• Visiteur, merci de ne pas poster plus de 5 poèmes par jour. Ceci dans le but d'améliorer la visibilité du site.

verre

quentinsego

Nouveau poète
[FONT=Verdana, sans-serif]Verre


La moquette sous les pieds est douce, tendre. Elle pourrait presque chatouiller si elle n'était pas aussi vieille. Il suffit dès lors de laisser le volet ouvert, laisser le lampadaire entrer, violer la chambre, comme les phares des voitures, pour sentir l'effet d'étouffement s'accentuer.
Ce n'était pourtant pas ce qui était recherché.
Peut-être alors pourrait-elle pousser la fenêtre, pousser de tout son poids, s'avancer sur le bitume, sentir le balcon sous ses fesses. Et fumer une cigarette.
La cigarette représente la fuite la plus inutile à cette sensation d'étouffement.
Elle amène à son exacerbation même. Les voitures continuent à passer, ne font pas attention. Elle descend plus bas, saute, avance sur le trottoir mouillé. Lucioles blanches, néons incolores se réfléchissant sur le goudron. La jaunisse des lampadaires n'est pourtant pas si glauque.
La pluie agite son masque de bienfaisance devant ses yeux, elle a froid, mais refuse de l'admettre. Un sentimentalisme qu'elle pourrait haïr lui fait apprécier la douche. Elle continue à avancer, remonter la rue sous la pluie battante. La ville la gagne et s'enfonce dans le lointain.
L'enthousiasme pourrait régresser mais non, « la nécessité se fait loi ».
Ellipse des derniers mètres dans sa conscience, le parc s'ouvre en face d'elle : clos. Il suffirait presque d'escalader des grilles rendues glissantes par la pluie. L'impression d'orange recouvrant le monde l'interroge, l'étouffe tout en la libérant. Elle voudrait l'exprimer par d'autres mots, mais ne trouve que celui là.
Il suffit d'escalader les grilles. La pelouse semble accueillante, sans boue. Une lumière bleue, froide, blanche, brillante mais froide, glacée, pourrait s'y refléter. Il pleut. Et les nuages ne sont pas plus réjouissants.
La boue envahit le manteau, le pantalon, elle tremble. Romantisme désespérant. La musique semblerait dès lors le seul palliatif à l'étouffement.
Remonter les grilles, les descendre, grelotter, peu fière, prendre un autre chemin, passer devant les trains l'appelant de leurs lumières lunaires, bleues, givrées, grises. La pluie redouble, imbibant ses chaussures, mais pas ses cigarettes. S'arrêter pour regarder les phares, y rêver, reprendre la route semble la seule alternative.
Elle cherche des raisons à ce comportement qui aura inquiété du monde, qui la cherchera, qui l'aimera, qui croira qu'elle a eu un accident.
D'ailleurs elle pourrait avoir un accident, et, tandis que la peur monte, être agressée. Elle pense aussi au camion qui s'approche en face d'elle, qui s'approche brutalement dans un bruit infernal, à la
lumière criarde qui s'en échappe, au mastodonte aveugle des contes pour enfants.
Et elle relève les yeux du bitume du balcon.
Elle pense qu'elle ne sera pas assez courageuse pour sortir se ballader sous la pluie ce soir. Elle pense à ce pseudo dandisme, ce pseudo cynisme inaccomplit.
Elle a sommeil et pense qu'à cause de cet état d'esprit elle ne se laissera pas dormir, qu'elle jettera peut etre l'éponge vers six heures, à l'aube.
Et pourtant elle en a assez de ne faire que ça, rêver.
Donc elle se rallume une autre cigarette, tandis que le balcon du dessus la protège de la douche.
Mais peut être que c'est juste la vie, alors comme elle ne veut pas prendre froid, elle rentre se servir un verre de menthe.
Glissement du soutien-gorge détaché. Elle s'enfonce dans les couvertures, appelle le chat, et son amour. Elle voudrait être avec lui. Régler le réveil du portable, ne pas être en retard en cours. Oui, la rêverie est terminée, la vie reprend et elle veut dormir. Alors elle attrappe le portable, l'ouvre, et voit son texto à lui.
Sourire de miraculée, l'espace d'un instant l'étouffement disparaît, elle lit les mots, en comprenant, boulimisme, les relit, sourire, bonheur.
Elle pose doucement sa tête sur m'oreiller, revoit l'instant de la réception de ce message à la minute précédente, elle sourit, heureuse. Elle pense à lui, ferme les yeux. Elle veut s'endormir en pensant à lui. Mais avant, ses yeux se rouvrent, rivés au plafond. Elle pense à lui, elle se voit le retrouver à la gare, qu'il soit heureux, qu'elle le fasse rêver.
Elle rêve.

quentin flaceliere
si vous avez aimer mon poème alors votez pour lui merci
 
Retour
Haut