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Récit 4

L’enfant aux deux ombres


Quand résonne le son de la cloche à l’école primaire de Capdenac Gare années 1958…1959…1960.

Ding…dingue…donc !

Dieu, qu’il me semble lourd le son de la cloche qui résonne sous le ciel pâle de septembre ! Je l’ai entendu à trois reprises dans la cour de l’école primaire de Capdenac-Gare!
J’allais enfin découvrir la grande école, après une maternelle cousue main d’époque, dans le petit village du Mas de Noyer où j’ai appris à pétrir la pâte à modeler un couple d’années, sous l’ œil noir et glacial d’une institutrice qui déjà reconnaissait en moi très certainement un don d’artiste sculpteur, et qui me laissait réaliser des œuvres en long, en large et parfois même en travers tout en me gratifiant d’une paix royale.

Après ce brillant passage à la maternelle, j’allais enfin fièrement commencer mes vraies études dans une grande école, accompagné de mon fidèle frère à peine plus âgé que moi.
Immédiatement assis à ses côtés, j’ai compris que le fond de la classe m’était assigné! Quelle délicate attention ! Peu importe, je disposais d’une bonne vue et j’étais déjà un grand garçon pour mon âge ; les trente petites têtes assises devant moi n’allaient en aucun cas éclipser le tableau noir !
Mon aîné ne paraissait pas très éveillé pour son âge, la maîtresse, en s’approchant de moi, m’a dit d’une voix sèche : - Toi, Maurice, tu t’occuperas de Didier !… Tiens, me voilà déjà investi d’une responsabilité, ici au moins on me fait confiance! J’allais vite déchanter. Dans cet environnement public, je devenais sans le savoir un auxiliaire de vie scolaire, non rémunéré bien entendu. L’enfant aux deux ombres entrait déjà dans la vie active sans le vouloir et surtout sans le savoir! Ma tâche toutefois restait simple, il faut bien le reconnaître! Je devais simplement subvenir à la déficience mentale de Didier, dans tous les gestes de la vie quotidienne et surtout m’organiser pour ne déranger personne! La porte de la classe donnant sur la cour de récréation se trouvait à deux pas de moi, et on m'avait laissé carte blanche, je pouvais à tout moment quitter l’endroit pour accomplir mon travail qui, je dois le reconnaître, ne me déplaisait pas. Il n’existe pas, comme vous l’avez appris, de sot métier. J’usais de ma faible intelligence pour agrémenter cette responsabilité dépourvue de lourdeur administrative!

Il m’avait semblé au tout début qu’après l’institutrice, j’occupais le poste le plus important de la salle de classe. Les jours se succédaient dans une ambiance bonne enfant, je me désintéressais totalement des paroles de l’intellectuelle qui dans des élans non contrôlés, je suppose, allait finir par me dire régulièrement : - Toi, Maurice, tu resteras un âne, tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ton frère. Je n’avais pas l’impression que c’était l’image que me renvoyait le miroir! J’ai appris bien plus tard que le quadrupède aux grandes oreilles faisait partie des cinq animaux les plus intelligents sur terre, ce n’est pas par hasard qu’il refuse d’avancer quand on l’attelle à un carreton !

Mais revenons à l’état de santé de Didier qui empirait de mois en mois, ma deuxième âme devenait de plus en plus pesante. Il fallait que je sois le bouclier de ses humeurs changeantes avec la rapidité de l’éclair, je contenais ses réactions soudaines, je me tenais constamment près de lui pour protéger les enfants de ses crises de nerfs qui pouvaient prendre des proportions énormes ! S’ajoutait à cela la sempiternelle question de l’ensemble des écoliers : « Qu’est-ce qu’il a ton frère, pourquoi il est comme ça ? Je les remercie indirectement aujourd’hui car peu à peu, j’ai compris que nous étions finalement différents! J’essayais tant bien que mal de répondre à cette interrogation et mon imagination me permettait d’avoir une réponse un peu différente tous les jours.
Les cent cinquante élèves de la cour dans une ronde incessante avaient une soif insatiable, ils voulaient comprendre ! Cependant, malgré cet étalage de phrases curatives, j’ai vite réalisé qu’aucune ne pourrait satisfaire la curiosité de cette petite communauté en galoches et culottes courtes! Devenu un vrai saint-Bernard, mon dévouement était sans limite. Mes pauvres parents, pris par le dur labeur de la petite ferme familiale, ne se doutaient de rien, mes jours passaient ainsi cadencés par un monde aux fausses allures fraternelles. Lors du deuxième son de cloche, j’assistai pour la première fois à l’appel des élèves pour le passage en classe supérieure, Inutile de vous dire que je n’ai pas entendu mon nom résonner. Je devenais un redoublant, je méritais sûrement cette sentence car mème si, inconsciemment, mes grandes oreilles étaient attentives aux paroles de la maîtresse, rien ne voulait vraiment germer en moi ! À l’écrit, je dois bien le reconnaître, je ne faisais pas beaucoup d’efforts, mon travail, comme vous l’avez compris, restait désespérément ailleurs!

