RENCONTRE DU 3ème TYPE
Nouvelle
C’était par une nuit profonde, noire et ténébreuse, aucun souffle, aucun bruissement de vie…Même les hulottes et les grillons se terraient. Cette épaisseur moite et confuse semblait me coller à la peau et je n’aurais été surprise si elle me recouvrait d’un suif impalpable.
Soudainement et en un silence lourd, sourd et pesant, quatre faisceaux de lumière vive et phosphorescente vinrent se poser là…juste devant moi…Puis dans une spirale fluorescente disparurent aussitôt.
Je sentis une présence à mes côtés, je ne pouvais le distinguer mais je su qu’ Il était là. Une fatigue incontrôlable m’envahie et je m’affaissais près d’un chêne.
Eveillée par l’aurore naissante je me pris une fois encore à contempler le lever de l’astre flamboyant. Un coq invitait ses congénères à partager son ode matinale. Ainsi par delà plaines et collines la vie résonnait en la cime des arbres et dans la douce symphonie des mésanges, geais et chardonnerets.
Puis je l’aperçu…Il était endormi, allongé sur le ventre, sa tête reposant sur un bras à demi replié laissait deviner un halo de boucles blondes et soyeuses.
Il m’offrait une nudité sculpturale. Mon regard découvrait ce corps d’Apollon, s’attardant sur la charpente de son dos, sur la chute de ses reins, sur son fessier aux courbes rebondies, sur ses jambes vigoureuses et puissantes. La colorescence dorée et irisée de son épiderme me fascinait.
J’imaginais sans rougir le côté caché de cet Héraclès…De larges épaules, un buste viril et musclé et un sexe dur comme de l’acier, doux comme un velours satiné…Tout de lui ne dégageait que force et virilité.
Puis après un étirement de tout son être je pus enfin découvrir son visage qui me révélait les proportions parfaites d’une extrême harmonie…Des lèvres sensuelles et pulpeuses qui laissaient entrevoir une dentition d’un blanc de porcelaine…Des yeux étranges d’un bleu émeraude constellés de paillettes argentées…Les vibrations de sa voix de baryton me donnaient à elles seules l’impulsion de grands frissons.
Les étoiles s’allumaient et s’éteignaient dans la voûte céleste, le soleil poursuivait son éternelle course, les jours aux nuits se succédaient.
Une semaine s’était écoulée depuis notre rencontre lorsqu’il m’informa que je portais en mon sein le résultat de nos étreintes…L’heure de la délivrance était venue…Je ne pus le croire ! Mais sans tenir compte de mes dénégations il me fit étendre et imposa ses mains sur mon ventre brusquement gonflé et distendu.
Sans aucune douleur je donnais naissance à deux petits êtres…Une fille et un garçon…Sans plus attendre il murmura qu’il était temps pour eux de partir, qu’il allait tout effacer de ma mémoire.
Ses douces lèvres se posèrent sur les miennes et je le senti absorber le fluide de mes souvenirs. Mais il fut interrompu par quatre faisceaux de lumière vive et phosphorescente. Dans une spirale fluorescente je les vis tous les trois disparaitre.
Et puis j’ai erré, par monts et par vaux, glanant deci delà quelques baies sauvages…Je ne voyais rien, je marchais…Je ne pensais à rien, je marchais…J’ai traversés bois et forêts, torrents et rivières et suis arrivée hébétée sur la place d’un village.
Pieds nus et ensanglantés, en haillons à moitié découverte, les cheveux hirsutes et emmêlés, les mains et le visage griffurés et parsemés de boue…
Les gendarmes m’ont prise, me demandant qui j’étais, ce que je faisais là, d’où je venais…Devant mon air hagard ils m’on conduite dans une grande bâtisse en pierres grises, entouré d’un parc peu accueillant ceinturé de hautes grilles.
Je pus distinguer sur la façade Le Refuge Maison d’aliens ...non d’aliénés…
Je dus enfiler une camisole.
J’ai dû maintes et maintes fois raconter mon histoire devant des psychologues, psychiatres, infirmiers, docteurs…Ils m’ont prescrit des pilules, des cachets, des douches froides, des douches chaudes, des électrochocs, des électrochics, des calmants, des stimulents…Si bien que je ne sais toujours pas qui je suis.
Je me sens bien au Refuge.
Tous les matins je vais en thérapie de groupe, les pensionnaires sont un peu étranges mais ne sont pas désagréables.
