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Les pensées célèbres, celles de la Vagabonde de la Poésie, les pensées Momoriciennes et les vôtres si le coeur vous en dit

Il n’existe pas d’hommes forts, mais seulement des êtres qui abusent de leur position.
Il n’existe pas d’hommes forts, mais seulement des êtres qui abusent de leur position.
Votre phrase est délicate. Que pensez-vous de Gandhi, DeGaule, à la différence des hommes forts, ils étaient qualifiés forts dans leurs domaines plus récemment, je pense au professeur Didier Raoult et ses confrères ils sont forts avec un niveau hors du commun et ils sont toujours t
Amicalement Raymond
 
Votre phrase est délicate. Que pensez-vous de Gandhi, DeGaule, à la différence des hommes forts, ils étaient qualifiés forts dans leurs domaines plus récemment, je pense au professeur Didier Raoult et ses confrères ils sont forts avec un niveau hors du commun et ils sont toujours t
Amicalement Raymond
Chaque pensée demande à être développée cher Raymond, celle-ci en particulier! Sous De Gaule par exemple, on a subi une politique sociale désastreuse! Il suffit de se remémorer le déracinement des pauvres enfants de la Réunion. Si vous me suivez, je vous invite à lire, sur cette page mon placement dans le centre de détention d’une fondation à Biarritz en 1963.
Le récit se trouve dans mon ouvrage, quelques pages au-dessus. Fils de résistants, ma mère a sauvé deux enfants de la rafle organisée par la division Das Reich à Figeac, parlez plutôt de Jean Moulin ou de la plupart des chefs de la résistance française, que du "grand Charles!"
Pour les autres personnalités que vous citez je suis d’accord avec vous..
Bonne journée
Amicalement
Momo
 
Récit N18

Les vieux pieds de vigne de Loupiac…

Il existe des petits coins de France où les traditions se perdent, hélas !

A Loupiac, l’endroit le plus propice aux rencontres entre gens du pays était naturellement le bistrot. Chacun avait sa petite anecdote à raconter et évidemment, même si on ressassait souvent les mêmes anecdotes, c’était toujours avec un égal plaisir que l’on tendait l’oreille pour les écouter autour du bar après quelques tournées au bon vieux rouge ou blanc des coteaux environnants et un bon château Loupiac. C’est quand même quelque chose, n’est-ce pas ? Ce soir-là, en guise d’amuse-gueule, allait retentir l’aventure du Gabriel et du Jantou. Une sacrée rigolade allait s’ensuivre ! En tout début de soirée, on avait déjà évoqué, pour chauffer l’ambiance, le fameux jour où, lors de l’enterrement du pauvre Louis, un très gros pavé lancé avec force était tombé dans la vasque du bénitier au premier rang de l’église, baptisant généreusement une deuxième fois, lors de leur sainte existence, une grande partie des grenouilles en pleurs. Cela fera l’objet d’une autre histoire. Toujours est-il qu’elle avait permis au conteur de service de se remémorer celle que je vais vous relater maintenant.

Le fait divers qui va suivre a entretenu les rires bien après qu’il se soit déroulé dans les fermes du grand secteur de Causse et Diège lors des veillées autour d’un bon feu de bois. Lorsque notre brave Gabriel rentrait du boulot, il croisait régulièrement "le Jantou" installé dans son automobile qui devait dater de la dernière guerre et, régulièrement, ce chauffard restait en phare alors que la nuit plombait déjà largement le secteur ! Il décuvait au volant car il respectait à la lettre la recommandation du Ministère de la santé de l’époque qui préconisait à un travailleur de boire au moins un litre de vin du pays par jour! Cette phrase était affichée un peu partout dans les lieux du service public, Jantou la connaissait par cœur et retenait surtout la mention sans équivoque «au moins» qu’il appliquait à la lettre, croyez-moi sur parole ! La même mesure était également mise en avant pour le bienfait du tabac ! Enfin, vous l’avez compris, le mot d’ordre était : « Tous engagés pour soutenir la viticulture et l’agriculture de notre belle région ! ». Notre Jantou finissait toujours sa terrible journée dans le bistrot de la Marcelle avec les éternels habitués du coude levé. Voici en quelques phrases comment cette histoire a commencé: - Miladiou !…s’exclama le Gabriel, je prends tout le monde ici à témoin ! Je vous fais le pari de trois tournées gratuites que, si le Jantou me remet les phares en pleine tronche comme il a l’habitude de le faire presque tous les soirs, je lui fonce dessus ! -T’as que de la gueule, tu ne le feras pas ! reprirent en chœur les piliers de comptoir. - Eh bien, c’est ce qu’on va voir ! Le Jantou, qui bien entendu était présent, a immédiatement pensé : « Il est con, mais pas à ce point quand même !» tout en se réjouissant déjà de picoler gratuitement peu de temps après !

