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Citations, pensées momoriciennes, et petites histoires vécues…les miennes et les votres.

Leur jour de gloire est enfin arrivé !

Les poilus sont enfin de retour en gare de Capdenac en novembre 1918 !

Retour des poilus en novembre 1918, ils sont chaleureusement accueillis par le personnel féminin de la cantine et infirmerie militaire de La Croix bleue de Capdenac Gare, certains sont blessés.
Elles ont entre 20 et 25 ans et sont donc nées à la fin du 19 ème siècle, elles peuvent être les grands-mères des plus âgés d’entre-nous.
Ne sont-elles pas toutes mignonnes, et dévouées, ces filles de La Croix bleue, près des wagons de La Croix rouge?
Les poilus rentrent enfin chez eux, nul n’en doute, ils méritent cet accueil, la guerre est bien finie! Tout est derrière eux, Ils n’en baveront jamais plus autant de leur vie!
Du moins, ils le pensent tous!
La mort omniprésente, les tranchées, la boue, les rats, le bruit infernal de la mitraille,les hurlements des camarades mortellement blessés appelant leur maman! Cette barbarie est bien derrière eux, ils en sont tous convaincus, l’horreur ne se reproduira plus jamais!IMG_0216.pngIMG_0215.pngIMG_0217.png
 
Dernière édition:
Les hommes politiques sont prêts à tout, même à fausser l’histoire.

N’ayez pas peur de choquer, l’électrochoc sauve.

La mort est bienfaitrice, elle soulage tous les maux.

L’idiot du village joue un rôle essentiel, il permet à la communauté réduite aux ragots qui l’observe de se trouver des airs d’intelligence.

La lueur d’espoir est semblable au feu follet, elle illumine un instant l’espace sans espérance.

Le talent rend jaloux celui qui n’en a pas.

Mouton qui bêle n’est point rebelle.

Le conte de Jésus est aux parents ce qu’est le conte de Noël aux enfants.

Éviter la querelle du forum permet de faire preuve de sagesse, l’alimenter est diabolique.

Avoir plusieurs cordes à sa voix permet de vocaliser harmonieusement.

Si je perds la tête et que vous la retrouvez, ramenez-la aux objets trouvés.
 
Un tautogramme est un vers ou une phrase dont tous les mots commencent par la même lettre.

Seul Sur Saturne
Simon Savoure Sagement
Sa Solitude Sur Son Siège
Saturnien.

Soudain Satan Surgit
Sans Sonner !
Saperlipopette Sadique Satanique Saltimbanque Sans Savoir, Sors!
Sur Sainte Saturne Seul Simon Sait Savourer Savamment Son Sortilège Sacré!

Suaves Salutations !


Lancelot Love La Louve.

La louve longe lentement le lac lactescent.

La lumière lunaire louvoie, les larmes lourdes luminescentes logent là!

Longue lamentation le loup Lancelot love la louve.

Lueurs, laissez-les libres!

Leurs louveteaux longeront longtemps la lagune l’âme Légère, la Lyre lointaine lumineuse leur lira les louanges.

Les Larmes Lactées lacérées Luiront, Le Labyrinthe Lacustre libérera les Lobes, Lady Léa Lorgnera Longuement La Lune Languissante.

Les Lettres Loyales Labelliseront La Lumière Lactescente, La Légèreté Lointaine Laissera Lamper La Langue Lumineuse Laiteuse.

Lueurs Langoureuses, La Louve, Louvoiera Lentement Le Légendaire Lac Léman.

Laissons-la louvoyer, Laissons-Les Louvoyer!Lancelot Le Loup love le lac, love la louve, Léa La Louve Love Le Loup Lancelot, Le Lac Léman love les loups.
 
Les poètes parnassiens avaient pour optique de penser par l’image, je les affectionne particulièrement.

Supprimer le voile sur l’ensemble des mystères par des preuves scientifiques permettrait d’expliquer le déroulement de la vie, en rejetant toutes formes d’explications fantasmagoriques.

Cessez de trouver des vertus à la vieillesse, c’est une véritable déchéance.

Quand on vieillit, tout tombe.

C’était un coin de paradis en bordure de l’enfer où soufflait un léger vent d’humanité.

Celui qui a côtoyé la misère de près sait combien elle peut être riche d’enseignement.


L’indigent de nos campagnes d’autrefois n’enviait absolument pas les riches, il naissait et vivait sa vie de pauvre, c’était ainsi.
 
Obélix en terre lotoise


Voici un chien qui marqua de sa forte empreinte ma jeunesse, mon adolescence et une partie de ma vie d’adulte : Obélix ! Ils sont légion les animaux qui m’ont accompagné fidèlement quand, jeune enfant, j’ai commencé à me balader sur les sentiers pierreux de l’existence. Je vais vous parler aujourd’hui de celui qui m’a particulièrement ému par son comportement, mais aussi grâce à l’incroyable parcours qu’il a eu avant de nous quitter. Je l’ai aperçu pour la première fois dans une portée que notre chienne de chasse, Ita, avait eu la délicatesse pour une fois de ne pas nous cacher! J’étais excité à l’idée qu’un de ses rejetons aurait peut-être la chance de connaître les joies de l’existence. Eh oui, chers lecteurs, malgré l’amour que mon père et ma mère portaient aux meilleurs amis de l’homme, nous étions contraints d’opérer une très sévère sélection quand venaient au monde d’adorables créatures !

A l’époque, dans nos campagnes, les pulsions sentimentales passaient après les exigences que nous imposait la rudesse des jours. Un tri sévère s’imposait, rien ne pouvait s’opposer à un destin où les dès avaient été jetés par avance ! J’entends parfois des personnes, ici et là, regretter ces temps reculés, parler même de glorieuses années! Ce type de paroles m’interroge un peu et me mène à cette réflexion : ont-ils vraiment connu la période d’après-guerre dans nos contrées sauvages, que les citadins avaient pour habitude de caricaturer en les qualifiant péjorativement de France profonde? Le mal-être des pauvres gens, croyez-moi, était bien présent et visible. Je ne vais pas vous en reparler aujourd’hui, je pense avoir développé suffisamment ce sujet au cours de mes précédents récits. Je vais donc reprendre mon histoire après ce court intermède qui me paraissait nécessaire. Que devenaient les portées alors, me direz-vous ? Je n’ai appris que bien plus tard comment le maître de la propriété les faisait disparaître. Bien entendu je vais passer sur les détails pour ménager l’ensemble des âmes sensibles présentes sur ces lignes. Pour vous rassurer cependant, je peux vous affirmer que les sacrifiés ne souffraient pas. Il arrivait parfois, après une forte insistance de ma part, que mes parents finissent par accepter d’épargner la vie d’un de ces petits êtres, on pouvait considérer ce geste comme un grand miracle !Ce fut le cas en ce début d’année 1958. Mon cœur d’enfant subitement propulsé au zénith, je me suis approché calmement du nid douillet fraîchement bordé par une mère déjà très préoccupée par les soins de sa nichée. Je connaissais mon rôle, je devais sélectionner le chiot qui me paraîtrait le plus alerte, le plus robuste, le plus beau! Ce choix délicat s’avérait toujours difficile !

Cette sélection impitoyable était malheureusement incontournable, je les aurais bien tous gardés! Je les ai examinés, le mot n’est pas trop fort, les uns après les autres, dans mes petites mains et j’ai remarqué qu’un d’entre eux, un mâle, était d'une constitution massive, solidement accroché à une tétine de sa mère. Il m’avait fait comprendre par un gémissement qu’il ne voulait pas être dérangé dans sa tété ! Ita sa mère avait l’habitude de ce rituel barbare, elle attendait patiemment que la sentence arrive tout en priant très certainement le ciel pour qu’il ne lui tombe pas sur la tête ! Vous avez tous entendu parler des causes à effet ? Eh bien, en ce jour béni des dieux celtes face à la robuste physionomie de sa progéniture, j’allais dans la foulée l’appeler Obélix. N’est-ce pas un joli prénom de baptême pour un animal né à proximité des remparts du célèbre village gaulois d'Uxellodunum ? Je vous pose la question! Plus les jours passaient et moins je regrettais mon choix. Pas de doute, sans vaccin ni nourriture spéciale, ce gros toutou qui n’était pourtant pas tombé dans une marmite profitait à vue d’œil en se contentant de téter le lait maternel. Je lui offrais quand même en complément quelques bols fraîchement tirés du pis de la Flourette pour soulager sa mère. Il faut dire que le libre service se trouvait à deux pas de la nursery. Ainsi passèrent les jours et les semaines, le futur guerrier prenait du poids rapidement et nous montrait déjà qu’il allait devenir un Celtique indépendant.

Très gentiment, il me faisait comprendre au bout d’un moment qu’il souhaitait être seul. Il faut dire que je n’avais pas mon pareil pour agacer le monde à quatre pattes qui m’entourait, c’était une sorte de mise en condition à mes bons désirs! Une éducation sans violence mais bien particulière à la Maurice. Le temps passa ainsi, Obélix à mes yeux grandissait bien trop vite! Il a rapidement pris l’habitude de faire un petit tour de quartier et très vite, en prenant un peu d’âge, il a étendu son terrain de prospection à une grande partie de la commune. D’une gentillesse incroyable, il était connu de tous, et les gens du pays ne manquaient pas de lui tendre une petite gâterie. Il rentrait le soir à bon port, en roulant de sa très forte corpulence sans se poser la question de savoir si nous avions été inquiets de son absence. Il commença ainsi sa vie de chien domestique errant, fier de vivre sans corde au cou avec une petite préférence tout de même pour son port d’attache ! Il m’accordait ses faveurs par de gros câlins, je le méritais bien après tout, n’étais-je pas son sauveur ? Au fil des mois puis des années, il s’est montré de plus en plus autonome, négligeant parfois même la soupe que ma mère lui tendait. Jamais malade malgré les tiques entre autre qui jalonnaient son corps et que je lui enlevais épisodiquement sans aucune précaution. Est arrivé rapidement le temps des interrogations : comment faisait-il pour être en pleine possession de ses moyens, alors qu’il ne se jetait pas sur la gamelle qu’on lui donnait ? La réponse, nous l’avons rapidement eue d’un rustre connu pour son aptitude au braconnage! « Votre chien est bien meilleur chasseur que moi, pas une truffe ou autres chairs vivantes appétissantes n’échappent à son flair!». Il faut dire que mon père l’avait éduqué à la recherche de l’or noir du Quercy. Cependant, en Obélix qui se respecte, la prospection, il préféra la faire sans assistance !