Il y a la grande Carla, qui de jour comme de nuit gratte sur une casserole sans corde en miaulant sur son pauvre petit filet de voix une chanson sur un phoque …non sur un pingouin, et elle chuchote à qui va le prénom de Raymond. Elle a de la chance, elle se souvient ! moi j’ignore comment il s’appelait et j’ignore même mon prénom. Cela provient peut être qu’il a commencé à absorber ma mémoire ou des médicaments qu’on me fait ingurgiter. J’arrive des fois à plus trouver les mots et faire une phrase correcte.
Y en a un aussi qui dit s’appeler Cahuzac. Il est pas méchant. Y dit simplement qui va faire rapatrier ses comptes en Suisse et qui va racheter la casba pour en faire un tripot/boxon et que DSK serait membre d’honneur.
Y en a un qu’on surnomme Gogole mais qui se dit Google et qu’en un clip y peut tout savoir.
Y en a un qui se dit François Ier et qui va aller en pèlerinage à Marignan en 2115, y dit aussi que c’est lui le pape et qu’il est aussi Mitterrand et Hollande…
Puis y en a une qui dit qu’elle est une Toubira et qu’elle va faire adopter la polygamie pour tous car quand on se marie à deux, même du même sexe, on a en début de mois moins d’argent que si on vivait à huit ou à dix.
Mais y a aussi des plus dangereux comme celle qui dit qu’elle est Jeanne d’Arc. Elle allume des bûchers partout disant qu’elle va tous nous mettre dedans pour la rédemption.
Y a aussi un qui se dit être Landru et qui a essayé de mettre la Jeanne dans un four.
Depuis quinze jours je ne prends plus de médicaments, je fais semblant de les avaler mais je les recrache. Je me sens beaucoup mieux. Je viens d’avoir un traitement de faveur : on a enfin trouvé qui j’étais…Un soit disant écrivain ! J’ai apparemment reçu le prix Soncours, ou Concours…non Goncourt…mais je ne m’en souviens pas.
J’ai ainsi pu obtenir une chambre au rez de chaussée avec porte fenêtre sur le parc (qui ne se révèle pas si inaccueillant après tout).
Dans ma chambre j’ai un bureau, et on m’a donné des crayons noirs, des gommes, un taille crayon et des feuilles de papiers.
J’essaye de retrouver le fil de mes pensées.
J’ai également un nouveau psy qui me donne de bons conseils « Ne pas dévoiler au grand jour ma rencontre du 3ème type ». Pour exemple il aime à me conter cette allégorie :
« Vous croyez me voir, vous croyez m’entendre alors que je ne suis rien, que je suis ailleurs dans un tout. Mais le tout n’est rien alors que le rien est tout.
Vous pensez n’être rien alors que vous formez un tout. Un tout de rien, un tout de tout.
Alors repensez à votre histoire et vous verrez que rien est tout et que tout cela n’est rien ».
Troisième mois sans cachet ni pilule. J’ai enfin pu rédiger en dérision mon histoire.
Demain, journée porte ouverte au Refuge avec la venue de hautes autorités. Maire, adjoints, conseillers municipaux avec leurs épouses ou époux.
Préfet, sous préfet avec leurs épouses ou époux, La Ministre de la santé et des handicapés mentaux avec son époux ou épouse.
Nous allons leur livrer un petit spectacle.
Bien sûr la Carla va ânonner sur sa casserole sans corde…Nous allons aussi célébrer l’union de la Jeanne et de Landru. (Ils se sont découvert un amour tout feu tout flamme)
Et mon speech ….sur la rencontre du 3ème type…
Le grand jour est arrivé, me voilà debout sur une chaise, la parole est à moi :
« Vrai, je n’étais pas tout à fait pucelle lorsque je l’ai rencontré.
Mon premier type avait le type Asiato/Afro/Espagnol. Pas tout à fait mon type de mec, je n’aime pas les types à moustache. C’était un drôle de type vachement typé. Il était typographe.
Puis je me suis éprise d’un second type, complètement atypique du premier. Le prototype du type nordique. L’archétype de l’autre et sans stéréotype ni typologie. On a même signé un contrat type. Mais c’était un pauvre type.
Puis j’ai enfin rencontré le troisième type. Lui au moins revêtait le type de perfection, sans type bien défini…Le type idéal avec un fort type de caractère. Un type de gabarit idéal, genre type étalon…Le type top quoi ! »
Tonnerre d’applaudissement et d’ovations avec des voix dans le public j’veux être le 4ème, moi le 5ème …
Allais-je regagner ma liberté ?
Je n’en demande pas tant…
Juste de sortir en l’aube naissante, admirer le lever de l’astre flamboyant, le voir se coucher au crépuscule….et attendre…
Attendre et entendre les petites voix enfantines de Lulu et de Lili (c’est ainsi que je les ai surnommés) me dire « Maman, entre dans la lumière, nous sommes venus te chercher ».