Le soir de la rencontre tant espérée ne tarda pas. Alors qu’il roulait tranquillement, Gabriel vit arriver face à lui, feux de route enclenchés, l’animal à abattre ! Enfin, c’est ce qu’il pensa, et profitant de l’aubaine sans hésiter une seconde, les bras crispés sur son bolide, il se dirigea droit vers sa cible ! Il ne le savait pas encore, mais il allait être victime d’un double choc ! Les véhicules s’arrêtèrent net dans un fracas de tôles assourdissant. Gabriel était fier de lui, son pari, il l’avait désormais en poche ! A peine remis de cette intense émotion, il se dégagea de l’épave et vit face à lui deux lumières vives qui le fixaient avec insistance en plein visage ! Qu’avait-il donc fait au bon dieu pour que tant de rayons lumineux de forte intensité s’acharnent ainsi continuellement sur lui ? Il comprit presque aussitôt et, tout en faisant virevolter son couvre-chef sur sa tête comme il avait l’habitude de le faire devant les situations grotesques, il aligna ces paroles qui restèrent à jamais gravées dans la mémoire collective des habitants du village, tant elles étaient appropriées à la scène imprévue ! - Aqueth còp, si èi pas tròp lusit !- Ce coup-ci, je n’ai pas trop brillé ! En effet, face à lui, deux pandores du coin se rapprochaient afin d’entreprendre un brin de causette ! Il leur expliqua bien évidemment, sans se démonter une seconde, qu’il avait été ébloui par les phares de leur voiture ! On a beau être assermenté, on se doit avant tout de respecter le code de la route, n’est-ce pas? Ils lui demandèrent dans la foulée s’il avait bu, visiblement après quelques exercices physiques appropriés afin de détecter l’alcoolémie du chauffard suspecté. Par un miracle que je ne saurais vous expliquer, ce jour là, Gabriel était resté sobre comme un chameau ! Était-ce dû à une petite cure de désintoxication en prévision du froissement de tôle pour ne pas rater sa cible ? Les gendarmes n’ont cependant pas reconnu leurs torts et l’ont assigné à se rendre devant un juge au tribunal de Rodez, pour s’expliquer sur cet étrange comportement !

Le jour J, notre homme, droit dans son costume en velours trois pièces, montre gousset en poche, expliqua que la voiture officielle était arrivée face à lui en l’aveuglant à la manière d’un soleil rasant un matin d’octobre et qu’il n’avait absolument rien pu faire pour l’éviter ! Il insista sur le fait qu’il n’avait pas bu ! Le jugement a été prononcé sur-le-champ, son explication ayant été suffisamment convaincante aux yeux de la magistrature. Gabriel est donc ressorti blanchi de l’accusation injuste stipulée dans le procès-verbal ! Quand on dit qu’il n’y a pas de justice dans notre pays, on se trompe lourdement, notre poivrot vient à l’instant de vous en apporter la preuve formelle ! On n’a jamais su au pays si les agents avaient été réprimandés pour faux en écriture ! Lorsque vous passerez à Loupiac dorénavant, vous aurez, je l’espère, un autre regard sur l’ancien petit bistrot de la Marcelle. Le pauvre Gabriel, malgré sa bonne volonté, n’a pas eu droit aux trois tournées gratuites, la cible touchée n’ayant pas été la bonne ! Il a dû s’exécuter et payer sa dette ! On est fidèle à sa parole quand on habite Loupiac ! Malgré ce manque de chance évident, vous en conviendrez avec moi, dans un élan de générosité que tous les habitués du troquet lui connaissaient et pour asseoir sa réputation de pilier de comptoir éternellement , il a laissé une coquette somme d’argent à la patronne afin que l’ensemble des pieds de vigne, les bras accoudés au comptoir, puissent, le jour de son enterrement, trinquer et porter plusieurs toasts à la santé de son âme ! Tout en racontant, n’en doutons pas une seconde, le petit récit que je viens de coucher sur cette page.
Quant à notre brave Jantou, il a remercié chaque jour le seigneur de sa bienveillance, en propulsant Gabriel miraculeusement dans les bras des forces de l’ordre. Vous trouverez bien une morale à ce conte véridique ?
 
C'est toujours un régal pour moi de te lire, car j'ai tout lu de Toi, et à chaque fois je découvre quelque chose qui m'avait échappé, tu m'as fait rire avec les grenouilles de bénitier, j'ai lu d'un Poète qu'il avoué pissait dans le bénitier quand il était petit, et le résultat est que sa Poésie est sainte liturgie pour moi depuis plus d'une décennie, j'ai bu il y a longtemps du Loupiac, çà doit être les effluves du passé, qui planent ce soir sur ta Poésie , je te souris.

Tendre soirée mon Arthur Afficher la pièce jointe 42126
merci chère Paule, c’est un plaisir pour moi, de savoir que tu lis et relis mes récits!
Agréable journée
Je t’embrasse
Momo
 
