile de vous préciser que, dès le passage de la porte de l’autobus SNCF de Capdenac à Cahors, il incommodait la totalité des passagers, et il n’avait pas son pareil, les jours de grandes affluences, pour obtenir une place assise rapidement.
Une flatulence bien placée suffisait pour dégager les sièges autour de lui.
Suite à une chute sur son engin motorisé, blessé à une jambe, il fut un jour conduit à l’hôpital de Figeac. Le personnel, voyant ce spécimen arriver, décida sur-le-champ de le laver, et malgré ses vibrantes protestations, finirent par le coincer sous la douche pour lui enlever quelques couches de crasse.
Inutile de vous dire que les aides-soignantes ont eu droit à une série de phrases que je préfère taire ici!
Il est réparti soigné et heureux que ce supplice soit enfin derrière lui.
Muni de deux béquilles, il profita de ce léger handicap pour se faire plaindre, et eut une idée géniale pour arrêter les voitures, tout simplement en jetant ses béquilles face à elles, avant qu’elles ne passent devant lui.
Hélas, les malheurs succèdent souvent aux malheurs, et les années parfois se ressemblent. Il est à nouveau victime d’une cascade inattendue. La journée plus chaude que d’habitude avait fait fondre le macadam, et les chopines s’étaient succédées naturellement. Comment voulez-vous échapper à votre destin dans ces conditions météorologiques extrêmes?
De retour vers des soins obligatoires, il fait des pieds et des mains pour ne pas subir le même outrage, que dis-je, le même châtiment que l’année précédente!
Il fait face au personnel qui, dans un élan de volonté hors du commun, décide de le conduire à nouveau vers le pommeau salutaire.
Il leur rétorque, offusqué :
« Ah non…ça suffit ! Je suis propre ! Vous m’avez déjà fait le coup l’année dernière! »
Que dire de ses passages à Figeac où il avait ses habitudes, et où l’hiver il pénétrait dans le hall de la poste. La table providentielle qui se trouvait là lui servait à étaler ses papiers gras. Il sortait alors un vieux quignon de pain et quelques victuailles bien grasses, parfois même il sauçait son pain moisi dans une boîte de conserve au contenu douteux, où une croûte épaisse s’était formée.
Un jour, alors qu’il regagnait son charnier natal, il a eu la surprise de voir qu’un énorme rocher s’était détaché de la colline qui surplombait sa vieille baraque et recouvrait sa chambre! Les pompiers qui pensaient le trouver dessous eurent l’agréable surprise de le voir débarquer, frétillant comme un gardon que l’on vient d’attraper au bout d’un hameçon!
« Si vous me cherchez, leur dit-il, sourire aux lèvres, je suis là! »
Bien sûr, je pourrais vous raconter bien plus d’anecdotes sur sa vie. Je terminerai par les derniers mots qu’il m’a dits alors qu’il arrivait au pied de ma maison natale :
«Comment vont vos parents? Et les anciens, où sont-ils ? Il y a longtemps que je ne les ai pas vus! »
Les pauvres avaient quitté ce monde depuis plus de trente ans!
Il a fini sa vie dans un fossé à la sortie d’un virage, à l’âge avancé de 77 ans.
Il eut encore le plaisir, même après sa mort, de faire un joli pied de nez à ses successeurs, grâce à ses dernières volontés ; mais, bien trop exagérées, elles ne furent pas suivies.
Ainsi s’acheva la vie de Taïaut, celui qui joua au pauvre alors qu’il ne l’était pas. On se souviendra de lui avec son béret sur le côté couvrant une silhouette rondouillarde circulant sur une mobylette bleue aux humeurs vrombissantes, comparables à celles de son maître.
Jupette, elle, à l’inverse, était très propre et coquette, elle se rendait à Figeac depuis Carayac également en mobylette.
J’ai eu droit un jour à un spectacle saisissant alors que je pédalais en direction de Faycelles. Une panthère rose aux effluves printanières me doubla, toutes voiles dehors, me laissant admirer des dessous chics, semblables aux dentelles du cygne.
Jupette refusait qu’on l’appelle Monsieur, il appréciait qu’on le reconnaisse en tant que dame.
D’ailleurs personne au pays n’en doutait!
On pouvait la rencontrer au café de la Courte Paille régulièrement, son plaisir était d’avoir des compliments sur sa tenue vestimentaire, surtout quand elle avait revêtu un nouvel ensemble. Les femmes apprécieront cet état d’âme purement féminin.
Périodiquement, flottaient au vent des serviettes hygiéniques, afin que ses voisins les plus proches ne soient pas dans le doute!
Elle était devenue au fil du temps, plus femme qu’homme !