Me voilà donc de retour à la place qui m’était assignée, je retrouvais avec un certain plaisir le banc ciré par mes fesses l’année précédente, et près de moi une tête bien connue qui devenait naturellement plus lourde, par contre l’horizon se dégageait et je disposais désormais d’une vue imprenable sur le tableau noir! Mon occupation restait la même, je la possédais par cœur, il me suffisait de subvenir à tous les gestes courants d’une seconde vie! Je me fixais pourtant l’objectif d’une bonne année scolaire. J’apprenais dans mon coin et tout me paraissait simple, la meneuse d’enfants, pour autant, ne me faisait pas de cadeau. Face à ses yeux vitreux, je représentais toujours l’esclave et surtout le bourricot! Ainsi l’année passa-t-elle, rien ne me laissa entrevoir une quelconque amélioration, j’étais voué à ce triste sort.

Peu importe, je devais avancer malgré les brimades et le poids de mon fardeau. Didier, malade mentalement et physiquement, vomissait abondamment de la bille. Face à cette nouvelle situation, j’éprouvais une certaine honte vis-à-vis de mes petits camarades et je m’efforçais de leur cacher cette nouvelle catastrophe, j’essayais de tout anticiper, je maîtrisais ma fonction de soignant parfaitement! Mon frère rentrait parfois dans des colères monstres, se mordait le poignet, je le calmais aussi rapidement que je le pouvais ; en ces temps reculés, les neuroleptiques, hélas, n’existaient pas encore.
Le troisième son de cloche fut semblable au deuxième et aboutit la même sanction. Figé, je ne bougeais plus du rang, je triplais ainsi le cours préparatoire sans comprendre la décision qui avait été prise par la bande d’instituteurs qui arpentait la cour dans des allers retours incessants ! J’ai fini par posséder la teneur des cours sur le bout des doigts, j’aurais, je vous l’avoue, pu remplacer l’an-saignante psychorigide !….Ne cherchez pas, je n’ai pas fait de faute, mon for intérieur se révoltait et il était en droit de le faire, n’est-ce pas? J’ai donc encore rejoint mon petit bureau qui devenait de plus en plus petit, boulet au pied! Maurice demeurait l’enfant nécessaire à Didier plus que jamais. On ne pouvait envisager de le scolariser sans moi, d’ailleurs, dans un sursaut d’intelligence, il avait dit : « Je ne veux pas aller à l’école sans Maurice ! ».

J’ouvre une petite parenthèse pour vous dire que je n’avais pas de devoirs à faire le soir en rentrant à la maison, je pouvais donc me concentrer sur un rôle qui m’était entièrement assigné.
Mon père, dès que j’arrivais à la ferme après ma rude journée, me disait d’aller détacher les vaches pour les garder, ce que je faisais avec plaisir, j’ai toujours adoré les animaux. Eh bien, savez-vous ce qu’il se passait ? Mon fidèle frère était à mes côtés pour m’aider ! Les cloches mènent au clocher des églises. Le jour béni de la communion solennelle, le curé de Capdenac-le-Haut m’a dit clairement: - Maurice, il faudra que tu parles deux fois plus fort que les autres communiants pour que le Seigneur puisse entendre la voix de ton frère ! Bien plus tard, il m’avouera avoir été en admiration devant ma petite personne à qui il reconnaissait un sacrifice sans limite. Il m’a confié ces mots : - Toi, Maurice, tu rencontreras le Christ ! ». Depuis, je me demande avec une grande anxiété ce que je vais bien pouvoir lui dire!

