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UN SOURIRE

lapoeteamateur

Nouveau poète
Les yeux embués de larmes dès le réveil, je me lève péniblement,
Je sais que mes cauchemars vont me poursuivre inlassablement,
Durant cette journée, une de plus à devoir faire semblant et composer,
Un visage de circonstances pour donner le change et garder ma dignité.
Prête à partir au travail, je m'engouffre dans le froid hivernal du petit matin,
Je serre mon écharpe contre mon cou et enfonce ma tête dans sa chaleur,
J'aperçois à peine les voitures qui crachent la noire fumée de leur moteur,
Je n'entends pas les gens qui se parlent ou se bousculent au hasard du chemin.
Puis soudain, j'entends un murmure, comme venu d'ailleurs, inattendu,
Je tourne la tête vers cette voix rauque et me retrouve face à un inconnu,
Ses yeux brillent et sa bouche s'étire sur tout son visage comme raidi par le froid,
Laissant apparaître des gencives édentées et curieusement, je n'éprouve pas d'effroi.
Son sourire me captive, je reste sans voix, comme attirée par cet homme,
Je sens des frissons parcourir mon dos et sans m'en rendre compte, comme
Contrôlée par des sensations, je réponds à ce sourire, envahie par un bonheur soudain,
Eprouvant une envie irrésistible de m'approcher, de le toucher, sans dégoût aucun.
Il ne parle pas, je reste là tétanisée, je suis comme projetée en arrière, quelques années avant,
Lorsque mon mari, mon enfant partageaient ma vie, mon corps, dans le monde des vivants,
Il continue à sourire à pleine bouche, je reste pantelante, saisie par mes souvenirs,
Quand les miens me souriaient pour un oui, pour un non, d'un bonheur insousciant.
L'homme ne baisse pas les yeux et son sourire emplit tout son visage buriné et ridé,
Je me sens envoutée, retrouvant le goût de caresses et de baisers dont la vie m'a privée,
Et je prend ce sourire tout entier, me nourrissant des émois qu'il fait renaître en moi,
Et je me baigne dans la plénitude qu'il me procure, je le vole égoïstement, je le bois.
L'homme n'attend rien de moi, il donne simplement, il ouvre une fenêtre , une porte,
Son sourire devient un instrument, une clé qui dévérouille, une arme, il me transporte,
L'homme me donne de lui, de mon défunt époux, de ma chair et mon sang,
Son sourire assèche mes larmes, fait soudain briller le soleil dans le brouillard environnant.
Sourire précieux, sensuel, gracile, chaud, savoureux sur un visage enlaidi,
Sourire envoutant, généreux, honnête offert par une bouche dénuée de beauté,
Sourire éternel, pur et dépourvu de cupidité; l'homme s'en va, laissant derrière lui,
Tout l'espace investi de son sourire, du sourire de mes souvenirs, de ma vie jusqu'alors anesthésiée.
 
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