Je précise que ces deux personnages sont immortels, que dis-je, ils sont emblématiques dans nos mémoires, et ils étaient des proches amis à ma famille.
 

Pièces jointes

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Évitons à tout prix la panne des sens.

Vous voulez vivre l’esprit libéré? Fuyez la prolongation du son et des images !

Il existe des hommes vertueux et d’une grande valeur morale, malheureusement ils ne sont que très peu écoutés.

Apprivoiser la solitude avec art permet de l’éclipser totalement.

L’image que l’on a de nous est à l’opposé de celle que nous renvoie le miroir. Ça me glace!

Celui qui ne réagit pas ou s’insurge face à l’humour est à plaindre.

L’âme doit comprendre et dominer la matière.

L’endoctrinement politique est venu au secours des religions pour finir d’abrutir les peuples.
 
Le dernier vrai curé et résistant de surcroît durant la dernière guerre!
Reconnaissance éternelle!

Un gaulois digne gardien du village d’Uxellodunum, comme ses courageux prédécesseurs, Luctérius et Drappès.

Dans les ruelles de Capdenac le Haut de Figeac et de Faycelles, qui n’a jamais aperçu ce digne représentant de l’église drapé de sa soutane noire plissée ?
Je l’ai connu, au début des années soixante, et il ne manquait pas l’occasion quand on se croisait d’engager une longue conversation. Je percevais bien qu’il voulait me convaincre d’une existence invisible, qui, à mes yeux m’était toujours apparue comme inegmatique voire fantasmagorique ! Alors, il partait logiquement en terre inconnue pour moi ! Je ne suis pas des plus facile à convaincre, et bien entendu je n’argumentais pas dans son sens. Cela ne le gênait pas bien au contraire, et le duel des mots croisés nous conduisait souvent vers les plus hauts sommets de l’idée !
Lui : en faisant référence au Christ : « Connais-tu un être capable de fixer le soleil sans se brûler les yeux, et perdre la vue à part le seigneur?»
Moi : - Oui ! Avez-vous entendu parler de l’aigle royal ?
Il enchaînait alors, et finissait par je ne sais quel miracle à volatiliser mon rapace
en le déplumant méthodiquement. Il connaissait bien ma passion pour l’astronomie, et il osa me dire un jour, que les objets célestes que j’observais l’œil rivé à l’oculaire de mon superbe télescope, n’étaient en réalité que des masses immatérielles inertes sans forme, et sans aucune importance !
Touché dans mon esprit, et mon grand espace d’astronome amateur, je n’ai pas hésité une seconde à le contrer, pour le pousser dans ses retranchements afin de le forcer à redescendre de son nuage ! J’étais vexé par son audace, doublée d’une outrecuidance qui me paraissait tout simplement incroyable, je me retrouvais à cet instant précis le seul défenseur scientifique de l’univers interstellaire !
Bien entendu, il ne fallait pas que j’accepte une telle énormité même sortie de pures entrailles ! Je ne cautionne pas les saintes paroles même lorsqu’elles sont prononcées par un ami aussi catholique qu’il soit !
On s’est séparé cependant comme toujours fraternellement, et nous nous sommes retrouvés quelques mois plus tard dans la rue Gambetta à Figeac où il m’a gratifié d’une poignée de main qui m’a paru éternelle.
Les passants ont certainement pensé, voilà un homme sage, fidèle et pieux, qui prêche la bonne parole avec notre brave curé !
De mon côté j’ai usé de secousses du poignet désespérées pour qu’il relâche son étreinte épiscopale, mais rien n’y fît !
J’étais condamné à sa bonne volonté !
Mon salut, fut étroitement lié au fait qu’il avait un rendez-vous important ce jour là, avec Dieu sûrement, l’illusion du temps le pressait !
Le seigneur est-il venu à mon secours?
Mais, revenons si vous le voulez bien,
sur l’oppidum où il prêchait sa foi.
Il a marqué par sa présence, mais aussi par son histoire, ce pittoresque village perché sur les plus hautes cimes de notre belle région, et connu depuis l’Antiquité sous le nom d’Uxellodunum.