Obélix était devenu bien plus rusé qu’un renard en effet et rien ne pouvait le distraire dans sa quête gourmande. Sa gentillesse, quand il nous voyait, n’avait d’égale que son indépendance toujours croissante, c’était un pur Gaulois dans l’âme. Les années succédèrent aux années, vous savez, celles qui passent bien trop vite au gré des uns et trop lentement au gré des autres! Cependant, malgré cette fatale réalité, mon chien les supportait sans faiblesse, au point que l’on aurait pu se poser la question : est-il insensible à la fuite inexorable du temps ? On fêta ses dix ans, puis ses quinze ans ! Un ami de passage à la maison entama une discussion sur la chasse, au moment où mon brave Obélix pointait le bout de son museau. « Voilà le meilleur chasseur de la région, lui ai-je lancé ! » Je lui expliquai la vie agitée du seigneur de la vallée en vadrouille « Je peux voir comment il chasse », nous lança Georges. « Pas de soucis, tu n’as qu’à l’embarquer, tu nous le ramèneras après-demain». Aussitôt dit, aussitôt en voiture, Obélix ne refuse pas le voyage! Le soir même, la Gâchette nous appelait, affolé : «Le chien s’est échappé, je ne sais pas où il se trouve !». Le maraîcher chasseur habitait le village d’Ournes à une quinzaine de kilomètres de la Madeleine.
Eh bien, le lendemain matin, j’ai eu la surprise d’apercevoir mon chien couché dans la grange sur son lit de paille au fond de la grange ! Il m’a salué comme il avait l’habitude de le faire, fatigué quand même par cette petite virée nocturne qu’il n’avait pas lui-même programmée ! Le parcours d’Obelix avait été tout tracé ! Il a suivi naturellement les sentiers escarpés des coteaux où se trouve le village perché d’Uxellodunum.

En ce haut lieu de la résistance, trois mille valeureux et courageux Gaulois ont résisté à l’envahisseur romain pendant plus de six mois! Imaginez un peu une armée de légionnaires composée de trente mille gladiateurs face à ce promontoire! Les assaillis ont fini par se rendre, vaincus par le génie militaire de Jules César qui, alerté par les chefs, fit creuser un tunnel pour dévier la veine d’eau qui alimentait la source du village. Les guerriers encerclés, pensant alors qu’ils étaient abandonnés des dieux, préférèrent se rendre. César, dans la grande clémence qu’on lui avait toujours connue, épargna ces valeureux et très courageux combattants et ordonna simplement de leur couper les mains! Leur chef, prisonnier de la légion de l’empire, se laissa mourir de faim. Voilà pour la petite histoire ! Eh non! Le dernier village Gaulois à avoir résisté aux envahisseurs de la Guerre des Gaules n’est pas breton, qu’on se le dise!

Obélix, de toute évidence, ne voulait pas chasser en terre inconnue, et surtout accompagné par une piètre gâchette! Un accident est si vite arrivé ! Il nous a quittés bien plus tard en 1976, victime de sa surdité. Un satané train a eu la mauvaise idée de passer au moment où il traversait la voie ! Il partait faire son tour habituel, en quête de quelques bonnes surprises, se fiant à son odorat toujours intact! Ainsi prit fin la vie de ce puissant et brave chien de chasse indépendant, qui a toujours fait honneur à son nom de baptême ! Gageons, n’en doutons pas un instant, que sa descendance dans le pays est toujours bien présente! Aussi, si vous vous promenez dans la région non loin du bras de la rivière qui vient langoureusement lécher les pieds du célèbre oppidum et que vous croisez un chien solitaire, dites-vous bien qu’il a sûrement un Obélix dans l’âme!IMG_0233.png
 
Premier acrostiche à Isabelle

I ris aux verts reflets, ton air entre deux airs
S ouligne tes pensées aux rayonnants revers.
A rc -en-ciel sous l’arche brillante des éclairs,
B énie par le poète, saint musicien des vers
É levés en concerts radieux, où les notes
L impides riment, encensant en louanges
L’ âme claire ailée qui par instant pianote,
E t tinte l’amour, pour l’oraison d’un ange.IMG_0239.jpeg
 
Plus le pauvre espère, plus il désespère.

Celui qui n’a jamais mangé du pain noir ne peut en imaginer le goût.

Il devient de plus en plus difficile de faire prendre la mayonnaise et de jeter de l’huile sur le feu.

Le poète est par principe engagé, méfions-nous des pseudo-versificateurs.

Un délicat pessimisme préfère toujours aux chardons du chemin les fleurs de l’idéal.

Le poète versifie, il fuit ainsi la vie et son inévitable prose.

Le pauvre ne craint pas le chaos, il le vit journellement.

J’ai côtoyé des miséreux que la moindre attention rendait infiniment riches.

Aujourd’hui la stèle commémorative et la plaque de rue sont posées en présence de l’intéressé. C’est ce que j’appelle faire passer la plaque avant le corbillard.
 
L’accident avec Pompon et la vie à la fin des années cinquante au port de la Madeleine

Je vous vois venir! Vous allez penser que ce petit écrivaillon veut nous parler d’une époque si lointaine qu’elle a été sûrement oubliée par la plupart des personnes qui l’ont vécue! N’en croyez rien, c’était hier, nous vivions le bon temps, enfin, celui que nous envient les jeunes générations qui sont persuadées de voguer dans un monde qui a atteint le paroxysme de ce qu’un être humain est en mesure de supporter. C’est oublier cette période d’avant-guerre et d’après-guerre où les pauvres étaient de vrais pauvres, où les gitans sillonnaient nos contrées et où les journaliers, mendiants pour la plupart, dormaient dans le coin d’une grange après avoir trimé une journée pour un simple morceau de pain! J’ai connu cette cambrousse paysanne qui s’est transformée très rapidement sans avoir vraiment eu d’autres choix ! Cependant le progrès, marqué essentiellement par l’arrivée de l’éclairage, a été le bienvenu. Ce ne fut pas le seul, l’eau allait bientôt se déverser dans la vasque de l’évier en pierre grâce à un robinet. Sonnait ainsi la fin de la corvée épuisante du seau remonté à la force des bras au bord du puits! Ne vous faites pas de fausses idées sur le courant électrique, à cette époque il n’était utilisé que pour alimenter en lumière les pièces à vivre et l’écurie de la ferme. Un peu plus tard encore est apparu le cheval moteur qui a sonné, hélas, le glas de la traction animale !

Cela me conduit naturellement à vous parler de ces braves bêtes ! C’étaient les poids lourds des étables, ils allaient encore faire illusion un moment face à cette inévitable évolution.
Mais avant de rembobiner ce ruban cinématographique très imagé, j’ai le souhait de vous faire part d’une situation quelque peu insolite. Mon plus jeune enfant était au cours élémentaire première année en 2012 quand sa maîtresse a abordé un sujet ô combien intéressant, celui des gens du pays à l’âge lointain de la vapeur. En parlant d’âge, je suis certain à cet instant précis que beaucoup d’entre vous se sont déjà lancés dans de grands calculs pour connaître celui de l’auteur, non? Je reprends…Le nœud ferroviaire de la petite ville de Capdenac construite autour de sa gare se prêtait fort bien à ce type de discussion. Alors que l’institutrice parlait des fameuses locomotives baptisées par les cheminots du nom évocateur de bêtes noires, mon fils a cru bon de lever énergiquement son bras :« Madame !…Madame!…Mon papa a connu les machines à vapeur !». Un moment plus tard, ce fut le tour des tombereaux tirés par les bœufs et les chevaux. Naturellement est arrivée l’heure du pénible dépiquage du blé à l’ancienne, puis du battage aux rouages toujours animés par des nuées ardentes. Les bohémiens, suite à ce déploiement de nouvelles technologies, ne tardèrent pas à emboîter le pas! Figurez-vous que ces nomades organisaient leur campement en cercle comme le faisaient les cow-boys du far west américain! A ces paroles pour le moins dépaysantes, mon gamin très attentif persistait à affirmer que son père avait vécu ces scènes authentiques d’autrefois ! Arriva naturellement l’inévitable période où les hordes de loups hurlants colonisaient nos bois. Et là, sans hésiter une seconde, l’insatiable garnement leva à nouveau sa main, avec ces mots : «Mon père a également connu les loups!». La maîtresse avait à peine plus d’une vingtaine d’années, je me suis posé la question de savoir si la convocation que j’avais reçue de sa part quelques jours plus tard n’avait pas une corrélation avec ce sujet ancestral ! La rencontre à venir du très vieil homo sapiens, père de ce très jeune élève en chair et en os, méritait bien ces quelques lignes, n’est-ce pas? Elle fut rassurée à ma vue, l’enfant n’était pas un menteur, enfin juste avant que le loup ne pointe le bout de son nez! Même si aujourd’hui certains de ces carnivores aux dents aiguisées comme des sabres ont été aperçus à nouveau dans notre région.

Quittons ce monde inquiétant pour revenir à pas de loup visiter la grange et son étable où logeaient les lourds sabots de la ferme. Après avoir passé le porche daté de l’an huit de la République française, on pouvait apercevoir à droite le puissant percheron Pompon. A ses côtés, une charmante jument nommée Coquette, de robe baie foncée, avait l’œil vif ! La dame au très fort caractère n’était pas du genre à se laisser manœuvrer facilement, elle avait toujours refusé de travailler seule! Suivaient dans l’ordre trois vaches, baptisées en fonction de leur robe : Flourette, Blanchette, et Négrote. Deux ânesses complétaient ce cheptel important, elles avaient pour nom Nénette et Fatma. Dans la petite porcherie, on engraissait un cochon, toujours prêt à sauter sur une poule inconsciente qui se hasardait dans son espace restreint! Elle était attirée par quelques vermisseaux et la gourmande finissait généralement sa vie dans l’estomac du carnivore grognant.
Pompon et Coquette étaient des robustes chevaux de trait, nous les attelions à différents outils à la fin des années cinquante afin de travailler les champs. La faucheuse, l’andaineuse étaient utilisées au mois de juin pour la récolte du foin. Le brave Pompon, secondé parfois par Coquette, collier sur l’encolure, ne chômait pas! La ferme n’avait pas une grande surface d’exploitation, tous les terrains étaient regroupés dans un rayon d’environ un kilomètre. Le chef de famille se plaisait à dire en plaisantant, aux curieux qui lui posaient la question : «Nous sommes des grands propriétaires, nous possédons des biens sur deux départements et quatre communes !» Pour finir de les convaincre et afin d’appuyer ses paroles, il les énumérait : Le Lot , l’Aveyron étaient suivis des célèbres noms des villages bien connus des gens du pays d’Olt, Faycelles, Capdenac -le -Haut, Loupiac et Capdenac- Gare Il y avait là de quoi asseoir une certaine notoriété, même lorsqu’on se sentait fauché comme les blés!

Au début de l’été, la période des fenaisons nous donnait beaucoup de travail ! La tâche était rude. Sur une surface d’environ six hectares, une fois le travail mécanique achevé, nous devions rassembler le foin en meule avant de le charger sur la remorque et le remiser au-dessus de l’étable. Les grosses chaleurs ne facilitaient pas notre labeur alors qu’à grandes enfourchées , mon père élevait le foin jusqu’à l’ouverture de l’étage supérieur où mon frère aîné dégageait le passage et envoyait la précieuse herbe séchée près de nous. Notre rôle consistait à tasser l’herbe avec nos petits pieds dans des allers et retours incessants pour qu’un maximum du précieux regain sec puisse entrer dans la remise. Je ne peux que difficilement vous décrire l’ambiance du coin chargé en diverses poussières aux très fortes effluves, qui avaient le pouvoir de nous irriter la gorge, nous piquer les yeux et nous plongeaient dans des atchoums à n’ en plus finir! Heureusement, un bon verre de menthe à l’eau bien fraîche que nous amenait notre chère mère nous permettait de retrouver un second souffle. La journée se terminait toujours par une baignade bien méritée près de la cale qui mettait fin au mur du port. Nous étions satisfaits du boulot accompli. Pompon, Coquette et la grande troupe de poids lourds auraient de quoi manger durant la longue période hivernale.

