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Marseille-Cassis ( course à pied )

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion janu
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janu

Maître Poète
On dit que : "Où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir..." mais si, et bien à mon corps défendant :
Marseille – Cassis, semi marathon fort prisé dans tout le midi de la France, et même ailleurs…
De celui dont je vais parler : le plus mémorable… pour moi ( ! ) Je n’en dirais pas l’année !
Il se déroule tous les ans début octobre et il est souvent réussi de par l’été Indien fort agréable et ce fut le cas cette année là. A l’habitude nous avions loué un car pour vingt trois coureurs de notre club Lyonnais. Nos places étaient retenues dans un hôtel à Aubagne, cette fois là.

Nous étions six ‘vieux’ vétérans 2 et 3 ( plus de 50 ans et plus de 60 ) formant un groupe monolithique à l’habitude. Un peu, en défense, car les plus jeunes, s’ils respectaient notre expérience, faisaient bien sentir qu’ils étaient à un autre niveau ! J’étais le seul qui de par ma fonction d’entraîneur assurait le lien avec hommes ou femmes, plus jeunes, mais pas encore aguerris ou n’ayant pas atteint la plénitude de leurs moyens…
Cette fois je n’avais personne dont je devais m’occuper spécialement, et je m’en réjouissais. C’était trop souvent la même rengaine : Je courais avec des ‘élèves’, donc pas à mon niveau et me revenaient des réflexions du genre : « L’entraîneur avec ses conseils il devrait courir lui même le marathon en moins de trois heures… »
Cela, je le leur avais prouvé à Annecy cette année là, en flirtant avec les trois heures, cinq semaines après avoir couru celui de Lyon en 3h21 avec mon groupe, accompagnant mon élève préférée à la fin… La forme, toujours là, bien qu’ils soient mes amis, j’avais l’intention de devancer le Jeannot et le Julot qui avaient frisé ici les 1h20 l’année précédente, moi en 1h25 avec une ‘accompagnée’ qui avait battu son temps à elle de onze minutes !
Le matin de bonne heure, après qu’on ait joué les mouches du coche auprès du chauffeur et des autres coureurs pour arriver longtemps en avance au Parc Borelli où l’on retirait les dossards nous avions essuyé des réflexions du genre
-P… ! les ‘vieux’ ils sont pires que les cadets de la FFA…
De fait, dés le dossard retiré, nous avons été nous accrocher comme des berniques à leur rocher sur le filet de plastique qui coupait la route d’où serait donné le départ plus d’une heure après…

Nous étions encore huit mille coureurs cette année là ; ils ont frisé les quinze mille depuis !. Et ceux qui arrivaient tranquillement un peu avant neuf heures avaient devant eux une marée de coureurs sur des centaines et des centaines de rang… Au coup de canon, ils mettaient des minutes, selon leur rang pour passer ce qui était la ligne de départ…
[ Digression : Depuis quelques années, sur ces courses là, chaque coureur se voit attribuer une puce électronique mise dans la chaussure. Au passage de la ligne elle déclenche le temps, puis le top sur la ligne d’arrivée : cela donne le temps réel de chaque coureur ]
A l’époque en se rapprochant des 9 heures, heure du départ, cela devenait une foire d’empoigne abominable : Il nous est arrivé de faire le coup de poing pour empêcher un ‘sagouin’ de vouloir nous faire lâcher prise, en disant :
-Les ‘vieux’ vous n’ avez rien à f… à l’avant !