Ce brave et authentique curé à qui on peut donner le christ sans confession, résonne en nous comme les cloches de la place forte gauloise sous le nom d’abbé Frances, qui ne l’a pas rencontré au moins une fois dans sa vie vêtu de sa grande soutane noire?
C’était avant tout mon ami comme je vous l’ai déjà dit, mais il était par vocation l’ami de tout le monde.
Maintes fois, il essaya de me convaincre je vous le rappelle de ce qui pour lui était une évidence ! «C’est très certainement dû à l’effet sacerdoce qui envahit les âmes ?». Le seigneur, fils de Dieu existait bien, d’ailleurs pour m’en persuader, il me disait : « Toi Maurice, tu le verras et le rencontreras» Depuis je travaille à cette future entrevue, avec vous le pensez bien une certaine appréhension !
Je me demande depuis avec anxiété ce que je vais bien pouvoir lui raconter ?
Il faut dire que je n’ai que très peu d’arguments à faire valoir, moi qui n’ai suivi que des voies romaines détournées, celles qui ne mènent pas obligatoirement à Rome !
Mais, peu importe, le sage Frances notre grand représentant du catholicisme dans la région me l’a promis, alors, laissez moi croire en ce Père-Noël en cette veille de Noël où le miracle se perpétue !
Immaculé par sa bénédiction, depuis ce jour dans la vie j’avance sereinement, n’est-ce pas là un premier pas vers les monts les plus hauts qui coiffent d’une auréole la destinée de l’homme dans toute sa sérénité ?
Il faut cependant que je sache rester humble comme l’était notre brave, et exemplaire abbé.
Je vous le présente ici, sur la place forte du village, où jadis deux mille valeureux guerriers gaulois conduits par deux chefs exceptionnels Luctérius et Drappès, firent face durant six mois à une grande armée de trente six mille légionnaires romains! Ils durent se rendre finalement privés d’eau grâce au génie militaire de l’empereur Jules César, qui dans la clémence légendaire qu’on lui connaît décida d’épargner la vie de ces incroyables combattants!
Il ordonna simplement qu’on leur coupa les mains.
Luctérius est fait prisonnier, il entame une grève de la faim et meurt peu de temps après.
Alors, je me doute que certains ici vont me dire que plusieurs villages dans le Lot se targuent d’être ce haut lieu, mais au lieu de s’arroger
ce drapeau ne devraient-ils pas consulter la seule voix qui ne ment pas et que l’on nomme divine?
Notre brave curé s’en est allé, cependant, je ne doute pas une seconde que son ombre plane et planera une éternité sur notre citée, et restera gravée dans nos esprits, tant il était au service de la religion, mais avant tout un homme à l’écoute de ses paroissiens grâce à sa grande humilité.
Le dernier vrai curé ? Comme il se plaisait à me le répéter ?
Voici sa phrase :
« Tu vois Maurice, lorsque je serai mort il n’y aura plus d’abbé comme moi !»
Le dernier représentant de la pauvre église méritait bien cet hommage n’est-ce pas ?
Il m’admirait me disait-il, quand fort d’une abnégation sans limite, je tenais la main de mon frère aîné Didier handicapé moteur, sur les chemins tortueux et escarpés de mon enfance.

Note : Eh oui! La dernière place forte gauloise est bien lotoise, n’en déplaise à mes amis bretons! SouriresIMG_0374.jpeg
 
Inutile de vouloir se torturer l’esprit quand celui-ci nous fait défaut.

Je ne ressemble à personne, ce qui me donne un petit air de tout le monde.

J’ai beaucoup de mal avec la ponctualité, mais comme je l’ai toujours dit, je serai présent et à l’heure le jour de mon enterrement.

Si vous pensez avoir raison, évitez de me donner tort.

Toute puissance sans capacité s’épuise vite.

On jure que l’on n’est ni psychopathe, ni schizophrène lorsqu’on en est un, puisque je vous le dis.

Comment peut-on se permettre d’analyser avec objectivité les écrits de nos lointains aïeux alors que tout nous sépare, à commencer par les siècles.
 