Pompon était un cheval admirable, taillé dans la masse comme un athlète, d’un poids approchant la tonne. Toujours aux moindres ordres, il obligeait Coquette la rebelle à suivre la cadence, même si parfois elle n’était pas partante pour transpirer plusieurs heures. Le travail de la vigne était assuré par le percheron. Il partait seul pour tracter la décavaillonneuse qui permettait une approche des ceps avec une précision millimétrée, ainsi le moindre pied d’herbe était éliminé. Mais là où le roi Pompon était surprenant, c’était quand ,attelé à la sarcleuse, seul en bout de la rangée, il reprenait l’allée suivante ! L’entretien du petit vignoble prenait fin par une récompense que je n’aurais manquée pour rien au monde. Mon brave père me hissait sur le dos du puissant cheval pour une balade inoubliable depuis les grappes de raisin vers l’écurie. C’est à cet instant précis que commençait pour moi le grand frisson. D’un pas sûr, frappant le chemin avec ses larges et lourds sabots, Pompon se déplaçait tranquillement vers son lieu de repos et faisait de moi l’écuyer le plus fier à dix lieues à la ronde! Avant de passer sous le porche d’entrée, il ralentissait, conscient que, sur son dos, je devais baisser la tête. Puis il se dirigeait vers l’abreuvoir où dans une aspiration continue qui me paraissait interminable, il buvait six à sept litres d’eau sans relever la tête avant de reprendre place fièrement à côté de sa princesse.

Arriva le fameux jour où tout a basculé ! Nous avions dans les coteaux une parcelle plantée en betterave, non loin des quelques chênes truffiers qui nous permettaient d’améliorer en période hivernale notre quotidien. Nous devions aller récolter les tubercules au poids conséquent, et c’est donc à Pompon que nous avions confié la traction de la charrette dans les travers vertigineux. À vide, tout se passa normalement mais déjà je mesurais la prise de risque du déplacement où les pierres éparpillées soulevaient par intermittence les solides roues porteuses au point d’ébranler fortement l’ensemble de l’attelage. Sur le lieu de la récolte, nous n’avons pas ménagé nos efforts, et pas à pas nous avons fini par avoir l’ensemble des betteraves chargées. Je m’étais hissé moi-même sur le monticule, la puissance du courageux cheval allait être mise à rude épreuve. Sans broncher, Pompon tractait la périlleuse cargaison qui se déplaçait titubante dans ce dévers très incertain quand l’inévitable se produisit. Un bloc énorme a agi comme un bras de levier ascensionnel en déséquilibrant le tombereau. Je me suis senti propulsé, et dans une roulade qui m’a paru interminable, favorisée par cette horrible pente, j’ai terminé ma course stoppé par un genévrier sauvage. Aussitôt sur mes jambes, j’ai aperçu Pompon couché, bloqué par les brancards. Poussé par je ne sais quel courage, je suis revenu vers lui aussi vite que je m’en étais éloigné ! Mon père s’attelait déjà à le dételer! La tête plaquée par moments au sol, Pompon tentait désespérément de la redresser par un mouvement puissant d’encolure. « Caresse-le, parle lui pour le calmer », me dit alors celui qui n’aurait à mes yeux jamais dû prendre un tel risque! Pour la première fois de mon existence, je crois que j’ai eu un sentiment de révolte face à celui que j’admirais! Le plus près possible de la tête de mon cheval qui, à chaque aspiration, avait les narines qui doublaient de volume, j’essayais avec toute la force de ma faiblesse de le calmer en le caressant. Je voyais ses yeux affolés, ouverts au maximum, scruter le ciel dans des va-et vient effrayants. Sa puissante respiration me laisser espérer qu’il allait survivre mais j’ignorais s’il s’était brisé un membre. Et tout à coup, j’ai entendu une voix prononcer ses mots : « Eloigne-toi vite, je viens de désolidariser les brancards, s’il n’a rien de cassé, il va se redresser sur ses pattes !» Les miracles arrivent parfois : rassemblant dans un élan ses dernières forces, la brave bête se redressa puissamment avant de pousser de brefs hennissements de satisfaction ou de soulagement !

« On rentre maintenant, je trouverai un autre moyen pour récupérer la charrette et le chargement », ce qui, entre nous, n’avait aucune importance ! Mon brave Pompon et moi n’avions que quelques égratignures, là était l’essentiel!
Le rituel dans nos contrées était donc étroitement lié aux saisons plus ou moins favorables aux récoltes. L’animal était le moteur d’un système, sans lui rien n’aurait été possible. Il arrivait parfois qu’un paysan voisin vienne vers nous pour nous demander si nous pouvions lui prêter mon animal de trait préféré pour une journée. Croyez-moi, il est plus facile de répondre oui à une demande concernant l’outillage qu’à ce type de sollicitation ! Même si notre cher cheval était suffisamment habitué à travailler, et que sa docilité fusionnait avec le courage qu’il déployait au labeur, mon père préférait être à ses côtés. Il lui fallait alors prendre une décision rapide. Le plus souvent, il proposait sa présence pour ne pas froisser le paysan. Il partait ainsi pour honorer un travail dont il se serait bien passé. Cette situation n’était pas exceptionnelle, il arrivait qu’un animal se blesse, ne laissant aucune autre possibilité. Certaines cultures ne peuvent pas attendre, elles sont rythmées aussi précisément qu’une symphonie!. « C’est le temps qui commande», se plaisaient à répéter les agriculteurs du pays. Hélas, parfois il n’y avait pas d’autres alternatives que de décliner la demande. On ne peut être à deux endroits à la fois, bien que j’aie ouï dire qu’un personnage célèbre y était arrivé ! S’ensuivait alors une mésentente, qui parfois prenait des proportions inimaginables, on ne se parlait plus! Ainsi entre les Sirvain et les Marcouly avons-nous assisté à près d’un siècle de profonde animosité! On s’ignorait, la haine prenait des proportions délirantes sans que l’on sache vraiment pourquoi ni quand elle avait débuté, et surtout quelle en était la raison. Elle était ancrée dans nos gènes, on ne peut expliquer l’inexplicable, n’est-ce pas ? Un jour, alors que je me promenais, j’ai aperçu le fils Sirvain au fond de l’étang. Il faisait mine de ne pas me voir quand une envie de crever l’abcès me guida irrésistiblement vers lui. Il ne refusa pas la conversation. Après tout, peut-être que dans son for intérieur de brave paysan, il souhaitait lui aussi inconsciemment sortir de cette impasse. Aussitôt près de lui, j’ai engagé la conversation avec cette phrase directe. - Bonjour, j’ai une question qui turlupine mon esprit depuis longtemps ! Connais-tu la raison pour laquelle nous ne nous parlons pas, et pourquoi nous entretenons cette horrible relation doublée d’une tension constante depuis des dizaines d’années entre nos deux familles ? Sa réponse a été aussi directe et précise que ma question :
- Je n’en sais rien !
- Eh bien, écoute-moi, à partir d’aujourd’hui si tu es d’accord, on fait une croix sur ce lointain passé relatif à nos aïeux et nous entretenons à nouveau une relation amicale.
- Mais bien sûr ! Le plus rigolo dans cette histoire, c’est que dans la généalogie de nos familles, j’ai découvert à ma grande surprise que nous étions cousins! Depuis, nous vivons des jours sans tension, mais nous restons vigilants ! Il n’est pas interdit qu’un jour cette paix retrouvée prenne fin, les rancœurs ainsi étouffées peuvent renaître sournoisement et mûrir toutes ensemble, le fils n’est pas le père!

Laissons ce feu couver et parlons à nouveau du cheval à la lourde crinière blonde.
Pompon a eu une vie bien remplie . Sa mort fut le reflet de son parcours exemplaire. Nous l’avons découvert un matin, allongé face au râtelier qui avait tant vu son museau happer puis broyer le foin qu’il contenait. Il a eu droit à des obsèques dignes d’un grand destrier et nos larmes l’ont accompagné jusqu’à l’énorme fosse qui avait été creusée par le premier bulldozer en service de la sablière Grégory. Son corps repose depuis face aux parcelles qu’il a si souvent arpentées avec courage, un collier autour de l’encolure. Coquette ne s’est jamais remise de cette brutale séparation. En totale déprime, elle a refusé de travailler seule. L’heure de la mécanisation à outrance allait bientôt sonner, poussant la traction animale hors des écuries. Mon père, en grand seigneur, décida néanmoins de résister à ce soudain séisme du terroir. La jument a eu droit aux honneurs d’un bel étalon et quelques mois plus tard naissait Pucette, une belle alezane. Cette arrivée fut pour nous tous une délivrance. Nous ne doutions pas que la mère s’occuperait de sa pouliche et finirait par reprendre, comme on l’entend chez nous, du poil de la bête ! Après le sevrage de Pucette, elle n’avait cependant toujours pas retrouvé l’entrain qu’un propriétaire attend d’une jument de trait. L’heure des interrogations est arrivée, nous ne pouvions pas nous permettre de continuer à nourrir un animal en déprime ! Mon père décida de la vendre suitée à un maquignon du coin. Bien plus tard, j’ai appris qu’un triste sort leur avait été réservé !

L’argent ainsi gagné rapidement nous a permis de faire entrer dans la maison un instrument diabolique où des personnages en noir et blanc s’agitaient continuellement. Ce petit écran n’était pas avare en conseils pratiques, il incita le chef de famille à se tourner résolument vers l’avenir.
Il acheta un motoculteur de marque Staub. Ce curieux engin motorisé était équipé de tous les accessoires utiles pour cultiver la terre. On ne pouvait lui trouver que des avantages par rapport aux animaux! Il suffisait de le lancer d’un geste sec avec une ficelle pour qu’il démarre au quart de tour!
Il ne rechignait pas à la tâche ! Comble du bonheur, une substance liquide à la forte odeur qu’on lui donnait à ingurgiter suffisait pour le propulser pendant près d’une heure sans risque d’emballement ! Pas de doute, l’affaire du siècle, mon géniteur l’avait entre ses mains! On ne voyait que des avantages à ce tas de ferraille ronronnant ! Alors, me direz-vous, elle n’était pas porteuse d’un avenir meilleur, cette brillante avancée mécanique qui allait enfin libérer l’esprit des pauvres paysans ? Du moins, le croyait-on! Ne nous laissons pas attendrir par une nostalgie naissante, il faut savoir évoluer intelligemment pour vivre en symbiose avec son époque et pour cela, on doit sans aucune appréhension se remettre continuellement en question ! Nous rentrions de plain-pied dans l’ère ultramoderne des chevaux moteur, de l’électricité, de l’eau paiera ! Nos habitudes allaient être totalement bouleversées, le confort entrait dans nos vieilles demeures, la planche à laver le linge avait trouvé sa remplaçante presque autonome ! Un tracteur Massey Harris Pony ne tarda pas à faire son apparition triomphale dans la cour de notre ferme, entre Pony et grand Poney. Il suffisait simplement d’affranchir une lettre de commande, n’est-ce pas?