Récit 19

Bergon, lo campanièr de campanas! Bergon, le campanier de Faycelles! Diga, mameta, me contas l'istòria de Bergon e de sa Mariton a Faicelas?
Dis, mémé, tu me racontes l’histoire de Bergon et de sa Mariton à Faycelles ? Cette histoire vécue, je la connaissais aussi bien qu’elle, et je me plaisais à la réentendre, aussi il n’aurait pas fallu que ma pauvre grand-mère saute un seul paragraphe de ce charmant récit riche en enseignement, car j’étais très attentif à ses paroles, et elle aurait immédiatement entendu un premier son de cloche ! Tout d’abord il faut camper l’individu ! Pour cela, je vais vous parler en quelques lignes de sa famille. Sa grand-mère maternelle était née sur le rocher troglodyte qui domine la montée abrupte de la châtaigneraie en dessous du village de Faycelles. Beaucoup de malheureux avaient choisi cet endroit providentiel qui les protégeait un peu d’un climat aux rudes variations. Les hivers étaient bien plus rigoureux qu’aujourd’hui, les plus anciens ont en mémoire des mois où les températures oscillaient entre moins dix et moins vingt degrés. Cette petite plateforme providentielle qui leur offrait un toit avait été taillée dans la roche au fil des millénaires par l’érosion, elle n’avait rien de confortable mais avait le mérite d’exister et quand on est miséreux, on se contente de très peu! Le grand-père de Bergon avait participé à la guerre de 1870 et s’était comporté, rapporte t-on, en soldat exemplaire. Cette très longue absence loin de ses parents avait été précédée du service militaire. Cet éloignement lui avait permis de faire connaissance avec une partie de sa patrie. Bien souvent les jeunes gens de nos fermes n’avaient que cette occasion pour quitter l’endroit qui les avait vus naître! C’était d’ailleurs une phrase-clé de l’armée pour inciter les hommes à rejoindre le drapeau: «Engagez-vous, vous verrez du pays !» Pour cela fallait-il encore être jugé apte le jour de l’inévitable conseil de révision! Cela me permettra, dans une prochaine histoire vécue, de vous décrire cette fameuse journée où les futurs conscrits de la commune étaient soumis à une suite d’épreuves autant physiques que morales avant de s’entendre dire: «Bon pour le service, bon pour les filles» et enfin d’avoir l’autorisation d’arborer fièrement sur leur beau veston la cocarde tricolore!

Cette notion d’évasion loin de son clocher me remémore une petite anecdote que je ne peux pas passer sous silence. Alors qu'il était souffrant pour la première fois de sa vie, le brave Gaston natif de Lavalade dut se rendre à Cahors afin d’être hospitalisé. Notre malade installé confortablement à l’arrière de la reine des voitures voyait défiler le paysage quand il a subitement prononcé cette phrase en patois ! Elle en disait long sur son dépaysement: « Eh plan!...auriái pas jamai cregut que França èra tan granda!» «Eh bien!...je n'aurais jamais cru que la France était si grande!». Rien ne vaut, vous voyez, un déplacement en grandeur nature, il permet de se faire une idée précise de l’étendue des choses. Comme la vie loin du nid natal forme la jeunesse, notre brave Bergon, à la fin de son incorporation sous les drapeaux, avait tenté l’aventure dans la capitale où il s’était adonné au rude métier de livreur de charbon. Il était très fier de pouvoir raconter qu’en ce temps-là, chargé de deux gros sacs d’anthracite, il gravissait plus de six étages sans être essoufflé ! L’appel de l’air pur du pays cependant et les fameuses résonances de cloches ont rapidement eu raison de ce court exode. C'est donc en accord avec sa conscience qu'il a pris la décision de rejoindre sans plus tarder sa terre natale. Bergon y a trouvé presque aussitôt un travail et il s’est avéré rapidement indispensable à la vie du village et de ses alentours. Il a même cumulé les fonctions grâce à une de ses passions, en devenant marchand d’ânes. Il avait en effet un amour démesuré pour ces quadrupèdes têtus à grandes oreilles! Dans un premier temps il se fit campanier ! C'était un personnage très important, essentiel même, il assurait le lien qui unissait l’ensemble de la communauté gravitant autour du clocher de l’église. C’était en quelque sorte un des premiers fonctionnaires mal rémunérés et non reconnu officiellement par l’administration. De là à dire que cette corporation ne mérite aucun salaire, je ne me risquerai pas à un tel raccourci!
Je ne veux pas, chers lecteurs, ici susciter vos foudres et devenir la cloche à abattre, mais le diablotin que je suis aime gentiment attiser la surchauffe. Cela dit, je ne prends pas un grand risque car mon clocher est équipé d’un bon paratonnerre!
Le travail principal de Bergon était axé bien entendu sur les annonces des offices religieux, cela se faisait par un vol de sonneries préalables précédant successivement de soixante, trente, et cinq minutes le début de la cérémonie. Cette méthode servait de métronome afin de prévenir les hameaux les plus éloignés. Les fidèles avaient alors le temps matériel d’arriver à l’heure à l’église car le plus souvent, cette approche se faisait à pied. Mais bien entendu les cloches ne se limitaient pas à cet appel, elles jouaient aussi le rôle aujourd’hui encore tenu dans toutes nos villes par les sirènes. Elles étaient bien plus charmantes et avaient une résonance bien plus mélodieuse que les hurleuses de nos cités que les gens du pays qualifiaient d’inhumaines, celles d’un monde qui devenait à leurs yeux trop moderne, où la spiritualité était moins propice aux prières et à l’appel du Seigneur. Rien ne peut remplacer dans ce rôle l’angélus, n’est-ce pas? Le matin, semblables au maître à la crête rouge et aux élans de roi dans la basse-cour , elles tintaient l’heure du réveil, les vibrations sonores de midi étaient suivies du repas des paysans et des ouvriers, elles obligeaient les femmes à presser le pas, le panier sous le bras. Dans les chemins tortueux entretenus par les bergers, certaines allaient à la rencontre de leur mari qui travaillait les champs dans la plaine. D’autres prenaient la direction du causse où le chef de famille gardait les moutons tout en façonnant des murets qui leur servaient de clôture et des caselles qui les abritaient en cas d’intempéries! Bergon était également un journalier, et pour cette raison, il lui arrivait de se suspendre à la corde quelques minutes avant l’heure précise, on ne lui en voulait pas pour autant, tous les gens du pays bénéficiant ainsi de cette aubaine bergonniènne ! Evidemment, quelques-uns lui en faisaient de temps en temps la remarque, c’était à leur tour d’entendre un son de cloche !…Il leur répondait immanquablement: -En çò de-me es abans tot l'estomac que parla!…Chez moi c’est avant tout l’estomac qui parle! La sonnerie du soir, quant à elle, arrivait enfin, elle invitait à lâcher le manche de l’outil et à rentrer les bêtes à l’écurie. La longue journée n’était pour autant pas achevée, il fallait encore traire! Le labeur à la campagne est aussi fractionné par le rythme des animaux, quand le concert des meuglements et des bêlements se fait mélodieusement entendre!