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IMG_3126.pngLa vie au port de la Madeleine pimentée par les caprices du Lot. Épisode 2


C’était un ancien port à l’histoire plus ou moins tourmentée, à l’image de l’eau qui, à ses pieds, pouvait se montrer aussi calme et rassurante que celle d’un lac, puis sortir de son cours furieusement, en prenant des allures de torrent indomptable. Nous étions habitués à ses humeurs changeantes, il faut dire que notre vie était étroitement liée au rythme de ce long serpent aux couleurs fuyantes. Il nous baignait d’une relative fraîcheur en période estivale et nous enveloppait l’hiver d’un voile givrant qui noyait dans une torpeur inquiétante le paysage puis finissait par le faire totalement disparaître. Le terrible froid du mois de février 1956 nous a permis d’assister à l’impensable, les deux rives étaient soudées l’une à l’autre et l’on pouvait pour la première fois éviter d’emprunter le pont pour se rendre chez nos plus proches voisins, les Aveyronnais. Sur l’étang, des cygnes sauvages, surpris dans leur migration, avaient jugé nécessaire de se poser afin de reprendre des forces. Dans une ronde infernale, ils ont réussi à maintenir une ligne de survie! Nous les gratifiions d’une visite journalière et nous pouvions alors assister en contrepartie à la majestueuse danse de ces oiseaux sauvages. C’est avec une certaine tristesse que j’ai constaté, juste avant la fin du redoux, qu’ils avaient décidé de quitter leur rond de pèlerinage. J’étais, pour la première fois de ma vie, confronté à leur célèbre chant. Mais la renaissance ne manque pas de charme. Le dégel favorisait la fonte des neiges en amont sur les hauteurs où le Lot prend sa source, elle cadençait ses caprices, il pouvait rapidement alors muter en un cours d’eau à la puissance dévastatrice. Nous avions nos repères centenaires.Il s’agissait de marques tracées au burin et datées sur le mur attenant au portail d’entrée de la maison principale. La très grande bâtisse avait été construite intelligemment, deux quais permettaient de couper la puissance phénoménale des eaux en créant un contre-courant aux eaux domptées ! Le chemin de halage et le débarcadère offraient une protection exceptionnelle. Sur notre petite île, nous étions en sécurité.

Bien entendu, dès notre plus jeune enfance, notre éducation avait tourné autour d’un rite bien rôdé par rapport à cet espace fluctuant et par moments hostile ! Lorsque des pluies importantes survenaient, on surveillait méthodiquement l’évolution de la crue. Un simple bâton pouvait nous indiquer sa progression, et on avait repéré l’endroit exact où, par un effet de vases communicants, la rivière allait se déverser dans l’étang. Très rapidement, nous étions isolés sur notre bout de terre, sans possibilité de quitter ce qui ressemblait de loin à un navire échoué! Heureusement, en bon Lotois qui se respecte, une barque était en permanence à notre disposition. On profitait de la montée des eaux et de notre grande expérience de riverains pour l’amarrer à la rampe de l’escalier. Parfois l’inondation devenait très inquiétante, au point de flirter avec le record établi en 1927. Les vaches dans la grange, racontait mon grand-père, avaient cette année- là les pis dans l’eau. Semblable à un rouleau compresseur, dans un grondement continuel impressionnant, ce géant emportait tout sur son passage ! Une scène incroyable qui n’appartient pourtant pas au monde des légendes raconte qu’un coq perché sur ce qui restait de son poulailler face au port est passé en poussant de puissants cocoricos. Le maître de la basse-cour, à cet instant précis, se prenait-il pour le Roi du cours d’eau ? Le spectacle dans un défilé permanent était là! Sous nos yeux, depuis le balcon, nous avions une vue imprenable sur tout ce que pouvait charrier la bête emballée sur son tapis roulant ! Nous étions excités, on criait notre joie à la vision des arbres immenses déracinés qui parfois percutaient la pile centrale du pont dans un bruit de fin du monde! Des barques sans rameur, qui avaient fini par rompre leurs amarres, victimes des remous incessants, donnaient du piment à ce décor surréaliste. Mieux encore ! Quelques flottaisons blêmes, personnes ou animaux, victimes de la vague soudaine, descendaient tels des ballots de paille, en reculant, cela ne s’invente pas! Là, je fais une petite allusion au grand poète Arthur Rimbaud, qui l’écrit deux fois dans son merveilleux poème le Bateau Ivre ! Sonnait , ces jours-là , l’heure du grand nettoyage des berges. Aucun détritus n’échappait à ce monstre aux immenses tentacules bouillonnantes et rugissantes.