Nos occupations étaient toujours les mêmes, Négrote, Flourette, et Blanchette n’ont absolument rien remarqué d’anormal. On continuait notre chemin en allant les garder, mais c’était sans compter sur une nouvelle invention géniale qui elle aussi allait révolutionner nos habitudes, la clôture électrique! On aurait pu, croyez-moi, surnommer avec justesse cette période l’époque miraculeuse ! Cependant elle a eu ses victimes ! Le forgeron installé dans tous les petits hameaux ne lui survivrait pas longtemps ! Ainsi prit fin la chevaleresque aventure du travail équin, mais également celle du bovin au sein de nos communes. Une banque du Crédit agricole allait faciliter les échanges et permettre l’achat du nec plus ultra en matière d’avancée technologique grâce à des facilités de paiement. Pour rester à la pointe du progrès, il ne faut pas avoir peur de se lancer sans a priori dans son aventure. Des paysans pris à la gorge par les emprunts n’eurent qu’une alternative, celle du suicide! Est-ce ce que l’on nomme communément la rançon du progrès ? J’ai cependant vu certaines petites fermes résister à cette défiguration fulgurante du paysage agricole jusqu’au début des années soixante-dix. Ce n’est pas sans une certaine nostalgie doublée d’une grande tristesse que je vous ai fait part de ces quelques pages qui témoignent d’un passé heureux, où l’animal a eu un rôle prédominant grâce à son intelligence et à son dévouement inné pour l’homme.

N’oublions pas que, durant la Première Guerre mondiale, les chevaux de trait, sous une mitraille nourrie de l’artillerie, ont été employés à la traction des canons. C’est dans un délire sanguinaire total que ces pauvres bêtes sont mortes par dizaines de milliers dans un épuisement total au fond de leur mare de sang. Avant de vous laisser lire un autre récit, chères lectrices et chers lecteurs, je tiens à vous poser une question. Mon grand-père avait une paire de bœufs pour travailler les champs, pourquoi mon père a-t-il résolument fait le choix d’avoir deux chevaux percheron pour cette même tâche ? Bien entendu j’attends de vous la raison principale ! Vous avez dix secondes pour répondre à cette question pertinente ! Neuf…huit…sept…six…cinq…quatre…trois…deux…un…stop : eh bien, oui! Vous avez la bonne réponse : tout simplement parce qu’ils accomplissaient le travail demandé deux fois plus rapidement! Une dernière information importante :il y avait deux millions quatre cent mille explorations agricoles au début des années cinquante, il y en a six fois moins de nos jours. Ce manque de bras a eu un effet immédiat sur l’entretien de nos campagnes. Beaucoup de sentiers ont disparu, laissant place à la broussaille. La voie romaine qui serpentait sur le flanc de la colline de la Madeleine appartient aujourd’hui au passé! Je vous ai parlé dans mon écrit des clôtures électriques venues en substitution des bergers qui façonnaient des murets avec les pierres du causse et des cazelles pour s’abriter lors des intempéries. Comment ne pas regretter cet entretien journalier et le plaisir que j’avais, au détour d’un chemin sur mon vélo,de me retrouver face à une belle bergère ! Décidément je hais ce progrès qui s’est emballé et qui est à l’origine d’une clé des champs à l’ambiance de plus en plus survoltée!
Allez, pour clôturer cette longue histoire, je vais vous amener au Crédit agricole. Mon père fut le premier client de l’agence de Figeac au début des années cinquante. Vous n’imaginez pas tous les avantages que peut nous offrir le système financier. Un chéquier à la main permet de se lancer dans des transactions rapides et efficaces sans avoir à trimballer sur soi des sommes astronomiques, avec tous les risques qui sont liés à ce type d’échange pour le moins aventureux. C’était bien entendu avec le crédit que l’on pouvait obtenir le dernier cri de la technologie moderne. Ce fut un des arguments que le banquier avança pour convaincre les premiers clients de l’agence !…Et même les seconds, paraît-il ! Mon père rencontra son voisin Fernand peu de temps après et lui indiqua le processus à suivre pour obtenir le miraculeux chéquier qu’il tenait en main. Après quelques hésitations quand même, notre brave paysan passa la porte du coffre-fort. Inutile de vous dire que le système ingénieux des rendez-vous n’existait pas encore! Reçu avec toute la courtoisie due à son rang, empreinte indélébile de ce temps révolu, suivirent quelques sages paroles. Il obtint sans difficulté le droit d’utiliser à sa guise le fameux carnet aux nombreux feuillets. Et sans se préoccuper de savoir si son compte avait suffisamment de provisions, notre Fernand se lança dans des dépenses inconsidérées. Il ne tarda pas à recevoir une convocation par courrier lui indiquant qu’il était attendu d’urgence au guichet. Le banquier avait quelque chose d’important à lui communiquer. Il attela donc la charrette à sa jument grise, s’habilla du dimanche et se rendit à ce rendez-vous en se demandant tout le long du chemin ce que voulait lui dire ce brave homme cravaté. Voici le dialogue rapporté par un journaliste du coin:
- Bonjour, Monsieur !
- Bonjour !
- Je vous ai convoqué car votre compte accuse un solde débiteur très important !
- Un qué?…( Un quoi?)
- Vous n’avez pas l’argent que vous dépensez à tour de bras depuis plus d’un mois !
- Ah compreni mas es pas grèu! Qué aquò tenga pas!…Per reglar aquel problèma dichas ieu çò que devi! Vos vau far un chèc ! » (Ah je comprends mais ce n’est pas grave!…Qu’à cela ne tienne!… Pour régler ce problème, dites -moi ce que je dois! Je vais vous faire un chèque !)

C’est ainsi que nous avons fait nos premiers pas dans l’ère moderne qui nous a grandement simplifié la vie, n’est-ce pas ?

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Mon passage dans les troupes aéroportées …C’était la vie de château !


Il est à imputer avant tout à mon esprit sportif! Avant d’atterrir dans ce régiment d’élite, j’avais participé à quatre stages prémilitaires. Le premier était recommandé avant d’incorporer ce type de bataillon. Pour les trois autres, je me suis porté volontaire pour épauler l’instructeur qui était très sympathique. J’ai obtenu le titre d’aide-moniteur et j’ai participé à trois formations en quelques mois. Les deux premières ont eu lieu à Pau, la troisième à Poitiers. Je totalisais seize sauts le jour de mon incorporation. Je vais conter ce qui restera pour moi une expérience unique que je ne regrette pas avec le recul que l’on accorde aux armes à feu mais qui, permettez-moi cette image un tantinet métaphorique, sera à jamais chargée, telle une balle explosive à l’intérieur d’une chambre ô combien volcanique : j’ai nommée ma boîte crânienne! Quelle que soit la tête de dur qui passait le poste d’entrée du 8eme RPIMA à Castres, elle ressortait domptée à vie un peu plus de huit semaines plus tard ! Je dois être le plus précis possible afin de ne rien oublier de cette aventure où votre écrivaillon va comprendre qu’un agneau bien pris en main sous les ordres de chefs à la sévérité sans retenue peut devenir un loup féroce et un loup féroce à l’inverse se métamorphoser en agneau ! Aujourd’hui le régiment d'élite parachutiste existe toujours mais la discipline comme partout a été lissée. Le régiment a dans ses rangs des soldats engagés de métier avec un bon niveau scolaire.
Comme disait l’ami Nougaro : «Dès mon arrivée j’ai senti le choc !» Avec seulement dix pour cent d’appelés, le corps d'armée était composé d'engagés, des durs, des purs, du genre de ceux qui ne reculent devant rien et qui prient tous les jours pour partir en mission réelle ! Des têtes trop souvent creuses à la férocité inimaginable pour le commun des mortels qui se trouvent confrontés par un malheureux hasard à leur façon d’aborder les problèmes de la vie courante. Nos supérieurs étaient des gradés placardés, ils avaient participé héroïquement à tous les conflits. Face à ces soldats d’élite, nous étions des moins que rien. Ils allaient nous faire subir les pires brimades en nous rabaissant journellement, nous, les petits rigolos sans envergure. On leur avait confié la tâche quelque peu surréaliste à leurs yeux : faire de nous des paras ! Et comble du malheur, ils avaient face à eux, nous disaient-ils, des cerveaux creux sans aucune aptitude au combat. Les instructeurs nous ont immédiatement mis dans l’ambiance, celle qui fait regretter d’avoir signé son engagement pour voir du pays quand on a opté pour cette voie. La prise en main était rigide, impossible à imaginer pour celui qui n’a jamais mis les pieds dans un régiment parachutiste semi-disciplinaire. Pas de doute, j’avais choisi le bon, celui qui grave à l’encre rouge l'esprit à vie, ou à vif si vous préférez. Un vrai parcours de guerre en temps de paix qui vous coupe en un instant du monde civilisé ! Les connards que nous étions, ils allaient les mater pendant les classes! Aucune permission n’était prévue, il fallait rester dans ce saint abri loin de l'agitation extérieure considérée de façon très malsaine par la hiérarchie aux bérets rouges. Nous arrivions les cheveux longs et les idées courtes, nous allions finir nos classes le crâne rasé et bourré d’idées patriotiques sans failles. Prêts à tuer père et mère si le chef nous l’avait ordonné ! Rassurez-vous, je ne suis pas fou, mais cette dernière phrase, je l’ai entenduede la bouche d’un para engagé. Pourquoi avait-il signé cette satanée feuille, lui ai-je demandé. Sa réponse, vous en conviendrez, fut sans équivoque! « Parce que mon papa et ma maman n’ont pas voulu m’acheter une mobylette !» Là, il faut reconnaître que c’est une bonne raison pour cet excellent soldat, n’en doutez pas un instant. Mieux que quiconque, il savait combattre en maniant les engins de guerre avec un grand sens du devoir, et une grande dextérité accompagnait tous ses gestes. L’oreille collée au téléviseur, il attendait avec impatience son engagement total dans un conflit sanglant. On se rendait bien compte que les manœuvres organisées aux tirs à blanc finissaient par l’agacer au plus haut point. Ne perdons pas de vue ce que m’a expliqué un colonel. Un militaire de carrière a signé un engagement qui le lie à l’arme qu’il a choisie. Il est bien stipulé qu’il prend le risque d’être tué dans l’exercice de ses fonctions. Il fait don de son corps à la patrie!Cette note était une mise en garde sur les risques du métier!