Mais ne nous égarons pas comme des brebis, et revenons aux deux cloches ou ânons de cette histoire. Cette troisième année au cours préparatoire, la plus longue pour moi, je la dois sûrement en partie à une des rares phrases raisonnées de Didier, qui pouvait laisser penser qu’il allait peut-être refaire un jour surface. À la remarque « Tu as renversé l’encrier sur le bureau, ce n’est pas bien, vilain ! », il a répondu : « Ce n’est pas grave, on dira que c’est l’imbécile qui a fait ça ! ». Ma taille devenait à mes yeux très encombrante, je grandissais très vite, trop vite !…Je toisais facilement deux têtes de plus que les petits bonhommes assis devant moi, un sentiment de honte m’envahissait mais j’étais impuissant face à cette fatalité voulue par l’infâme mégère qui continuait à me brider, que dis-je, à m’enterrer dans un cynisme savamment orchestré! L’année harassante passa ainsi, je portais une croix de plus en plus blessante sur mes frêles épaules, j’étais confronté de plus en plus aux coups bas des enfants dans la cour. Je vivais en enfer.

Au quatrième son de cloche, je suis sorti enfin du rang pour connaître le cours élémentaire première année dans un soulagement total, mon frère allait à nouveau s’asseoir près de moi au fond de la classe, on ne change pas les habitudes qui fonctionnent aussi rapidement! L’instituteur m’est apparu comme un dangereux psychopathe, les coups de règle pleuvaient sur les petites têtes! Rien n’avait changé dans mon rôle, je me rendais toujours à l’école le ventre serré, je refusais intérieurement ces conditions anormales, je ressentais de plus en plus la fatigue, je souhaitais mourir. Reconnu malade après une analyse sanguine, j’ai été hospitalisé au milieu de l’année scolaire. Chaque jour, pendant plusieurs semaines dans une clinique, j’ai tendu le bras pour des transfusions, je me suis remis lentement, enfin seul et libéré d’un monde très cruel.
Puis est venu le temps de ma convalescence, mes parents ont enfin compris qu’ils devaient me protéger de mon frère. J’étais en train de reprendre goût à la vie quand une gentille assistante sociale de Capdenac a insisté auprès de ma mère pour me placer dans un centre héliomarin à Biarritz. Hélas, sans le savoir, j’allais à nouveau remettre mes pieds dans l’enfer des hommes ! Mais cela relève d’une autre aventure beaucoup plus dure et surtout beaucoup plus effrayante !
 
Récit 5

La guérite de mon enfance

Mon père a exercé un temps le dur métier de garde-barrière qu’il jumelait avec le travail à la ferme. Je l’accompagnais souvent pour lui tenir compagnie et j’ai connu les passages à niveau de la voie ferrée entre la Madeleine et Cajarc. La nuit de ce récit, nous avions posé notre sac à la barrière de Montbrun. Le métier n’était pas reposant, même si, à la fin des années cinquante, les voitures ne roulaient pas pare-chocs contre pare-chocs dans ce secteur rocailleux de la vallée du Lot ! Munis d’une gamelle bien remplie pour l’occasion, réveillon oblige, on passait la nuit dans un minuscule abri très sobre, équipé d’un bureau, d’une chaise et d’un petit poêle à charbon qui n’avait aucun mal à réchauffer l’atmosphère et à la rendre rapidement très agréable. Il faut savoir que le froid dans nos régions prenait des allures disproportionnées à cette époque en paralysant une grande partie du pays. Lors du mois de février 1956, les températures ont oscillé entre moins seize et moins vingt-huit degrés. Les plus anciens rapportent que ce phénomène exceptionnel a duré toute la lune du mois!
On vivait dans un monde où l’espace et le temps semblaient s’être définitivement figés.
Le froid glacial, dans ce contexte, favorisait le passage de quelques bêtes sauvages affamées qui venaient déranger parfois cette apparente quiétude. Ce fut le cas ce soir-là. S’est fait alors entendre un grand fracas de branches piétinées, de bambous éclatés qui me sortirent rapidement d’une courte mais agréable léthargie. Mon père, toujours en éveil, se précipita vers une cachette où se trouvait son vieux fusil pour tenter d’éliminer un de ces inconscients pachydermes ! Les hordes de sangliers de pure souche quercynoise ne manquaient pas dans ce secteur, au point que l’on aurait pu se demander si elles n’appartenaient pas à la compagnie des chemins de fer français ! A ma question :
- Pourquoi veux-tu tuer ces animaux, papa ? Il me répondit : - Ils risquent de faire dérailler un train, et cela va nous permettre de manger pendant un bon bout de temps ! Cependant, ces phacochères gris qui se fondaient dans l’obscurité s’en sortirent sans une seule égratignure ! Les cartouches utilisées pour les empêcher de nuire étaient ce soir-là inappropriées à ce type de gibier! « Sans chevrotines je ne pouvais rien faire ! » Enfin, ce furent les paroles peu convaincantes du médaillé de la Résistance qui souhaitait sortir la tête haute d’une situation pas très glorieuse pour lui, vous en conviendrez avec moi !