Je me souviens que du haut du balcon, je pissais entre les barreaux pour éviter que la décrue ne s’amorce, tant le scénario me comblait dans sa diversité. Mais, vous le savez tous, les représentations, aussi éblouissantes soient-elles , ont hélas une fin! On se rendait bien compte que la vision perdait en intensité émotionnelle. De moins en moins d’objets s’offraient à nos yeux, il fallait se rendre à l’évidence, le fleuve allait regagner sagement son lit. C’est au moment du début de ce retranchement stratégique que mon grand-père , l’ancien légionnaire, a osé défier les éléments ! Il avait pris l’habitude de mettre son existence en danger et, pour susciter en lui une montée d’adrénaline, il a relevé un défi fou, celui d’avoir le cœur de tenter la traversée du géant toujours en furie, sur la barque. Imaginez un peu la puissance des eaux à cet instant ! Il ne faut pas tenter le diable, dit-on, pourtant il l’a fait. Face aux remous violents qui s’enchaînaient, il a ramé avec puissance dans un travers dont il avait le secret, pour finalement trouver un espace plus calme sur l’autre rive. Il a réussi enfin à accoster sur une minuscule plage à deux cents mètres de la première chaussée éclusière, où des vagues aux crêtes vaporeuses de plus de trois mètres déferlent, balayant tout sur leur passage! Un exploit inconscient, je vous l’accorde, mais un nouvel acte héroïque qui prouvait que l’homme ne reculait devant rien!

Il nous est arrivé quand même de quitter le navire, invités par nos voisins les Delrieu qui habitaient une chaumière perchée sur la colline en face de chez nous. La catastrophe du barrage de Fréjus était inscrite dans toutes les mémoires et nous avions en tête les images de ce dramatique événement. Celui de Sarrans ,en amont, pouvait lui aussi rompre à tous moments. L’histoire a pris la triste habitude de se répéter, n’est-ce pas? Alors, enfin perchés sur ce nid d’aigle, nous pouvions surveiller la ferme sans le moindre risque et profiter d’un excellent repas de fête affectueusement préparé par nos amis. Nous jouissions d’un point de vue imprenable sur notre port d’attache, où la vallée prenait pour la circonstance l’image d’un immense lac aux berge englouties!
 
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Quand l’amour devient douleur, on mesure pleinement sa puissance.

Heureux celui qui n’a connu qu’une saison en enfer.

J’aurais aimé être boulanger pour faire marcher mes clientes à la baguette!

Si tu as toujours vécu fauché, tu n’as rien à craindre de la grande faucheuse.

Quand l’humanité s’essouffle, la nature a du mal à reprendre son souffle.

Si nos lointains aïeux revenaient, ils n’en reviendraient pas.

L’illettrisme a un avantage, il évite d’écrire des conneries.

J’avance dans la vie sur un fou rythme.

Toute jeunesse sacrifiée a une destinée de crucifié.
 
IMG_0441.pngJe vous ai déjà parlé de lui rapidement voici une petite projection de ce que fut son

Cyprien, notre voisin le mendiant

En ces temps difficiles, la mendicité n’était plus interdite !

Aujourd’hui je vais vous parler à nouveau de notre voisin et ami Cyprien, né d'une famille misérable de mémoire ancestrale, à qui on n’avait jamais connu un autre statut que celui de mendiant. Il n'y avait, il faut bien le reconnaître, aucun déshonneur à vivre de mendicité en ces temps abolis! Avoir la main tendue ne posait pas de problème, les riches n’avaient pas honte des pauvres et les pauvres ne rougissaient pas de leur indigence. Ils n’enviaient absolument pas leur richesse. La misère était omniprésente, on pouvait être plus ou moins pauvre, on vivait ainsi sans en faire un drame ou encore moins un mélodrame !

