MA MERE ET L’OISEAU
Sur un bloc de papier à lettres, l’écriture de Maman…J’ai découvert cette histoire, et j’ai pleuré…Ce matin là, je vis dans la petite bande du jardin à fleurs, près du garage, un tout petit oiseau qui voletait à peine, c’était vraisemblablement sa première leçon. Sa mère, une merlette l’encourageait.
Tout doucement je me suis approchée, avec l’espoir de l’attraper et de le mettre sur le mur, ce qui aurait facilité son envol. Mais je lui ai fait peur et il s’est enfoui sous le massif d’hortensia. A partir de ce moment je fus inquiète pour lui ! Pensez, deux chattes à la maison ! Une bouchée de choix que ce petit merlot. Je surveillais donc les chattes et j’entendais toujours la mère encourager son petit, l’appeler afin de le diriger pour le sortir de cette mauvaise situation. Et puis le temps passa…
En fin d’après midi le petit oiseau sorti de sa cachette, il était sur la bordure et là la chatte grise le vit. Aussitôt sentant le danger, la mère se précipita sur elle comme une furie. Surprise la chatte partit en courant dans le jardin ; nous la suivions Mamy et moi, étonnées par cette petite bête merveilleuse de courage et tellement la lutte nous semblait disproportionnée : un oiseau contre un chat !...
Quand je revins dans la cour j’aperçu une petite boule noirâtre auprès de la buanderie et tout de suite je sus que c’était mon petit oiseau mort ! Je n’avais pas pensé à Doudou qui est un bon vieux gros chien, mais qui tient du griffon et du porcelaine, donc un chien de chasse…l’instinct est l’instinct ! Quand Doudou a vu cet oiseau dans la cour, il l’a attrapé, mâchouillé et quand je l’ai ramassé il avait le ventre ouvert…
Entre mes doigts coulait un sang pâle et chaud. J’en étais toute surprise, je ne pensais pas qu’un oiseau puisse avoir un sang si doux et si chaud…Avant que sa mère revienne je suis partie au bout du jardin, pris une bêche et fait hâtivement un petit trou pour y déposer mon petit oiseau…Triste besogne…
Et toute la fin de la journée nous avons entendu les appels se faire de plus en plus angoissés. J’avais envie de pleurer.
Quand le soir fut venu, j’ai été faire un tour dans le jardin. Elle était là sur un pilier, pauvre petite bête complètement désemparée…Un « Cui »….long et plaintif, si plaintif…Et j’étais là impuissante…Jamais je ne l’oublierais…
Je ne l’ai jamais revue ni entendue.
MUGUETTE LEVI
Telle était ma mère…