Maurice Marcouly
Maître Poète
Quand on me prend pour une cruche à la fin je me casse.
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Le début de ma vie, au bord du Lot au port de la Madeleine. 
Il y a des signes de vie qui sont lourds à porter !Quand la cloche résonne version définitive !
Quel travail je suis épuisé !
Quand résonne le son de la cloche à l’école primaire de Capdenac Gare années : 1958…1959…1960.
Ding…dingue…donc !
L’enfant aux deux ombres
Dieu, qu’il me semble lourd le son de la cloche qui résonne sous le ciel pâle de septembre. Je l’ai entendu à trois reprises dans la cour de l’école primaire de Capdenac Gare!
J’allais enfin découvrir la grande école, après une maternelle cousue main d’époque, dans le petit village du Mas de Noyer où j’ai appris à pétrir la pâte à modeler un couple d’années, sous l’ œil noir et glacial d’une institutrice qui déjà reconnaissait en moi très certainement un don d’artiste sculpteur, et qui me laissait réaliser des œuvres en long, en large et parfois même en travers tout en me gratifiant d’une paix royale.
Après ce brillant passage à la maternelle j’allais enfin fièrement commencer mes vraies études dans une grande école accompagné de mon fidèle frère à peine plus âgé que moi.
Immédiatement assis à ses côtés j’ai compris que le fond de la classe m’était assigné! Quelle délicate attention ! peu importe je disposais d’une bonne vue et j’étais déjà un grand garçon pour mon âge, les trente petites têtes assises devant moi n’allaient en aucun cas éclipser le tableau noir !
Mon aîné ne paraissait pas très éveillé pour son âge, la maîtresse en s’approchant de moi, m’a dit d’une voix sèche : « toi, Maurice, tu t’occuperas de Didier !…» Tiens, me voilà déjà investi d’une responsabilité, ici au moins on me fait confiance!
J’allais vite déchanter. Dans cet environnement public, je devenais sans le savoir un auxiliaire de vie scolaire, non rémunéré bien entendu. L’enfant aux deux ombres entrait déjà dans la vie active sans le vouloir et surtout sans le savoir!
Ma tâche toutefois restait simple, il faut bien le reconnaître!
Je devais simplement subvenir à la déficience mentale de Didier, dans tous les gestes de la vie quotidienne et surtout m’organiser pour ne déranger personne!
La porte de la classe donnant sur la cour de récréation se trouvait à deux pas de moi, et on m'avait laissé carte blanche, je pouvais à tout moment quitter l’endroit pour accomplir mon travail, qui je dois le reconnaître ne me déplaisait pas. Il n’existe pas comme vous l’avez appris de sot métier.
J’usais de ma faible intelligence pour agrémenter cette responsabilité dépourvue de lourdeur administrative!
Il m’avait semblé au tout début qu’après l’institutrice j’occupais le poste le plus important de la salle de classe.
Les jours se succédaient dans une ambiance bonne enfant, je me désintéressais totalement des paroles de l’intellectuelle qui dans des élans non contrôlés je suppose, allait finir par me dire régulièrement : « Toi Maurice, tu resteras un âne, tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ton frère ».
Je n’avais pas pas l’impression que c’était l’image que me renvoyait le miroir!
J’ai appris bien plus tard que le quadrupède aux grandes oreilles faisait partie des cinq animaux les plus intelligents sur terre, ce n’est pas par hasard qu’il refuse d’avancer quand on l’attelle à un carreton !
Mais revenons à l’état de santé de Didier qui empirait de mois en mois, ma deuxième âme devenait de plus en plus pesante.
Il fallait que je sois le bouclier de ses humeurs changeantes avec la rapidité de l’éclair,
je contenais ses réactions soudaines, je me tenais constamment près de lui pour protéger les enfants de ses crises de nerfs qui pouvaient prendre des proportions énormes ! S’ajoutait à cela la sempiternelle question de l’ensemble des écoliers : qu’est-ce qu’il a ton frère pourquoi il est comme ça ?
Je les remercie indirectement aujourd’hui car peu à peu j’ai compris que nous étions finalement différents!
J’essayais tant bien que mal de répondre à cette interrogation et mon imagination me permettait d’avoir une réponse un peu différente tous les jours.
Les cent cinquante élèves de la cour dans une ronde incessante avaient une soif insatiable ils voulaient comprendre !
Cependant, malgré cet étalage de phrases curatives j’ai vite réalisé qu’aucune ne pourrait satisfaire la curiosité de cette petite communauté en galoches et culottes courtes!
Devenu un vrai saint-Bernard, mon dévouement était sans limite. Mes pauvres parents pris par le dur labeur de la petite ferme familiale ne se doutaient de rien, mes jours passaient ainsi cadencés par un monde aux fausses allures fraternelles.
Lors du deuxième son de cloche, j’assistai pour la première fois à l’appel des élèves pour le passage en classe supérieure, Inutile de vous dire que je n’ai pas entendu mon nom résonner. Je devenais un redoublant, je méritais sûrement cette sentence car mème si inconsciemment mes grandes oreilles étaient attentives aux les paroles de la maîtresse rien ne voulait vraiment germer en moi !
À l’écrit je dois bien le reconnaître je ne faisais pas beaucoup d’efforts, mon travail comme vous l’avez compris restait désespérément ailleurs!
Me voilà donc de retour à la place qui m’était assignée, je retrouvais avec un certain plaisir le banc ciré par mes fesses l’année précédente, et près de moi une tête bien connue qui devenait naturellement plus lourde, par contre l’horizon se dégageait et je disposais désormais d’une vue imprenable sur le tableau noir!
Mon occupation restait la même je la possédais par cœur, il me suffisait de subvenir à tous les gestes courants d’une seconde vie!
Je me fixais pourtant l’objectif d’une bonne année scolaire.
J’apprenais dans mon coin et tout me paraissait simple, la meneuse d’enfants pour autant ne me faisait pas de cadeau. Face à ses yeux vitreux je représentais toujours l’esclave et surtout le bourricot!
Ainsi l’année passa-t-elle, rien ne me laissa entrevoir une quelconque amélioration j’étais voué à ce triste sort.
Peu importe, je devais avancer malgré les brimades et le poids de mon fardeau. Didier, malade mentalement et physiquement vomissait abondamment de la bile, face à cette nouvelle situation j’éprouvais une certaine honte vis-à-vis de mes petits camarades et je m’efforçais de leur cacher cette nouvelle catastrophe, j’essayais de tout anticiper je maîtrisais ma fonction de soignant parfaitement!
Il rentrait parfois dans des colères monstres, se mordait le poignet, je le calmais aussi rapidement que je le pouvais, en ces temps reculés les neuroleptiques hélas n’existaient pas encore.