Nous, nous étions de simples appelés en avril 1972, j’arrivais dans un véritable régiment d’élite. Cette époque allait cependant bientôt rendre les armes! Un comité de sélection de l’armée moderne allait bientôt être mis en place. Il était bien décidé à opérer un choix résolument tourné vers l’avenir avec cette vision lucide : la force des armes réside beaucoup plus dans les attitudes de ses soldats et à l’intelligence qui la compose que sur la multitude de ses troupes doublée de l'énormité toujours croissante de ses effectifs. Revenons maintenant sur l’ancien régime et à sa façon d’agir. Rapidement nous avons été guidés vers l’intendance pour prendre possession de notre paquetage. Rangers, tenues de combat, de sortie etc.. On nous dirigea ensuite vers notre chambre au vieux parquet en bois qui paraissait curieusement très bien entretenu ! Une dizaine de lits étaient positionnés sur deux rangées. Des armoires en ferraille grise du type increvable se trouvaient à leur pied, voilà de quoi était composé le mobilier simple mais, ma foi, fort pratique à l’usage ! À lieu sobre ne peut succéder qu’une phrase du même type. On nous ordonna sèchement de poser l’ensemble de notre paquetage. Tout s’enchaîna très vite les premiers jours. Je résume rapidement par une énumération de souvenirs lointains aux sonorités plus ou moins tachées d’angoisses renaissantes. Direction le coiffeur, cuisinier dans le civil, pour une coupe à blanc d’œuf ! Je ne reconnaissais plus mes nouveaux copains après cette radicale métamorphose ! On nous apprit à faire notre lit, à plier nos affaires au carré, à reconnaître l’ensemble de notre équipement et cela, sous le regard attendri des gradés qui n’hésitaient pas à balancer une grande tarte sur nos tendres joues si on ne comprenait pas leurs explications claires. Il fallait, nous disaient-ils, que le commandant entende la gifle, cela le rassurait. Il savait que notre formation se déroulait dans de bonnes conditions et que nous étions entre de bonnes mains. Je n’ai pas trop eu à me plaindre de cette force de frappe, j’apprenais vite et bien. A l’inverse, ils avaient choisi de frapper fort sur certains pauvres bougres qui, de toute évidence, arboraient une tronche qui ne leur revenait pas. Et vous êtes là, impuissants et tristes face à ces brimades non fondées. Il y a eu bien entendu la classique visite médicale avec la fameuse piqûre qui vous paralyse le bras et vous rend malade parfois comme un chien. Pour moi, tout s’est bien passé à nouveau, heureusement, c’est un des seuls vaccins que j’ai acceptés dans ma vie et cela, par la force des armes. On nous apprenait à les manier, à les démonter et à les remonter dans un temps chronométré, à marcher au pas des heures durant. Les chansons paras cadençaient nonchalamment nos allers et retours dans l’enceinte du bataillon.

Je vais maintenant vous citer une succession de situations lors des classes dans ce huitième régiment d’infanterie parachutiste. Je viens de vous parler du tempo du pas dans des "uuhnns deuuux" à la tonalité très grave. Sous la pluie et face à un mur, logiquement, nous devons nous arrêter, n'est-ce pas? Erreur, l'ordre ne nous en avait pas été donné! Bites à culs, nous avons fait face au mur en simulant la marche pendant plus d’un quart d’heure. Une nuit vers quatre heures du matin, nous avons eu droit à une revue de piaule surprise ! Affaires pliées au carré, rangers cirés, tout était nickel pour nous. Pourtant, une partie de nos tenues s’est retrouvée au milieu de la chambre. Nos rangers, cirés et finis à la salive pour les faire briller d’un éclat exceptionnel, ont été retournés pour une examen visuel non prévu ! «Vous n’avez pas ciré les semelles!» Ils ont ouvert la fenêtre du petit dortoir et nous ont jeté l’ensemble des godasses dans la cour. Bonjour pour retrouver ses pompes et trier les pointures ! Peu de temps après la levée du drapeau en T-shirt au mois d’avril, ils nous ont occupés à huiler les armes et à les mettre à sec et cela jusqu’à vingt trois heures le soir sans manger!
Le nettoyage était facile à assimiler : à sec, le fusil devait ne présenter aucune trace d’huile sur sa surface examinée avec une allumette dont la pointe avait été soigneusement affûtée.
À l’inverse, huilée, vous l’avez compris, elle devait être exempte de toutes traces d’huile.
Ils passaient toutes les demi-heures pour vérifier la mise à sec ou le bon graissage. Évidemment ils trouvaient toujours des traces d’huile et la sanction était immédiate : on se prenait soit un coup de crosse, soit une baffe, ou on se tapait une série de pompes. Cela donnait une scène assez marrante, je le reconnais, paras un derrière l’autre! Un petit moment de détente qui finissait par nous faire rire! Voici le dialogue entre les deux punis : « Wouah! Wouah! ....Ce salaud, il me mordrait !.. » Le régime était fixé à trente pompes. Ou nous avions droit aussi à :
- Brigitte Bardot est une putain!
-Tu es trop con pour la baiser!
Une petite dernière !
- C’est la vie de château !
- Pourvu que ça dure!
Lors du cirage du parquet de la piaule, ils vérifiaient si les fentes et les jointures du parquet brillaient autant que la surface plane. Un soir je décide de me raser, j’avais calculé que je n’aurais pas à le faire en me levant, cela pour gagner du temps ! Faux calcul! Le chef s’en aperçoit dans la matinée, il me choppe la joue entre son pouce et son index et me dit:
-Tu ne t’es pas rasé ce matin !
-Si, chef!
-Tu ne t’es pas rasé ce matin!
-Si, chef! Et il a commencé à me balader pendant un quart d’heure dans tous les coins du bâtiment, me lâchant et me reposant la phrase régulièrement.
-Tu ne t’es pas rasé ce matin !
-Si, chef !
Au bout de dix minutes environ, il a lâché ces mots:
- Eh bien, je suis fier de toi, tu pourras te raser ainsi le soir quand tu le voudras, mais n'exagère pas quand même !
- Oui, chef!
Et peu de temps après, il me dit : - Toi, tu ne parleras pas sous la torture et tu ne reculeras jamais lors d’une bataille ! Il attendait que je craque et là, j’aurais eu droit à la pire des brimades! C’est ainsi que j’ai gagné un galon, celui de la considération d’un de mes supérieurs et que j’ai eu la paix de sa part jusqu’à la fin des classes.

Le jour de Pâques, nous avons eu à nettoyer la zone de tir à la petite pelle pour nous occuper. Le seigneur n’a rien fait pour nous! Les engagés, nous les rencontrions au bar de la caserne. Une fois, alors que je buvais une bière à l’extérieur avec un copain, deux fêlés se sont pointés et nous ont dit : - Finissez vos bières, on va lancer deux grenades en visant le centre de votre table !
Ils se sont mis à dix mètres de nous, ont fait semblant de dégoupiller les bouteilles et les ont lancées dans notre direction. Par miracle, elles sont tombées au centre de la table sans exploser! Ils ont testé ainsi notre courage. Si nous avions refusé ce jeu ridicule, ils en seraient venus aux mains. Tous les matins, on allait faire un entraînement de course à pied. J’étais dans mon élément, j’avais participé dans le civil à diverses courses, j’étais parmi les meilleurs espoirs, d’ailleurs un entraîneur national est venu spécialement me chronométrer sur diverses distances. Tout en me baladant, j’arrivais largement devant les meilleurs de la caserne. Jusqu’au jour où je m’entrave et je m’ouvre la pomme de la main gauche. Un des chefs me dit : -Tu ne sais pas courir ? On nous avait dit que tu étais un champion ! Tu sais grimper à la corde au moins? Ce malade avait son idée, heureusement le chef, qui m’estimait, est intervenu pour m’éviter une montée de corde avec la main ouverte. Cela m’a amené directement à l’infirmerie où j’allais assister à une scène assez incroyable. Deux grands copains engagés s’étaient accrochés sans se manquer, ces joutes étaient assez fréquentes. L’un dit à l’autre : - De toute façon, tu n’as jamais eu de couilles, je le sais! Regarde! Il sort un couteau, le met sur le banc sur lequel on avait pris place, pose sa main à plat et dit à l’autre : - Tu n’es pas capable de me planter le couteau dans la paluche! Sans hésiter, l’autre se saisit de l’arme tranchante et lui cloue la main! Inutile le vous dire que le service d’urgence a vite été alerté ! J’ai appris par la suite que l'agresseur était parti au niouf et qu’il s’était fracassé la tête contre les barreaux du lit, pris de remords sûrement ? J’ai assisté aussi à une tentative de suicide d’un engagé. Pendu aux barreaux d’une fenêtre au deuxième étage d’un bâtiment, il se tailladait les veines du poignet. En bas, certains paras tentaient de le raisonner, d'autres au contraire l'encourageaient. J'ai appris plus tard que si un soldat se suicide dans ces conditions, toute sa chambrée est réformée, je n'ai pour autant jamais pu vérifier ces dires.

Avant d’être brevetés parachutistes, nous sommes partis en manœuvre. Une semaine débarqués en pleine montagne noire. Nous étions les Français, les paras du troisième RPIMa étaient les Soviétiques. Une semaine avec le barda sur le dos et les flingues. Les Russes nous avaient repérés et nous suivaient à la trace! Ils demandaient aux paysans du coin :
- Vous n’avez pas vu passer des paras?
-Si, si, passez par là, c’est un raccourci, vous devriez les rattraper. Ils se postaient avec les engins motorisés à l’endroit indiqué et nous sulfataient au passage en donnant notre position à d’autres groupes dans les parages. J’ai le souvenir que l’on courait comme des lapins tout droit, nos chefs nous ordonnaient de zigzaguer pour éviter les balles ! Mais ils tiraient à blanc, bien sûr, et on ne les écoutait pas. Nous n’avions pas intérêt à ce que les sauvages nous fassent prisonniers, ils nous auraient mis presque à poil en pleine pampa ! Pendant les marches forcées journalières de 30 à 40 kilomètres, nos chefs bizarrement étaient devenus sympas, ils se méfiaient de nous, je pense, nous n’étions plus à la caserne. J’aidais les moins sportifs en portant leur fusil et leur sac, en les encourageant ! L’esprit de solidarité jouait, il était bien présent. Les rations étaient composées essentiellement de corned-beef et de pain de guerre, j’ai même ouvert une boîte de sardines datant de 1946 ! Je ne vous explique pas l’odeur! Assoiffés, on a bu l’eau d’une mare à canards après l’avoir désinfectée avec des cachets, la couleur verdâtre rappelait avantageusement le sirop de menthe. Plus tard nous sommes partis à Pau pour obtenir le brevet de parachutiste : j’ai retrouvé les tours d’entraînement d’appel et d’arrivée. Ah oui ! Je vous explique rapidement de quoi il s’agit comme le ferait un moniteur parachutiste : la tour d’arrivée a une hauteur d’environ 35 mètres, elle est munie d’un câble incliné d’une longueur équivalant à deux fois sa hauteur. On y accède par l’intermédiaire d’une échelle verticale et on débouche sur une petite plate-forme. Une fois en haut, on fixe un mousqueton au harnais que l’on a auparavant enfilé et dans un go volontaire, on dévale le câble pour finir en une roulade imposée dans un bac à sable. La tour d’appel avait la même structure mais on la craignait tous, par rapport au nombre d’accidents mortels qu’elle avait engendrés ! C’était un saut semblable à celui bien connu aujourd’hui de l’élastique. À la différence près que ce dernier était remplacé par un câble rigide. C’étaient nos copains en bas qui stoppaient la chute en tirant dans un élan commun sur un système ingénieux qui bloquait le mécanisme. Le souci était qu’il ne fallait pas que l’un deux s’entrave les pieds dans la manœuvre ! Autant dire que l’on n’était pas fier en haut avant d’entendre le fameux Go où, sans hésiter, il fallait sauter! Si l’engagement n’était pas total, une voix sévère en bas nous disait d’escalader à nouveau le tas de ferraille vertical. Les paras de Pau où se trouvaient ces structures vertigineuses nous craignaient. Nous étions considérés par eux comme des têtes brûlées! Au réfectoire, par exemple, on ne respectait pas l’ordre de la file d’attente! Pour parachever notre instruction, nous avons participé à des manœuvres de nuit, armés jusqu’aux dents. Je me souviens d’un largage où nous nous sommes tous posés dans une forêt. Une seule préoccupation apprise à l’instruction a été de protéger les parties les plus précieuses de notre organisme ! Et pour finir, nous avons participé à la marche de la fourragère de 40 kilomètres environ. On a eu droit aux honneurs de notre corps d’armée, nous étions devenus des hommes enfin. Notre première perm était la bienvenue après deux mois d’instruction.

