Maurice Marcouly
Maître Poète
Jupette et Taïaut,
Ils étaient connus de nous tous au siècle dernier , ils ne sont pas passés inaperçus lors de leur existence, on ne les oublie pas.
Une attirait les regards d’une façon élégante, l’autre dégageait des odeurs qu’une mémoire même peu olfactive ne peut oublier.
Ils habitaient à peu près dans le même secteur, dans la région de Toirac. Tous les deux avaient pour habitude de se rendre à Figeac, de préférence les jours de marché !.
Le premier qui était une figure typique du pays, s’appelait Robert Daynac, mais tout le monde le connaissait sous le nom de Taïaut.
J’ai oublié le nom du second, le soleil ne m’a pourtant pas taper sur la tête, cette petite parenthèse, pour vous dire que c’est ce que disait les gens du pays quand il parlait de lui. Jupette en effet avait voyagé et c’était exposé aux rayons violents du climat africain.
De là, à établir un raccourci avec sa tenue excentrique, il n’y avait qu’un pas à faire.
Remarquez, je peux ouvrir une petite parenthèse, pour vous relater en quelques lignes l’histoire qui est arrivée à mon grand-père paternel. Après cinq ans de légion au début du siècle dernier avec en prime la traversée du désert dans des secteurs très agités, il est recruté pour servir dans la garde républicaine à Paris. Un ancien de la garde à la mauvaise idée de le traiter de bleu dès son arrivée. L’insulte est inacceptable pour le béret vert, il saisit son éperon et le lui plante dans le dos!.
Geste qui lui vaut de passer devant la justice militaire.
Il voit sa peine cependant réduite au minimum car le garde républicain qu’il a blessé reconnaît qu’il l’a provoqué.
Ma grand-mère écrit pour signaler que pendant son séjour dans le désert le soleil lui a tapé sur la tête. Réformé pour débilité mentale, il n’en sera pas moins rappelé pour la grande guerre et cité à deux reprises pour son héroïsme et sa bravoure au combat, lors de la terrible bataille de la Marne en 1914 puis celle de la Somme en 1916. Comme quoi les coups de soleil sur la tronche ne sont pas rédhibitoires pour être un excellent au combattant !.
Ayant moi-même connu les commandos parachutistes du 8 RPIMA je me demande si je n’aurais eu le même réflexe que lui, face à une telle provocation, mais me direz-vous tel grand-père tel petit fils!.
Mais revenons à nos deux lascars lotois.
Taïaut était issu d’une famille très ancienne qui figurait parmi les consuls du pays dès le XVII ème siècle, ils avaient donc eu très longtemps des postes de responsables dans la vie de la communauté. Ils se sont construits un patrimoine non négligeable au fil du temps. Et notre brave Taïaux profitaient des quelques richesses de que ses braves aïeux lui avaient laissé en héritage.
On le sentait venir de loin cet animal, je ne saurais vous décrire son odeur, car comme le disait justement le philosophe Alain, on ne peut pas parler de lumière à un aveugle!.
Là, on se trouve dans la même situation, aussi ayez la gentillesse de demander à ceux qui l’on connu si ce petit exploit de description linguistique est à leur portée.
Taïaux trainait à longueur de journée, il a parcouru tous les chemins du Causse et de la rivière, en quête de quelques victuailles à se mettre sous la dent.
Il n’était pas pauvre je vous le rappelle mais il en avait la parfaite attitude.Lorsque sa vieille mobylette bleue était en panne il prenait le car SNCF pour se déplacer entre Figeac et Cajarc.
Inutile de vous préciser que dès le passage de la porte de l’autobus, il incommodait la totalité des passagers, et il n’avait pas son pareil les jours de grandes affluences pour obtenir une place assise rapidement.
Une flatulence suffisait pour dégager les sièges autour de lui.
Suite à une chute sur son engin motorisé, blessé à une jambe, il est conduit à l’hôpital. Le personnel voyant ce spécimen arriver décident sur le champs de le laver , et malgré ses vibrantes protestations finissent par le coincer sous la douche pour lui enlever quelques couches de crasse.
Inutile de vous dire que les aides soignantes ont eu droit à une série de phrases que je préfère taire.
Il est reparti soigné et heureux que ce supplice soit enfin derrière lui.
Muni de deux béquilles il profita de son léger handicap pour se faire plaindre, et eut une idée géniale pour arrêter les voitures, tout simplement en jetant ses béquilles face à elles, avant qu’elles ne passent devant lui.
Hélas les malheurs succèdent souvent aux malheurs, et les années parfois se ressemblent, il est à nouveau victime d’un accident inattendu. La journée plus chaude que d’habitude avait fait fondre le macadam, les chopines avaient succédé aux chopines, comment voulez-vous échapper à votre destin dans ces conditions extrêmes?.
De retour vers des soins obligatoires, il fait des pieds et des mains, pour ne pas subir le même outrage que l’année d’avant.
Il s’adresse au personnel qui dans un élan de volonté hors du commun décident de le conduire à nouveau vers le pommeau salutaire.
