Maurice Marcouly
Maître Poète
Version définitive
Anselme le fossoyeur croque-mort bien connu des gens du pays, et Cyprien notre voisin le mendiant vers la fin des années cinquante.
Ce brave Anselme le fossoyeur fait partie des personnages qui ont marqué de leur empreinte la région qui les a vus naître. Qui ne connaissait pas Anselme? Aussi blanc que la farine du meunier, ou les fidèles clients qu’il transportait jusqu’à leur dernière demeure. Il était d’une maigreur qui ferait pâlir de jalousie tous les mannequins d’aujourd’hui !
Il faut dire qu’il travaillait beaucoup, l’époque que l’on traversait n’était pas avare avec lui, le glas sonnait souvent, un coup signifiait qu’une femme nous avait quitté, deux coups qu’il s’agissait d’un homme.
Notre terrassier muni d’une pelle a passé sa rude vie à faire des trous de toutes les dimensions, contrairement au poinçonneur de la Porte des Lilas.
C’était un brave, comme l’on en rencontre peu, fort en répartie ; d’ailleurs, pour asseoir son statut, il ne manquait pas de mentionner son passage à l’école primaire.
Il se plaisait lorsque mon père croisait sa route funèbre, de lui rappeler qu’il avait bien connu son frère le professeur de lettres et lâchait alors cette phrase forte et sans compromis : «Je suis été à l’école avec ton frère Roger !»
Il ne manquait jamais une occasion de discuter un moment avec le curé du village en le harcelant de : « Putain de moine monsieur le curé!».
Un soir d’été il s’était rendu à Capdenac récupérer un cercueil sur mesure chez le menuisier en prévision de la mort de la pauvre mère Couderc qui avait disait-on dans le coin "perdu la tête!".
Il se doutait bien par rapport à sa grande expérience que le fameux bouillon d’onze heures allait lui être servi prochainement.
C’était un fossoyeur très prévoyant et comme on le dit souvent actuellement, mieux vaut avoir un coup d’avance !
Là, il en avait deux! La dame étant de forte corpulence il avait pris soin de creuser une grande fosse au cimetière !
Elle était fin prête à accueillir la future défunte !
C’était une après-midi où la lourdeur atmosphérique laissait présager une soirée électrique.
Vous savez celle qui vous oblige à marquer un arrêt à tous les troquets que vous trouvez sur votre parcours pour vous désaltérer !
Ce qui devait arriver se arriva ! Alors qu’il était à mi-chemin sur le retour vers le clocher de l’église, il fut confronté à un violent orage qui le plongea en un instant dans un milieu sombre aux ombres lugubres !
Sa vieille jument grise Coquette connaissait la côte de Roquefort sur le bout de ses sabots, des déluges elle en avait essuyés bien d’autres et sûrement des pires!
Au fil des années, elle avait fini par enregistrer les habitudes d’Anselme et, rapporte t-on au pays, elle s’arrêtait en face de tous les bistrots de la région sans que son maître éprouve l’utilité de lui en donner l’ordre.
Patiente comme les morts qu’elle transportait elle attendait que son cocher se soit bien désaltéré.
Brave dans l’âme, notre croque-mort avait toujours dans la réserve de la charrette un seau d’eau pour sa Coquette monture.
Il n’y avait pas à se préoccuper du taux d’alcoolémie à l’époque ni de la vitesse excessive, l’attelage pouvait ainsi lanterner sereinement, même si son conducteur était ivre mort.
Mais revenons là où nous avions laissé Anselme ! Quand on fait face aux éléments qui se déchaînent, il faut réagir vite, surtout sous une pluie battante éclairée seulement par les flèches que lançait le diable !
Il décida de profiter d’un abri providentiel et se glissa dans le cercueil.
Il ne tarda pas à s’endormir la journée avait été arrosée elle aussi, comme je viens de vous l’expliquer !
Ce convoi exceptionnel s’il en est continuait sa route sereinement malgré les éléments quand soudain une salve de coups de klaxons à réveiller un mort couvrit le grondement du tonnerre !
Notre homme sursauta dans la boîte se cognant au passage au couvercle qu’il soulevait d’une main tout en se frottant la tête de l’autre, hurlant sa douleur au grand air, blanc comme un linceul !
Nos automobilistes voyant ce cadavre fantomatique ébloui par les phares de leur voiture se ranimer sous leurs yeux, furent pris d’une frayeur soudaine et après un demi-tour digne des meilleurs films d’action hollywoodiens prirent la fuite !
Anselme, lui, n’a jamais su expliquer le comportement bizarre et surtout indigne de ces personnes étrangères à la région en manque total d’éducation.
Ce brave courageux est mort au cimetière du Mas du Noyer occupé à creuser une fosse pour son prochain client.
