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La course aux étoiles... ( fin )

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion janu
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janu

Maître Poète
Nous repassions par la même route qui jouxtait la place du village où les gamins entraient les premiers dans les barrières d’arrivée, tandis que nous prenions, cette fois à l’inverse la petite route D 106 qui de suite s’élève : Des double croches bien méritées sur la carte. De plus brutalement, le noir absolu du fait de ces arbres qui se rejoignent presque au dessus de la tête. Sur le dépliant publicitaire et le journal quotidien Grenoblois, il était prescrit de se munir d’une petite lampe électrique et si possible du bandeau léger qui permettait de la placer sur le front. Une flopée de feux follets s’élevait donc vers la prochaine étape : à 6 km de Méaudre, un Y, à droite pour les 14 km, et à gauche pour les 23. Mais ces clients du 14, une fois passé leur barrière de contrôle redescendaient par la même D 106…Et des lors, ces lumières qui se croisent, les uns montant toujours, bien sur leur droite, les autres descendant sur leur droite à eux et à toute vitesse, c’est impressionnant et dangereux ! Plusieurs fois ayant failli être percuté, j’ai lancé d’une voix de stentor : « Sale …on ! » Dont la dernière déjà pas très loin du premier contrôle ( 1400m, donc 400m de dénivelé en 6 km ) Et à celui-ci en train de boire, retrouvé Pierre qui m’a dit avec un grand rire :
« Je t’ai entendu et me suis dit voilà le père J… qui arrive : autant l’attendre ! » Nous sommes donc repartis ensemble dans ce massif des clapiers ; route quasiment plate faite de longues lignes droites que je connaissais de jour, mais comme piste de ski de fond. Bizarre après la foire d’empoigne des deux premiers kilomètres, puis la folie des croisements précités de se retrouver seuls…On voyait au loin les faibles éclairs lumineux des petites lampes frontales, mais cette fois on voyait surtout les étoiles briller au dessus de nos têtes ! Le calme nous avait gagnés : seul le bruit de notre double galop résonnait, un peu étouffé dans cette immense nature d’où seul un hibou lointain manifestait qu’elle était habitée par une gente emplumée ou à poils, tous pelotonnés pour leur sommeil nocturne. Nous ne parlions pas, pris par cette ambiance un peu irréelle, et jouissante de ce calme extraordinaire…Quelques kilomètres et nous avons vu du feu au loin et un brouhaha qui s’intensifiait. Le contrôle suivant, tenu par des scouts en camp à la station qui nous encourageaient comme si nous en terminions là ! Dés après, nous avons amorcé une descente à nouveau sous les arbres avec de plus en plus de virages. Lampes à nouveau bien nécessaires pour ne pas tomber et rater les virages. Nous étions de la même taille, quasiment 1m80, Pierre et moi mais avec mes 78 kg, je lui rendais une dizaine de kilos… Et puis, j’avais appris à descendre rapidement par de longs bonds ( dangereux si l’on atterrit mal mais qui font avancer terriblement vite) Une fois, deux fois j’ai ralenti pour attendre Pierre, mais il m’a crié : « Vas-y… on est pas loin maintenant ! »Voire disait Panurge…
Je suis arrivé seul au bas de la pente, c’était déjà le premier hameau de la Tuile, passant devant « Le trou qui souffle » une petite sensation de fraîcheur trop passagère. Cet air qui sort à la pression hiver comme été à 14° paraît un courant chaud quand on y passe sur skis. L’été c’est l’inverse… Pas tout à fait deux kilomètres de plat où j’ai retrouvé ma cadence d’environ 4 minutes au km. De plus en plus excité par la clameur autour de la ligne d’arrivée sur la place, et tellement heureux quand elle est enfin passée… Du masochisme ? Un peu comme le fou qui dit « Je me tape la tête dans le mur parce qu’on est si bien quand on arrête après… » Mais des endorphines aussi créées dans le cerveau par ces efforts longs et continus qui rendent euphoriques : un dopage naturel !
Pierre est arrivé un peu plus de deux minutes après moi. A froid, maintenant je mesure le dérisoire de cette différence, mais sur le moment ? L’entraîneur qui à la fois doit aider ‘élèves’ et amis du club mais sans oublier qu’il est jugé lui-même à ses performances, sinon lui parviennent vite aux oreilles des quolibets du genre : « C’est ça l’entraîneur ? »
Pierre tu étais au delà de tout ça. Un peu de fatuité certes quand on nous a remis nos coupes respectives car j’étais V3 et toi V2…Nous avons souvent participé de concert à ces courses à pied, mais cette communion partagée dans ce calme de la nuit, c’est ce qui m’est surtout revenu en mémoire quand j’ai appris ton grand départ, après toutes ces souffrances dues à la bête immonde qui t’a rongé de l’intérieur …

Jan


 
émouvante histoire qui me touche particulièrement car elle se passe dans ma région dauphinoise et je connais bien sur quelques chemins Villard de Lans, le Vercors etc...bel et grand hommage pour ton camarade. Merci pour ce partage. Biz
 
sincère amitié entre vous deux , rien n'ai oublié , c'est que la tendresse est toujours là, dans ton ecrit tu le fais à nouveau exister ........amitiés miss sissi
 
C'est quand un ami s'en va que l'on mesure les bons moments passés avec lui!...des instants simples et pourtant ancrés dans notre mémoire et notre coeur...
Les baskets peuvent retourner au placard!... Mais pas les émotions retrouvées...qu'elles atténuent ton chagrin...
Bisous. Judy
 
J'en suis encore toute essouflée de cette course sous les étoiles...un merveilleux souvenir qui restera toujours en ton coeur
 
Que cette nuit étoilée emporte son âme ...Ion récit est très émouvant...Amitiés....Lys
 
Merci à vous tous,
De ces commentaires chaleureux
Pierre là haut doit sourire, heureux
Avec mes amitiés
 
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