Mais revenons à nos très chères cloches qui assuraient toutes sortes de fonctions!
Elles invitaient les gens à écouter le crieur public, lequel jouait le rôle d’une radio locale, elles annonçaient les événements exceptionnels! Le triste tocsin signalait une déclaration de guerre, un cataclysme ou un incendie et c’étaient alors les cœurs des pauvres gens qui battaient à l’unisson ! Joyeuses, elles fêtaient l’armistice, elles étaient alors les témoins privilégiés des liesses populaires.
Le carillon faisait partager les joies de l’entrée en chrétienté d’un nouveau-né par le baptême, il annonçait à toutes volées l’union d’un couple dans le mariage. Le triste glas qui sonnait deux coups pour les hommes et un coup pour les femmes ponctuait les décès tout en accompagnant le défunt vers sa dernière demeure ! Les cloches avaient aussi le pouvoir magique de faire fuir les orages porteurs de grêle! Dieu, cependant, avait le pouvoir de punir pour des raisons diverses l’ensemble de la commune et après un désastre, des voix paysannes s’élevaient en disant : - Prengam en nòstres, es lo tot poderós que l'a volgut! - Prenons-nous-en à nous, c’est le tout puissant qui l’a voulu ! Ce battant mobile en acier fixé solidement sur son axe, comme vous le constatez, avait un rôle capital dans l’existence de nos braves campagnards dès qu’il prenait vie, agité intelligemment par la main de l’indispensable Campanier. Bergon était récompensé chaque année des services qu’il rendait à l’ensemble des âmes de la commune. Lorsque la saison des récoltes enfin arrivait, il allait de propriété en propriété pour percevoir en quelque sorte sa dîme, il en avait rendu des services, et les paysans le récompensaient aussi généreusement que possible, c’était en quelque sorte un juste retour d’un écho de cloche ! Mais là ne s’arrêtait pas son grand talent, il était également chantre à l’église, et bien que n’ayant jamais appris un mot de latin, il faut reconnaître que dans l’ensemble, il le possédait fort bien. Il entonnait les chants grégoriens et avec son accent rocailleux bien particulier, doublé d'une voix très haute, il suivait les notes en escaladant ou en dévalant la gamme, c’était un virtuose des sons, le baryton du chœur et des rimes à faire pâlir de jalousie les voix des piliers d’église à trente lieux à la ronde! Ce don du ciel qu’il possédait avec grâce lui a permis de gravir l’échelle de la reconnaissance ou de la renommée si vous préférez. On l’éleva au rang d’annonceur public. Excusez-moi mais quand je parle de Bergon, je n'ose pas, par respect pour ses cordes vocales, employer le terme de "crieur!" Le dimanche à la sortie de la messe, il avait toujours des bons conseils à donner, et les nombreux pratiquants l’écoutaient religieusement et se confiaient même aux oreilles du chanteur éclairé! Un confessionnal de groupe à l’air libre en quelque sorte! « Ben ausit, aqueles prepauses èran divulgats dins la lenga del país en pateses ! Sols los iniciats podián comprene ! Lo vertadièr latin, coma s'agradava a m'o repetir mon oncle qu'èra professor de francés latin grèc!» paroles que je vous traduis ici: « Bien entendu, ses conseils étaient divulgués dans la langue du pays en patois! Seuls les initiés à ce merveilleux langage pouvaient le comprendre! Le vrai latin, comme se plaisait à me répéter mon oncle Roger qui était professeur de français- latin-grec ! »

