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L'homme venu du froid.

Marginal07

Nouveau poète
Lorsque je plonge dans mes souvenirs d’enfance, je revois l’image de cet homme austère venu de nul part.
J’habitais alors une petite ville au nord du Québec en plein Abitibi.
Cet homme sombre et mystérieux apparaissait chaque année au début de Novembre..
Ce qui est bizarre c’est que chaque fois qu’il arrivait il y avait les premières neiges.
Vêtu d’un long manteau et d’un chapeau de feutre, il errait ça et là dans les rues comme un spectre d’automne.
Bien qu’il en avait l’allure, cet homme n’était pas un clochard.
Il ne mendiait pas et n’importunait personne.
Chaque fois que je le voyais, je m’interrogeais..
J’avais alors 12 ans et bien que mes parents à maintes reprises m’avait averti de ne jamais m’approcher des étrangers, j’ai outre-passé leurs conseils.
Je ressentais pour ce personnage une profonde sympathie.
La candeur de cet homme me fascinait.
Ô je ne savais pas qui il était et d’où il venait j’avais pour lui une profonde admiration.
Bien qu’il était ombrageux et secret, son charisme m’impressionnait.
Je savais d’instinct qu’il n’était pas méchant.
Un soir alors qu’il errait solitaire dans les rues, je l’ai suivi.
Je l’ai vu entrer dans cette maison de chambre fréquenté par des vieillards.
J’étais rassuré du fait qu’il avait au moins un endroit où rester.
Un jour, accompagné de mes amis nous marchions dans le parc.
Comme il avait fait tempête au cours de la nuit le sol était recouvert de neige..
Mais ces flocons enneigés étaient lourds et mouillés..
Comme cette neige collait si bien à nos personnages fictifs nous avions fais sous les traits grossiers d’un bonhomme un Père Noël..
C’est alors que cet homme mystérieux tout à coup est apparu dans le parc.
Il marchait droit devant d’un pas rassuré et ferme.
Un de mes amis lui a alors lancé une balle de neige derrière la tête.
Mais il n’a pas du tout réagi.
Mais moi par contre j’ai réprimandé mon ami en lui disant qu’il nous fallait respecter les aînés..
Cette réflexion un peu trop humaine pour eux a offusqué mes amis, ils sont partis..
Laissé seul avec moi même, je me suis approché de ce personnage si grand à mes yeux.
Je lui ai dit en toute innocence ces simples mots.. “Bonjour monsieur. ”
Il m’a regardé et n’a rien dis.
Bien qu’il semblait indifférent à ma présence, j’ai vu dans ses yeux une petite étincelle qui brillait au-travers son regard éperdu et lointain.
Je ne savais pas quel lourd fardeau pesait sur ses épaules..
Je ne cessais de m’interroger à son sujet..
À le voir errer comme ça dans les rues je me suis dit qu’il avait sûrement le vague à l’âme.
Il ne souriait jamais, son regard était fixe et sans émotions.
Je savais très bien qu’il cachait en lui une très profonde douleur.
Pour la majorité des citoyens de ma ville, ce vieux monsieur était un fou en liberté.
Mais la plupart le craignait..
Il est facile de juger sans comprendre.
Un matin, j’ai décidé de suivre ses pas afin de mieux comprendre cet homme.
Il s’est dirigé vers le cimetière..
Les portes de bronze venaient tout juste d’être ouvertes.
Il n’y avait personne d’autres j’ai donc décidé de ne pas y entrer.
Mais je l’ai observé de loin...
Comme il avait neigé au cours de la nuit, il me serait facile de suivre ses traces.
J’ai rebroussé chemin et je suis retourné à la maison.
Mais l’après-midi j’y suis revenu..
Comme je connaissais la direction qu’il avait empruntée, j’ai enjambé dans ses pas plusieurs tombes à demi- ensevelies sous la neige.
Puis les traces du vieil homme s’arrêtaient.
Il y avait là une épitaphe où quelqu’un avec beaucoup d’amour avait remué cette neige qui la recouvrait.
Je savais que c’était lui qui était venu se recueillir sur la tombe d’un être qui lui était très cher.
Sur cette pierre, il y avait en médaillon la photo d’une très jolie femme.
On pouvait y lire gravé dans la pierre ces inscriptions.
“Ici repose le corps de feu Catherine Larose..
Morte le 2 Novembre en l’an de grâce 1947..
Femme légitime de Roméo Larose.
Que son âme repose en paix. ”
J’ai alors compris la raison de cette grande tristesse qui rongeait le coeur de cet homme.
Je suis donc retourné chez moi..
Étais-ce sa femme ou sa soeur? ?
Je voulais connaître la réponse et peut-être aussi essayer de le réconforter.
Je savais qu’il était un homme bonasse et que je n’avais rien à craindre de lui.
Mais le lendemain, j’ai obtenu réponse à ma question.
Tôt le matin je me suis rendu au cimetière convaincu qu’il était là.
Connaissant le chemin je marchais d’un pas rapide à sa rencontre.
C’est là que j’ai vu cet homme aigri penché sur cette pierre grise, il baissait la tête.
Tranquillement, je me suis approché de lui en lui demandant.. “Vous la connaissiez monsieur? ”
Il s’est alors retourné vers moi tout en me fixant dans les yeux.
Une larme coulait sur sa joue.
“C’est ma femme.. ” M’a t-il dis les sanglots dans la gorge.
Puis il s’est agenouillé en pleurant à chaude larmes.
J’étais très ému, c’était la première fois que je voyais un homme pleurer.
Fantôme de ses plus beaux souvenirs, cet homme sans sa douce moitié n’était plus que l’ombre de lui-même.
J’ai alors placé ma main sur son épaule en lui disant que j’étais certain qu’il la retrouverait un jour.
“Oui je sais.. ” M’a-t-il répondu..
Je l’ai laissé seul avec sa peine..
Je ne l’ai plus jamais revu..
Mais un an plus tard mon souhait envers lui s’était réalisé.
Contrairement aux autres années nous n'avons pas eu cette première tempête du début de Novembre..
Et on voyait pas cet homme mystérieux errer dans les rues.
Le 2 Novembre il était toujours là..
Maintenant je savais que cette date était l’anniversaire de la mort de sa femme.
J’eus alors un pressentiment et hâtivement je me suis rendu au cimetière pour me recueillir sur cette tombe.
La photo de la jeune femme n’y était plus, on l’avait remplacé.
Il y avait dans le même médaillon l’image d’un jeune couple habillé en habits de noces.
Sous les traits rajeunis du jeune homme, j’ai reconnu sans l’ombre d’un doute le visage de ce vieil homme pour qui j’avais tant de sympathies.
J’ai pleuré oui, mais de joie..
J’avais maintenant la conviction que Roméo Larose vivait en paix avec sa bien-aimée.

marginal07
 
SOUVENIR LIMPIDE COMME LA NEIGE MAIS QUI SAIT SI LAROSE EST AVEC LA ROSE
 
Très joli moment de lecture - Une histoire empreinte d'émotion et de sensibilité
Amitiés
 
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