Madame Maud
Maître Poète
Réflexion sur le couple,
Je suis toujours très admirative devant les couples. Je les observe main dans la main et me nourrie de leur apparence paisible, amoureuse et connivente. Ils parlent de besoin de l’autre au réveil, de pensées dirigées, de douces caresses, de tendres voluptés, de moments difficiles surmontés ensemble comme les deux pieds d’un même corps qui fuiraient, coordonnés face à l’adversité. Leurs yeux brillent et leurs propos sont spontanés et délicats l’un pour l’autre. Je resterais des heures à les regarder, les écouter. Ils peignent une toile de maître à quatre mains, en chœur et en osmose. J’y aperçois du merveilleux, du transcendant, du don absolu. Chacun prône une fidélité exceptionnelle et une confiance aveugle. La considération de l’autre semble y avoir toute sa place ! Nul sacrifice ne paraît être effectué et l’amour est juré maintes fois.
Le mystère ne règne plus et l’on trouve même que connaître l’autre par cœur est un atout.
Connaît-on vraiment quelqu’un par cœur, comme une leçon apprise, figée ?
J’aimerais vraiment, toujours et à chaque fois, en rester là. Garder cette jolie image printanière de l’idéal d’être deux. Garder la certitude qu’il existe un lieu unique où le soutien est pur et désintéressé. Un lieu où les frustrations de chacun ne sont plus actrices, où le rythme de l’évolution individuelle n’a pas d’incidence. Oui j’adorerais garder cette vision du couple.
Je pourrais même la laisser aller jusqu’à s’entacher de quelques compromis convenus de plein gré. Après tout il n’est rien de plus parfait que les imperfections.
Mais systématiquement, bien malgré moi, alors que je suis enjouée et assurée, l’individu du couple heureux vient se confier. Son discours change brutalement de forme. Une perte d’identité fait une gigantesque ombre au joli tableau. Les petites manières de l’autre sont avancées et malmenées. Ce qui semblait être un charme il y a un temps devient un tic agaçant. Les besoins de l’un font barrage à ceux de l’autre. Le mot liberté n’a pas d'existence, de corps, de raison d’être. Le duo paraît étrangler, étouffer, rendre bleu et totalement esseulé : une grande solitude déguisée.
La fidélité évoquée, il y a peu, se méfie et promet que sa trahison serait dévastatrice, destructrice.
Alors je tente de trouver en quoi leur complicité diffère de celle des frères et sœurs, parents et enfants, amis intimes ou même colocataires de longue date. Et je n’y vois rien de plus que l’étreinte sexuelle et le flirt apparent. La complicité serait-elle une collusion, les trompant aussi bien eux que les autres ?
Où place-t-on la confiance ? Uniquement dans les rapports sexuels ? Est-ce la seule façon de respecter l’autre, sa personnalité, son intégrité, ses idées et ses croyances, ses goûts ?
Suis-je infidèle à mon frère, à ce qu’il est, lorsque j’ai une étreinte avec un homme ? Les époux sont-ils fidèles lorsqu’ils ne s’admirent plus, lorsque les habitudes sont l’unique partage ? Sont-ils fidèles à leur engouement du début ?
Je dois avouer que je suis sans doute influencée par les deux couples que j’ai essayé, sereinement, de former. J’y ai mis une énergie phénoménale durant respectivement 14 et 10 ans. Je fis même parfois abnégation de ma propre personne, considérant toujours les besoins de l’autre comme étant aussi prioritaires que les miens. Et le résultat est le même : fins programmées dès leurs débuts. Morts prévues dès leur naissance. Comme pour nos vies.
Le parallèle est-il si osé ?
Et le pire des constats est cette systématique défaillance de mémoire. Elle transforme l’être, que l’on promettait d’aimer, en une harpie insouciante et défaillante. Celui ou celle à qui l’on reconnaissait des qualités exceptionnelles devient un manipulateur, avide et stratège.
Je suis toujours très surprise d’imaginer que le « main dans la main » se transforme en une prise d’arme redoutable pour chacun et très néfaste pour l’entourage : enfants, membres de la famille et amis communs. La folie et le saccage sont-ils des nécessités qui seraient justifiés par une douleur insupportable ? La dignité et le respect n’auraient-ils pas places dans la fin d’une histoire ? Doit-on déchirer hystériquement les pages du livre de contes lu à un enfant une fois celui-ci achevé ?
Nous courons tous après l’amour mais courons-nous vraiment après le couple ?
Ne serait-on pas en train de demander à l’amour d’émettre un regard que nous sommes incapables de nous adresser. N’y aurait-il pas confusion dans ce que l’autre peut nous apporter ? Doit-il nous porter autre chose que de l’attention ?
Il y a deux mille ans, le couple vivait sous le même toit avec ses enfants, tout comme aujourd’hui d’ailleurs, du moins dans le modèle.
Plutôt que de nous demander pourquoi autant de divorces interviennent, demandons-nous peut-être si le couple sous sa forme actuelle a toujours raison d’être.
N’est- il pas une conception trop usée dont l’efficacité ne survit que dans de rares cas ?
Tout à évoluer, notre civilisation, nos corps , la technologie, la science et même la foi. Pourquoi lui n’évolue-t-il pas ?
Quel procédé pérenne pourrions-nous créer et qui viserait à l’harmonie de la famille ? Plutôt que de culpabiliser ceux qui se séparent. Pourquoi a-t-on toujours tendance à juger, accuser plutôt qu’à comprendre et harmoniser ?
C’est un paradoxe humain. Peut-il évoluer ?
Je voudrais mourir dans des millions d’années pour en être témoin mais les 100 ans, tout au mieux, que la vie m’a attribués me réclament l’action après la réflexion.