Notre homme vivait de moins que rien avec sa pauvre chérie, la Mariton. Ils mangeaient régulièrement les vieilles carcasses de chèvres qu’ils mettaient au sel! Bergon les avait achetées à la foire pour une bouchée de pain. Dans nos campagnes, on conservait la viande des animaux dans une maie, grand coffre en bois muni d’un couvercle amovible. Le réfrigérateur, pour les plus jeunes d’entre vous, n’est apparu que bien plus tard ! Ils vivaient ainsi et pour rien au monde ils ne se seraient plaints, ils ne se considéraient pas comme des déshérités. Quand on se contente de l’essentiel, on peut sans problème toucher du doigt le bonheur. Sa brave Mariton savait à sa manière le gâter parfois et il lui en était très reconnaissant. « Giga Marie ! Tu me gastas ! » « Dis, Marie, tu me gâtes ! » Ils étaient braves et simples, et pour rien au monde, ils n’auraient porté tort à quelqu’un, contrairement à beaucoup de langues de vipères qui sillonnaient le pays en crachant leur venin! Ils vivaient chichement, certes, mais dignement, et paraissaient très sereins, c’étaient des sages comme l’on n’en rencontre pas beaucoup de nos jours ! La Mariton le régalait parfois d’une belle tête de mouton, c’était la tête de veau du pauvre! On l’utilisait surtout au pays pour la pêche à l’écrevisse dans les ruisseaux aux eaux cristallines! Ces petits homards d’eau douce d’origine autochtone ont pratiquement disparu aujourd’hui, ils avaient colonisé nos petits cours d’eau où ils pullulaient. Malheureusement, ils ont été les premières victimes de la pollution. On utilisait un système ingénieux en forme de balance pour les capturer. L’appât aux odeurs puissantes à base de viande avariée de moutons les attirait dans l’antre d’une large vasque, il suffisait alors de soulever le piège et le tour était joué ! En ces temps glorieux, les mets des riches pouvaient être servis sur la table des misérables. Ainsi la truffe noire, l’écrevisse, le cèpe entre autres venaient-ils s’inviter dans les assiettes creuses des gueux.

Mais revenons à ce jour de festin chez les Bergon! Sa tendre épouse, par mesure d’économie, n’enlevait pas les yeux de l'animal sacrifié! Les badauds curieux qui tendaient l’oreille pouvaient entendre leur conversation, la porte étant toujours ouverte hiver comme été! Un agréable courant d’air assainissant parcourait ainsi l’unique pièce avec son cortège de mouches par forte chaleur, et par temps froid, cette ingénieuse idée permettait de ne pas enfumer l’entourage ! Alors que ce fastueux dîner avait débuté, notre Bergon s’est adressé à la Mariton et de sa voix de baryton s'est mis à l'interroger sur un détail qui, à première vue, semblait anodin mais qui, à deuxième vue, a fini par l'inquiéter! - Diga, Marie, los èlhs se manjan ? - Oc ben, Bergon, tot se manja ! Tot se manjea ! Dis, Marie, les yeux se mangent ? - Oui, Bergon tout se mange ! Notre pauvre homme, qui ne voulait surtout pas contrarier sa Mariton chérie, toujours docile, obtempéra sur-le-champ ! Il faut dire qu’il lui vouait une véritable passion, que dis-je, un véritable culte. Dans la vie, il avait trois priorités ! « Ça que aimi lo ma, après lo bon Dius e la nostra Marie, aquos és lo tabac !» « Ce que j’aime le mieux après le bon Dieu et notre Marie, c’est le tabac !». Curieusement, il avait oublié les ânes ce jour-là! La gentille Mariton n’avait pourtant rien d’une beauté, c'était un tas de nerfs qui frôlait le nanisme, en plus elle se tenait voûtée et avait été avantagée par une certaine prédisposition à la pilosité. Bref, on ne s'attend pas à voir autant de traits négatifs sur une aussi petite personne. Mais vous le savez comme moi, l’amour est aveugle, et quand Bergon vous parlait d’elle, il la décrivait comme une des sept merveilles du monde. D’ailleurs, un jour qu’il était en train d'évoquer des souvenirs de caserne et qu’il mettait en avant la très belle prestance de son colonel droit dans son uniforme et dont il avait été le planton, il flatta la magnificence de sa perle rare ! Elle était, à le croire, la plus belle créature que la terre eut portée! Il lui était impossible de la décrire, et de superlatif en superlatif il a fini par lâcher cette image digne du culte inconditionnel qu'il lui portait : - Agacha ! Réa polida, polida ! Té, tant polida que la nostra Marie - Regarde! Elle est belle, belle ! Tiens, aussi belle que notre Marie. Il parlait bien entendu de la Sainte Vierge! Beauté extérieure et intérieure d'une mère vénérée que l'on ne peut en aucun cas mettre en doute!
On raconte que ce culte de la passion amoureuse le poussait carrément à l’héroïsme! Lorsqu'il revenait d'une cueillette de champignons où la diversité pouvait créer le doute par rapport à la comestibilité, il avait le sens du sacrifice! Il s'affairait à les trier et à les préparer. D'un bon coup de fourchette, il les dégustait et en laissait une bonne part pour sa Mariton. Rassurée, son âme sœur pouvait ainsi manger les restes le lendemain sans arrière-pensée!
Il l’aimait à en mourir !

Voici sa chanson : il avait plusieurs métiers !
Je m’appelle Bergon
Je suis un maquignon
Quand je vais à la foire
Je prends mon bâton,
Quand j’active les cloches, Je n’ai rien d’une cloche!

M'apèli Bergon
Soi un maquinhon
Quand vau a la fièra
Preni mon baston!
Quand activi las campanas
Ai pas res d'una campana!
 
La nuit a inspiré les plus grandes plumes, elle favorise les élans poétiques vers la noble beauté, elle est une source d’inspiration aux vers luisants qui s’enchaînent, comme les étoiles au sein des constellations.
 
Récit N20

Une histoire vraie, bien de chez nous

Il s’agit, de celle de Bergon, sa pauvre mère était née comme lui, dans la maison troglodyte de la Châtaigneraie, vous savez, celle qui surplombe gracieusement la plaine de la vallée du Lot, un abri providentiel doté d’une vue imprenable, creusé par l’érosion dans la roche dure au fil des millénaires. Pour celles, et ceux, qui ne connaissent pas ce haut lieu en natalité, je mettrai quelques photographies, il y a quelques années a été restauré, pour le rendre bien sur, beaucoup plus confortable!