Le troisième son de cloche fut semblable au deuxième et aboutit la même sanction. Figé, je ne bougeais plus du rang, je triplais ainsi le cours préparatoire sans comprendre la décision qui avait été prise par la bande d’instituteurs qui arpentait la cour dans des allers retours incessants !
J’ai fini par posséder la teneur des cours sur le bout des doigts, j’aurais je vous l’avoue pu remplacer l’an-saignante psychorigide !….Ne cherchez pas, je n’ai pas fait de faute, mon for intérieur se révoltait et il était en droit de le faire n’est-ce pas?
J’ai donc encore rejoint mon petit bureau qui devenait de plus en plus petit, boulet au pied! Maurice demeurait l’enfant nécessaire à Didier plus que jamais. On ne pouvait envisager de le scolariser sans moi, d’ailleurs dans un sursaut d’intelligence il avait dit : « Je ne veux pas aller à l’école sans Maurice ! ».
J’ouvre une petite parenthèse pour vous dire que je n’avais pas de devoirs à faire le soir en rentrant à la maison, je pouvais donc me concentrer sur un rôle qui m’était entièrement assigné.
Mon père dès que j’arrivais à la ferme après ma rude journée me disait d’aller détacher les vaches pour les garder, ce que je faisais avec plaisir, j’ai toujours adoré les animaux. Eh bien, savez-vous ce qu’il se passait ?
Mon fidèle frère était à mes côtés pour m’aider !
Les cloches mènent au clocher des églises. Le jour béni de la communion solennelle le curé de Capdenac-le-Haut m’a dit clairement: «Maurice il faudra que tu parles deux fois plus fort que les autres communiants pour que le seigneur puisse entendre la voix de ton frère !
Bien plus tard il m’avouera avoir été en admiration devant ma petite personne à qui il reconnaissait un sacrifice sans limite.
Il m’a confié ces mots ! « Toi, Maurice, tu rencontreras le Christ ! ».
Depuis je me demande avec une grande anxiété ce que je vais bien pouvoir lui dire!
Mais ne nous égarons pas comme des brebis, et revenons aux deux cloches ou ânons de cette histoire.
Cette troisième année au cours préparatoire la plus longue pour moi, je la dois sûrement en partie à une des rares phrases raisonnées de Didier, qui pouvait laisser penser qu’il allait peut-être refaire un jour surface.
À la remarque « Tu as renversé l’encrier sur le bureau, ce n’est pas bien, vilain !», il a répondu : « Ce n’est pas grave, on dira que c’est l’imbécile qui a fait ça ! ».
Ma taille devenait à mes yeux très encombrante, je grandissais très vite, trop vite !…Je toisais facilement deux têtes de plus que les petits bonhommes assis devant moi, un sentiment de honte m’envahissait mais j’étais impuissant face à cette fatalité voulue par l’infâme mégère, qui continuait à me brider, que dis-je à m’enterrer dans un cynisme savamment orchestré!
L’année harassante passa ainsi, je portais une croix de plus en plus blessante sur mes frêles épaules, j’étais confronté de plus en plus aux coups bas des enfants dans la cour je vivais en enfer.
Au quatrième son de cloche, je suis sorti enfin du rang pour connaître le cours élémentaire première année dans un soulagement total, mon frère allait à nouveau s’asseoir près de moi au fond de la classe, on ne change pas les habitudes qui fonctionnent aussi rapidement!
L’instituteur m’est apparu comme un dangereux psychopathe, les coups de règle pleuvaient sur les petites têtes!
Rien n’avait changé dans mon rôle je me rendais toujours à l’école le ventre serré, je refusais intérieurement ces conditions anormales, je ressentais de plus en plus la fatigue, je souhaitais mourir.
Reconnu malade après une analyse sanguine, j’ai été hospitalisé au milieu de l’année scolaire. Chaque jour pendant plusieurs semaines dans une clinique j’ai tendu le bras pour des transfusions, je me suis remis lentement enfin seul et libéré d’un monde très cruel.
Puis est venu le temps de ma convalescence, mes parents ont enfin compris qu’ils devaient me protéger de mon frère.
J’étais en train de reprendre goût à la vie quand une gentille assistante sociale de Capdenac a insisté auprès de ma mère pour me placer dans un centre héliomarin à Biarritz.
Hélas, sans le savoir, j’allais à nouveau remettre mes pieds dans l’enfer des hommes !
Mais cela relève d’une autre aventure beaucoup plus dure et surtout effrayante !
La maîtresse d’école psychorigide!Afficher la pièce jointe 39336

Je te lis et il me semble lire "mon HISTOIRE""Centre Helios-marin de Biarritz 1962
La maison du rachitisme le Pearl Harbor français à deux pas de l’océan.
Centre hélios-marin pour enfants de deux ans à douze ans !
Mon devoir d’homme vieillissant m’oblige à vous raconter ce que fut au début de la cinquième république, la souffrance d’enfants placés dans le centre hélios-marin de Biarritz.
Les plus jeunes étaient âgés de deux ans à six ans, les plus âgés de sept ans à douze ans.
Les petites victimes étaient placées dans cet établissement dans le but précis de leur faire prendre du poids !
La fondation agréée par le ministère de la santé paraissait bien belle vue de l’extérieur, malheur à l’être innocent sans défense qui s’aventurait à l’intérieur !
Je raconte mon histoire, enfin ce dont je me souviens, car la principale préoccupation du pouilleux, crasseux et chétif que j’étais devenu en rentrant chez-moi après de longs mois de détention, fut d’éclipser de ma mémoire à jamais, cette très mauvaise expérience briseuse de jeunesse !
Ils sont légion ceux qui ont souffert à deux pas de l’océan, sans avoir eu le plaisir de profiter de ses bienfaits !
Les vagues chargées de larmes inlassablement frapperont leur âme meurtrie à jamais !
J’ai pu récupéré grâce à un ami les pages du premier procès à l’encontre du président fondateur de ce lieu maudit qui a eu lieu avant les années cinquante.
Monsieur E. Mendelssonh a remis le couvert moins de deux décennies plus tard !
La similitude des faits reprochés par rapport à mon expérience malheureuse est
frappante !
Croyez bien que je pèse ici mes mots et l’ensemble des petits pensionnaires qui ont témoignés sur un forum hélas aujourd’hui supprimé va bien entendu dans mon sens.
Quand on déracine et que l’on affame un petit être innocent et qu’on le frappe journellement, on détruit sa vie !
Le joug de l’enfance est parfois fait d’angles vifs et l’on a beau secouer nos frêles têtes des blessures profondes viennent blesser pour toujours nos âmes aux ailes fragiles.