Le jour de son enterrement tout le village suivit le corbillard tiré par la brave Coquette , et rien ne semblait avoir changé !
Anselme était derrière et elle, devant !
Un deuxième pauvre gravitait dans la région il connaissait les lieux comme sa poche trouée, couvert de haillons. Je ne lui ai jamais connu une autre tenue, il la portait même pour les obsèques de sa pauvre femme "la Virgile".
Il vivait de misère avec son amour dans une vielle bâtisse au fond d’une grange, où seul un morceau de toit qu’il entretenait annuellement les abritait des intempéries.
Cyprien passait régulièrement nous proposer des escargots, des châtaignes, et un tubercule prisé par les riches aujourd’hui, que l’on nomme la truffe.
Bien que presque aveugle, Il n’avait pas son pareil pour trouver l’or noir du Quercy ce pauvre hère!
Nous étions ses amis il venait à la maison pour troquer sa marchandise, et il repartait avec quelques sous après avoir partagé une bonne soupe campagnarde.
Ma grand-mère mère qui était une excellente cuisinière l’invitait souvent à déguster des mets dont elle avait le secret. Au menu elle servait des plats régionaux, escargots à l’oseille, truffes fraîchement cueillies.
Tiens, à ce propos voici une recette très facile à réaliser je vous en dévoile aujourd’hui les ingrédients. Elle était d’ailleurs mentionnée dans un ancien livre de cuisine du début du siècle dernier !
Vous prenez un kilogramme de truffes du Quercy, vous les coupez en très fines tranches, vous assaisonnez légèrement avec de l’huile du vinaigre et une pincée de poivre, vous dégustez, c’est excellent !
Ainsi les pauvres d’avant pouvaient-ils se régaler avec des assiettes aujourd’hui réservées aux riches. Un kilogramme de truffes se négocie actuellement sur le marcher de Lalbenque entre huit cents et mille deux cents euros.
Revenons à notre brave homme. Un jour les pompiers sont venus le prévenir d’un drame qui venait de se produire au passage à niveau de la Madeleine.
Sa pauvre aimée la Virgile sourde comme un pot avait été la malheureuse victime d’une satanée bête noire et ce jour-là pourtant un train n’en cachait pas un autre !
Notre brave Cyprien en devinant les restes éparpillés de sa chère épouse a eu cette phrase mémorable qui en disait long sur leur vie amoureuse !…En patois traduit....
« Milladiou…Aqueste cop ela comprès »!.
« Ce coup ci elle a compris !»
Anselme le fossoyeur croque-mort bien connu des gens du pays, et Cyprien notre voisin le mendiant vers la fin des années cinquante.Ce brave Anselme le fossoyeur fait partie des personnages qui ont marqué de leur empreinte la région qui les a vus naître. Qui ne connaissait pas Anselme? Aussi blanc que la farine du meunier, ou les fidèles clients qu’il transportait jusqu’à leur dernière demeure. Il était d’une maigreur qui ferait pâlir de jalousie tous les mannequins d’aujourd’hui !
Il faut dire qu’il travaillait beaucoup, l’époque que l’on traversait n’était pas avare avec lui, le glas sonnait souvent, un coup signifiait qu’une femme nous avait quitté, deux coups qu’il s’agissait d’un homme.
Notre terrassier muni d’une pelle a passé sa rude vie à faire des trous de toutes les dimensions, contrairement au poinçonneur de la Porte des Lilas.
C’était un brave, comme l’on en rencontre peu, fort en répartie ; d’ailleurs, pour asseoir son statut, il ne manquait pas de mentionner son passage à l’école primaire.
Il se plaisait lorsque mon père croisait sa route funèbre, de lui rappeler qu’il avait bien connu son frère le professeur de lettres et lâchait alors cette phrase forte et sans compromis : «Je suis été à l’école avec ton frère Roger !»
Il ne manquait jamais une occasion de discuter un moment avec le curé du village en le harcelant de : « Putain de moine monsieur le curé!».
Un soir d’été il s’était rendu à Capdenac récupérer un cercueil sur mesure chez le menuisier en prévision de la mort de la pauvre mère Couderc qui avait disait-on dans le coin "perdu la tête!".
Il se doutait bien par rapport à sa grande expérience que le fameux bouillon d’onze heures allait lui être servi prochainement.
C’était un fossoyeur très prévoyant et comme on le dit souvent actuellement, mieux vaut avoir un coup d’avance !
Là, il en avait deux! La dame étant de forte corpulence il avait pris soin de creuser une grande fosse au cimetière !
Elle était fin prête à accueillir la future défunte !
C’était une après-midi où la lourdeur atmosphérique laissait présager une soirée électrique.
Vous savez celle qui vous oblige à marquer un arrêt à tous les troquets que vous trouvez sur votre parcours pour vous désaltérer !