Quand il leur rétorque :
Ah non ! ça suffit !…je suis propre vous m’avez déjà fait le coup l’année dernière !.
Que dire de ses passages à Figeac, où il avait ses habitudes, et où l’hiver il pénétrait dans le hall de la poste, la table providentielle qui se trouvait là, lui servait à étaler ses papiers gras, il sortait alors un vieux quignon de pain et quelques victuailles bien grasses, parfois même il sauçait son pain moisi dans une boîte de conserve au contenu douteux, où une croûte épaisse s’était formée.
Une fois pour revenir dans son charnier natal, alors qu’un rocher c’était détaché du roc qui surplombait sa demeure, les pompiers qui pensaient le trouver dessous eurent l’agréable surprise de le voir débarquer frétillant comme un gardon que l’on vient d’attraper au bout d’un hameçon!.
Si vous me cherchez leur dit-il, sourire aux lèvres, je suis là!.
Bien sûr je pourrais vous raconter bien plus d’anecdotes sur sa vie, je terminerai par les deniers mots qu’il m’a dit, alors qu’il arrivait au pied de ma maison natale :
Comment vont vos parents, et les anciens ont sûrement disparu ?.
Il a fini sa route dans un fossé à la sortie d’un virage, à l’âge avançé vu sa vie de 77 ans.
Il eut encore même après sa mort la joie de faire un joli pied de nez à ses successeurs grâce à ses dernières volontés, mais faute d’avoir trop exagéré elles ne furent pas suivies.
Ainsi s’acheva la vie de Taïaut, celui qui joua au pauvre alors qu’il ne l’était pas. On se souviendra de lui avec son béret sur le côté couvrant une silhouette rondouillarde portée par une mobylette bleue, aux humeurs vrombissantes semblables à celles de son maître.
Jupette elle à l’inverse était très coquette elle se rendait à Figeac depuis Carayac également en mobylette.
J’ai eu droit un jour à un spectacle saisissant, alors que je pédalais en direction de Faycelles, une panthère rose aux effluves printanières me doubla, toute voile dehors, me laissant admirer des dessous chics, semblables aux dentelles du cygne.
Jupette refusait qu’on l’appelle monsieur, il appréciait qu’on le reconnaisse en tant que dame.
On pouvait la rencontrer à la courte paille régulièrement, son plaisir était d’avoir des compliments sur sa tenue vestimentaire, surtout quand elle avait revêtu un nouvel ensemble, enfin les femmes apprécieront
cet état d’âme purement féminin.


Ils étaient connus de nous tous au siècle dernier , ils ne sont pas passés inaperçus lors de leur existence, on ne les oublie pas.
Une attirait les regards d’une façon élégante, l’autre dégageait des odeurs qu’une mémoire même peu olfactive ne peut oublier.
Ils habitaient à peu près dans le même secteur, dans la région de Toirac. Tous les deux avaient pour habitude de se rendre à Figeac, de préférence les jours de marché !.
Le premier qui était une figure typique du pays, s’appelait Robert Daynac, mais tout le monde le connaissait sous le nom de Taïaut.
J’ai oublié le nom du second, le soleil ne m’a pourtant pas taper sur la tête, cette petite parenthèse, pour vous dire que c’est ce que disait les gens du pays quand il parlait de lui. Jupette en effet avait voyagé et c’était exposé aux rayons violents du climat africain.
De là, à établir un raccourci avec sa tenue excentrique, il n’y avait qu’un pas à faire.
Remarquez, je peux ouvrir une petite parenthèse, pour vous relater en quelques lignes l’histoire qui est arrivée à mon grand-père paternel. Après cinq ans de légion au début du siècle dernier avec en prime la traversée du désert dans des secteurs très agités, il est recruté pour servir dans la garde républicaine à Paris. Un ancien de la garde à la mauvaise idée de le traiter de bleu dès son arrivée. L’insulte est inacceptable pour le béret vert, il saisit son éperon et le lui plante dans le dos!.
Geste qui lui vaut de passer devant la justice militaire.
Il voit sa peine cependant réduite au minimum car le garde républicain qu’il a blessé reconnaît qu’il l’a provoqué.
Ma grand-mère écrit pour signaler que pendant son séjour dans le désert le soleil lui a tapé sur la tête. Réformé pour débilité mentale, il n’en sera pas moins rappelé pour la grande guerre et cité à deux reprises pour son héroïsme et sa bravoure au combat, lors de la terrible bataille de la Marne en 1914 puis celle de la Somme en 1916. Comme quoi les coups de soleil sur la tronche ne sont pas rédhibitoires pour être un excellent au combattant !.
Ayant moi-même connu les commandos parachutistes du 8 RPIMA je me demande si je n’aurais eu le même réflexe que lui, face à une telle provocation, mais me direz-vous tel grand-père tel petit fils!.
Mais revenons à nos deux lascars lotois.