J’avais à peine plus de dix ans quand suite à une hospitalisation, une gentille assistante sociale de ma région, insista auprès de ma maman pour je sois placé dans un centre hélios-marin.
Situé en bordure de
l’océan j’allais profiter du bon air marin chargé d’iode aux multiples bienfaits !
C’est donc le cœur serré mais néanmoins heureux à la simple idée que j’allais enfin découvrir cette vaste étendu d’eau salée, qu’avec ma mère je prenais le train en direction de ce lieu qui allait à jamais transformer mon esprit !
Le trajet me parut long, interminable même, l’éloignement de ma terre natale me laissait songeur ma gorge se nouait par moment, un flux de salive suivi de paroles rassurantes de ma maman me permettait d’anesthésier cette angoisse naissante que je n’avais jamais ressentie auparavant !
Il fallait pourtant suivre ce chemin, c’était pour mon bien, est-il une chose plus précieuse que la santé je vous le demande ?
Nous étions au début des années soixante prônées par nos politiques, la cinquième république naissante était dirigée par le grand Charles De Gaulles.
Alors, vous allez penser Maurice n’a absolument rien à craindre tout va bien se passer !
Je tenais toujours solidement la main de la très brave femme qui m’avait mis au monde, quand je suis arrivé sur le lieu même de mon incarcération mais évidemment je ne le savais pas encore !
La bâtisse était immense, située en bordure de l’océan mon âme rêveuse voyageait déjà au dessus des vagues qui se déchiraient en grands fracas non loin d’une plage aux sables éternels.
Tout me paraissait grand il n’y avait aucun doute j’allais vivre des jours heureux !
Quelques marches encore me séparaient de la liberté que je quittais sans le vouloir mais surtout sans le savoir !
D'ailleurs ma chère maman aurait si elle avait su dans quel guêpier elle me conduisait fait demi tour sur le champ, elle qui avait sauvait en les sortant des rangs de la déportation à Figeac, deux jeunes enfants au nez et à la barbe de la célèbre par ses exactions division Dass Reich !
Elle n’avait pris ce jour là qu’un risque, celui d’une simple balle dans sa tête.
Mais revenons à notre histoire !
Un dernier escalier à gravir nous a conduit dans un grand hall où était disposé de beaux meubles, un joli canapé et une télévision que je voyais pour la première fois !
« Tu vas être bien ici Maurice, oui maman ! ».
Une charmante dame très bien habillée s’est avancée vers nous.
« Je suppose qu’il s’agit de Maurice notre futur petit pensionnaire ? ».
« Il a l’air bien mignon, nous allons bien nous occuper de lui ! ».
Ces phrases ont fini par me convaincre de la nécessité de ce long voyage, je lâchais la main de ma mère pour la serrer encore une dernière fois dans mes petits bras.
Est arrivé ce moment, qui dans ma vie a marqué pour toujours mon impuissance à retenir les personnes que je j’aime.
Ma mère allait me quitter de longs mois pour mon bien !
On doit bien trouver une raison à une séparation douloureuse quand on est un tout petit bonhomme.
J’étais malade, pourtant je me sentais bien dans mon corps j’avais passé plus d’un mois dans une clinique où l’on me faisait des transfusions journellement, je ne pouvais être que guéri !
D’ailleurs à la fin de mon hospitalisation je parcourais tous les couloirs en chantant, j’étais connu et apprécié des malades !
Qui ne connaissait pas Maurice ?
La mère de Charles Boyer l’acteur qui résidait en permanence à la clinique était devenue ma troisième grand mère, ma confidente, j’allais voir les films où sont fils jouait dans sa chambre et elle était très fière de me dire ...« regarde ! regarde ! Maurice c’est Charles mon enfant, tu vois comme il est beau ?».
Il faut croire que dans l’existence les bons moments sont vraiment éphémères, j’allais l’apprendre après ce bref passage au Paradis.
La gentille assistante sociale avait tellement insistée que ma maman s’était laissée convaincre!.
L’heure n’est plus aux regrets, elle est à la séparation une main ferme me fit comprendre dans qu’elle direction je devais me diriger !
Les larmes envahissaient mes yeux et je suis certain que le regard de ma mère était voilé aussi, même si elle s’était montrée très rassurante jusqu’au dernier moment cette femme unique, si belle, si admirable !
Je suivais Maïté sans le savoir une basque à la voix forte, à la main rugueuse et lourde !
Je descendais au sous sol du grand et beau bâtiment flambant neuf.
Une porte pleine s’ouvrit donnant sur un espace sans ouverture, où une douzaine de tous petits lits en fer et à barreaux étaient alignés.
Des enfants étaient là, silencieux, ils me fixaient du regard !
« Installe toi ici ce sera ton lit, mets tes affaires dans cette armoire ! ».
Elle quitta ce que je dois appeler une cave qui sentait le renfermée bien loin du bon air marin que l’on m’avait promis.
« Salut le nouveau tu viens d’où ? ».
Je m’évertuais à répondre à des questions qui fusaient, alors que je n’avais qu’une envie celle de m’isoler pour pleurer.
Mais j’étais un rude je n’allais montrer mes faiblesses.
Fatigué par ce long voyage je m’allongeais enfin si je peux m’exprimer ainsi, sur un tout petit lit conçu pour un enfant de quatre à six ans, moi qui était dans ma onzième année.
La position idéale était celle du chien de fusil, en prenant soin d’éviter quelques ressorts qui visiblement n’avaient pas supporté l’épreuve du temps.
Je me suis endormi rapidement et j’ai été réveillé presque aussitôt par une volée de coup de balais qui atterrissaient sur moi dans tous les sens.
Chaque petit lit a eu droit à sa ration, peu de temps après j’ai entendu des petites voix me demander :
« Elle t’a frappé toi aussi le nouveau ? ».
Oui !….« il faudra t’y habituer ce sera comme ça tous les soirs !».
Avant d’aller plus loin je veux vous faire part de la souffrance morale de l’enfant déraciné dans ces conditions !
Je n’avais pas à me plaindre par rapport à d’autres gamins, j’étais déjà grand je reviendrai plus tard sur un fait qui m’a le plus marqué quand je l’ai appris !
Je n’ai aujourd’hui qu’une pensée émue en tête, celle des bébés qui ont vécu cette atrocité agréée par la sécurité sociale !
Merci aux services de la Dass il ne s’agisait pas là d’enfants abandonnés, mais de petits êtres adorables avec une maman et un papa qui les aimaient de tout leur cœur et surtout de toute leur âme et qui subissaient sans défense ces atrocités !
Comment a t’on pu séparer des bébés de leur maman ?
Je n’arriverai jamais à me l’expliquer !
Je vous direz plus tard comment j’ai appris qu’ils étaient prisonniers dans ces murs eux aussi !
