jackharris
Nouveau poète
La fine braguette
J’ai travaillé longtemps comme critique d’art
Au profit d’un journal, sur la Côte Fleurie,
Le P.D.G. d’alors, vantait son braquemart,
A tel point que, souvent, il me faisait envie.
" - Je suis une fine, la plus fine braguette
C’est ce qu’on dit chez moi, près de Fontainebleau,
C’est moi, oui, je l’avoue, la plus fine quéquette,
Car les femmes le disent, le proclament bien haut."
Presque tous les week-end, il venait à Deauville
Prétextant un travail, or il le faisait pas
Occupé qu’il était par quelques jolies filles
Agrippées à ses basques et suivant tous ses pas.
" - Je suis une fine, la plus fine braguette..."
Ces mots qui résonnaient, je les entends encor
Après plus de vingt ans, ils trottent dans ma tête,
Pareils à un refrain, à un confiteor.
Tudieu!... sacré veinard!... avoir autant de belles
Affublées de rondeur, mais quelle tentation!...
Sous ses petits sourcils brillaient ses deux prunelles
Et je pensais en moi : " - Sacré petit glouton !..."
" - Je suis une fine, la plus fine braguette..."
Je convoitais ces dames accrochées à son cou,
Je les imaginais qui suçaient sa baguette
En chuintant, comme on suce un caramel mou.
Oh oui! Je l’enviais ce trousseur de jupon,
Qui n’avait rien pourtant, non rien d’un Adonis,
Son succès se trouvait, là, dans son pantalon,
C’est vrai qu’il était fier, si fier de son pénis.
" - Je suis une fine, la plus fine braguette..."
Comment s’en servait-il pour avoir ce succès
Pour que toutes les femmes en fassent une vedette
Et soient prêtes pour lui à faire des excès ?
La pudeur m’empêchait de demander conseil
Afin de parvenir un jour à l’égaler,
Néanmoins je restais chaque fois en éveil
Pour avoir son secret, sans pour ça le voler.
" - Je suis une fine, une fine braguette..."
Certains hommes, parfois, s’intéressaient à lui
Mais il se refusait à ce genre de conquête
Quoi que!... sans ma présence, il eut pu dire oui.
Il m’avait avoué sa double appartenance
Pour former des trios qui jouaient du pipeau;
Mais avec moi, vraiment, il n’avait pas de chance
Car j’avais refusé en le prenant de haut.
" - Je suis une fine, une fine braguette..."
Non, il ne mentait pas, je peux vous l’assurer,
Je le surpris un soir en allant aux toilettes,
Il s’y trouvait déjà, en train de se branler.
Ah!... Sacré Jean-Marie, ce que tu m’as fait rire
Et je comprends dès lors le fol acharnement
Des femmes éhontées, curieuses du oui-dire
Voulant voir les bijoux de leur prince charmant
" - Je suis une fine, une fine braguette..."
Tout ce que j’enviais, vraiment je n’en veux plus,
Si je devais avoir une telle quéquette,
Au lieu d’être orgueilleux, je m’en irais confus.
Elle était vraiment fine et courte la pauvrette,
Mon petit doigt est gros comparativement,
Les femmes en parlaient non pour faire sa conquête
Mais voir ce curieux nain, ce petit filament.
Tu n’as jamais compris en me voyant sourire
Que chacun te prenait pour un sombre crétin
Qui voyait un surhomme au fond de son délire
Quand, en réalité, il n’était qu’un pantin.
Donc, ainsi va la vie, nous devons nous y faire,
Les gens se glorifient souvent de leur exploit,
Mais lorsqu’on gratte bien, qu’on a un peu de flair,
On est souvent déçu par tout ce que l’on voit.