'Elle', ce matin là, je l’ai d’abord entendu crier, se fâcher et dire à la cantonade : « Il y a des mains baladeuses, c’est dégueu… ! »
Puis elle a poussé un vrai cri, accompagné d’un : « salaud… fumier ! » Et j’ai vu sa tête à 4 ou 5 têtes de la mienne…
Mon esprit Saint Bernard date de bien avant la fonction d’entraîneur .
Je lui ai crié :
-On est des ‘vieux’ ici, on va te protéger, glisses toi vers nous…
Gênés tout de même, et pas tous des salauds, lesquels se gardaient de réagir, plusieurs des coureurs l’ont aidée. Elle est arrivée, s’est placée devant moi : Je n’avais pas lâché le treillage de plastique pour autant, sinon on aurait été inexorablement phagocytés et renvoyés sur l’arrière…

J’avais Cico à gauche, Jeannot à droite, tout allait bien au début… J’ai à peu près vu qu’elle était jeune, surtout pour nous… qu’elle était grande et sèche comme le sont les marathoniennes, mais qu’elle avait un beau visage de brune et un joli sourire, quand tournée vers moi autant que faire se peut, elle m’a remercié, disant :
-Le dernier, il m’a carrément mis la main sous les fesses, et j’ai pas pu voir qui c’était !

Bon, j’ai vite appris qu’elle s’appelait Michèle D… du club de M… ( petite ville dont je tairais le nom, bien sûr ! ) qu’elle avait 27 ans, qu’elle voulait faire un temps et était venue dés huit heures, les autres étant moins pressés… Qu’elle avait ‘fait’ 1h16 l’année précédente et espérait faire mieux… Et nous les ‘anciens’ ( surtout moi ) on s’est racontés aussi !
Elle m’a dit :
-Un entraîneur, ça ne m’étonne pas… je suis bien tombée ( ! ) en me mettant à côté… Il y a un moment que je vous avais repérés et que je voulais vous demander de me protéger !

Mais l’heure tournait, la demi passée, c’est devenu infernal. Maintenant on était inexorablement collés les uns aux autres, et… elle était plaquée contre moi sans que je puisse laisser un creux entre elle et moi ! Que croyez vous qu’il arriva ? Comment sommes nous faits ? Brassens l’a chanté : « La band… Papa, ça se commande pas ! »
J’ai essayé de me contorsionner, mais vers l’arrière pas moyen de gagner un centimètre… Elle a compris les efforts louables que je faisais… Je ne sais si c’est en rougissant qu’elle m’a dit sans se tourner :
-ça ne fait rien, c’est naturel… je me sens protégée !
Hum ! emboîtée, plutôt, malgré l’épaisseur des deux shorts ! Sincèrement, à ce moment là, j’étais mort de honte. Et je me traitais intérieurement de tous les noms… Surtout que cela a empiré… J’ai pensé, idiotement :
-S’il y a d’autres filles à l’avant, ça doit être pareil ?

Mais ce n’était pas une excuse. Quoi qu’il en soit, clouée au pilori, cela n’avait absolument pas l’air de la gêner, elle ! Tête quasiment collée de côté à la mienne, elle s’est encore racontée :
Les années de FFA, puis la coupure et depuis trois ans retour sur les courses de route où elle était de loin la plus douée du club. Ses courses, ses temps… je ne savais dire que :
–C’est bien…
Mon subconscient lui, pensait : « c’est bon » et ma morale pouvait toujours s’en offusquer, tiens ! Je fais partie des gémeaux : gémeau sage et gémeau fou… et là, une fois de plus c’était la bagarre !

Devant le filet, les ‘guignols’ officiels s’étaient tranquillement rassemblés, montés sur une estrade, de côté…( pas intérêt pour eux d’être en face ! )
9 heures : boum !! le filet qui tombe : je lui ai servi de starting blocs, tellement elle s’est appuyée sur moi pour bondir par dessus…Je l’ai vue quelques instants filer parmi les premiers. Nous on était rattrapés, et portés quasiment par de plus rapides que nous arrivant de l’arrière.