Ce qui devait arriver se arriva ! Alors qu’il était à mi-chemin sur le retour vers le clocher de l’église, il fut confronté à un violent orage qui le plongea en un instant dans un milieu sombre aux ombres lugubres !
Sa vieille jument grise Coquette connaissait la côte de Roquefort sur le bout de ses sabots, des déluges elle en avait essuyés bien d’autres et sûrement des pires!
Au fil des années, elle avait fini par enregistrer les habitudes d’Anselme et, rapporte t-on au pays, elle s’arrêtait en face de tous les bistrots de la région sans que son maître éprouve l’utilité de lui en donner l’ordre.
Patiente comme les morts qu’elle transportait elle attendait que son cocher se soit bien désaltéré.
Brave dans l’âme, notre croque-mort avait toujours dans la réserve de la charrette un seau d’eau pour sa Coquette monture.
Il n’y avait pas à se préoccuper du taux d’alcoolémie à l’époque ni de la vitesse excessive, l’attelage pouvait ainsi lanterner sereinement, même si son conducteur était ivre mort.
Mais revenons là où nous avions laissé Anselme ! Quand on fait face aux éléments qui se déchaînent, il faut réagir vite, surtout sous une pluie battante éclairée seulement par les flèches que lançait le diable !
Il décida de profiter d’un abri providentiel et se glissa dans le cercueil.
Il ne tarda pas à s’endormir la journée avait été arrosée elle aussi, comme je viens de vous l’expliquer !
Ce convoi exceptionnel s’il en est continuait sa route sereinement malgré les éléments quand soudain une salve de coups de klaxons à réveiller un mort couvrit le grondement du tonnerre !
Notre homme sursauta dans la boîte se cognant au passage au couvercle qu’il soulevait d’une main tout en se frottant la tête de l’autre, hurlant sa douleur au grand air, blanc comme un linceul !
Nos automobilistes voyant ce cadavre fantomatique ébloui par les phares de leur voiture se ranimer sous leurs yeux, furent pris d’une frayeur soudaine et après un demi-tour digne des meilleurs films d’action hollywoodiens prirent la fuite !
Anselme, lui, n’a jamais su expliquer le comportement bizarre et surtout indigne de ces personnes étrangères à la région en manque total d’éducation.
Ce brave courageux est mort au cimetière du Mas du Noyer occupé à creuser une fosse pour son prochain client.
Le jour de son enterrement tout le village suivit le corbillard tiré par la brave Coquette , et rien ne semblait avoir changé !
Anselme était derrière et elle, devant !
Un deuxième pauvre gravitait dans la région il connaissait les lieux comme sa poche trouée, couvert de haillons. Je ne lui ai jamais connu une autre tenue, il la portait même pour les obsèques de sa pauvre femme "la Virgile".
Il vivait de misère avec son amour dans une vielle bâtisse au fond d’une grange, où seul un morceau de toit qu’il entretenait annuellement les abritait des intempéries.
Cyprien passait régulièrement nous proposer des escargots, des châtaignes, et un tubercule prisé par les riches aujourd’hui, que l’on nomme la truffe.
Bien que presque aveugle, Il n’avait pas son pareil pour trouver l’or noir du Quercy ce pauvre hère!
Nous étions ses amis il venait à la maison pour troquer sa marchandise, et il repartait avec quelques sous après avoir partagé une bonne soupe campagnarde.
Ma grand-mère mère qui était une excellente cuisinière l’invitait souvent à déguster des mets dont elle avait le secret. Au menu elle servait des plats régionaux, escargots à l’oseille, truffes fraîchement cueillies.
Tiens, à ce propos voici une recette très facile à réaliser je vous en dévoile aujourd’hui les ingrédients. Elle était d’ailleurs mentionnée dans un ancien livre de cuisine du début du siècle dernier !
Vous prenez un kilogramme de truffes du Quercy, vous les coupez en très fines tranches, vous assaisonnez légèrement avec de l’huile du vinaigre et une pincée de poivre, vous dégustez, c’est excellent !
Ainsi les pauvres d’avant pouvaient-ils se régaler avec des assiettes aujourd’hui réservées aux riches. Un kilogramme de truffes se négocie actuellement sur le marcher de Lalbenque entre huit cents et mille deux cents euros.
Revenons à notre brave homme. Un jour les pompiers sont venus le prévenir d’un drame qui venait de se produire au passage à niveau de la Madeleine.
Sa pauvre aimée la Virgile sourde comme un pot avait été la malheureuse victime d’une satanée bête noire et ce jour-là pourtant un train n’en cachait pas un autre !
Notre brave Cyprien en devinant les restes éparpillés de sa chère épouse a eu cette phrase mémorable qui en disait long sur leur vie amoureuse !…En patois traduit....
« Milladiou…Aqueste cop ela comprès »!.
« Ce coup ci elle a compris !»