La pauvreté curieusement n’étonnait personne, elle ne blessait personne, bien sûr je vous parle d’une période, encore une fois pour que vous n’en soyez pas étonnés, depuis très longtemps révolue. Jadis ces vagabonds sillonnaient nos campagnes, les effluves olfactives printanières comme par enchantement les sortaient de leur torpeur hivernale dans le coin d’une grange où ils hibernaient tels des ours dans la paille ou dans le foin. La besace accrochée à la taille, la barbe surabondante, la bouche édentée, illettrés, habillés de haillons, ils partaient à la recherche d’un peu de travail pour un croûton de pain ou pour un simple verre de vin. « Où il y a du pain et du vin, le Roi peut venir » disait un proverbe, et on se contentait de cette maigre richesse ! Le Cyprien de mon enfance était si malheureux que je pensais qu’il n’avait jamais eu de parents.

Il avait vu le jour comme eux sur un lit de fourrage pressé par la lourdeur des années, L’accoucheuse de service, la mère Puech, était venue délivrer sa pauvre maman ! Inutile de vous dire que le travail s’était déroulé sans anicroche ce jour béni ! Les communes avaient une flopée de spécialistes, des praticiens reconnus d’utilité publique par les habitants, mais dépourvus de diplômes bien évidemment. Du guérisseur au rebouteux, en passant par la sage-femme désignée, la préposée aux piqûres et à la fin de son existence, la visite du croque-mort ! Les gens du pays jouissaient ainsi d'un multi-service à domicile gratuit ou presque! Il arrivait cependant que les événements ne se déroulent pas comme on l’aurait imaginé ou du moins souhaité. Ainsi une naissance pouvait-elle avoir des conséquences dramatiques ou au minimum très ennuyeuses. Un enfant, par manque d’oxygène, pouvait mourir ou au mieux devenir l’idiot du village. Le pire se produisait quand la mère et le bébé ne survivaient pas à cette redoutable épreuve.Parfois c’était soit l’un, soit l’autre, une loterie morbide dont on se serait bien passée!
Pour notre ami Cyprien, le miracle de l’existence n’avait posé aucun problème, enfin presque, il allait souffrir d’une malvoyance héréditaire, mais grâce à Dieu, il n’allait pas être sourd comme sa pauvre mère! Ainsi ses parents allaient-ils pouvoir goûter aux joies que procure la maternité. J’ai mis cependant longtemps à me faire à l’idée de cet état de fait! Je n’imaginais pas qu’il ait eu, enfant, une famille. Il s’appelait Cyprien et cela suffisait amplement à mes yeux, pourquoi se serait-il embarrassé d’un patronyme ? Je ne vous cache pas ma déception quand j’ai appris qu’il avait un papa et une maman comme moi. Sa génitrice, sans perdre de temps, l’avait initié à son futur métier de mendiant, et tout petit, il la suivait et l’imitait dans une gestuelle parfaite! Lorsqu’on appartient à une généalogie de mendiants, on bénéficie de gènes qui permettent d’être armés pour affronter ce type de comportement. Il représentait un tout, semblable à ces personnages dont on parle parfois dans les livres sacrés qui se suffisent à eux-mêmes. Il pouvait très bien ne pas avoir d’ascendance ; sa présence sur terre elle seule n’avait à souffrir d’aucune explication ! C’était Cyprien l’unique, mon Cyprien, notre Cyprien, le mendiant mythique de la vallée du Lot.
Cyprien avait une manière bien particulière de s’habille.Il avait la fâcheuse habitude d’empiler sur sa carcasse les vêtements qu’on lui donnait. Dans cet accoutrement, il adoptait sans le savoir la physionomie d’un Vendredi tous les jours de la semaine ! Il superposait même les couvre-chefs sur sa tête qui finalement ne paraissait pas dégarnie par rapport à son âge ! D’ailleurs, quel âge avait-il ? Personne au pays n’était en mesure de répondre précisément à cette question ! Lui-même le savait-il ? Sa manière de se vêtir à l’aveugle avait l’avantage de libérer ses mains, ce qui est essentiel pour un mal voyant qui cherche sa route à tâtons, et qui en plus tend la main pour quémander une misère! Cyprien était un redoutable chercheur d’escargots. Du petit gris au bourgogne, très peu avaient la chance de lui échapper, même s’ils le voyaient arriver de loin avec leurs grandes antennes ! L’inverse n’était pas vrai, vous devez vous en douter ! Il venait les proposer régulièrement à ma grand-mère Marceline qui les mettait à dégorger dans une grosse réserve grillagée d’eau salée. Elle lui donnait alors quelques sous en échange, ou lui troquait ce trésor contre d’alléchantes victuailles. Parfois, elle l’invitait à venir les déguster quelques jours plus tard. Ces mollusques à cornes et à coquilles préparés à l’oseille étaient succulents, c’était de toute évidence à notre tour de baver devant eux avant d’être copieusement servi ! A une personne du pays, un jour d’automne, Cyprien lança : -Vau castanar ! Je vais ramasser des châtaignes. - Et comment pourras-tu les trouver, tu oublies que tu es presque aveugle ? Il lui répondit du tac au tac en grand expert en la matière : - Los mens uelhs ne'm sèrven pas ad arren, qu'ei dab los pès que'us senti! -Mes yeux ne servent à rien, c’est avec les pieds que je les sens !».

