Filiatus
Maître Poète
Mandrin était-il un voyou
Ou bien, au contraire, un brave homme ?
Je n'ai pas d'avis, je l'avoue
Peut-être comme vous, en somme ?
Aîné de huit frères et sœurs
Blond de cheveux, beau de visage
Il est surnommé "Belle humeur"
Et est connu pour son courage
À Saint-Étienne de Saint-Geoirs
Une localité d'Isère
Vivent les Mandrin, sans histoire
Des revenus de leur bon père
Mais lorsque ce dernier décède
Louis Mandrin n'a que dix-sept ans
C'est donc lui qui, sans aucune aide
Nourrit la mère et les enfants
En mil sept cent quarante-huit
Il monte si bien à cheval
Qu'il signe un contrat insolite
Avec un fermier général
Il faut en gros qu'il ravitaille
À la tête de cent mulets
L'armée de France qui bataille
Outre-Alpes, dans le Milanais
Il perd la plus grande partie
De son troupeau dans la montagne
Et à son retour au pays
Seules vingt bêtes l'accompagnent
Le fermier général refuse
De dédommager Louis Mandrin
Aussitôt ce dernier l'accuse
D'être une canaille, un gredin
Ruiné, Louis Mandrin aux abois
Ses créanciers, point ne rembourse
Et se réfugie dans les bois
Auprès de croquants sans ressources
En mil sept cent cinquante-trois
Une rixe mortelle éclate
Menant les survivants, tout droit
À la pendaison immédiate
C'est ainsi que le jeune frère
De Louis passe dans l'étrangloir
Jetant l'aîné dans une guerre
Sans merci contre le pouvoir
Le jeune homme naguère intègre
Intègre un clan de malfaiteurs
Une tribu de basse pègre
Des contrebandiers, des voleurs
Par son autoritaire voix
Louis en devient vite le chef
Et le Dauphiné, la Savoie
Il connait par cœur le relief
Lors, "Capitaine général
De la contrebande de France"
En cette terre Delphinale
Où il a passé son enfance
Il se livre à divers trafics
De tabac, de coton, d'horloges
Qu'il revend souvent en public
Étant même aux premières loges
Mandrin est heureux comme un gosse
Lorsque menaçant d'un tromblon
Il vend le fruit de son négoce
À quelques administrations
À la tête de ses soldats
Recrutés parfois en prison
À condition qu'ils ne soient pas
Voleurs, assassins ou démons
Mandrin investit par surprise
Rodez, Le Puy, Beaune et Autun
Et écoule sa marchandise
Deux fois moins cher qu'en magasin
Oui, les fermiers généraux râlent
Mais ils sont si impopulaires
Que l'aristocratie locale
L'aime, ainsi que monsieur Voltaire
Le roi de France est en colère
Il lance l'armée pour chasser
Ce "Robin des Bois" de l'Isère
Qui, en Savoie, s'est retranché
Les fermiers généraux envoient
Près de cinq cent faux paysans
Qui dans le duché de Savoie
Pénètrent illégalement
Louis, qui vient d'avoir trente ans
À Rochefort-en-Novalaise
Avec ses quatre lieutenants
Au château se repose à l'aise
Mais trahi par deux de ses hommes
Les Français entrent dans la place
Trouvent Louis Mandrin et le somment
De se rendre contre une grâce
On ramène Mandrin en France
Mais de grâce, point on n'accorde
Pire, ces messieurs de Valence
Trouvant bien trop douce la corde
Le condamne au pire supplice
Être roué vif, sur une roue
Peu de cris lors du sacrifice
Rendent vil le royal courroux
Ou bien, au contraire, un brave homme ?
Je n'ai pas d'avis, je l'avoue
Peut-être comme vous, en somme ?
Aîné de huit frères et sœurs
Blond de cheveux, beau de visage
Il est surnommé "Belle humeur"
Et est connu pour son courage
À Saint-Étienne de Saint-Geoirs
Une localité d'Isère
Vivent les Mandrin, sans histoire
Des revenus de leur bon père
Mais lorsque ce dernier décède
Louis Mandrin n'a que dix-sept ans
C'est donc lui qui, sans aucune aide
Nourrit la mère et les enfants
En mil sept cent quarante-huit
Il monte si bien à cheval
Qu'il signe un contrat insolite
Avec un fermier général
Il faut en gros qu'il ravitaille
À la tête de cent mulets
L'armée de France qui bataille
Outre-Alpes, dans le Milanais
Il perd la plus grande partie
De son troupeau dans la montagne
Et à son retour au pays
Seules vingt bêtes l'accompagnent
Le fermier général refuse
De dédommager Louis Mandrin
Aussitôt ce dernier l'accuse
D'être une canaille, un gredin
Ruiné, Louis Mandrin aux abois
Ses créanciers, point ne rembourse
Et se réfugie dans les bois
Auprès de croquants sans ressources
En mil sept cent cinquante-trois
Une rixe mortelle éclate
Menant les survivants, tout droit
À la pendaison immédiate
C'est ainsi que le jeune frère
De Louis passe dans l'étrangloir
Jetant l'aîné dans une guerre
Sans merci contre le pouvoir
Le jeune homme naguère intègre
Intègre un clan de malfaiteurs
Une tribu de basse pègre
Des contrebandiers, des voleurs
Par son autoritaire voix
Louis en devient vite le chef
Et le Dauphiné, la Savoie
Il connait par cœur le relief
Lors, "Capitaine général
De la contrebande de France"
En cette terre Delphinale
Où il a passé son enfance
Il se livre à divers trafics
De tabac, de coton, d'horloges
Qu'il revend souvent en public
Étant même aux premières loges
Mandrin est heureux comme un gosse
Lorsque menaçant d'un tromblon
Il vend le fruit de son négoce
À quelques administrations
À la tête de ses soldats
Recrutés parfois en prison
À condition qu'ils ne soient pas
Voleurs, assassins ou démons
Mandrin investit par surprise
Rodez, Le Puy, Beaune et Autun
Et écoule sa marchandise
Deux fois moins cher qu'en magasin
Oui, les fermiers généraux râlent
Mais ils sont si impopulaires
Que l'aristocratie locale
L'aime, ainsi que monsieur Voltaire
Le roi de France est en colère
Il lance l'armée pour chasser
Ce "Robin des Bois" de l'Isère
Qui, en Savoie, s'est retranché
Les fermiers généraux envoient
Près de cinq cent faux paysans
Qui dans le duché de Savoie
Pénètrent illégalement
Louis, qui vient d'avoir trente ans
À Rochefort-en-Novalaise
Avec ses quatre lieutenants
Au château se repose à l'aise
Mais trahi par deux de ses hommes
Les Français entrent dans la place
Trouvent Louis Mandrin et le somment
De se rendre contre une grâce
On ramène Mandrin en France
Mais de grâce, point on n'accorde
Pire, ces messieurs de Valence
Trouvant bien trop douce la corde
Le condamne au pire supplice
Être roué vif, sur une roue
Peu de cris lors du sacrifice
Rendent vil le royal courroux