Revenons à notre petite guérite et parlons du travail de nuit du veilleur. Le mot d’ordre pour ces noctambules était de ne jamais s’endormir ! L’exercice était presque surhumain et quelques-uns d’entre eux s’assoupissaient, m’a rapporté un ancien forçat du rail qui alimentait en permanence en boulets grisâtres les entrailles surchauffées des bêtes noires. Il n’avait, m’a-t-il dit, jamais constaté cet état de faiblesse chez mon géniteur! Ce détail m’est apparu important quand on connaît les conséquences dramatiques qu’une telle faiblesse peut occasionner ! Décidément, mon idole avait des capacités physiques exceptionnelles doublées d’un esprit professionnel exemplaire. Les horaires des trains de marchandises étaient inscrits sur un petit carnet, et les grands bras à manivelles n’étaient levés que lorsqu’un véhicule se présentait en klaxonnant. La nuit était donc relativement calme côté route en semaine et, à l’inverse, les trains de marchandises tractant des wagons lourdement chargés d’anthracite se succédaient à un rythme infernal. Les plus imposants convois qui circulaient sur la ligne translotoise étaient tirés par deux machines à vapeur 141 R ! La longueur des reptiles noirs faits de wagons au-dessus des méandres de la rivière pouvait atteindre 800 mètres pour un poids total roulant supérieur à deux mille deux cents tonnes.
Essayez de vous représenter la force de traction d’une de ces puissantes motrices d’une longueur de 25 mètres avec leur tender, d’un poids de 190 tonnes ! Elle développait une puissance de 2500 kilowatts et sa consommation énergétique moyenne au kilomètre était de 12 kg de charbon enfourné à la pelle par le chauffeur! Une cuve de 30000 litres d’eau fournissait la vapeur nécessaire à leur avancée! Ce gigantesque amas déboulait à 80 km à heure face à nous! Eh bien,vous aurez peut-être du mal à me croire mais mon père, muni d’un énorme pétard qu’il fixait sur un rail, était en mesure de stopper cette course effrénée !

Il n’était pas rare en effet qu’un énorme bloc rocheux dans la traversée de Toirac à Cajarc, dans un bruit de tonnerre, se détache de la falaise abrupte et vienne finir sa course au milieu des rails. Grâce à un système ingénieux par câbles reliant toutes les guérites, les veilleurs de nuit engagés dans une épreuve contre le temps se prévenaient et installaient ce dispositif d’arrêt avant que la rame ne se présente toute vapeur dehors. Parfois les essieux chauffaient au point de devenir rouge écarlate, le garde téléphonait alors au chef de gare de Cajarc ou de Capdenac pour signaler le grave problème. Cela permettait au passage au veilleur de nuit, si vous me permettez l’expression, d’arrondir un peu ses fins de mois. Une prime était en effet versée par les chemins de fer français pour récompenser cet acte de conscience à la valeur hautement professionnelle. La nuit me paraissait interminable! Chaque arrivée d’un train dans un grondement assourdissant provoquait un tremblement de terre de magnitude huit à neuf qui me faisait craindre le pire, mon lit de fortune se trouvait à peine à trois mètres des voies. Heureusement l’événement cyclique était précédé par le bruit retentissant de l’énorme cloche au pied d’un support de la barrière. Ripette, le mécanicien à bord de la motrice, ajoutait à cette harmonieuse ambiance un long coup de sifflet strident à la sortie du tunnel. C’était sa façon à lui de faire savoir à son ami Raymond qu’il était cette nuit-là le chauffeur de la locomotive.

Je rends grâce à Morphée qui me permettait de me rendormir par moment sur le bureau qui faisait office de couche douillette. J’étais à nouveau lentement bercé par le calme qui revenait et qui contrastait avec le grincement sinistre de cette énorme masse de ferraille que rien ne semblait pouvoir arrêter. Je me souviens d’avoir aidé mon père à relever les immenses bras qui rendaient la route infranchissable. Ils étaient munis de manivelles qui me paraissaient tout simplement démesurées. Inutile de vous dire que j’étais fier de ce formidable exploit !