Les très pauvres du pays, avaient pris pour habitude de s’installer à l’abri des quatre vents sous ce rocher providentiel, enfin, je devrais plutôt écrire, des deux vents, celui du Nord et de l’Est! Ce refuge, leur avait été offert gracieusement par la main du seigneur, et lorsqu’on arrive au monde, fauché comme les blés de la plaine, on ne refuse jamais l’aubaine, surtout si par miracle elle vient du divin!
Inculte, notre brave bougre eut l’idée d’entreprendre une carrière de maquignon. C’était un honnête homme en haillons, il avait toujours eu une passion inimaginable, pour l’espèce à quatre pattes aux grandes oreilles! Il prit donc tout son temps pour acheter son premier "Carreton" puis il arpenta tous les chemins carrossables pour se rendre aux foires de notre belle région! Il ne fit pas fortune pour autant, car force était de constater, qu’il enterrait plus d’ânes qu’il n’en vendait! Vous le savez toutes, et tous, quand on commence une activité aussi délicate avec ce type de marchandise vivante sur quatre sabots sans un sous, ou presque, on nous voit arriver de loin! Les plus vieilles carnes, celles qui coûtent le moins cher, finissent entre nos bras, et on finit inévitablement par se ruiner! Eh oui ! Quand la misère vous colle à la peau c’est pour longtemps! Et cela, vous en conviendrez avec moi après réflexion, n’a rien à voir dans le fait, que les maquignons vous ont pris pour un âne, même s’ils vous ont vu arrivé de très loin!
Tiens, aujourd’hui, je vais vous raconter une petite histoire rapportée dans sa version intégrale, et originale par les gens du pays. Répétée, comme un sacerdoce, lors des longues soirées d’hiver près de la cheminée, ce récit bien mijoté dans l’âtre flamboyant, campe bien ce personnage hors du commun, fort en répartie, loin d’être stupide, enfin pas à l’image de l’animal qu’il adorait!
Quoique, d’après une étude récente, l’âne ferait parti des cinq animaux les plus intelligents! Ce n’est pas pour rien, qu’il refuse d’avancer quand on lui demande de travailler!
Et entre nous, cela me permet de vous dire, que pour moi qui ai eu l’honneur de porter un bonnet d’âne le jour de la fête des écoles au Mas du Noyer, cette nouvelle m’a quand même bien réconforté!
Mais, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos ânes, ce grand jour de la foire de Figeac du 15 novembre 1956.
Le soir même où notre brave bougre rentrait de cette immense rassemblement d’ânons! Il avait acheté sûrement le plus vieil âne sur place du foirail à un prix à couper le souffle! Voilà, qu’au beau milieu de la côte de Faycelles à hauteur de la propriété de la famille Gary, qu’il s’aperçoit que la pauvre bête est à court de souffle justement, et qu’elle n’est plus du tout en état de tirer la charrette. N’écoutant que son cœur, grand comme la colline qui l’a vu naître, il décide sur le champ de prendre sa place au milieu des brancards, et attache l’animal à l’arrière de ce drôle et déroutant attelage.
Après tout, n’avait-il pas fait l’aller dès l’aube, et cela jusqu’à la foire sans une aide animale? Ne me demandez pas comment il avait réussi à hisser la charrette jusqu’à la place aux bestiaux, située sur la hauteur de Figeac.
Vous avez très certainement remarqué, que lorsque l’on se trouve dans une position souvent aussi périlleuse, que délicate, et n’ayons pas peur des mots, très inconfortable, que surgissent comme par miracle, des personnages, que l’on ne souhaite pas forcément rencontrer, en l’occurrence, ce fut les tant redoutés gendarmes du tour de ville de Cajarc!
C’était les bêtes noires, les plus redoutées des gens de la commune, en dehors bien entendu des vraies, car vous l’avez sûrement lu, une locomotive peut en cacher une autre! Ces représentants de la loi, étaient réputés pour la dureté de leurs contreventions! Beaucoup plus intransigeants que ceux de Figeac, qui par pitié n’avaient absolument pas l’habitude de verbaliser les pauvres gens de leur propre canton. Eh oui, à cette belle époque, il régnait au pays une certaine morale, qui de nos jours vous en conviendrez à nouveau avec moi, a totalement disparu!
Bien entendu, cette tradition ancestrale, paraissait logique à tous, et ces règles déontologiques s’appliquaient partout en France. Punaise, il n’aurait plus manqué que cela! Quoi ? Que les agents qui font régner l’ordre nous alignent sans état d’âne, non d’âme, près de chez nous! L’inacceptable n’avait donc aucune raison d’être! Là-dessus, vous serez j’en suis persuadé, toutes et tous d’accord avec l’auteur de ce petit récit.
Mais reprenons, notre vraie histoire, où nous l’avions laissée.
Les pandores, s’approchèrent de l’étrange, et surprenant convoi démuni de sa lanterne obligatoire! Il n’y avait sans aucun doute effraction au code de la route! Il faudrait être un âne, pour ne pas s’en rendre compte!
D’une voix bien particulière, propre à leur corporation dans le sud ouest, ils interpellent donc notre sonneur de cloche. Ah oui! J’ai oublié de vous dire que Bergon a plusieurs métiers de pauvre, qu’il cumule intelligemment, et pour l’occasion c’est lui qui va se faire sonner les cloches! On lui rappelle illico presto le règlement, en long en large, et même en travers, si je peux m’exprimer ainsi, pour avoir une bonne conduite! Sans se décontenancer le moins du monde, notre pauvre marchand d’ânes, réplique aussitôt :
«Au lieu de vous acharner sur moi, demandez donc des explications au propriétaire de cet inquiétant attelage, attaché derrière au bout d’une corde! Ne voyez-vous donc pas, que je suis l’âne entre les brancards!»
Et les gendarmes s’esclaffèrent, et rentrèrent dans leur poche, le carnet des procès-verbaux.