J’ai eu une enfance rendue difficile, mais ma mère et mon père m’aimaient.
Je vivais dans une petite ferme très modeste mes parents étaient pauvres cependant la chaleur humaine était bien présente et l’on ne manquait de rien.
Le peu d’habits que nous possédions étaient journellement lavés à la main par la mère et les chaussures étaient cirés tous les matins avant notre départ à l’école, bref nous étions propres et pas malheureux à cette époque !
Le choc psychologique fut cependant important en intégra ce centre, je n’étais pas un enfant difficile cela m’a servi, par contre j’étais très attaché à mon environnement à l’amour parental qui est sûrement la plus grande richesse que l'on puisse espérer dans sa prime jeunesse.
Ici, tout s’effondrait une seule idée me revenait en tête nourrissant une angoisse perpétuelle je voulais rentrer chez moi pour ne plus avoir à souffrir, pour retrouver les miens les serrer très fort dans mes petits bras, revoir mes chiens, mes chats, et tous les animaux de la ferme ils étaient sûrement malheureux eux aussi de ne plus me voir !
Les minutes sont alors semblables à des heures, les heures aux mois, les mois aux années !
Tout s’effondre, la solitude chez l’enfant est immense elle ne ressemble à aucune autre, elle ne se domine pas, on ne s’y habitue jamais, elle nous ronge à petit feu !
Mon premier réveil fut très pénible, je ne peux pas vous le décrire il est inscrit dans mon âme comme une plaie qui ne cicatrisera jamais !
Je devais rester de longs mois, je commençais mon séjour et heureusement que je n’avais aucune notion du temps par rapport à mon ignorance scolaire !
Une "maman" basque arriva, c’est comme cela qu’on devait les appeler, vous savez celle que l’on a pas envi de peloter !une rude, une pure, une solide à la main noueuse rapide comme l’éclair !
Je passe bien évidemment sur la toilette matinale qui n’existait pas, j’ai le vague souvenir d’une douche commune prise durant la première partie de mon emprisonnement.
Toujours dans le sous sol j’allais prendre mon premier petit déjeuner !
A vrai dire c’était un breuvage infect, certains nouveaux étaient réticents dégoûtés à la limite du vomissement, et ce n’était pas parce qu’ils faisaient les difficiles je vous demande de me croire !
« Mange me lança un de mes camarades, il faut que tu manges !».
Je n’ai pas faim, j’ai l’estomac noué !
Mais il fallait bien faire ce gros effort j’ai fini par m’exécuter dans une seule gorgée.
J’ai vu des enfants refuser de se nourrir pendant deux jours, les plus anciens s’arrangeaient pour que la surveillante ne s’en s’aperçoive pas , mais la faim finit toujours par être la plus forte et persuade les estomacs les plus réticents !
A midi et le soir les repas toujours semblables nous étaient servis, il n'était pas rare de trouver notre ami préféré le cafard dans une de nos assiettes !
De très grosses boîtes de conserves d’environ cinquante kilogrammes sans étiquette garnissaient les poubelles m’a raconté ma mère, elle avait eu la curiosité de soulever un couvercle le jour où elle est venue enfin me libérer.
Des pattes mélangées aux lentilles en omelette, enfin des cocktails surprenants immangeables aux odeurs repoussantes composaient le plat unique et principal servi régulièrement matin et soir.
Mais on s’encougeait il fallait bien finir son assiette quoiqu’il arrive c’’était devenu notre mission.
Il fallait reprendre du poids à tout prix !...on ne quitterait la fondation qu’à cette seule condition, d’ailleurs nous étions arrivés dans ce seul but, reprendre du poil de la bête !
Et des bêtes nous étions devenus !
La pire des épreuves nous l’avions en milieu d’après-midi on nous obligé à boire ce qui était censé être du lait !
Je connaissais le goût bon lait de ma chère vache Flourette !
Là, seule la couleur blanche pouvait nous laisser croire un instant que ce breuvage en était !
En bouche notre seul recours était d’avaler le plus rapidement possible ce liquide pour éviter les retours amers !
Certains enfants (les durs) se sacrifiaient pour leur petits camarades qui ne pouvaient absolument pas ingurgiter ce médicament !
Étais-ce justement une potion à effets secondaires ?
Je ne le saurai jamais !
Ah !…ne croyez pas que l’on ne se marrait pas !
On ne manquait pas d’idées le matin on avait quartier libre dans la cave.
Notre jeu favori consistait à capturer les bestioles qui crapahutaient sur le sol.
On avait là une superbe réserve de cafards à portée de main.
Les rongeurs se méfiaient de nous je trouvais cela bizarre, contrairement aux cafards bestioles stupides, rapides mais pas autant qu’il l’aurait fallu !
Les rats qui pullulaient près des grosses poubelles je les trouvais sauvages par rapport à ceux de ma chère campagne natale.
Je vais vous raconter d’ailleurs une petite anecdote bien réelle pour me soulager un peu l’esprit, mais surtout pour revenir dans mon pays au début des années soixante et de respirer le bon air de ma campagne natale !
Avec et ma mère et mon père nous nous étions rendus au moulin chercher un peu de farine.
Chaque ferme ou presque avait son four à pain et mon père donnait sa récolte de blé à moudre au brave meunier du coin.
Et c’est là, que j’ai vu le plus de rats de ma vie, Ils crépissaient les murs du moulin.
Même mon chat aujourd’hui n’en reviendrait pas !
Pour me rassurer le meunier en attrapa un par la queue, l’animal n’a eu aucun mouvement de défense et il le balança dans le remblais en contrebas !
« Vous boirez bien un café ?». Je n’ai pas eu le temps de dire à mon père et à ma mère : non! non !…que notre broyeur de grain allait ordonner à sa brave femme :
« Prends le balai et fait sortir les bestioles de la cuisine !».
Elle pénétra dans la pièce et à grands coups de manche elle fit sortir une bonne vingtaine de rongeurs bien portants.
Je me souviens d’avoir attendu les jambes levées une fois à l’intérieur de la pièce, afin d’éviter quelques rongeurs qui avaient esquivé la sortie et qui circulaient sous la table.
Tout cela pour vous dire que le rat est très intelligent et sociable à l’image d’un chat lorsqu’il vit en compagnie de l’homme.
Cette scène je ne l’ai jamais vu dans un film.
Cela me ramène à Biarritz impossible de choper un rat pour jouer avec lui, par contre les cafards étaient nos amis et insectes préférés.
On les remuait dans tous les sens avec nos petites menottes que l’on ne lavait jamais et bien vous n’allez pas me croire nous n’étions jamais malades !
Nous avons inventé du moins on le croyait la course de cafards !