Pour conclure ce récit assez explosif dans sa forme, j’ajouterai que la première fois que je suis monté à l’intérieur d’un avion, je n’ai pas atterri avec lui. J’ai été instamment invité à passer sa porte en plein vol. Il faut dire que les carcasses calcinées au sol des avions Nord Atlas nous encourageaient à quitter cet aéronef d’un autre temps! Les trous d’air de plus de cinquante mètres, nous les ressentions avec des haut-le-cœur crispants juste avant que les moteurs dans un bruit assourdissant ne se fassent réentendre. Nous n’avions d’ailleurs pas le choix, nos instructeurs nous avaient expliqué quelques règles incontournables :«Celui qui refuse le saut aura affaire à nous dès l’atterrissage! Rappelez-vous que l’armée de terre a droit à trois pour cent de pertes en hommes.
Dès que vous êtes dans le vide, vous avez trois secondes à attendre pour que le parachute dorsal s’ouvre! Si ce n’est pas le cas, vous tirez sur la poignée du ventral! S’il se met en torche, vous n’avez plus que trois autres petites secondes pour faire votre prière!» Une dernière petite anecdote : je me souviens du jour où ma jambe droite a été prise dans une suspente lors de l’ouverture du champignon. Un haut-parleur me donnait la solution pour me sortir de cette situation périlleuse. Inutile de vous dire que l’atterrissage dans cet état de figure me promettait le casse pipe, une jambe très certainement en morceaux. C’est du reste la pensée momoricienne que j’avais à cet instant précis en tête ! C’est à moins de 20 mètres du sol que j’ai réussi à trouver la solution à ce problème urgent, soulagé de pouvoir me poser sur le plancher des vaches sur deux pattes. Alors, vous donnerez l’appellation que vous souhaitez à ce fameux plancher des vaches! Sous quelles forme,s à vos yeux, se présentent ces ruminantes bêtes qui le foulent? Moi, je les compare à des âmes au cœur tendre blindé d’acier!

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Hommage à toutes les femmes

Une héroïne de la résistance, ma maman ? C’est mon premier hommage…

12 mai 1944 - Elle sauve deux enfants de la rafle SS à Figeac.

Hommage à une femme au courage et au dévouement exceptionnels, ma mère, et à travers elle, à toutes les malheureuses victimes de la terrible rafle du 12 mai 1944 à Figeac. Ils ont quitté notre ville le cœur lacéré par la douleur, laissant derrière eux une partie de leur famille. La plupart de ces braves gens innocents ne reviendront jamais des camps de la mort ! J’ai déjà eu l’occasion de vous parler d’une personne exceptionnelle, mais je tenais à vous la présenter dans un hommage poignant, celui qui est animé par le cœur d’un fils à la reconnaissance éternelle. Vous savez à quel point un enfant peut éprouver de fierté quand il parle de celle qui est à l’origine de sa vie.

Nous savons tous que ce lien est indéfectible. Au-delà de sa propre existence, elle restera le symbole de notre vie, celui qui nous obligera à une montée de larmes chaque fois que nous penserons à elle. Son mérite a toujours été grand, n’est-ce pas ? Il a débuté lors de sa souffrance quand elle nous a mis au monde, cette délivrance amoureuse à elle seule doit nous combler d’admiration. Ont suivi les nuits d’insomnie de cette merveilleuse femme sensible à tous nos gestes et maux nocturnes, tous ses sens étaient alors en éveil, et cela, à l’heure où le silence enveloppe de son aile duveteuse naturellement la nuit.

Ma maman était comme la vôtre sûrement, à un point que l’on peut se demander si l’on n’a pas tous eu la même ! Des biberons aux changes, du lavage du linge aux succulents gâteaux, en passant par l’attente obligée au pied du portail à la sortie des écoles, elle a toujours été présente ! Une patience infinie habite nos mamans d’une abnégation surprenante. Les mères naviguent dans un univers qui peut à nos yeux paraître étrange, voire surprenant. On peut à tout instant se poser une question : mais comment font-elles pour arriver à gérer des journées aussi prenantes, pour ne pas dire surprenantes ? Épuisées, elles le sont très certainement, mais elles n’en laissent rien paraître ; de l’aube au crépuscule, elles restent identiques à leur image pour notre plus grand bonheur ! Par amour, elles se vouent avec toute la force de leur tendresse à leur mission sur terre, elles sont là pour nous donner l’exemple, en chef de famille elles s’imposent. N’en déplaise aux pères, les reines de la maison sont bien nos mères !

La mienne a été grandiose dans une destinée rendue très pénible. Née en 1919 juste après la terrible guerre de 14-18, elle a eu à souffrir de l’après-guerre où la vie reprenait péniblement son souffle, où tout avait un air de misère. Comme les malheurs succèdent aux malheurs sur notre étrange planète, une deuxième folie secoua l’humanité à peine vingt ans plus tard ! Quelle ironie du sort pousse à souffler sur des bougies le jour de ses vingt ans, alors que le monde s’embrase à nouveau pour six ans ? C’est durant cette période que l’infirmière de la Croix-Rouge, Simone, de l’hôpital de Figeac, allait devenir un des phares de notre région en faisant preuve d’un grand dévouement doublé d’un courage exceptionnel ! Elle aurait refusé toute distinction, on ne lui en a jamais proposé une ! Dans la région de Figeac la résistance féminine était bien présente, croyez-moi, en ce tragique jour du 12 mai 1944. Cette date est profondément ancrée dans ma mémoire, comme dans celle de tous les habitants de mon pays !

Ma mère, depuis une fenêtre de l’hôpital, assistait impuissante au rassemblement des futurs déportés, vous savez, ces braves innocents que les SS de la Das Reich appelaient "les Terroristes !" pour justifier leur mission sordide ! C’est à cet instant précis qu’elle a reconnu deux enfants âgés de dix-huit ans. N’écoutant que son courage, dans un élan qu’elle-même a toujours eu du mal à expliquer, elle a quitté son poste pour voler à leur secours. Dans la cour de l’école où les malheureux avaient été conduits mains sur la tête, elle a désigné les deux collégiens en s’adressant à un soldat de la division SS, et lui a dit : «Ces deux enfants n’ont pas à être là, ils n’ont pas seize ans». La réponse du militaire a été immédiate, il lui a asséné deux coups de crosse en pleine poitrine. Un officier a entendu ses cris de douleur, il s’est approché d’elle et dans un français parfait lui a posé cette question : « Que voulez-vous ?» Elle lui a simplement répété qu’elle connaissait bien ces jeunes écoliers, qu’ils étaient en classe de troisième et qu’ils n’avaient absolument pas à être dans cette cour. L’officier ordonna sur-le-champ et sans autre explication qu’on les libère. L’a t-il fait pour bien montrer à ses hommes qu’il s’imposait en chef ? Ma mère était coiffée de sa toque aux couleurs de la Croix-Rouge, ce qui, peut-être, a joué un rôle déterminant dans l’ordre du gradé.

Toutefois, il aurait demandé une vérification d’ identité, il y a fort à penser que la sanction pour mensonge lui aurait été fatale ! Une balle dans la tête l’attendait !...Cette division n’avait pas pour habitude de faire dans le sentiment ! L’histoire nous l’apprend !...Les 99 pendus de la ville de Tulle, et la tragédie d’Oradour-sur-Glane qui a suivi, en sont l'horrible et sanglante preuve ! Alors, je sais bien que j’ai pour habitude de raconter ce fait élogieux mais peut-on me reprocher d’être fier de ma mère, elle qui à plusieurs reprises s’est exposée aux balles SS pendant cet horrible conflit ? Il lui en a fallu aussi du sang-froi le jour où, alors qu’elle se rendait à son travail à l’hôpital depuis sa maison à Bagnac, elle entendit au loin mûrir des tirs soutenus ! Il s’agissait de la division du colonel De Wilde, célèbre pour ses exactions en Russie. Au vert à Montauban elle s’était spécialisée dans la recherche et l’extermination des maquisards. Leur emblème était une faux mise en évidence à l’avant de leurs terribles engins de guerre !

Ce corps d’élite allemand fut à l’origine de la tuerie de Gelles bien connue des habitants du pays. Ils avançaient vers elle et tiraient sans distinction sur toutes les personnes qui essayaient de fuir ! Imaginez un peu un défilé d’engins blindés ennemis de plus d’un kilomètre venant à votre rencontre! Elle aurait sûrement eu le temps de se cacher, eh bien non, droite sur son vélo, elle croisa cette immense colonne ! Les guerriers SS, surpris par son audace, la saluèrent bras tendus en la gratifiant de larges sourires. Elle était pourtant apeurée, m’a-t’elle raconté, attendant à tout moment le coup de feu qui lui aurait été fatal ! Il en faut, croyez-moi, du cran pour résister à la peur, pour oser ne pas fuir ! Évidemment on peut tous ici être fiers de nos mères. Si j’ai pris la plume pour glorifier la mienne, c’est aussi pour vous dire qu’elle est partie comme elle a toujours vécu, modeste dans ses pantoufles fourrées souvent trouées, sans avoir jamais rien demandé pour elle, en ayant pour seule pensée le bien des autres.

Quand je vois des sportifs aujourd’hui recevoir des mains du Président de la République la légion d’honneur, je me dis que toutes nos mamans mériteraient pour leur courage et leur sacrifice journalier d’arborer fièrement cette reconnaissance de la nation. D’ailleurs je ne peux pas en croiser une sans avoir cette pensée admirative en tête ! La patrie a reconnu l’engagement sans limite de quelques-unes d’entre elles, malheureusement, elles sont légion celles qui n’ont pas eu droit à ce vibrant hommage, mais peu importe, elles sont restées ainsi fidèles à l’image de femmes brillantes dans l’ombre des hommes.

La voici devant le pont de la Madeleine Lot qui vient d’être détruit par la résistance française.

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Dernière édition:
L'homme est la résultante d'une myriade de petitesses qui ont fini par forger sa pseudo-grandeur.

Vouloir à tout prix paraître finit à coup sûr par nous faire disparaître.

J’ai eu pour premier réflexe de me fier à la beauté extérieure des êtres et des choses, ainsi n’ai-je jamais été doublement déçu.

Peut-il y avoir plus émouvant qu’un regard d’enfant qui s’illumine face à la lumière d’un manège saisi dans son mouvement?