Ainsi pointait tranquillement le jour, je ne vous cache pas qu’il me tardait de rentrer à la maison pour retrouver enfin mon lit. J’avais quand même quelques heures de sommeil à rattraper ! Je me suis par contre toujours demandé par rapport à ce métier à haute responsabilité si le garde-barrière de Capdenac avait le même salaire que celui de la vallée de la Diège après la mine sur le chemin empierré qui mène à Lieucamp ? Le premier avait un travail considérable par rapport à l’affluence intense du rail et de la route en direction du centre ville. L’autre ne voyait passer qu’un tombereau tiré par des bœufs une fois dans un sens, une autre fois dans l’autre, les jours de grand trafic !
 
Lorsqu’un un sujet est immoral, la vérité des détails, la beauté de l’expression n’arrivent guère à réparer les torts de l’écrivain. L’immoralité se trouve au contraire idéalisée et presque justifiée.
 
Lors de mon baptême les cloches ont sonné, à l’école, j’étais la cloche, et j’aimais jouer à cloche pieds, je rentrais et je sortais au son d’une cloche. Longtemps, j’ai attendu que la cloche de la retraite sonne, bientôt la cloche du glas tintera pour moi, ma vie est une histoire de cloches, pas étonnant que vous me trouviez cloche!
Aussi, si les pieds de mes vers clochent, je vous en prie, évitez-moi vos sons de cloches!
Momo le clochard
 
Dernière édition:
Récit 6

L’autorail de mon enfance


Vous l’avez toutes et tous pris pour vous rendre à Cahors avec un changement obligatoire en gare de Capdenac. Des trains pas comme les autres, la ligne trans-quercynoise ! Le premier autorail que j’ai eu le «plaisir restreint» d’emprunter pour me rendre de la Madeleine à l’école primaire de Capdenac datait du secondaire. Il était pour l’époque très confortable, bien plus que celui d’antan à l’ensemble des wagons aux sièges en bois tractés par une sacrée bête noire! On n’échappe pas au progrès qui conduit au modernisme ! Il s’arrêtait à toutes les gares entre Capdenac et Cahors, il prenait son temps. Le contrôleur à la voix rocailleuse des causses portait des gants blancs et vous étiez en droit de ne pas lui présenter votre titre de transport si, par un curieux hasard, il ne les avait pas enfilés ! Par les grands froids d’hiver, comme celui de février 1956 où les températures durant tout le mois ont fait le yoyo entre moins 15 et moins 26 degrés, la chaleur fournie par le poêle à charbon à l’entrée des wagons et de l’autorail était appréciée par tous les voyageurs ! Il fallait beaucoup d’expérience et de doigté au conducteur de la petite rame dans les conditions climatiques extrêmes pour s’arrêter face à la gare ! En effet, le givre qui recouvrait les rails ne facilitait pas la manœuvre et s'en suivaient alors des glissades spectaculaires sur plus de trois cents mètres! L’été, en revanche, nous profitions des larges baies vitrées coulissantes pour nous rafraîchir et, cheveux au vent, nous respirions à pleins poumons l’air aux effluves campagnardes gratuites et généreuses. Il était bien entendu recommandé de ne pas se pencher vers l’extérieur à l’intérieur des frais tunnels aux parfums de cave enfumée indescriptibles. C’était donc un havre de paix paradisiaque en déplacement sur une des voies les plus pittoresques de notre belle région. Et, comble du luxe ambiant, les toilettes se présentaient sur leur plus belle face avec un simple verrou coulissant qui garantissait l’intimité et une vue imprenable sur les poutres qui défilaient à grande vitesse, l’ensemble harmonieusement cadencé à la manière d’un métronome par les intervalles de dilatation des rails. Le Lot aux majestueuses boucles et aux couleurs changeantes se montrait toujours généreux pour le plaisir de nos yeux. La nature apporte cet enchantement et est inimitable, de reliefs en reliefs, de villages en villages pittoresques classés, le film était passionnant et à la portée de toutes les bourses, tout s’animait dans les champs, dans les collines et dans les prés, c’était vachement beau! Déjà la publicité entrait dans les habitudes et sur un grand tableau, il était écrit sous une photo représentant un homme rustre un litron de vin au pur sang seigneurial à la main :
«Travailleurs, pour votre santé, buvez au moins une bouteille de vin rouge tous les jours!».