Cyprien avait des parcours bien à lui, il passait souvent par Capdenac où, une fois, il avait donné une très mauvais image de lui car il était ce jour-là, dit-on, habité par le démon ! Echo des paroles rapportées par les badauds qui avaient assisté à ce spectacle très désolant, vous en conviendrez avec moi!! Jugez-en plutôt au récit de cette scène burlesque ! Un jour qu’il était ivre mort, parce que des paysans mal intentionnés lui avaient offert du vin en abondance, et que tout le monde était inquiet pensant qu’il avait rendu l’âme, tant son attitude rappelait un début de coma éthylique, il reprit soudain connaissance en remuant ses membres engourdis! Chaque voyeur impuissant poussa à cet instant un ouf de soulagement et remercia le Seigneur pour sa grande générosité! Soudain, profitant de ce miracle inattendu, son visage s’illumina ! Illumination encore une fois attribuée au Ciel qui permettait d’afficher aux aveugles ce sourire si caractéristique : - Gara ! soupira-t-il en extase, me caldrià una drolleta ! - Maintenant, il me faudrait une fillette! Tous les témoins de la scène biblique prirent la fuite, offusqués par ces paroles sataniques, mais tout de même rassurés sur le sort de ce pauvre hère. Il se rendait tous les ans à la foire de la commune de Faycelles, il faisait l’honneur de sa visite aux villageois, c’était à sa façon un prince en déplacement. Personne n’aurait pensé d’ailleurs une seconde qu’elle puisse avoir lieu sans lui ! L’annonce de son arrivée se répandait comme l’écho de la cloche perchée au sommet de l’église.
Les enfants à la sortie de l’école se précipitaient pour aller à sa rencontre. Moqueurs parfois, ils imitaient le vrombissement des voitures, ce qui le mettait hors de lui ! Il faut dire qu’un jour encore plus sombre que les autres, une de ces satanées automobiles avait tué son brave chien Loustic auquel il tenait comme la prunelle de ses yeux, si vous me permettez cette expression quelque peu déplacée!

Etait-ce un signe du destin? Le jour où Cyprien a cessé de venir, la foire a décliné, puis a fini par s’éteindre! « Post hoc, propter hoc ? » « A la suite de cela, donc à cause de cela » Relation de cause à effet ou pure coïncidence, mieux vaut ne pas essayer de trancher, afin de rester un très bon Catholique ! C’était un homme important finalement. Au pays, il présidait près du monument aux morts au centre des villages. Assis sur les marches du calvaire de pierres de Loupiac ou de Faycelles, il siégeait sur son trône au carrefour des quatre chemins! Cyprien tenait conseil au milieu de sa cour d’écoliers, il n’était pas rancunier ! Venaient se mêler à ce curieux colloque quelques paysans et mauvaises langues qui ne manquaient pas l’occasion de le harceler de questions indiscrètes. Ses réponses étaient très pertinentes et souvent l’interlocuteur se trouvait bien embarrassé, démonté par une verve à toute épreuve qu’il n’avait pas vu venir! Que ce soit dans son fief de Causse et Diège au lieu dit les Cazalous ou dans le secteur de la Madeleine, et cela jusqu’au clocher des principaux villages, il avait trouvé des âmes sensibles à son statut de misérable ! Rosalie, Marceline, Justine et la Maria lui ouvraient leur cœur en lefaisant profiter d’une charité exemplaire ! Ce n’était pas pour autant un profiteur, il n’arrivait jamais les mains vides. Dans son petit sac en jute se trouvaient tous les trésors que la nature généreuse offre aux chercheurs avertis au gré des saisons. Dans cette précieuse réserve pouvait se cacher l’or noir du Quercy, des cèpes, des châtaignes, des noix, ou encore des mûres et des fraises des bois. À Loupiac, un jour, il rencontra une petite fille et lui proposa de lui offrir justement ces précieuses perles roses, pur nectar des forêts. Ne sachant pas où les mettre, il eut l’idée de les déposer dans son joli chapeau blanc. Inutile de vous faire un tableau de l’état de la coiffe de la fillette quand, fière de cette offrande, elle déposa la précieuse marchandise en arrivant chez elle avec ces heureuses paroles : « C’est Cyprien, le mendiant qui me les a données !». Il trouvait dans cet échange de bons procédés, une ouverture enrichissante en élevant son âme pure de mendiant.