Nouvelle
C’était par une nuit profonde, noire et ténébreuse, aucun souffle, aucun bruissement de vie…Même les hulottes et les grillons se terraient. Cette épaisseur moite et confuse semblait me coller à la peau et je n’aurais été surprise si elle me recouvrait d’un suif impalpable.
Soudainement et en un silence lourd, sourd et pesant, quatre faisceaux de lumière vive et phosphorescente vinrent se poser là…juste devant moi…Puis dans une spirale fluorescente disparurent aussitôt.
Je sentis une présence à mes côtés, je ne pouvais le distinguer mais je su qu’ Il était là. Une fatigue incontrôlable m’envahie et je m’affaissais près d’un chêne.
Eveillée par l’aurore naissante je me pris une fois encore à contempler le lever de l’astre flamboyant. Un coq invitait ses congénères à partager son ode matinale. Ainsi par delà plaines et collines la vie résonnait en la cime des arbres et dans la douce symphonie des mésanges, geais et chardonnerets.
Puis je l’aperçu…Il était endormi, allongé sur le ventre, sa tête reposant sur un bras à demi replié laissait deviner un halo de boucles blondes et soyeuses.
Il m’offrait une nudité sculpturale. Mon regard découvrait ce corps d’Apollon, s’attardant sur la charpente de son dos, sur la chute de ses reins, sur son fessier aux courbes rebondies, sur ses jambes vigoureuses et puissantes. La colorescence dorée et irisée de son épiderme me fascinait.
J’imaginais sans rougir le côté caché de cet Héraclès…De larges épaules, un buste viril et musclé et un sexe dur comme de l’acier, doux comme un velours satiné…Tout de lui ne dégageait que force et virilité.
Puis après un étirement de tout son être je pus enfin découvrir son visage qui me révélait les proportions parfaites d’une extrême harmonie…Des lèvres sensuelles et pulpeuses qui laissaient entrevoir une dentition d’un blanc de porcelaine…Des yeux étranges d’un bleu émeraude constellés de paillettes argentées…Les vibrations de sa voix de baryton me donnaient à elles seules l’impulsion de grands frissons.
Les étoiles s’allumaient et s’éteignaient dans la voûte céleste, le soleil poursuivait son éternelle course, les jours aux nuits se succédaient.
Une semaine s’était écoulée depuis notre rencontre lorsqu’il m’informa que je portais en mon sein le résultat de nos étreintes…L’heure de la délivrance était venue…Je ne pus le croire ! Mais sans tenir compte de mes dénégations il me fit étendre et imposa ses mains sur mon ventre brusquement gonflé et distendu.
Sans aucune douleur je donnais naissance à deux petits êtres…Une fille et un garçon…Sans plus attendre il murmura qu’il était temps pour eux de partir, qu’il allait tout effacer de ma mémoire.
Ses douces lèvres se posèrent sur les miennes et je le senti absorber le fluide de mes souvenirs. Mais il fut interrompu par quatre faisceaux de lumière vive et phosphorescente. Dans une spirale fluorescente je les vis tous les trois disparaitre.
Et puis j’ai erré, par monts et par vaux, glanant deci delà quelques baies sauvages…Je ne voyais rien, je marchais…Je ne pensais à rien, je marchais…J’ai traversés bois et forêts, torrents et rivières et suis arrivée hébétée sur la place d’un village.
Pieds nus et ensanglantés, en haillons à moitié découverte, les cheveux hirsutes et emmêlés, les mains et le visage griffurés et parsemés de boue…
Les gendarmes m’ont prise, me demandant qui j’étais, ce que je faisais là, d’où je venais…Devant mon air hagard ils m’on conduite dans une grande bâtisse en pierres grises, entouré d’un parc peu accueillant ceinturé de hautes grilles.
Je pus distinguer sur la façade Le Refuge Maison d’aliens ...non d’aliénés…
Je dus enfiler une camisole.
J’ai dû maintes et maintes fois raconter mon histoire devant des psychologues, psychiatres, infirmiers, docteurs…Ils m’ont prescrit des pilules, des cachets, des douches froides, des douches chaudes, des électrochocs, des électrochics, des calmants, des stimulents…Si bien que je ne sais toujours pas qui je suis.
Je me sens bien au Refuge.
Tous les matins je vais en thérapie de groupe, les pensionnaires sont un peu étranges mais ne sont pas désagréables.