Certains, en bons catholiques, appliquaient cette recommandation à la lettre, et ne sachant pas très bien compter, dépassaient souvent la dose prescrite! Les voyageurs sobres s’en apercevaient au départ du train du soir. Il faut dire que l’euphorie pléthorique du peuple vers la médecine n’avait encore pas commencé! Il existait trois classes, histoire de ne pas mélanger la vraie pauvreté à un semblant de richesse. Les sièges en bois étaient relativement confortables et à la portée de toutes les bourses et, chose miraculeuse, riches et pauvres arrivaient tous à la même heure en gare de destination, une vraie justice à la clé sur ce parcours de soixante-cinq kilomètres, distance entre les deux villes principales de la trans-quercynoise. Toutes les petites gares avaient leur chef, cela permettait d’employer beaucoup de personnes du terroir. Les barrières aux grandes manivelles, elles aussi, étaient occupées, toute cette vie qui s’agitait au moindre son d’un convoi en approche a disparu aujourd’hui depuis longtemps, le mot chômage, en ce temps pas si éloigné, n’existait pas encore! Si! Si!…je vous demande de me croire! Mais l’heure n’est pas aux remords même si la voie a disparu depuis belle lurette, recouverte d’un épais linceul végétatif aux racines profondes et aux ramifications tentaculaires indestructibles! Longtemps on a cru à la remise en vie de ce parcours mythique qui appartiendra un jour au monde des légendes.

Ah!…Si les anciens revenaient, ils n’en reviendraient pas et ils se demanderaient avec anxiété, du côté de l’aiguillage du Soulier, ce qu’est devenu le fameux décrochement qui, un long instant, laissait penser aux passagers que l’ensemble de la rame allait finir sa course où le lit du Lot lèche fraternellement les pieds de la cité gauloise d’Uxellodunum. Le convoi peu de temps après s'engouffrait dans le long tunnel sous la cité antique, puis empruntait le pont Eiffel qui enjambe le Lot. Ce n'est pas sans un petit pincement au cœur que nous entendions alors s’élever, sous la marquise, une voix féminine bien connue de nous tous ! « Capdenac...Capdenac ! Terminus ! Tous les voyageurs descendent de voiture ! Direction Rodez, premier quai première voie...Direction Brive, deuxième quai première voie » et cela dans l'ambiance vaporeuse des impressionnantes bêtes noires en action.
 
Malgré toute ma peine et le sel que j'y mets , j'arrive à faire des vers mi-sel. À force de répéter la même chose je n'ai l'air que d'un vert-vert ; c'est un air de père-roquet, et avec tous ces vers-là, j'ai l'air lune-attique !» G Flaubert
Gustave, tu as voulu éviter les vers mi-sots du pré vert ?
 
Une femme, éprouve t’elle plus de plaisir dans la communion amoureuse des corps, qui mène à l’orgasme qu’un homme? Ou est-ce l’inverse?
Mon fantasme, serait de me glisser dans le duvet soyeux de l’autre une fois au moins dans ma vie, et d’aller vers cet enlacement fiévreux, pour découvrir cet appel inconnu des sens, aux sensations divines jouissives.
Je le reconnais, ce matin, je suis en panne des sens !
 
Récit 7

Rolf, un loup dans un corps de chien ou un chien dans un corps de loup ?

Je devais avoir à peine plus de cinq ans lorsqu’un matin, poussé par un besoin naturel bien légitime, je me dirigeais vers les latrines… quand, soudain, derrière le muret, j’ai aperçu un loup ! Affolé, après un demi-tour d’une rapidité qui m’a sûrement permis d’approcher, voire de battre au passage le record du soixante mètres des petites jambes de mon âge, j’ai ouvert la porte de la maison pour la refermer presque dans la même foulée ! - Papa !…papa!…Il y a un loup ! Il y a un loup derrière la maison !…J’ai peur ! Sans s’affoler, mon père a répondu à mon affirmation par une phrase que j’ai détestée sur le coup : - Maurice, les loups n’existent plus dans la région depuis bien longtemps ! Je me souviens de lui avoir répondu : -Eh bien, tu n’as qu’à aller voir !

C’est après cette alerte non moins légitime que quelques minutes plus tard, l’incroyable se produisit ! Mon géniteur, héros de la Seconde Guerre mondiale, avait réussi l’exploit d’amadouer la bête sauvage en moins de temps que j’ai mis en forme ces quelques lignes ! J’étais fier de lui !…mais au fond de moi je calculais les progrès qu’il me restait à faire avant de lui ressembler. Décidément je n’étais qu’un tout petit bonhomme sans envergure ni courage ! En présence du fauve, les phrases rassurantes fusèrent : « C’est sûrement un chien abandonné, il vient se donner. » Il nous arrivait effectivement parfois d’adopter un orphelin à quatre pattes, pas par un manque quelconque d’animaux mais tout simplement parce que j’étais dans une famille qui avait le sens développé de l’hospitalité. - On va le garder » entonna le chef de famille !
-Tu crois ? lui a répondu ma mère, penses-tu que nous manquons d’animaux ici ?
-De toute façon il est là, et c’est un superbe représentant de la race canine, non ?