Un jeu qui nous occupait et nous faisait rire aux éclats, vous me direz il faut peu de chose pour amuser les gosses et c’est vrai !
Nous organisions des compétitions hippiques non épique !
C’est quelques années plus tard en regardant un film culte que la télévision diffusait chaque année ou presque "les trois chevaliers du Bengale" que face à moi les acteurs prisonniers dans un cachot jouaient avec les cafards de la même manière que nous !
Incroyable non ?
On nous permettait aussi d’aller dans une arrière cour à l’abri des regards, il y avait là une très vieille balançoire pas discrète elle grinçait très fort et le but de notre amusement était de monter à une hauteur vertigineuse à la limite du demi tour.
On nous amena un jour à l’océan à notre grande surprise !
Nous avons eu l’autorisation de tremper nos pieds dans l’eau !
Une autre fois mes camarades et moi nous sommes tombés sur un rocher sur la plage couvert d’escargots, un copain nous a dit : « ils sont bons à manger » et bien croyez-moi ils n’ont pas eu le temps de sortir les cornes !
Je vais vous parler d’une journée bien particulière !
Bien que présent dans ce centre mes copains de cave, apparemment étaient comme moi je n’ai jamais remarqué chez eux le moindre souci pouvant laisser supposer la nécessité de leur présence dans ce lieu maudit !
Aujourd’hui je me dis avec beaucoup de recul que la mafia était bien en place en ce début de cinquième république !
Mais cela n’est pas un scoop !
Les enfants de la Réunion ont souffert de cette politique de déracinement immonde !
Un jour, j’ai eu le malheur d’avoir mal à une dent vous savez à quel point on souffre dans cette situation !
Mais comment faire comprendre à la basque à la main rugueuse que mon cas était urgent !
J’étais un douillet un simulateur je faisais tout pour me faire plaindre, mes braves copains avaient beau me soutenir elle s’en foutait royalement !
Après de longs jours de souffrance elle décida enfin d’en toucher un mot à la Direction Mendelssonh...
La décision de me conduire chez un dentiste en ville fut enfin prise.
Ce fut seule fois dans mon long séjour j’allais m’absenter de la cave pour une ballade dans la superbe ville balnéaire !
Après avoir décapé très sommairement mon enveloppe charnelle puante (je ne me souviens pas d’avoir pris une seule douche pendant mon séjour) j’étais couvert de petites bestioles gratte tête que l’on appelle des poux j’ai mis ma tenue de sortie Madame Mendelssonh en personne se chargea de me conduire chez le praticien son mari.
C’est ce que j’ai appris bien plus tard il était chirurgien dentiste.
Elle conduisait dans le centre de Biarritz lorsqu’elle grillât un feu rouge.
Un coup sifflet retentit aussitôt sans se démonter ni ralentir, elle lança à l’agent : «je n’ai pas le temps vous nous enverrez la note ! » et cela en continuant sa route.
Moi je m’en foutais il me tardait d’arriver chez mon sauveur après tout il y avait urgence !
Installé confortablement il décida de m’extraire la dent moi qui ai des dents relativement bonnes encore aujourd’hui je suppose que cela devait être une dent de lait ?
Bon, elle ne me fera jamais plus mal !
Ils parlaient et il lui dit :
«Tu peux m’amener les enfants filles ou garçons je suis sûr que je leur trouve deux ou trois caries !».
C’est là que j’ai enfin réalisé que nous n'étions seuls !
Comment imaginer qu’après de longs mois, nous n’avions ni croisé ni aperçu d’autres enfants filles ou garçons âgés de deux à douze ans ?...
Aucune âme qui vive à part nous les pestiférés !
De retour dans les entrailles de l’immense domaine j’en parlais à mes camarades.
Non, non, nous sommes seuls !
On entendait bien quelques cris stridents qui perçaient la froideur de la nuit parfois mais rien nous laisser supposer que des bébés occupaient non loin de nous ce sous sol lugubre !
Puis, arriva cette journée, la mégère de service nous dit : «dépêchez vous on va se cacher il ne faudra pas parler, c’est un jeu il y aura une récompense !».
Elle nous conduisit dans une cave encore plus obscure ferma la porte à clef et dans un silence à faire froid dans le dos nous sommes restés là, terrés.
Après de longues heures une personne frappa à la porte.
C’est bon !
Nous attendons toujours la récompense !
Enfin si, elle allait faire son apparition sous une forme que nous n’attendions pas !
Quelques semaines avant mon départ on allait enfin quitter le trou à rats et nos camarades de jeu les cafards.
On allait prendre nos quartiers dans un beau dortoir avec de grands lits tout était beau à mes yeux, les toilettes une salle de bain neuve, et surtout les personnes qui s'occupaient de nous étaient gentilles nous avions droit à autant de bisous qu’on le souhaitait le soir avant de nous endormir !
Le réfectoire était grand la nourriture meilleure, mais que s’était il passait ?
Je l'attribue aujourd’hui à un contrôle officiel
sévère qui a fait prendre conscience à la direction qu’elle devait changer de méthode !
On voyait d’autres enfants filles et garçons la vie château nous tendait enfin les bras !
Nous avions l’autorisation d’écrire à nos parents mais nos lettres étaient lues !
Je me souviens, j’écrivais phonétiquement moi le presque illettré je rentrais dans ma douzième année quand même !
J’étais le chouchou d’une monitrice, elle venait à mes côtés lorsque je faisais la sieste et me couvrait de bisous !
Malheureusement le jour de ma libération est intervenue presque aussitôt !
Avec ma mère, j’étais sur le chemin du retour heureux enfin de la revoir de retrouver ma maison, mon père, mes frères, mes chiens, mes chats et tous les animaux de la ferme.
Je n’ai jamais dis un mot de mon séjour carcéral à mes parents j’ai tout fait pour occulter de ma mémoire ces longs mois de maltraitance pour ne me souvenir que des quelques jours heureux qui ont précédés mon départ !
Je précise que je n’ai jamais rencontré ni vu les bébés présents dans la fondation.
Je connais, Danièle elles ont témoignées de leur calvaire, elles avaient deux à trois ans lorsqu’elles furent séparées de leur famille et prisonnières des sous sols du centre hélio-marin.
Elles ont pu se remémorer leur supplice grâce à l’hypnose.
Danièle est aujourd’hui psychologue, je la contacte de temps en temps au téléphone.
Elle m’a rapporté, qu’elle avait beaucoup maigri durant son séjour et que dans le train qui la ramenait chez elle, elle répétait en boucle à sa maman : « Pas la dame qui me donne des gifles ! ».
Elle se souvient d’être attachée sur son lit !
J’ai pu sauver le témoignage de beaucoup d’enfants qui ont connu cet enfer à deux pas de la mer, ils sont très émouvants à la limite du supportable !