Il y a la grande Carla, qui de jour comme de nuit gratte sur une casserole sans corde en miaulant sur son pauvre petit filet de voix une chanson sur un phoque …non sur un pingouin, et elle chuchote à qui va le prénom de Raymond. Elle a de la chance, elle se souvient ! moi j’ignore comment il s’appelait et j’ignore même mon prénom. Cela provient peut être qu’il a commencé à absorber ma mémoire ou des médicaments qu’on me fait ingurgiter. J’arrive des fois à plus trouver les mots et faire une phrase correcte.
Y en a un aussi qui dit s’appeler Cahuzac. Il est pas méchant. Y dit simplement qui va faire rapatrier ses comptes en Suisse et qui va racheter la casba pour en faire un tripot/boxon et que DSK serait membre d’honneur.
Y en a un qu’on surnomme Gogole mais qui se dit Google et qu’en un clip y peut tout savoir.
Y en a un qui se dit François Ier et qui va aller en pèlerinage à Marignan en 2115, y dit aussi que c’est lui le pape et qu’il est aussi Mitterrand et Hollande…
Puis y en a une qui dit qu’elle est une Toubira et qu’elle va faire adopter la polygamie pour tous car quand on se marie à deux, même du même sexe, on a en début de mois moins d’argent que si on vivait à huit ou à dix.
Mais y a aussi des plus dangereux comme celle qui dit qu’elle est Jeanne d’Arc. Elle allume des bûchers partout disant qu’elle va tous nous mettre dedans pour la rédemption.
Y a aussi un qui se dit être Landru et qui a essayé de mettre la Jeanne dans un four.
Depuis quinze jours je ne prends plus de médicaments, je fais semblant de les avaler mais je les recrache. Je me sens beaucoup mieux. Je viens d’avoir un traitement de faveur : on a enfin trouvé qui j’étais…Un soit disant écrivain ! J’ai apparemment reçu le prix Soncours, ou Concours…non Goncourt…mais je ne m’en souviens pas.
J’ai ainsi pu obtenir une chambre au rez de chaussée avec porte fenêtre sur le parc (qui ne se révèle pas si inaccueillant après tout).
Dans ma chambre j’ai un bureau, et on m’a donné des crayons noirs, des gommes, un taille crayon et des feuilles de papiers.
J’essaye de retrouver le fil de mes pensées.
J’ai également un nouveau psy qui me donne de bons conseils « Ne pas dévoiler au grand jour ma rencontre du 3ème type ». Pour exemple il aime à me conter cette allégorie :
« Vous croyez me voir, vous croyez m’entendre alors que je ne suis rien, que je suis ailleurs dans un tout. Mais le tout n’est rien alors que le rien est tout.
Vous pensez n’être rien alors que vous formez un tout. Un tout de rien, un tout de tout.
Alors repensez à votre histoire et vous verrez que rien est tout et que tout cela n’est rien ».
Troisième mois sans cachet ni pilule. J’ai enfin pu rédiger en dérision mon histoire.
Demain, journée porte ouverte au Refuge avec la venue de hautes autorités. Maire, adjoints, conseillers municipaux avec leurs épouses ou époux.
Préfet, sous préfet avec leurs épouses ou époux, La Ministre de la santé et des handicapés mentaux avec son époux ou épouse.
Nous allons leur livrer un petit spectacle.
Bien sûr la Carla va ânonner sur sa casserole sans corde…Nous allons aussi célébrer l’union de la Jeanne et de Landru. (Ils se sont découvert un amour tout feu tout flamme)
Et mon speech ….sur la rencontre du 3ème type…
Le grand jour est arrivé, me voilà debout sur une chaise, la parole est à moi :
« Vrai, je n’étais pas tout à fait pucelle lorsque je l’ai rencontré.
Mon premier type avait le type Asiato/Afro/Espagnol. Pas tout à fait mon type de mec, je n’aime pas les types à moustache. C’était un drôle de type vachement typé. Il était typographe.
Puis je me suis éprise d’un second type, complètement atypique du premier. Le prototype du type nordique. L’archétype de l’autre et sans stéréotype ni typologie. On a même signé un contrat type. Mais c’était un pauvre type.
Puis j’ai enfin rencontré le troisième type. Lui au moins revêtait le type de perfection, sans type bien défini…Le type idéal avec un fort type de caractère. Un type de gabarit idéal, genre type étalon…Le type top quoi ! »
Tonnerre d’applaudissement et d’ovations avec des voix dans le public j’veux être le 4ème, moi le 5ème …
Allais-je regagner ma liberté ?
Je n’en demande pas tant…
Juste de sortir en l’aube naissante, admirer le lever de l’astre flamboyant, le voir se coucher au crépuscule….et attendre…
Attendre et entendre les petites voix enfantines de Lulu et de Lili (c’est ainsi que je les ai surnommés) me dire « Maman, entre dans la lumière, nous sommes venus te chercher ».