Madame Maud
Je suis toujours très admirative devant les couples. Je les observe main dans la main et me nourrie de leur apparence paisible, amoureuse et connivente. Ils parlent de besoin de l’autre au réveil, de pensées dirigées, de douces caresses, de tendres voluptés, de moments difficiles surmontés ensemble comme les deux pieds d’un même corps qui fuiraient, coordonnés face à l’adversité. Leurs yeux brillent et leurs propos sont spontanés et délicats l’un pour l’autre. Je resterais des heures à les regarder, les écouter. Ils peignent une toile de maître à quatre mains, en chœur et en osmose. J’y aperçois du merveilleux, du transcendant, du don absolu. Chacun prône une fidélité exceptionnelle et une confiance aveugle. La considération de l’autre semble y avoir toute sa place ! Nul sacrifice ne paraît être effectué et l’amour est juré maintes fois.
Le mystère ne règne plus et l’on trouve même que connaître l’autre par cœur est un atout.
Connaît-on vraiment quelqu’un par cœur, comme une leçon apprise, figée ?
J’aimerais vraiment, toujours et à chaque fois, en rester là. Garder cette jolie image printanière de l’idéal d’être deux. Garder la certitude qu’il existe un lieu unique où le soutien est pur et désintéressé. Un lieu où les frustrations de chacun ne sont plus actrices, où le rythme de l’évolution individuelle n’a pas d’incidence. Oui j’adorerais garder cette vision du couple.
Je pourrais même la laisser aller jusqu’à s’entacher de quelques compromis convenus de plein gré. Après tout il n’est rien de plus parfait que les imperfections.
Mais systématiquement, bien malgré moi, alors que je suis enjouée et assurée, l’individu du couple heureux vient se confier. Son discours change brutalement de forme. Une perte d’identité fait une gigantesque ombre au joli tableau. Les petites manières de l’autre sont avancées et malmenées. Ce qui semblait être un charme il y a un temps devient un tic agaçant. Les besoins de l’un font barrage à ceux de l’autre. Le mot liberté n’a pas d'existence, de corps, de raison d’être. Le duo paraît étrangler, étouffer, rendre bleu et totalement esseulé : une grande solitude déguisée.
La fidélité évoquée, il y a peu, se méfie et promet que sa trahison serait dévastatrice, destructrice.
Alors je tente de trouver en quoi leur complicité diffère de celle des frères et sœurs, parents et enfants, amis intimes ou même colocataires de longue date. Et je n’y vois rien de plus que l’étreinte sexuelle et le flirt apparent. La complicité serait-elle une collusion, les trompant aussi bien eux que les autres ?
Où place-t-on la confiance ? Uniquement dans les rapports sexuels ? Est-ce la seule façon de respecter l’autre, sa personnalité, son intégrité, ses idées et ses croyances, ses goûts ?
Suis-je infidèle à mon frère, à ce qu’il est, lorsque j’ai une étreinte avec un homme ? Les époux sont-ils fidèles lorsqu’ils ne s’admirent plus, lorsque les habitudes sont l’unique partage ? Sont-ils fidèles à leur engouement du début ?
Je dois avouer que je suis sans doute influencée par les deux couples que j’ai essayé, sereinement, de former. J’y ai mis une énergie phénoménale durant respectivement 14 et 10 ans. Je fis même parfois abnégation de ma propre personne, considérant toujours les besoins de l’autre comme étant aussi prioritaires que les miens. Et le résultat est le même : fins programmées dès leurs débuts. Morts prévues dès leur naissance. Comme pour nos vies.
Le parallèle est-il si osé ?
Et le pire des constats est cette systématique défaillance de mémoire. Elle transforme l’être, que l’on promettait d’aimer, en une harpie insouciante et défaillante. Celui ou celle à qui l’on reconnaissait des qualités exceptionnelles devient un manipulateur, avide et stratège.
Je suis toujours très surprise d’imaginer que le « main dans la main » se transforme en une prise d’arme redoutable pour chacun et très néfaste pour l’entourage : enfants, membres de la famille et amis communs. La folie et le saccage sont-ils des nécessités qui seraient justifiés par une douleur insupportable ? La dignité et le respect n’auraient-ils pas places dans la fin d’une histoire ? Doit-on déchirer hystériquement les pages du livre de contes lu à un enfant une fois celui-ci achevé ?
Nous courons tous après l’amour mais courons-nous vraiment après le couple ?
Ne serait-on pas en train de demander à l’amour d’émettre un regard que nous sommes incapables de nous adresser. N’y aurait-il pas confusion dans ce que l’autre peut nous apporter ? Doit-il nous porter autre chose que de l’attention ?
Il y a deux mille ans, le couple vivait sous le même toit avec ses enfants, tout comme aujourd’hui d’ailleurs, du moins dans le modèle.
Plutôt que de nous demander pourquoi autant de divorces interviennent, demandons-nous peut-être si le couple sous sa forme actuelle a toujours raison d’être.
N’est- il pas une conception trop usée dont l’efficacité ne survit que dans de rares cas ?
Tout à évoluer, notre civilisation, nos corps , la technologie, la science et même la foi. Pourquoi lui n’évolue-t-il pas ?
Quel procédé pérenne pourrions-nous créer et qui viserait à l’harmonie de la famille ? Plutôt que de culpabiliser ceux qui se séparent. Pourquoi a-t-on toujours tendance à juger, accuser plutôt qu’à comprendre et harmoniser ?
C’est un paradoxe humain. Peut-il évoluer ?
Je voudrais mourir dans des millions d’années pour en être témoin mais les 100 ans, tout au mieux, que la vie m’a attribués me réclament l’action après la réflexion.
Madame Maud
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