Il faut du courage croyez-moi pour écrire sur un sujet qui a torturé votre esprit d’enfant !.
Je termine cet écrit épuisé !

L'abus d'alcool est mauvais pour la santé ?Les vieux pieds de vigne de Loupiac presque définitif !Afficher la pièce jointe 39354
Il existe des petits coins de France où les traditions se perdent hélas !
A Loupiac, l’endroit le plus propice aux rencontres entre gens du pays se faisait naturellement au bistrot. Chacun avait sa petite anecdote à raconter et évidemment même si on ressassait souvent les mêmes rengaines, c’était toujours avec le même plaisir que l’on tendait l’oreille pour les écouter autour du bar après quelques tournées au bon vieux rouge ou blanc des coteaux environnants et un bon château Loupiac c’est quand même quelque chose n’est-ce pas ?
Ce soir-là, en guise d’amuse-gueules allait retentir l’aventure du Gabriel et du Jantou, une sacrée rigolade allait s’en suivre.
En tout début de soirée on avait déjà évoqué pour chauffer l’ambiance, le fameux jour où lors de l’enterrement du pauvre Louis, un très gros pavé lancé avec force était tombé dans la vasque du bénitier au premier rang de l’église, baptisant généreusement une deuxième fois, une grande partie des grenouilles en pleurs. Cela fera partie d’une autre histoire, toujours est-il qu’elle avait permis au conteur de service de se remémorer celle que je vais vous relater maintenant.
Le fait divers qui va suivre, a entretenu les rires bien après qu’il se soit déroulé dans les foyers du grand secteur de Causse et Diège lors des veillées autour d’un bon feu de bois.
Lorsque notre brave Gabriel rentrait du boulot il croisait régulièrement "le Jantou" installé dans son automobile qui devait dater de la dernière guerre, et régulièrement ce chauffard restait en phare alors que la nuit plombait déjà largement le secteur !
Il décuvait au volant car il respectait à la lettre la recommandation du ministère de la santé de l’époque, qui préconisait à un travailleur de boire au moins un litre de vin du pays par jour!
Cette phrase était affichée un peu partout dans les lieux publics et de transport de passagers, Jantou la connaissait par cœur et retenait surtout la mention sans équivoque !« au moins !» aussi l’appliquait-il à la lettre, croyez-moi sur parole.
La même mesure était également mise en avant pour le bienfait du tabac !. Enfin vous l’avez compris le mot d’ordre était : « tous engagés pour soutenir la viticulture et l’agriculture de notre belle région ! ».
Notre Jantou finissait toujours sa terrible journée dans le bistrot de la Marcelle avec les éternels habitués du coude levé.
Voici en quelques phrases comment a commencé cette histoire.
« Milla diou s’exclama le Gabriel je prends tout le monde à témoin ! je vous fais le pari de trois tournées gratuites, que si le Jantou me remets les phares en pleine tronche comme il a l’habitude de le faire presque tous les soirs je lui fonce dessus !».
« T’as que de la gueule, tu ne le feras pas reprirent en cœur les piliers de comptoir !».
« Et bien, c’est ce que l’on va voir ! »
Le Jantou qui bien entendu était présent a immédiatement pensé : « il est con, mais pas à ce point quand même !» tout en se réjouissant déjà de picoler gratuitement peu de temps après !
Le soir de la rencontre tant espérée ne tarda pas, alors qu’il roulait tranquillement Gabriel vit arriver face à lui, feux de route enclenchés l’animal à abattre !
Enfin, c’est ce qu’il pensa, et profitant de l’aubaine sans hésiter une seconde les bras crispés sur son bolide il se dirigea droit vers sa cible !
Il ne le savait pas encore, mais il allait être victime d’un double choc !
Les véhicules s’arrêtent net dans un fracas de tôles assourdissant.
Gabriel était fier de lui, son pari désormais en poche !
A peine fut-il remis de cette intense émotion, il se dégagea de l’épave et vit face à lui deux lumières vives qui le fixaient avec insistance en plein visage !
Qu’avait-il donc fait au bon dieu pour que tant de rayons lumineux de fortes intensités s’acharnent ainsi continuellement sur lui ?
Il comprit presque aussitôt et tout en se grattant la tête, il aligna ces paroles qui restèrent à jamais gravées dans la mémoire collective des habitants du village, tant elles sont appropriées à la situation imprévue !
« Aqueth còp si èi pas tròp lusit ! »
« Ce coup si je n’ai pas trop brillé !».
En effet, face à lui deux pandores
du coin se rapprochaient afin d’entretenir un brin de causette !
Il leur expliqua bien évidemment sans se démonter une seconde, qu’il avait été ébloui par les phares de leur voiture !
On a beau être assermenté on se doit avant tout de respecter le code de la route n’est-ce pas ?
Ils lui demandèrent dans la foulée s’il avait bu ? Visiblement après quelques exercices physiques appropriés afin de détecter l’alcoolémie du chauffard suspecté, par un miracle que je ne saurais vous expliquer ce jour là, Gabriel était resté sobre comme un chameau.
Étais-ce dû à une petite cure de désintoxication en prévision du froissement de tôle pour ne pas rater sa cible ?
Les gendarmes n’ont cependant pas reconnu leur tort et l’ont assigné à se rendre devant un juge au tribunal de Rodez, pour expliquer son étrange comportement !
Le jour J, notre homme droit dans son costume en velours trois pièces, montre gousset en poche, expliqua que la voiture officielle était arrivée face à lui en l’aveuglant à la manière d’un soleil rasant un matin d’octobre et qu’il n’avait rien pu faire pour l’éviter !
Le jugement a été prononcé sur le champ son explication ayant été suffisamment convaincante aux yeux de la magistrature.
Gabriel est donc ressorti blanchi de l’accusation injuste stipulée dans le procès verbal !
Quand on dit qu’il n’y a pas de justice dans notre pays on se trompe lourdement, notre poivrot vient à l’instant de vous en apporter la preuve formelle !
On n’a jamais su au pays si les agents avaient été réprimandés pour faux en écriture !
Lorsque vous passerez à Loupiac dorénavant, vous aurez je l’espère un autre regard sur l’ancien petit bistrot de la Marcelle.
Le pauvre Gabriel malgré sa bonne volonté n’a pas eu droit aux trois tournées gratuites, la cible touchée n’ayant pas été la bonne, il a du s’exécuter et payer sa dette !
Malgré ce manque de chance évident dans un élan de générosité que tous les habitués du troquet lui connaissaient, pour asseoir sa réputation de pilier de comptoir éternellement , il a laissé une coquette somme d’argent à la patronne, afin que l’ensemble des pieds de vigne les bras accoudés au comptoir puissent le jour de son enterrement trinquer et porter plusieurs toasts à la santé de son âme, tout en racontant n’en doutons pas un instant le petit récit que je viens de coucher sur cette page.
