KittieChaos
Nouveau poète
Cette lettre n'est pas forcément destinée à ma mère. Un peu à tout le monde, un peu à personne.
Ma petite Maman,
J’ai peur. J’ai froid. Je suis seule. Je tremble. Ce monde est froid, sans toi, Maman. A exploré, à comprendre, à admettre. Abandonnée dans la nature, j’ai dû m’ouvrir à la vie et à ce monde étrange. J’ai découvert que le vent pouvait me parler, que chacun avait la capacité de penser comme moi, qu’ils avaient une âme et des blessures, qu’humanité était société, que société était oppression et que solitude était dictature. J’ai vu qu’il n’y avait pas de règles. Que les filles aimaient les filles, que les garçons aimaient les garçons, que les blancs aimaient les noirs et que les noirs aimaient les rouges. Les seules limites sont imposées par les autres. Même toi, Maman, tu m’as jugée, parfois. Moi aussi, d’ailleurs, alors je ne te ferais pas la leçon. C’est pour cela qu’on choisit parfois d’être seul. Mais si tu es exclu, parce qu’ils sont trop étroits d’esprit pour te comprendre, alors tout ça peut être bien pire que d’être dépendant des autres. Certaines personnes sont différentes des autres, Maman, mais ça, je le savais déjà. Tout le monde est différent. Mais ils ont parfois des goûts particuliers. Et y en a qui mangent des insectes. Et, Maman, tu savais que les gens se battaient pour une terre qui ne leur appartient pas ? Et qu’ils pensent toujours avoir raison ? Maman, tu savais qu’en se battant ils rougissent par le sang la mémoire de leurs dieux ? Tu te souviens, Maman, quand on a vu les chutes du Niagara ? Tu as remarqué la perfection des eaux claires, hurlant leurs mélodies d’une voix grave, lors de leur saut dans le vide ? Et as-tu vu les égouts qui se jetaient dedans, Maman ? t’as vu les info’ ? Dans combien de temps la forêt amazonienne sera-t-elle rasée de la carte du monde ? Quand les pandas disparaîtront-ils ? J’ai peur, Maman. Regarde moi. Je suis seule et perdue. Parfois j’écoute la musique à fond pour ne pas penser. Mais ça ‘marche pas. Je pense, oh comme je pense, Maman ! D’ailleurs, tu savais que Victor Jara a dit « l’impérialisme Nord Américain a compris la magie de la musique et fait en sorte que notre jeunesse soit gavée de chansons commerciales. ». C’est pas la faute des américains. C’est celle de l’argent. On m’a dit que grâce à Pythagore j’aurais un bon métier et que je gagnerais beaucoup de pactole. Alors j’essais d’avoir de bonnes notes, mais je voudrais vivre sans leurs stupides codes ! Respecter est un choix, pas un ordre. Si indigne de l’homme ! Comment être libre et moi-même ? On me dit que j’aurais une famille. Je vivrais dans une ville polluée. Je me battrais pour l’égalité des femmes, des enfants, des pauvres, des délaissés et démunis. Faudra bien que je le fasse si personne ne s’en charge. Maman. Je me plains, c’est vrai. Mais ces enfants qui triment, le visage dans la poussière, et ces jeunes filles prostituées, vendues comme du bétail, ont-elles vraiment le choix ? Personne ne l’a. On est des moutons, hein, Maman ? L’humanité dicte. La société dicte. La solitude dicte. Et le vent hurle. J’entends à la radios que des enfants disparaissent. Et puis il y a des filles qui se font violer. Elles sont fanées ? Non ! Une rose reste une rose ! Tu sais, Maman, je suis courageuse, parce que jamais je ne baisserais les bras, jamais je ne me tuerais. Je vais vaincre la vie et l’humanité, Maman ! Et je serais libre ! J’ai sentit l’appel du vent : je vais comprendre, je vais souffler les couleurs et les mots tendres, je vais ouvrir mon esprits et fermer mes yeux. Il n’est jamais trop tard.Ta fille, qui grandit et voit l’horreur.
PS : je t’aime.