Voici sa chanson : il avait plusieurs métiers, je vous l’ai dit
!Je m’appelle Bergon, Je suis un maquignon, Quand je vais à la foire je prends mon bâton,Quand j’active les cloches, Je n’ai rien d’une cloche!
M'apèli Bergon soi un maquinhon quand vau a la fièra prend mon baston! Quand activi las campanas ai pas res d'un a campana!
 
Récit N21

Ils étaient connus de nous tous, au siècle dernier , ils ne sont pas passés inaperçus lors de leur existence, on ne les oublie pas. L’une tout en parfums attirait les regards d’une façon élégante, l’autre tout en relents dégageait des odeurs, qu’une mémoire même peu olfactive ne peut oublier.
Ils habitaient à peu près dans le même secteur, dans la région de Toirac. Tous les deux avaient pour habitude de se rendre à Figeac, de préférence les jours de marché!
Le premier qui était une figure typique du pays, s’appelait Robert, mais tout le monde le connaissait sous le nom de Taïaut.
J’ai oublié le nom du second, le soleil ne m’a pourtant pas taper sur la tête, cette petite parenthèse, pour vous dire que c’est ce que disait les gens du pays quand il parlait de lui. Jupette, en effet avait voyagé et s’était exposé aux rayons violents du climat africain.
De là, à établir un raccourci avec sa tenue excentrique, il n’y avait qu’un pas à faire.
Remarquez, je peux ouvrir une petite parenthèse, pour vous relater en quelques lignes l’histoire qui est arrivée à mon grand-père paternel. Après cinq années de légion, au début du siècle dernier, avec en prime la traversée du désert dans des secteurs très agités, il est recruté pour servir dans la garde républicaine à Paris. Un ancien de la garde, a la mauvaise idée, de le traiter de bleu dès son arrivée. L’insulte est inacceptable pour le béret vert, il saisit son éperon et le lui plante dans le dos!
Geste qui lui vaut de passer devant la justice militaire.
Il voit sa peine cependant, réduite au minimum, car le garde républicain qu’il a blessé reconnaît qu’il l’a provoqué.
Ma grand-mère, écrit pour signaler que pendant son séjour dans le désert, le sirocco et le soleil ont eu raison de son mental. Réformé pour débilité, il n’en sera pas moins rappelé pour combattre pendant la grande guerre, où il est décoré à deux reprises pour son héroïsme et sa bravoure les armes à la main, lors de la terrible bataille de la Marne en 1914 puis, pour celle de la Somme en 1916. J’ouvre une parenthèse, pour rappeler que ce combat sanglant , en 1916, s’est soldé par une hécatombe! Trente milles soldats d’une vingtaine d’années sont morts la première journée! On peut donc en conclure, que les coups de chaleur sur la tronche, ne sont pas rédhibitoires, pour devenir un excellent combattant, et défendre cœur et âme son bon pays.
Ayant moi-même, connu les commandos parachutistes du 8 RPIMA je me demande si je n’aurais pas eu le même réflexe que mon aïeul , face à ce type de provocation mais, me direz-vous, tel grand-père tel petit fils!
Mais revenons, à nos deux lascars lotois.
Taïaut était issu d’une famille très ancienne qui figurait parmi les consuls du pays dès le XVII ème siècle, ils avaient donc eu très longtemps des postes de responsables dans la vie de la communauté. Ils se sont construit un patrimoine non négligeable au fil du temps. Et notre brave Taïaux profitaient des quelques richesses que ses braves aïeux lui avaient laissées en héritage.
On le sentait venir de loin cet animal, je ne saurais vous décrire son odeur, car comme le disait justement le philosophe Alain, on ne peut pas parler de lumière à un aveugle! Ou difficilement n’est-ce pas?
Là, on se trouve dans la même situation, aussi ayez la gentillesse de demander à ceux qui l’on connu, si ce petit exploit de description linguistique est à leur portée.
Taïaux traînait à longueur de journée, il a parcouru tous les chemins du Causse et de la rivière, en quête de quelques victuailles à se mettre sous la dent.
Il n’était pas pauvre, je vous le rappelle, mais il en avait la parfaite attitude. Lorsque sa vieille mobylette bleue était en panne, il prenait le car SNCF pour se déplacer entre Figeac et Cajarc.
Inutile de vous préciser que dès le passage de la porte de l’autobus, il incommodait la totalité des passagers, et il n’avait pas son pareil les jours de grandes affluences pour obtenir une place assise rapidement.
Une flatulence bien placée, suffisait pour dégager les sièges autour de lui.
Suite à une chute sur son engin motorisé, blessé à une jambe, il est conduit à l’hôpital. Le personnel voyant ce spécimen arriver décident sur le champs de le laver , et malgré ses vibrantes protestations finissent par le coincer sous la douche pour lui enlever quelques couches de crasse.
Inutile de vous dire que les aides soignantes ont eu droit à une série de phrases que je préfère taire.
Il est réparti soigné et heureux que ce supplice soit enfin derrière lui.