Quant à notre brave Jantou, il a remercié chaque jour le seigneur de sa bienveillance en propulsant Gabriel miraculeusement dans les bras des forces de l’ordre.

Histoire touchante ! Nous avons vécu des moments similaires !Afficher la pièce jointe 39353Le début de ma vie, au bord du Lot au port de la Madeleine.
Version définitive !
Je vais essayer de vous brosser en quelques lignes un tableau de ce que fut mon début de vie au port de la Madeleine en bordure du Lot dans les années cinquante et cela, même si vous n’en avez rien à faire !
Cela n’a rien avoir avec la Madeleine de Proust pour vous aiguiller ainsi nous gagnerons du temps !
Pour ceux qui par hasard ne me lisent pas et qui tombent sur ces lignes guidés par je ne sais quel instinct je vais vous résumer l’histoire de ce lieu qui comme l’écriture qu’enfante mon crayon ne paie pas de mine, mais qui par magie sait dévoiler son âme à celui qui tente de s’y intéresser.
Le port fluvial a en effet été le témoin privilégié de nombreux passages depuis l’Antiquité.
Des Romains au temps de la Guerre des Gaules jusqu’à moi l’eau pourrait nous chanter tout ce que son miroir a pu absorber puis refléter pendant ces longs siècles.
C’est pour vous éviter une démarche compliquée vers cet élément limpide qui n’aura pas forcément envie de vous livrer ses secrets, que je vais en bon riverain qui se respecte vous rapporter ces mots.
La voie romaine débouchait au pied du débarcadère, ce fut donc un passage obligé pour tous les illustres personnages qui voyageaient, et contrairement à ce que l’on pense nos aïeux passaient beaucoup de temps sur les chemins caillouteux de France et de Navarre.
Cela me conduit inévitablement à commencer par le premier que relate les livres d’histoire en pays d’Olt.
Je veux parler du célèbre et futur Henry IV roi de Navarre. Nous étions-vous n’allez pas me croire en période agitée et notre bon roi Henri ne traîna pas longtemps dans les parages. On raconte cependant qu’il s’arrêta un moment au passage pour se reposer et sûrement pour déguster une bonne poule au pot. Cette dernière précision, vous la devez à votre serviteur qui par moments, a un peu d’imagination.
Puis par ordre chronologique ce fut au tour de Louis XI qui avait entendu parler des fameux miracles de Rocamadour. L’histoire ne nous dit pas si, face à sa majesté la Vierge noire a exaucé ses demandes ce jour là. Pour les plus férus qui souhaitent approfondir ce pèlerinage royal, je donnerai des renseignements plus précis sur cette journée exceptionnelle.
Ce fut ensuite le tour de Louis XIII en compagnie de Richelieu. Les notables de la région s’en furent l’accueillir rapporte le responsable de la Dépêche du midi de l’époque, au port de la Madeleine. C’est là que les discours de bienvenue furent prononcés, il ne fallait pas froisser les clans, Religieux et bourgeois du pays étaient tous là vous vous en doutez !
L’un d’entre-eux, un nommé Paillasse, remarqua que Richelieu lorgnait longuement en direction de la place forte d’Uxellodunum. Dès lors, la décision de désarmer la place fut prise !
Les pauvres habitants de Capdenac-le-Haut ont dû obstruer la fontaine de Jules César.
Une brave centenaire, au début des années soixante, nous disait : "Le Roi a dormi chez vous". Même si je n’ai pu malgré mes recherches confirmer ses dires, il plane quand même une certaine certitude à ce sujet.
Son départ du port fut un triomphe une double haie d’honneur jusqu’à Figeac était présente, avec des «Vives le Roi retentissants qui gravèrent de leur empreinte les roches les plus dures du Quercy.
Mais je m’égare. Revenons au vingtième siècle au début des années cinquante retrouver le port à peu près tél que comme nous le connaissons aujourd’hui.
Je suis le quatrième enfant de la famille un robuste.
Nous sommes en 1958 j’ai six ans, je vis avec mes pauvres parents et mes trois frères dans une annexe de la bâtisse principale datant du 15 août 1668, sobre. Il s’agit de l’ancienne écurie du relais des diligences, elle a été transformée sommairement et composée de deux chambres et d’une cuisine.
Nous dormons à quatre dans le même lit !
Eh oui, il faut savoir partager savamment l’étroitesse du lieu et ma foi en période hivernale une agréable chaleur humaine est toujours appréciable!.
Nous disposons, pour vous dire que nous ne sommes quand même pas en situation de pauvreté extrême du chauffage central, il s’agit d’un vieux poêle à bois placé au centre de la maison!.
L’eau abondante nous allons la chercher au puits dans un seau de dix litres, je me souviens de sa chaîne qui se déroulait rapidement durant sa descente, la remontée à la manivelle était beaucoup plus laborieuse !
Dix litres du précieux liquide à tout faire qui au bout de mes minces phalanges déséquilibraient l’ensemble de mon corps surtout quand au dernier instant, il fallait hisser l’ensemble hors de la cavité sombre à l’écho lugubre.
Bien plus tard, vers la fin des années soixante nous nous sommes raccordés au réseau communal pour faire comme tout le monde, bien plus pratique. Ce grand pas vers la modernité nous a conduits inévitablement vers l’eau paiera !
Les commodités se trouvaient au coin de la basse-cour. près de la fosse à purin derrière la grange. Une porte en bois ajourée nous protégeait des regards indiscrets, quelques pages de vieux journaux bien pratiques étaient accrochés là en permanence, elles nous permettaient d’avoir accès aux anciennes nouvelles. En période hivernale le froid saisissait mes tendres fesses ; l’été, une multitude de mouches voletaient autour du trou béant aux effluves très caractéristiques, et parfois l’une d’entre elles s’aventurait au point d’explorer ma plus tendre intimité en me chatouillant !
Ma mère en grande courageuse, n’hésitait pas à braver toutes les conditions climatiques : une fois par semaine, munie de sa planche en bois inclinée, elle l’avait le linge et, et grâce à un bloc de savon de Marseille, nantie de gestes ancestraux calculés, savonnait puis frottait nos précieux vêtements les frappait en cadence pour enfin les rincer avant des les essorer. Une brouette en bois bien pratique attendait patiemment le précieux chargement. Suis-je l’inventeur de la multi-traction ?
La remontée n’était pas des plus aisées, même si avec le temps une trace indiquait la voie à suivre absolument.
Je me souviens de l’avoir aidée,en me mettant derrière elle, et en la poussant avec toute la force de ma faiblesse !