N’est-ce pas plutôt mettre hors pair "l’impartialité", "l’indépendance" à l’égard de la morale et de la "personnalité"... que de retrancher à l’art tout élément subjectif, toute pitié et, tranchons le mot, toute humanité?

Les sentiments s’expriment avec grâce dans l’écriture, la sculpture, la peinture et la musique, ils deviennent alors sensations.

Il ne peut y avoir beauté plus parfaite que celle de l’art en symbiose avec la nature.

L’homme est le vestige d’un lointain séisme venu du ciel aux échos telluriques dévastateurs.

Dans un vertige irrationnel, le poète ne choisit plus ses mots, ce sont les mots qui se désignent.

La critique acerbe désoriente et contribue à rendre stériles les esprits les plus créatifs.
 
Métiers d’autrefois !

Sous le pont de la Madeleine coule le Lot !

Pêcheurs d’eau douce sous le pont de la Madeleine.

Mon grand-père Rémy Marcouly était pêcheur d’eau douce professionnel à la Madeleine.
Il louait une concession sur le Lot entre la chaussée de la Gaie Rivière, et celle du bas où se trouvait la maison de l’éclusier.
L’étang était également très poissonneux, il allait vendre sa pêche régulièrement à Figeac.
Ma grand-mère Marceline, cuisinait les poissons fraîchement attrapés au restaurant BELLERIVE.
Eh oui déjà !
C’était une sacrée cuisinière, les cabots avaient un goût de truites, c’est ce que m’ont rapporté ses très anciens clients.

Sur la photographie, mon père rame, mon grand père au bout du bateau pose fièrement au centre, se trouve un cousin dont j’ai oublié le non !
Je n’ai pas le nom du chien non plus ! Sourires

La photographie a été prise je ne sais pas comment ? Elle date de 1937
Ce pont miné par le maquis sautera en 1945 et sera reconstruit à l’identique quelques années plus tard…IMG_0270.jpeg
 
Duo de Momo avec Charles Baudelaire

Le prestige de la poésie, qui relève d’une technique luxuriante, mérite notre attention comme dans la nature les parfums, les couleurs et les sons, dans une ténébreuse et profonde unité. Tous les arts s’y retrouvent et s’y répondent. Elle rivalise avec la peinture, la sculpture et la musique. Elle ne vit, comme les beaux-arts, que de couleurs, de reliefs et d’harmonie.
 
L’esprit sarcastique est fait d’aigreurs aux racines tentaculaires.

Tout en coinçant la bulle, je bois une coupe de champagne à votre santé.

Quand le poète devient musicien, la symphonie des mots encense les pensées mélodieuses présentes au paradis.

Entre ciel et mer, vers l'ultime rayon nous voguons. Poussières d'étoiles, nous avons vénéré le soleil créateur éternel ; lui rendre à nouveau un brillant hommage est, ce me semble, un retour naturel vers nos origines, celles où sont ancrées les racines profondes de l’humanité.


La prose doit être écrite à froid et non dans une sorte de délire. L'enthousiasme d’un instant ne suffit pas pour créer un chef-d’œuvre, aussi court soit-il.

Naviguer à contre-courant n’est pas un contresens ni un dérèglement de tous les sens, ralliez-vous à mon bon sens!

Je vais au rebours de l’opinion de tous, j’aime m’opposer à la logique implacable des choses, je suis un enfant terrible.

Transparaître par le biais de ses écrits artistiques est essentiel pour un poète, la fausse image que vous vous faites de moi vient du simple fait que je n’ai jamais su écrire.
 
Voici Momo le clochard avant que Belle ne lui transmette un peu de savoir vivre dans le monde rangé de la société,

Le repas sur la péniche avec Belle



- Monte, Momo!

Comme à chacune de nos rencontres, mon cœur prend de la vitesse, les soupapes cognent fort. Le moteur va-t-il tenir ?
Ma composition florale à la main, j’avance, elle m’attend sur le palier. Belle est toujours plus belle !
- Oh, Seigneur! Tu m’apportes un bouquet de fleurs, tu es trop gentil, il est magnifique, tu ne pouvais pas me faire plus plaisir !
Je la crois sur parole et je pense honnêtement que si je lui avais tendu un billet de vingt euros, elle n’aurait pas été plus heureuse !
Incroyable !....Et le Seigneur qui revient en boucle !
Elle dépose un baiser dont elle a le secret sur mes lèvres puis, dans les secondes qui suivent, elle s’écrie :
- Vite !....Un vase, de l’eau !

Je réalise une chose : quelle que soit la religion, les coutumes liées aux habitudes sont identiques !
Belle a tout organisé, le planning est fait.


Nous allons quitter la maison de bonne heure, il fait beau aujourd’hui, nous en profiterons pour flâner au bord de l’eau verte.
Nous voilà donc, main dans la main, en bordure du canal où ne voguent pas que des bateaux !
Nous batifolons et, fidèle à mon habitude, je sors quelques phrases marrantes de mon répertoire, il faut que je sois bon, sinon elle s’amuse à me surnommer "Blaguounet".
Soudain, au loin, j’aperçois une silhouette qui ne m’est pas inconnue.

Belle semble avoir la même réaction que moi.

- Mais, c’est Lola, mon amie !

Punaise, rappelez-vous, la belle correspondante de la Dépêche du Midi arrive à grands pas vers nous !

Dix mètres avant le télescopage, elles courent l’une vers l’autre, puis s’enlacent amicalement.

- Je te présente Momo, tu sais, je t’en ai déjà touché deux mots.

- Oui, il s'agit de ton nouveau copain.

Sur le coup je suis un peu déstabilisé !

- Je crois que l’on se connaît...

- Oui, votre voix me dit quelque chose. Rappelez-vous l’interview ! Le meeting de Mélanchon !

- Ce n’est pas vrai, vous êtes Momo, le clochard du meeting mélanchonien ?

- Oui !

- Seigneur, je n’en reviens pas! Vous êtes méconnaissable…vous sentez bon!

- Je vous retourne le compliment !

- Vous êtes plutôt mignon!

- Je vous l’avais dit, ma mère m’avait d’ailleurs appelé Mignon le jour de ma naissance !

- Eh bien, Belle, quelle surprise !

Puis une conversation s’engage entre elles, j’apprends qu’elles se sont connues lors d’un reportage au lycée.

Soudain, je ne sais pas pourquoi, une des deux prononce le nom de Macron.Et là, une sorte de fusion des âmes se produit ! Je ne vous dis pas ce qu’il prend dans les gencives, le petit homme.

Elles citent des noms d’oiseaux, de lieux en France, des pays étrangers, des situations insoutenables, je ne comprends pas le quart du tiers de ce qu’elles se racontent, un vrai feu d’artifice à deux mois du 14 juillet !

Putain, elles s’entendent super bien, je comprends dans la foulée pourquoi les politiques sont aussi bien protégés ! Le cordon bleu blanc rouge a intérêt à être solide et le public filtré !

Une s’arrête, l’autre argumente ! J'en profite pour aller pisser un coup, histoire de troubler un peu plus l’eau verte du canal.

J’aurais eu largement le temps, je vous l’avoue, de me siffler un litron avant que la tension ne redescende aussi vite qu’elle était montée !

Je reviens à pas feutrés vers elles en espérant que je ne vais pas les importuner.

- Eh bien, dites-moi, vous en aviez des choses à vous raconter !

Je pense, dans les vestiges de mon for intérieur: « Toi qui ne l’avais pas laissé parler lors de l’interview, tu as dû la frustrer ! Quel con ! Quel con ! »

Belle reprend :

- Bon, on se retrouve autour d’un kebab mercredi prochain, on a encore beaucoup de choses à se dire!

- OK, d’accord ! Là où on a l’habitude d’aller !

Punaise ! Elles ne se sont pas tout dit, peut-être que Belle veut lui parler de moi ?

Nous sommes à nouveau seuls à quelques encablures de la péniche que nous abordons par bâbord.

Belle a réservé une table à tribord dans un coin tranquille très bien ventilé, le pied !

Nous nous engageons sur le ponton d’une largeur correcte qui me laisse penser que tout se passera bien à la fin du repas lorsque l’on quittera le navire.

Une personne très élégante arborant un superbe nœud papillon, le commandant de la péniche sûrement, nous reçoit :

- Deux couverts ?

Belle : - 0ui…J’ai réservé la table au fond à droite.

- Si vous voulez bien me suivre!

- Si vous voulez bien vous asseoir.

Quelles questions, c’est sûr, on ne va pas bouf...manger debout !

- Je vous apporte la carte.

- Pour quoi faire, on n’est pas perdu ! Apportez-nous plutôt à bouf...

Belle : - Chut ! Chut !

La table est bien mise, au premier abord, il ne manque rien.

Belle : - Momo, ce n’est pas le commandant, c’est un simple serveur !

- Incroyable ! Je me demande comment est habillé le maître de la péniche...

Le serveur revient.

-Voici, monsieur, madame.

- Merci, moussaillon !

Belle : - Tu choisis ce que tu veux, ce soir, c’est moi qui régale!

- Mieux vaut que ce soit toi ! Purée, je n’y vois rien ! Le dépliant est de qualité, mais l’écriture est trouble !

Belle : - Tu dois être presbyte !

- Si tu le dis….Je ne pensais pas qu’on parlerait de sexe en début de repas.

- Chut…chut! Arrête, Blaguounet !

Belle : - Je lis la carte, tu choisis ! Cassolette de cassoulet...

- Passe à autre chose, n’oublie pas que je dors chez toi ce soir !

- Choucroute royale garnie...

- Putain, mais on est à Toulouse ici ou en Alsace?

- Spaghetti bolognaise...

-Non, on verra plus tard, si on a encore faim !

- Aligot de l’Aubrac, veau de l’Aveyron...

- Oui oui, ça, c’est bien !

Belle : - Je prends la même chose que toi.

Le moussaillon revient et nous pose la question qui fâche :

- Vous boirez bien un peu de vin ?

- Un peu ! C’est un euphémisme, j’espère, j’apprécie votre façon de plaisanter !

- Je vous apporte la carte.

C’est une maladie chez lui ! Avec Carafon on a été de vignoble en vignoble, de cave en cave sans jamais se perdre !

Le moussaillon revient.

- La voici !

Il s’apprête à repartir…

- Attendez, attendez, j’ai soif ! Vous avez du vin du coin ?

- On a du Fronton et un très bon Madiran.

- C’est bon ! C’est bon! Apportez-nous de quoi tenir un siège !

- On est bien ici, tu es content, Momo ?

- Bien sûr, Belle, c’est la première fois que je mange sur un bateau, tu as eu une bonne idée même si je n’aime pas l’eau.

Le moussaillon revient, je commençais à me demander s’il ne trouvait pas les munitions.

Chose bizarre, il se pointe avec une seule petite bouteille, l’ouvre et me dit :

- Goûtez-le, Monsieur !

- Eh, je veux, oui, moussaillon ! Allez! Allez! Allez! Punaise, vous me le plaignez ou quoi ? C’est tout juste si j’ai pu me rincer le gosier juste derrière ma dent creuse !…..Purée, il est bon! Vous pouvez remplir les ballons, apprêtez-vous à revenir très rapidement, artilleur! Pourvu que l’on ne soit pas tombé sur celui qui coince la bulle !