Muni de deux béquilles, il profita de son léger handicap pour se faire plaindre, et eut une idée géniale pour arrêter les voitures, tout simplement en jetant ses béquilles face à elles, avant qu’elles ne passent devant lui.
Hélas, les malheurs succèdent souvent aux malheurs, et les années parfois se ressemblent, il est à nouveau victime d’un accident inattendu. La journée plus chaude que d’habitude avait fait fondre le macadam, les chopines avaient succédées aux chopines, comment voulez-vous échapper à votre destin dans ces conditions extrêmes?
De retour vers des soins obligatoires, il fait des pieds et des mains, pour ne pas subir le même outrage que dis-je châtiment que l’année précédente!
Il fait face au personnel, qui dans un élan de volonté hors du commun, décident de le conduire à nouveau vers le pommeau salutaire.
Quand il leur rétorque :
« Ah non…ça suffit ! S’offusqua t’il ! Je suis propre, vous m’avez déjà fait le coup l’année dernière! »
Que dire de ses passages à Figeac, où il avait ses habitudes, et où l’hiver il pénétrait dans le hall de la poste. La table providentielle qui se trouvait là, lui servait à étaler ses papiers gras, il sortait alors un vieux quignon de pain et quelques victuailles bien grasses, parfois même il sauçait son pain moisi dans une boîte de conserve au contenu douteux, où une croûte épaisse s’était formée.
Un jour, alors qu’il regagnait son charnier natal, il a eu la surprise de voir qu’un énorme rocher s’était détaché de la colline qui surplombait sa vieille baraque et recouvrait sa chambre! Les pompiers qui pensaient le trouver dessous, eurent l’agréable surprise de le voir débarquer frétillant comme un gardon que l’on vient d’attraper au bout d’un hameçon!
« Si vous me cherchez, leur dit-il, sourire aux lèvres, je suis là! »
Bien sûr je pourrais vous raconter bien plus d’anecdotes sur sa vie, je terminerai par les deniers mots qu’il m’a dit, alors qu’il arrivait au pied de ma maison natale :
«Comment vont vos parents?…«Et les anciens où sont-ils ? Il y a longtemps que je ne les ai pas vus! »
Les pauvres, avaient quitté ce monde, depuis plus de trente ans!
Il a fini sa vie dans un fossé à la sortie d’un virage, à l’âge avancé de 77 ans.
Il eut encore le plaisir même après sa mort, de faire un joli pied de nez à ses successeurs , grâce à ses dernières volontés, mais faute d’avoir bien trop exagéré elles ne furent pas suivies.
Ainsi, s’acheva la vie de Taïaut, celui qui joua au pauvre alors qu’il ne l’était pas. On se souviendra de lui, avec son béret sur le côté couvrant une silhouette rondouillarde circulant sur une mobylette bleue aux humeurs vrombissantes, comparables à celles de son maître.
Jupette, elle, à l’inverse était très coquette elle se rendait à Figeac depuis Carayac également en mobylette.
J’ai eu droit un jour à un spectacle saisissant, alors que je pédalais en direction de Faycelles! Une panthère rose aux effluves printanières me doubla, toute voile dehors, me laissant admirer des dessous chics, semblables aux dentelles du cygne.
Jupette refusait qu’on l’appelle Monsieur , il appréciait qu’on le reconnaisse en tant que dame.
On pouvait la rencontrer à la courte paille régulièrement, son plaisir était d’avoir des compliments sur sa tenue vestimentaire, surtout quand elle avait revêtu un nouvel ensemble enfin, les femmes apprécieront
cet état d’âme purement féminin.
Périodiquement, flottaient au vent des serviettes hygiéniques, afin que ses voisins les plus proches ne soient pas dans le doute!
Il était devenu au fil du temps, plus femme qu’homme!
 
Paule est souffrante !

Elle est identique à notre petite planète victime d’un réchauffement chapeauté par un vent de folie humaine!

Paule, monte lentement en température au nord, comme au sud, des craquements sourds fissurent ses deux calottes polaires qui s’effondrent en larges remous tumultueux , dans un océan de vagues bouillonnantes.

Lentement, sa glace se détache et dérive sur ses eaux salées qui, inexorablement noient tout sur leur passage.

S’en suit alors, une migration de tous les instants, accompagnée par un souffle de panique à l’échelle humaine.
Cependant, au fil des millénaires qui passent, elle finira par retrouver sa superbe, fière d’être à nouveau baignée de calme, auréolée et sereine dans l’espace et dans le temps.

Autour de l’astre du jour inexorablement m, elle continuera sa ronde et abritera une nouvelle conception de la vie. Elle aura gardé j’en suis persuadé, dans ses gènes, des marqueurs indélébiles, à la gloire de notre amie la poétesse au grand cœur, en soif de justice de liberté et d’égalité. Ce nouveau miracle de l’existence sera chapeauté par un ineffable vent d’amour, à l’âme légère, imprégnée par une sage humilité .
 
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