Ma grand mère paternelle habitait la maison de maître attenante à la notre c’était la patronne des lieux, elle savait nous le faire comprendre, elle était cependant gentille avec nous tout en jonglant avec son caractère étrangement espiègle.
Une grande cheminée trônait à ses pieds deux tisons de bois qui se touchaient à peine lui permettaient de se chauffer, une grande marmite contenant de la soupe était continuellement accrochée sur l’âtre flamboyant!...et elle jetait de temps en temps à l’intérieur de cette réserve parfumée tout ce qui lui tombait sous la main !
C’était une rude à cuire, comme on n’en voit plus, ou peu de nos jours. Elle passa le terrible mois de février 1958 où les températures oscillèrent entre moins quinze et moins vingt -six degrés toute la lune, la porte de sa cuisine s’ouvrait sur une très grande pièce au sol cimenté récemment victime de la modernité ambiante du moment. Elle avait trouvé ce moyen ingénieux pour éviter que la fumée n’ envahisse la pièce.
La nuit venue elle montait à l’étage où elle avait sa chambre, munie d’un galet de la rivière qui s’était réchauffé lentement sous la rare cendre, en effet pour éviter la surconsommation de bois en dehors de la cuisson. Elle avait une technique infaillible !
L’astuce tenait dans l’ art de positionner les bûches qui tête à tête se touchaient à peine !
Mais elle aussi fut victime du progrès qui commençait à germer dans nos campagnes, avec l’arrivée du gaz au début des années soixante. Elle me lança :"tu vois comme c’est pratique le gaz, Maurice, une allumette et hop, c’est de suite chaud, et surtout la nourriture n’a plus goût à fumée !".
Je me souviens de l’avoir souvent entendue dire en patois : « ce soir j’ai trois plats au dîner, la soupe, chabrot et au lit ».
Elle était néanmoins une grande cuisinière elle avait à son actif plusieurs années de restaurant, une toute petite affaire à l’entrée du pont nommée aujourd’hui Belle Rive.
Eh oui, il faut souvent, vous le savez commencer avec peu de moyens.
Mon grand-père était pêcheur d’eau douce professionnel, il louait une concession entre les deux chaussées du Lot construites pour le rendre navigable. Il allait vendre sa pêche à Figeac, où les restaurateurs lui faisaient bon accueil !…Perches, tanches, cabots, anguilles, carpes, gardons, et autres remplissaient sa charrette.
Marceline au restaurant les préparait et elle roulait souvent ses clients dans la farine comme les poissons qu’elle leur servait !
Le client se faisait souvent rouler dans la farine par cet espiègle personnage !
" Elle est excellente votre truite madame !"
En réalité il dégustait sans le savoir un bon cabot fraîchement pêché !
C’était la maîtresse de la basse cour, elle seule s’arrogeait le droit de gérer la volaille de la ferme !
Elle nous conviait à un bon repas à condition qu’on lui capture l’animal désigné par son doigt.
Inutile de vous dire que la bête n’avait aucune possibilité de nous échapper, le ventre creux favorise l’agilité !
La volaille aussitôt attrapée, elle la saignait en nous demandant de la tenir par les pattes, et on voyait la victime se vider de son sang dans une lente agonie.
Sang, qui était récupéré dans une assiette creuse où un savant mélange de persil et d’ail entre-autres allait permettre de concocter une excellente sanguette dont elle avait le secret !
L’eau bouillante était déjà prête elle plongeait alors la défunte bestiole à l’intérieur du récipient fumant et commençait à la plumer.
Une petite demi-heure après s’épanouissaient des parfums aux effluves divines, à faire frissonner les narines les plus délicates, et qui exaltaient mes sens conquis pour toujours !.
Savait-elle lire ?…De toute évidence, pour moi elle faisait semblant !
Elle marmonnait en remuant la tête de droite à gauche, sans jamais prendre le journal à l’envers. Cependant , il y avait déjà quelques images !
Née, en 1888, je suppose qu’elle n’était pas allée à l’école. Les enfants des fermes et les filles en particulier avaient des occupations bien plus importantes aux yeux de leurs parents car le travail autour de la ferme primait avant tout, ce n’était pas le moment de s’asseoir sur un banc face à un tableau noir !
Cela ne l’empêchait pas d’avoir l’intelligence vive, elle se moquait ouvertement de ma grand-mère maternelle en l’imitant dans sa gestuelle, et sa répartie était très aiguisée. Le frère de mon père professeur fut le meilleur élève du lycée Champollion.
Les parents de ma mère logeaient dans la maison du mendiant. Inutile de vous dire que le confort était cruellement absent.
Leurs toilettes se trouvaient au-dessus de la rivière, une construction digne d’un poilu de la première guerre. Ils nourrissaient ainsi la faune et la flore environnantes !
Mais peu importait, ils étaient près de leur fille, la misère les avait accompagnés toute leur triste vie. On s’habitue à tout, n’est-ce pas ?
Mon grand-père légionnaire nous racontait ce que fut pour lui et ses camarades le calvaire de la guerre 14 18.
Nous avions d’ailleurs souvent droit aux mêmes épisodes, mais qu’importe nous buvions ses paroles, et à six ans les horreurs qui succèdent aux horreurs se ressemblent toutes.
La pauvreté nous entourait, il faut bien le reconnaître cependant on ne pouvait pas dire que l’on était parmi les plus malheureux du pays.
De temps en temps les journaliers passaient nous voir, et pour un maigre repas ou un morceau de pain nous aidaient au travail de la ferme toute la journée.
Ma mère avait le cœur sur la main, un jour elle a préparé une couche de fortune mais confortable pour Carnus le miséreux qui dormait habituellement sur une paillasse.
Il avait deux phrases fétiches dites en patois:
Aquò rai çò qui mingi tot que hèi vente
« Peu importe ce que l’on mange!....Tout fait pour ventre ! ».
Que mingi quan n'i a, quan n'i a pas be me'n passi !.
Ou, « je mange quand il y en a, quand il n’y en a pas je m’en passe ! ».
Pour moi ces deux phrases m’ont aidé à avancer dans mon existence chaotique.
Le lendemain ma mère lui demande : « vous avez bien dormi Carnus ?».
Traduit du patois…
« Com un président ! ».
« Comme un président !».

merci pour tous ces touchants commentaires chère Lola !Histoire touchante ! Nous avons vécu des moments similaires !
Ecrire pour toi doit être une propulsion de souvenirs ; Autant les penser, autant les écrire
Bravo pour ce moment de lecture
MERCI
Bisous
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Didier est pensionnaire au foyer des cèdres à FigeacIl y a des signes de vie qui sont lourds à porter !
Les moments du passé qui ne s'oublient pas
Et Didier ?
Bisous
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