On remonte vite vers la D559, la route normale de Cassis, et presque de suite, ça monte… Le col de la Gineste qui nous fait passer du niveau de la mer à + 365m en quelques petits kilomètres est un effort violent perdurant celui d’un départ rapide… Je ne pensais qu’à me concentrer pour essayer de ne pas aller trop vite, ni… de m’endormir. J’avais vu Jeannot partir sur ma droite. Julot à son habitude avait été le plus rapide, je l’avais vite perdu de vue…
Cico et surtout Jean, déjà V 3, je savais qu’ils étaient derrière et n’entraient pas dans notre petit ‘guéguerre’ feutrée ‘entre amis’…

Je n’ai même pas réalisé quand mon ‘Jocrisse’ s’est calmé… sans doute dés le départ. L’afflux sanguin c’est dans les guiboles qu’il se concentre… et soudain, j’ai cru la voir à une centaine de coureurs devant moi. Cheveux noirs à ce que j’en voyais, tenue de son Club où le violet prédomine… Et j’ai eu beau me dire :
-calmos… calmos…
Ce que je disais aux élèves d’habitude, et que je n’étais pas fichu de m’appliquer à moi-même ( ! ) j’ai gagné des places sur le tee shert blanc et violet : j’ai su assez vite que ce n’était pas elle, évidemment !
A environ un kilomètre du sommet de la Gineste, où cela devient un peu moins dur, j’ai rejoint cette brune qui m’avait fait cavaler… pour rien ! J’ai vu qu’elle en ‘bavait’, partie sans doute trop vite ! L’entraîneur en une fraction de seconde a réagi :
-Tu es trop crispée… desserre tes poings, baisse les bras… souples les bras, jusqu’aux doigts, comme si tu te préparais à jouer du piano…
Je crois qu’elle m’a jeté un regard noir… puis les mots sont entrés dans son cerveau, elle s’y est essayée… J’ai encore donné quelques conseils. Le col était là. Je lui ai dit :
-Maintenant c’est plat longtemps avant la descente… je te laisse !
Et là elle a remercié à haute voix bien que trop essoufflée, je le voyais bien… mais elle n’était pas de mon club. Maintenant « chacun sa route, chacun son chemin… » je me le suis chanté en accélérant car l’ayant accompagné en ce dernier kilomètre, j’avais récupéré, moi.

Maintenant c’était du gâteau. Tout le long il y a des groupes qui jouent de la musique, et même au passage du camp militaire, la musique de la légion étrangère qui donne une aubade à tous ces ‘petits’ forçats de la route…Quand on a attaqué la descente vers Cassis j’ai accéléré de plus en plus… Jouant sur mon poids j’ai appris à faire des bonds étirés qui donnent une vitesse que d’aucuns m’enviaient. Mais il ne faut pas se louper : pas de freins, une mauvaise réception et c’est une cabriole dangereuse assurée…
Je suis arrivé très vite sur Julot, mais j’ai crié son prénom trop fort… Il a failli tomber ! Je lui ai demandé :
-Et Jeannot ?
-Pas vu…
Le dernier coup de rein terrible est au bas de la côte. On arrive au local des pompiers. Ils sont là pour vous encourager… ils peuvent, car de suite après on quitte la route normale pour une montée très dure en direction de la calanque de Port Miou. La transition, descente – côte brutale est terrible ! Le calvaire ne dure pas trop longtemps : 5 à 600 m… dés après l’impression de descendre vers la mer, puis retour vers le port… encore deux petits raidillons surprise auxquels je m’attendais. Puis c’est la longue ligne droite le long du port… j’ai donné tout ce qui me restait comme ‘jus’ espérant encore rejoindre Jeannot. Passage de la ligne : 1h19’50’’ … je me moque pas mal d’arriver après le trois centième et d’apprendre plus tard que je ne suis que 7ème V2, car c’est Julot qui est arrivé après moi en 1h21’ et le Jeannot en 1h23’ : furieux d’une douleur dans le mollet gauche à la descente. De toute façon quand on perd du temps, on se trouve toujours une raison…

