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Mandrin revisité (1725-1755)

Filiatus

Maître Poète
Mandrin était-il un voyou
Ou bien, au contraire, un brave homme ?
Je n'ai pas d'avis, je l'avoue
Peut-être comme vous, en somme ?

Aîné de huit frères et sœurs
Blond de cheveux, beau de visage
Il est surnommé "Belle humeur"
Et est connu pour son courage

À Saint-Étienne de Saint-Geoirs
Une localité d'Isère
Vivent les Mandrin, sans histoire
Des revenus de leur bon père

Mais lorsque ce dernier décède
Louis Mandrin n'a que dix-sept ans
C'est donc lui qui, sans aucune aide
Nourrit la mère et les enfants

En mil sept cent quarante-huit
Il monte si bien à cheval
Qu'il signe un contrat insolite
Avec un fermier général

Il faut en gros qu'il ravitaille
À la tête de cent mulets
L'armée de France qui bataille
Outre-Alpes, dans le Milanais

Il perd la plus grande partie
De son troupeau dans la montagne
Et à son retour au pays
Seules vingt bêtes l'accompagnent

Le fermier général refuse
De dédommager Louis Mandrin
Aussitôt ce dernier l'accuse
D'être une canaille, un gredin

Ruiné, Louis Mandrin aux abois
Ses créanciers, point ne rembourse
Et se réfugie dans les bois
Auprès de croquants sans ressources

En mil sept cent cinquante-trois
Une rixe mortelle éclate
Menant les survivants, tout droit
À la pendaison immédiate

C'est ainsi que le jeune frère
De Louis passe dans l'étrangloir
Jetant l'aîné dans une guerre
Sans merci contre le pouvoir

Le jeune homme naguère intègre
Intègre un clan de malfaiteurs
Une tribu de basse pègre
Des contrebandiers, des voleurs

Par son autoritaire voix
Louis en devient vite le chef
Et le Dauphiné, la Savoie
Il connait par cœur le relief

Lors, "Capitaine général
De la contrebande de France"
En cette terre Delphinale
Où il a passé son enfance

Il se livre à divers trafics
De tabac, de coton, d'horloges
Qu'il revend souvent en public
Étant même aux premières loges

Mandrin est heureux comme un gosse
Lorsque menaçant d'un tromblon
Il vend le fruit de son négoce
À quelques administrations

À la tête de ses soldats
Recrutés parfois en prison
À condition qu'ils ne soient pas
Voleurs, assassins ou démons

Mandrin investit par surprise
Rodez, Le Puy, Beaune et Autun
Et écoule sa marchandise
Deux fois moins cher qu'en magasin

Oui, les fermiers généraux râlent
Mais ils sont si impopulaires
Que l'aristocratie locale
L'aime, ainsi que monsieur Voltaire

Le roi de France est en colère
Il lance l'armée pour chasser
Ce "Robin des Bois" de l'Isère
Qui, en Savoie, s'est retranché

Les fermiers généraux envoient
Près de cinq cent faux paysans
Qui dans le duché de Savoie
Pénètrent illégalement

Louis, qui vient d'avoir trente ans
À Rochefort-en-Novalaise
Avec ses quatre lieutenants
Au château se repose à l'aise

Mais trahi par deux de ses hommes
Les Français entrent dans la place
Trouvent Louis Mandrin et le somment
De se rendre contre une grâce

On ramène Mandrin en France
Mais de grâce, point on n'accorde
Pire, ces messieurs de Valence
Trouvant bien trop douce la corde

Le condamne au pire supplice
Être roué vif, sur une roue
Peu de cris lors du sacrifice
Rendent vil le royal courroux
 
Bonjour,
Personnellement, le nom me renvoie à Ange ; un de leurs titres des années 80 (ou avant ?). Par les fils de Mandrin !
Bel hommage rendu à un de ces bandits au grand coeur que l'Histoire nous délivre au compte-gouttes (Gaspard de Besse ?).
Au passage, je me suis demandé s'il n'y avait pas de rapport avec la proximité du mot malandrin
Je trouve que le procédé des quatrains rappelle le chant de geste de la poésie épique, comme Roland de Roncevaux (mais sans les laisses), et je pense que le choix de l'octo donne un rythme enlevé à l'épopée, tout en soulignant la brièveté de la vie de Mandrin, déjà indiquée dans le titre.
En Histoire, les piqures de rappel sont toujours bénéfiques.
 
Talentueux narrateur qui m'apprend tant de choses ....L'école m'a été souvent interdite pour maladie et c'est ainsi que mon savoir est limité, mais depuis une vingtaine d'années j'ai lu à plus soif et j'espère avoir appris et apprendre encore
Merci
 
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