Dans mon for intérieur la peur qui m’avait tenaillé un long moment s’estompa à la vue de ce chien-loup qui, comme par magie, avait perdu les allures du tueur sanguinaire décrites dans les livres fantastiques. Et pour montrer que j’avais quand même un peu de courage, je n’ai pas pu me retenir en lançant cette petite phrase : « Oui !….Il est à nous maintenant !». Cette phrase a-t-elle été comprise par l’animal, ou bien est-ce parce qu’il m’avait aperçu en premier ? Toujours est-il qu’un élément déclencheur se produisit chez lui et il se donna entièrement à moi ! Dès cet instant sacré, mon aventure, notre aventure avec Rolf commença !

On ne connaissait pas son nom de baptême, on ne savait pas à quelles intonations de voix il allait réagir, il devait avoir mon âge ce beau représentant de la race canine aux oreilles droites attentives. Après de nombreuses essais où des noms de chiens fusèrent, il a fini par redresser sa tête au nom de Rolf. Il s’est très vite adapté au rythme de la ferme, il nous a montré en reconnaissance tout ce qu’il savait faire. Tous les jours, fier comme un loup, il nous ramenait sa chasse. C’était une suite de hérissons, de lapins, de macreuses, enfin, tout ce que la faune avait comme représentants, il le déposait à nos pieds. Il y avait là de quoi nourrir la maison en cette période difficile d’après-guerre. Il ne manquait jamais l’arrivée du car scolaire. Pressé de me revoir, il avait toujours plusieurs longueurs d’avance ! Dans un rituel programmé, il n’hésitait pas à braver le bras d’eau qui sépare le Lot de l’Aveyron pour venir m’accueillir. C’était, vous allez vous en apercevoir, un grand champion de natation. Il avait remarqué que les jeux de la fratrie tournaient autour de formes ovales ou presque rondes qui nous servaient de ballons ! Ces objets de substitution étaient parfois avantageusement remplacés, en période de vente de tabac, par une balle rebondissante que notre brave père nous ramenait de Cahors. Le déclic dans sa tête fut prodigieux. Sans qu’on le lui demande, il prit l’initiative d’aller récupérer pour nous tout ce qui était rond et que la rivière charriait généreusement. Il avait un sens de la trajectoire très évolué afin de tomber nez à nez avec l’objet convoité. Dans un premier temps, il se mettait aux aguets sur un grand monticule de sable afin de repérer l’objet convoité. Lorsqu’il l’avait dans sa ligne de mire, il se précipitait vers l’embarcadère, sautait sans une hésitation dans l’eau, longeait la rive où les contre-courants savamment se forment, puis, dans une diagonale parfaite dont il avait le secret, il continuait sa nage pour se retrouver face à son trésor ! Il le poussait alors en le dirigeant avec son museau, et ressortait de l’eau aussi vite qu’il y était rentré, très satisfait de lui. Puis, dans un dernier geste de satisfaction, il déposait sa trouvaille à nos pieds. Nous étions heureux, en possession d’un nouveau ballon que nous n’avions aucune appréhension à réexpédier dans la rivière. Rolf était un formidable ramasseur de balle ! Il s’est rapidement spécialisé dans le sauvetage de tout ce qui, à ses yeux, semblait utile et il n’hésitait pas à braver les éléments, même en période de crue! Il nous ramena ainsi des gros morceaux de bois pour le chauffage, des barques en perdition, enfin tout ce qui permet d’améliorer l’existence des pauvres gens. Ces cadeaux inespérés n’étaient pas pour déplaire à ma grand-mère Marceline qui me disait juste après la levée du campement des gitans : « Tu viens, Maurice, on va voir si les romanichels n’ont pas oublié quelque chose !». Eh bien, croyez-moi ou non, elle trouvait toujours un objet intéressant en me disant : « Tu vois, cela n’a peut-être pas une très grande valeur, mais on ne sait jamais, cela pourra toujours nous servir en cas de guerre !». Je prenais ces paroles comme du pain béni, ne sachant pas quoi lui répondre !