- Momo, penses-tu qu’un jour nous vivrons ensemble ?

- Non, Belle, je suis un voyageur solitaire!

- J’aime les voyageurs solitaires!

- Je suis un marginal comme il n’en existe plus!

- J’aime les marginaux comme il n’en existe plus!

- Je suis une poussière instable, un alcoolique crasseux, je n’ai jamais travaillé, je suis usé, fatigué. Arrêtons de parler de cela, Belle, vivons des jours heureux, en amoureux, pour qu’ils s’inscrivent à jamais dans nos esprits. Rien ne doit pouvoir les soustraire à nos vies, afin qu’un jour peut-être ils puissent unir nos âmes !

- Voici l’aligot, regardez comme il file bien !

-Vous pouvez nous ramener un Madiran ? J’ai failli vous dire un petit ! Moussaillon, avec vous je me méfie !

- Tu me sers, Momo ?

- Pas de soucis, amène ta gamelle !...Pas possible, cet aligot ! Tu as vu ? Il s’étire comme moi sur ma paillasse. Oh putain ! Ça y est, il y en a plus sur la table que dans ton assiette!

Belle : - Ce n’est pas grave, ça arrive presque chaque fois.

- Je vais ramasser ce qui est tombé avec ma main! Allez, hop ! C’est bon, je lèche ma paluche et le tour est joué!

Après deux tentatives, Belle est enfin servie!

Pour la tranche de veau, tout se passe sans éclaboussures, les miracles existent.

- Allez, je ne vais pas m’embêter, à la bonne franquette ! Je vais manger directement dans le plat !

Belle: - Tu exagères quand même, tout le monde nous regarde !

- Non ! Me regarde ! J’ai l’habitude, ne t’inquiète pas, si tu savais le nombre de photos qui circulent avec ma trombine crasseuse sur le net ! Avec mon pote Carafon, on a même fait la couverture d’Ici Paname, de vraies bêtes de bord de Seine ! Tu es avec une star, une étoile au firmament, tu vas voir d’ici la fin du repas, on va avoir droit aux selfies!

- Oui…moi je n’ai pas l’habitude d’une telle notoriété ! - Allez, Belle, trinquons à nos amours ! Putain, il est bon, le vin du paradis, je vais avoir du mal à reboire celui de l’enfer, on s’y habitue bien pourtant! Et ce veau de ville, une merveille ! Allez, go !

- Arrête, Blagounet !

- J’ai la brioche bien pleine et c’est super bon !

-Tu veux finir ce que j’ai dans mon assiette ? Je n’ai plus faim !

- Ouais, ouais! Donne…Donne ! Un coup de jaja par-dessus et c’est bon ! Comme disait Carafon : « Momo, peu importe ce que tu picoles et ce que tu clappes, tout fait ventre ! » C’était un encouragement ! Il le disait en patois lotois, il était très cultivé, il parlait plusieurs langues!

- Vous avez terminé? Je peux débarrasser? Vous prendrez bien un dessert? Je vous apporte la carte !

- Encore ! On gâche à sec ici ! On gâche à sec ! La carte et un litron!

Belle : - Quoique tu fasses, Momo, je t’aimerai toujours !

- Ne parle pas comme ça, Belle! Nous vivons dans deux mondes différents, Belle, tout nous sépare, seule une flamme amoureuse nous unit.

- Une illusion ?

- Plutôt un rêve éveillé.

Belle: - Mais rien n’est plus fort que l’amour !

- Alors, un jour, nos âmes libres s’uniront pour toujours sous l’horloge des anges ici-bas……. Moussaillon, nous avons choisi ! Deux îles flottantes…N’oubliez pas le nectar de l’ami Bacchus !

- Si tu avais à donner une image de toi sur la terre, Momo, tu la définirais comment ?

- Je dirais que je suis un écorché vif ! Et toi, Belle ?

- Une incomprise !

- Voici vos îles flottantes, je vous apporte votre bouteille.

- Ouais, ouais, très important, mon ami le moussaillon !

- Nous sommes comme ce dessert, Belle, nous flottons sur un nuage, entraînés par des vents aux humeurs changeantes, aux directions multiples qui peuvent prendre la forme d’une brise légère, ou d’un cyclone dévastateur!

Belle : - Ce soir l’anticyclone nous protège, le temps est favorable à notre nuit d’amour.

- C’est vrai, ne pensons plus qu’à cela, ces heures sont heureuses, nous vivons au diapason des écumes où s’écoule la source claire du bonheur.

- Belle.... Je t’aime !

- Momo...je t’aime !

La nuit est porteuse d’espoir, nos songes sont presque réels, nous avançons main dans la main, loin des tohu-bohu de l’existence ordinaire, surfant sur la vague écumeuse de l’amour....



"Ô temps, suspends ton vol !"IMG_0302.jpeg
 
Le Noël du pauvre !

Une fête reste une fête, que l’on soit riche ou pauvre. Noël résonnait ainsi en moi lorsque, petit bonhomme, mes yeux commençaient à scintiller à l’approche d’une journée qui, par tradition, ne pourrait être qu’enchantée! Aussi il ne fallait pas négliger les préparatifs afin que le vieillard à la grande barbe blanche puisse repérer de loin ma petite maison, sa cheminée, et qu’il soit surpris par une décoration que je souhaitais aussi féerique que possible. Il fallait donc tout prévoir afin que cette nuit s’illumine de couleurs scintillantes. Mon premier travail consistait à partir à la recherche de ce qui ressemblerait le plus possible à un beau sapin. Mon père m’avait longuement expliqué que le Roi de la forêt ne devait en aucun cas être coupé pour servir à la décoration, c’était d’ailleurs pour lui une atteinte à la vie, et il ajoutait même qu’un acte criminel de ce type devrait être sévèrement puni! Je doutais un peu face à ses fortes paroles, mais quelque chose en moi m’obligeait finalement à les prendre au sérieux. Cet homme était un sage, alors rien ne devait m’éloigner du chemin qu’il traçait avec bienveillance pour moi. Il me montra alors du doigt la colline en me disant que j’avais de quoi trouver mon bonheur dans ce coin aride parsemé de plantes sauvages plus ou moins vertes et plus ou moins rampantes. C’est donc dans l’espoir d’une découverte originale, muni d’une petite hachette et d’un grand sac, que je suis parti confiant à la recherche de ma bonne fortune. Au-dessus de la voie romaine, des plantes dont j’ignorais le nom allaient pouvoir faire illusion. Je ramassai d’une main agile la fraîche mousse verte non loin de la fontaine gauloise aujourd’hui disparue. Quelques tiges feuillues piquantes à souhait ornées de boules rouges que l’on nomme aubépine donneraient un peu de gaieté à l’ensemble. J’oubliai, la mort dans l’âme, le magnifique jeune sapin Douglas aux larges et douces ramures où nichait une mésange, pour enfin me trouver face à un beau genévrier qui, une fois en place, devrait sans compromis se substituer au petit prince de cette colline. Quelques traces marquaient sur la neige et me rappelaient que l’endroit n’était pas aussi désert qu’il semblait paraître.

Je ne sais pas si vous l’avez constaté, mais lorsque l’on est occupé, le père temps semble s’écouler plus vite. Le clocher de la petite église du Mas du Noyer me fit un signe avec insistance,. Il était urgent pour moi de quitter ce paradis ombragé aux blancheurs éternelles. Chargé comme pouvait l’être jadis un mulet, je rebroussai chemin, habité par une certaine fierté pour planter le décor! Près de l’âtre deux petites bûches savamment ajustées bout à bout entretenaient une flamme tiède, animée par quelques braises. Après avoir intelligemment égayé la pièce d’artifices, le chef d’œuvre prenait enfin forme et notre poivre du pauvre finissait par ressembler à s’y méprendre au plus beau roi que la forêt pouvait abriter lors d’une nuit givrée. La neige cotonneuse faiblement éclairée par un halo lunaire rasant finissait par ajouter à ce décor enchanté un effet surréaliste.
C’était mon premier cadeau, celui-là je l’avais mérité, et à lui seul, il comblait pratiquement toutes mes espérances. La nuit du réveillon était semblable à toutes les soirées en attendant le repas du lendemain qui, tradition oblige, était légèrement amélioré. C’est donc avec amour que ma maman me prépara, pour marquer de son empreinte ce qui devait être à ses yeux aussi un soir de réveillon, un bol de chocolat. Elle me le servit accompagné de larges tartines qu’elle avait généreusement recouvertes d’une délicieuse confiture maison de myrtille. J’avais couché en résonance phonétique sur une feuille une liste d’envies, cette symphonie sans fausse note paraissait interminable. Mon imagination dans ce domaine musical semblait n’avoir aucune limite. Avec délicatesse j’avais glissé cette missive aux grands airs d’espoir dans une enveloppe blanche, puis dans une de mes chaussures alignée au cordeau face au plus fier des conifères.

Il fallait, en bon enfant prévoyant, penser au vieil homme au traîneau qui dans sa longue tournée allait avoir froid et faim. Un bon verre de lait entier de la Blanchette aurait toutes les propriétés d’un bon remontant, et lui ferait le plus grand bien après un si long voyage. L’heure des songes enchantés allait bientôt sonner, et c’est après un petit papa Noël entonné par la voix douce d’une mère à l’écoute des moindres désirs de son rejeton que mes paupières allaient se fermer lentement, éclipsant d’un souffle léger ma conscience. J’étais enfin baigné dans un espace enneigé où mille carillons me berçaient avec délicatesse en m’éloignant lentement d’une douce réalité. Puis arrivait comme par magie l’instant solennel où, d’un pas décidé, je me dirigeais vers le coin rêvé aux multiples surprises ! D’un seul coup d’œil j’apercevais le verre vide de son contenu qui témoignait que le brave vieillard à la grande hotte ne m’avait pas oublié ! Mais où avait-il déposé les paquets renfermant mes cadeaux ? Mes chaussures étaient bien à leur place, et l’enveloppe avait bien disparu ! C’est à ce moment précis que j’ai entendu ma maman prononcer ces mots dont l’écho revient encore en moi comme dans une mauvaise fiction : - Tu sais, Maurice, j’ai vu le père Noël, il a pris ta lettre et tout en buvant ton verre de lait, il m’a expliqué qu’il n’était pas plus riche, hélas, cette année que l’année dernière, qu’il avait été obligé de donner ses jouets à des petits enfants bien plus pauvres que toi. Il te remercie pour ta délicate attention, il a laissé ces quelques oranges en témoignage de son passage. Avant de s’éloigner sur son traîneau tiré par deux superbes rennes, il a ajouté qu’il ferait son possible pour t’offrir un cadeau présent sur ta liste la prochaine fois, il m’a chargée de t’embrasser. Ces paroles aussi tendres que dures à entendre, puis à accepter, m’ont cependant rassuré. Le père Noël était très pauvre certes, mais il existait bien, c’était un personnage juste et droit, semblable en tous points à Dieu! Il ne m’avait pas oublié dans son immense tournée autour de la terre ! Cela suffisait à me rendre heureux et joyeux, à l’image de cette fête aussi mystérieuse que magique pour un petit homme…NOËL !


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