Aller sur la place de la fontaine un peu plus haut que le port récupérer son sac, venir de l’autre côté de la pointe des rochers, et entrer dans l’eau à 21 ou 22° en tenue de coureur pour laver la sueur avant que de l’essorer et le mettre dans un sac de plastique. S’en débarrasser, mettre son maillot dans l’eau. Nager pas trop longtemps sans quasiment se servir des jambes, sinon : bonjour les crampes ! Au triathlon on commence par la natation ce n’est pas pour rien…
Rhabillés, remontée le long du port et des coureurs qui arrivent encore. Les copains s’enfilent deux bonnes bières, moi deux Perrier-citron…
Et le Jeannot moqueur :
-Toi, tu regardes partout… tu voudrais bien ‘la’ revoir, hein ?
Oui, là ! bien sûr et bien qu’il y aurait eu de la gêne entre nous, au moins de mon côté !
Nous avons remonté les petites rues, la grande route, retrouvé le car, mangé sur le pouce le long d’un fossé herbeux. Et vogue la galère : la rentrée sur Lyon…

Une fois de plus, vanitas, vanitatum nous avons fait des efforts exagérés pour le plaisir ? Voire disait Panurge… Pourquoi je me piquais au jeu de temps en temps et je relevais le défi vis à vis des ‘anciens’ de mon club, encore moins sages que moi, car eux c’est à chaque course qu’ils donnaient leur maximum. Et de Michèle qu’en reste-t-il ? un visage, une voix, un sourire et…impossible à oublier : la chaleur d’ une paire de fesses collées sur mon ‘bas’ ventre !!
Jan
 
Anne, Llilyrose, merci de vous être penchées
sur un souvenir...'brûlant' de cette course à pied
dont j'étais enragé, comme tant d'autres !
La bière ? en récupération ...point trop n'en faut évidemment !
Bises amicales à vous deux : Jan
 
tres beau recit,et un souvenir tres bien exprimé j'aime<3+1
 
J'ai beaucoup aimé ce récit !
Je m'y suis tentée aussi à ce marseille-cassis, deux fois, une fois c'était le paradis, l'autre fois l'enfer à cause d'un asthme... mais jamais de mains aux fesses ! :)
 
Merci Chloe, merci Juliette,
Bravo Collègue : tu ne cherchais pas à faire un départ
'canon'...et tu avais bien raison, vu de loin, moi qui ne suis plus qu'un marcheur du matin !
Marvejols-Mende, c'était pire : à la sortie du mail
il y avait un petit pont, un vrai goulot d'étranglement. Maintenant avec la puce dans la chaussure, marquant le temps exact mis entre
le passage de la ligne de départ et celle d'arrivée
tout cela est terminé...
Amitiés
 
Moi qui n'est jamais suivi de Marathon et bien j'y étais et tant mieux si vous y avez pris quelque plaisir, comme le dit si bien votre titre ... bravo! pour ce récit passionnant et si vivant....Un régal, pas une minute me suis ennuyée ....Merci du partage...Amitiés...Lys
 
Merci Murielle, l'anecdote est que la réalité dépasse
parfois la fiction. Le pire c'est que les collègues qui étaient à mes côtés se sont empressés de claironner l'aventure...j'avais l'air malin, moi qui préconisais de la tenue et du respect pour nos féminines !
Merci Lys, pour la lecture, et je suis heureux de vous avoir fait passer un petit moment dans cette ambiance coureurs à pied. J'en mettrai une autre à votre attention...
Bises amicales à vous deux : jan
 
Et oui çà se passe comme çà dans les courses...du sérieux , de la rigolade...un état d'esprit ,de camaraderie entre coureurs de toutes les catégories et devant les mordus qu'il ne faut surtout pas énerver!
En tout cas un sacré bon niveau...et de l'humilité! bravo!
J'ai l'air ridicule avec mon 1h49 sur semi plat (Le Lion)
Bravo pour ce récit...champion!
Amicalement Judy
 
Merci Judy, à Marvejols Mende, c'était pire : en sortie de mail un petit pont à passer, vrai goulot d'étranglement. Alors foire d'empoigne à l'avant.
Maintenant, une puce dans la chaussure qui se déclenche au passage de la ligne de départ, idem à l'arrivée avec le temps réel effectué !
Bien amicalement
Merci Sylvie Lyne, de la souffrance des plaisirs
de fou heureux quand il ne se tape plus sur la tête, mais que de convivialité et de plaisirs aussi !
Amicalement
 
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