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Souvenir d'Enfance

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Nouveau poète
Souvenir d'enfance

Tu es mort. Pour me le dire les adultes ont toujours utilisés des périphrases mais le mot le plus simple est celui-ci. J'vais 10 ans je crois. Je n'ai pas compris pourquoi ni comment ni quand exactement. Par définition l'enfant est égoïste car innocent. Je n'ai pas échappé à la règle. Je savais juste que la cause de ta souffrance était cette chose qui crachait de la fumée et que tu aimais tant porter à tes lèvres. Ensuite je t'ai vu dans un fauteuil dont tu ne bougeais presque plus. L'enfant que j'étais à 10 ans savait déjà faire les branchements et mettre les doses de morphine dans la boîte magique qui était censée te guérir. Les adultes parlaient de chimiothérapie mais je ne cherchais pas à comprendre réellement. Beaucoup de monde pleurait, j'avais le droit mais je ne l'ai pas fait. Après quelques semaines d'écoles je suis revenue te voir mais tu étais dans un lit dans la maison. Par la fenêtre tu regardais le jardin dans lequel tu avais tant sué. Tu me souriais chaque fois que j'entrai dans ta chambre. Tu me disais des choses dont je ne me souviens plus mais je sais que les adultes m'avaient laissé comprendre que tu délirais et que je ne devais pas être triste si tu me disais des choses que je ne comprenais pas.
On m'a mise dans la voiture puis nous sommes arrivés à un immense bâtiment sur lequel était peinte une croix bleue. C'était l'hôpital où j'étais née. Je ne sais plus à quel étage nous sommes montés. Nous sommes rentrés dans une chambre. Il y avait une grande fenêtre par laquelle il faisait si beau. Tu étais là, dans un lit. Je ne sais plus ce qu'il s'est dit. Quand je suis sortie, la dernière, après avoir lâché ta main sans force, j'ai voulu me retourner pour te dire quelque chose. Mais je ne l'ai pas fais, je t'ai juste souris et je suis partie avec les adultes. Le sois ils m'ont dit en pleurant que c'était fini. Papi est partie. On m'a dit qu'il avait attendu de nous revoir une dernière fois ma sœur et moi avant de faire le grand voyage. Papi ne me racontera plus la guerre en algérie. On m'a dit que je pouvais te revoir une dernière fois mais tu serais tout froid ai-je pensé, j'ai préféré restée dans ton jardin, au soleil, au chaud, pour garder une douce image de toi. Oui, l'enfant est égoïste.
On était dans une église, j'étais devant au premier banc avec ma famille proche. J'avais deviné toute seule que tu étais dans la boite devant moi. Je ne me souviens plus des mots ni du temps qui ont été usés ce jour là. C'est seulement là que j'ai pleuré. Quand on s'est mis debout pour prier, mes jambes se sont mises à trembler et les larmes m'ont aveuglés, j'ai été forcé de me rasseoir parce que peut être aurais-je fini sur le pavé. C'était comme un combat perdu et j'avais capitulé. Tu as été enterré dans le Nord pas de Calais, chez toi. J'étais là encore, tu as été mis dans un caveau où reposaient déjà des gens de ta famille que je n'ai jamais connu. Je ne sais plus si c'est quelques semaines ou quelques mois après que Zoé est venue te rejoindre. On l'a couché comme si elle dormait, je l'ai embrassé et on l'a enterré, elle était bordée avec une couverture en velours. A présent j'ai grandis et j'ai compris beaucoup de choses. Je regrette juste de ne pas m'être retournée quand j'ai quitté ta chambre. J'ai beau te dire dans mes prières ce que j'aurais voulu te dire en face mais je ne sais pas si tu m'entends. J'aurais voulu te dire je t'aime. Une dernière fois.
 
Je suis sûre qu'il a entendu ce que tu voulais lui dire, même si les mots ne sont pas sortis... Un écrit émouvant, avec les dits et les non-dits
 
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