Cyprien a eu une fin tragique, aussi douloureuse et dramatique que celle de sa pauvre Virgile, son amour. Souvenez-vous, elle avait été la malheureuse victime d’une satanée bête noire au passage à niveau de la Madeleine ! La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, c’était par la voix de mon père qui a répondu à ma question : - On ne voit plus Cyprien depuis longtemps, où est-il ? - Tu sais, Maurice, il était âgé, il vivait dans une très vieille grange où un seul coin de toiture l’abritait. Cet hiver, il a voulu replacer quelques tuiles pour qu’il ne lui pleuve pas dessus et il a fait une chute mortelle ! On n’a rien retrouvé de lui, à part quelques os, les rats l’avaient entièrement dévoré ! Ainsi finit tragiquement la vie de notre ami Cyprien, le mendiant, qui marqua de son empreinte de pauvre et de riche à la fois mon incroyable jeunesse. Ce destin, aussi horrible était-il, ne m’a cependant pas étonné, Cyprien habitait derrière le moulin à eau sur la route qui mène à Cajarc. Mes parents et moi, accompagnés de Pompon le percheron, nous nous étions rendus dans ce grenier à blé récupérer quelques sacs de farine plusieurs mois avant ce drame. Chaque ferme avait son four à pain et nous avions l’habitude de confier une partie de notre récolte à moudre au brave minotier d'en face. C’est là que j’ai vu le plus de rats de ma vie, Ils crépissaient le pan du mur à l’entrée de la meunerie, mon chat lui-même aujourd’hui n’en reviendrait pas ! Pour me rassurer, l’homme, aussi pâle que du blé concassé, en attrapa un par la queue. L’animal, surpris, n’eut cependant aucun mouvement de défense et dans un ample geste, notre homme le balança dans le remblais en contrebas ! -Vous boirez bien un café ? Je n’ai pas eu le temps de dire non! non ! à ma mère que notre broyeur de grains avait déjà lancé cette phrase à sa brave femme : - Prends le balai et fais sortir les bestioles de la cuisine ! Elle pénétra dans la pièce et à grands coups de manche, elle fit sortir une bonne dizaine de rongeurs bien portants. Je me souviens d’avoir attendu la fin de la dégustation le,s jambes levées une fois à l’intérieur de la pièce, afin d’éviter les quelques animaux domestiqués qui avaient esquivé la sortie précipitée et qui circulaient encore dans la pièce ! Tout cela pour vous dire que ce vertébré, souvent considéré comme répugnant, est intelligent et sociable à l’image de son ennemi le chat lorsqu’il cohabite avec l’homme, aussi docile et brave que son cousin tout blanc qui sert de cobaye dans les laboratoires ! Cette scène surréaliste, vous en conviendrez encore une fois avec moi, je ne l’ai jamais observée dans un quelconque film!
 
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Vous pensez bien me connaître alors que je ne sais pas qui je suis.

L’essentiel est dans les c’yeux.

La force d’un écrit s’appuie sur la capacité que l’on possède à le maintenir en vie.

Le nectar qui mène à l’ivresse poétique ne tarit jamais.

Heureux celui qui a eu la chance de naître au bon moment et au bon endroit.

Vivre le flou finit par rendre myope.

Ne craignez pas la mort, elle vous tend chaque jour un peu plus les bras.
 
Tu parles de gens que je connais très bien. Quand ce n'est eux, ce sont leurs semblables.
Le temps passe, de plus en plus vite, j'en suis conscient depuis si longtemps.
Ma vie se compose de regrets, de manque, de vide, d'inutilité, de mélancolie, le tombeau des regrets, je crois que c'est moi...

Amitiés,
 
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