Rolf était un merveilleux chien de garde, il avait cet instinct ancré en lui ! Que dire du jour où, reconnaissant un gitan alors que nous n’étions pas là, il lui a permis de gravir l’escalier jusqu’à la grande terrasse sans montrer d’agressivité, puis il se positionna face à la première marche et refusa qu’il redescende! Ce fut mon père, en rentrant de Figeac, qui délivra le manouche terrorisé.
Notre chapardeur a rapporté que, chaque fois qu’il tentait de faire un pas, le chien lui montrait les crocs en grognant. Un jour où nous étions attablés, un voisin est arrivé en faisant des grimaces derrière la porte. Rolf sans hésiter est passé à travers un carreau, et c’est un ordre d’arrêt rapide de mon père qui stoppa net son attaque! Les miracles existent, il n’y eut aucun blessé ce jour-là ! Mon brave chien-loup m’avait prouvé que je pouvais rester avec lui à l’intérieur de la maison sans craindre personne lorsque mes parents étaient absents. Rolf était aussi un redoutable chasseur de rats, sa réserve se trouvait dans le talus où nous jetions les déchets ménagers! Rassurez-vous, en ces temps anciens, ils étaient non polluants ! Il s’agissait essentiellement des restes d’épluchures de légumes et autres résidus consommables que les rongeurs éliminaient écologiquement ! Rolf se chargeait donc de la régulation de ces mammifères, utiles finalement ! Il avait une technique infaillible pour les tuer. Il prenait sa proie dans la gueule et, à la manière d’un tennisman quand il frappe sa balle à l’engagement, d’un mouvement de tête puissant, il l’envoyait à une hauteur d’environ deux mètres et il lui cassait la colonne vertébrale quand elle se retrouvait face à son museau ! Cette action de jeu était très rapide, efficace et radicale ! C’était sa façon à lui de donner un coup de patte aux très nombreux chats de la ferme. Ils feront partie d’une prochaine histoire.

La vie de Rolf, fut, hélas, relativement courte, il se paralysa lentement du train arrière.
La veille de sa mort, mon père m’a prévenu que le vétérinaire allait venir le piquer, qu’il était inutile de le laisser souffrir ainsi plus longtemps ! Mon âme d’enfant fut profondément blessée face à cette phrase à l’irrémédiable sentence ! J’allais devoir m’habituer à l’absence de mon meilleur compagnon de vie. Les larmes aux yeux, j’ai fermé la porte de ma chambre pour que Rolf ne puisse pas, en ce dernier soir d’existence, se coucher au pied de mon lit comme il avait l’habitude de faire tous les soirs. Ce ne fut pas une bonne idée. Dans un dernier élan d’amour, il a réussi à tourner la poignée et s’est allongé en gémissant une dernière fois près de moi ! J’ai eu, pour la première fois de ma jeune existence, beaucoup de mal à m’endormir ! J’ai pris soudain conscience qu’il allait falloir que je m’habitue à voir partir mes meilleurs amis ! Après une dernière caresse d’adieu ce matin maudit, j’ai repris le chemin de l’école le cœur et la gorge serrés. Je savais que mon fidèle ami dans la journée allait cesser de vivre, et que son corps allait rejoindre le coin de terre dédié aux nombreux chiens du port de la Madeleine. Rolf le loup avait un caractère à l’opposé d’Obelix qui allait bientôt naître. Son bonheur, il le cherchait et le trouvait dans un seul but, celui du bonheur de ses maîtres!
 
Un jour , un Poète m'a écrit, ma Chérie, ton Poème est un orgasme, un de mes plus beaux commentaires reçu en écriture, ce souvenir me revient ce matin en te lisant, d'innocence, je botte en touche à ta question, et je vois qu'aucune de tes Admiratrices de Créa, n'a donné son point de vue , d'évanescence 'je te souris, bon we mon Arthur.
Ce qui me fait penser que je suis l’ombre d’un poète, c’est cette ignorance à mes écrits aux contours aussi énigmatiques qu’insolubles. C’est dans ce marais d’incompréhensions que j’aime me retrouver. L’esprit solitaire, se trouve ainsi en phase avec le corps qui l’anime. Il s’abreuve à une source, où planent les anges qui n’ont jamais connu la solitude, car ils sont perpétuellement à la recherche de réponses, que seule l’âme divine, est en droit ou pas, de leur donner.
Je t’embrasse chère enfant, que cette journée baigne ton corps de béatitude.
Ton ami
Momo
 
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