Taïaut était issu d’une famille très ancienne qui figurait parmi les consuls du pays dès le XVII ème siècle, ils avaient donc eu très longtemps des postes de responsables dans la vie de la communauté. Ils se sont construits un patrimoine non négligeable au fil du temps. Et notre brave Taïaux profitaient des quelques richesses de que ses braves aïeux lui avaient laissé en héritage.
On le sentait venir de loin cet animal, je ne saurais vous décrire son odeur, car comme le disait justement le philosophe Alain, on ne peut pas parler de lumière à un aveugle!.
Là, on se trouve dans la même situation, aussi ayez la gentillesse de demander à ceux qui l’on connu si ce petit exploit de description linguistique est à leur portée.
Taïaux trainait à longueur de journée, il a parcouru tous les chemins du Causse et de la rivière, en quête de quelques victuailles à se mettre sous la dent.
Il n’était pas pauvre je vous le rappelle mais il en avait la parfaite attitude.Lorsque sa vieille mobylette bleue était en panne il prenait le car SNCF pour se déplacer entre Figeac et Cajarc.
Inutile de vous préciser que dès le passage de la porte de l’autobus, il incommodait la totalité des passagers, et il n’avait pas son pareil les jours de grandes affluences pour obtenir une place assise rapidement.
Une flatulence suffisait pour dégager les sièges autour de lui.
Suite à une chute sur son engin motorisé, blessé à une jambe, il est conduit à l’hôpital. Le personnel voyant ce spécimen arriver décident sur le champs de le laver , et malgré ses vibrantes protestations finissent par le coincer sous la douche pour lui enlever quelques couches de crasse.
Inutile de vous dire que les aides soignantes ont eu droit à une série de phrases que je préfère taire.
Il est reparti soigné et heureux que ce supplice soit enfin derrière lui.
Muni de deux béquilles il profita de son léger handicap pour se faire plaindre, et eut une idée géniale pour arrêter les voitures, tout simplement en jetant ses béquilles face à elles, avant qu’elles ne passent devant lui.
Hélas les malheurs succèdent souvent aux malheurs, et les années parfois se ressemblent, il est à nouveau victime d’un accident inattendu. La journée plus chaude que d’habitude avait fait fondre le macadam, les chopines avaient succédé aux chopines, comment voulez-vous échapper à votre destin dans ces conditions extrêmes?.
De retour vers des soins obligatoires, il fait des pieds et des mains, pour ne pas subir le même outrage que l’année d’avant.
Il s’adresse au personnel qui dans un élan de volonté hors du commun décident de le conduire à nouveau vers le pommeau salutaire.
Quand il leur rétorque :
Ah non ! ça suffit !…je suis propre vous m’avez déjà fait le coup l’année dernière !.
Que dire de ses passages à Figeac, où il avait ses habitudes, et où l’hiver il pénétrait dans le hall de la poste, la table providentielle qui se trouvait là, lui servait à étaler ses papiers gras, il sortait alors un vieux quignon de pain et quelques victuailles bien grasses, parfois même il sauçait son pain moisi dans une boîte de conserve au contenu douteux, où une croûte épaisse s’était formée.
Une fois pour revenir dans son charnier natal, alors qu’un rocher c’était détaché du roc qui surplombait sa demeure, les pompiers qui pensaient le trouver dessous eurent l’agréable surprise de le voir débarquer frétillant comme un gardon que l’on vient d’attraper au bout d’un hameçon!.
Si vous me cherchez leur dit-il, sourire aux lèvres, je suis là!.
Bien sûr je pourrais vous raconter bien plus d’anecdotes sur sa vie, je terminerai par les deniers mots qu’il m’a dit, alors qu’il arrivait au pied de ma maison natale :
Comment vont vos parents, et les anciens ont sûrement disparu ?.
Il a fini sa route dans un fossé à la sortie d’un virage, à l’âge avançé vu sa vie de 77 ans.
Il eut encore même après sa mort la joie de faire un joli pied de nez à ses successeurs grâce à ses dernières volontés, mais faute d’avoir trop exagéré elles ne furent pas suivies.
Ainsi s’acheva la vie de Taïaut, celui qui joua au pauvre alors qu’il ne l’était pas. On se souviendra de lui avec son béret sur le côté couvrant une silhouette rondouillarde portée par une mobylette bleue, aux humeurs vrombissantes semblables à celles de son maître.
Jupette elle à l’inverse était très coquette elle se rendait à Figeac depuis Carayac également en mobylette.
J’ai eu droit un jour à un spectacle saisissant, alors que je pédalais en direction de Faycelles, une panthère rose aux effluves printanières me doubla, toute voile dehors, me laissant admirer des dessous chics, semblables aux dentelles du cygne.
Jupette refusait qu’on l’appelle monsieur, il appréciait qu’on le reconnaisse en tant que dame.
On pouvait la rencontrer à la courte paille régulièrement, son plaisir était d’avoir des compliments sur sa tenue vestimentaire, surtout quand elle avait revêtu un nouvel ensemble, enfin les femmes apprécieront
cet état d’âme purement féminin.



