Filiatus
Maître Poète
Entre mil huit cent soixante-huit
Et mil huit cent soixante et onze
Tous ses biographes hésitent
À dire quand est né le gonze
En soixante-neuf, dirons-nous
Histoire de fixer un âge
Car sur la vie de ce gourou
Je ne veux pas en faire huit pages
On sait que c'est en Sibérie
Que Raspoutine voit le jour
Non, ce n'est pas le fils maudit
Du Tsar ou quelqu'un de sa cour
Il laisse tomber sa famille
Pour se vouer au sacerdoce
Et vêtu de quelques guenilles
En Sibérie roule sa bosse
Un jour il quitte sa province
Pour se rendre à Saint-Pétersbourg
Là-bas, les religieux, bons princes
Impressionnés par son discours
Lui offrent l'hospitalité
À l'institut théologique
Aussitôt notre illuminé
Tisse sa toile maléfique
Un peu moine, un peu guérisseur
Un peu poète, un peu prophète
Un peu ivrogne, un peu hâbleur
Un peu coureur de bergerettes
Quelques miracles accomplis
Viennent aux oreilles du Tsar
Dont le jeune fils est au lit
Atteint d'une maladie rare
Le Tsarévitch est hémophile
Un mal incurable en ce temps
Aussi le Tsar réclame-t-il
Le moine au chevet de l'enfant
Raspoutine sauve Alexis
Seul héritier de la couronne
Dès cet instant, l'Impératrice
Pour le guérisseur se passionne
Bientôt la famille au complet
Lui voue une telle affection
Qu'on lui attribue au palais
Un appartement de fonction
Il devient le lieu de passage
De moultes sollicitations
Des plus importants personnages
Aux jeunes filles et garçons
Lors, attirés par son charisme
Les membres du gouvernement
Aux séances de spiritisme
Le rejoignent secrètement
En mil neuf cent seize, les Russes
Sont défaits par les Allemands
Dans le peuple il n'en faut pas plus
Pour montrer du doigt le géant
"Le moine est vendu aux Teutons
C'est un ennemi de nos terres
Il faut l'abattre !", tonne-t-on
Ce qu'un prince consent à faire
Accompagné de quelques gouapes
Ce prince invite Raspoutine
À profiter de ses agapes
Et se conclure en partie fine
Au repas le moine ingurgite
Une abondante nourriture
Que le hobereau hypocrite
Avait imprégné de cyanure
Mais au lieu de mourir d'emblée
L'ogre se porte comme un charme
Aussi le prince dégoûté
Est contraint de sortir son arme
Et sur le moine demandant
Qu'on lui resserve un peu de vin
Il tire un coup à bout portant
Puis appelle le médecin
Quand l'homme examine le corps
Raspoutine toujours respire
Longtemps il faut attendre encore
Pour que le moine enfin expire
Mais quelques minutes après
Le moine saute au cou d'un homme
Quatre ou cinq balles sont tirées
Et d'une matraque on l'assomme
Les conjurés jettent le corps
Dans la Neva et puis se sauvent
Épuisés de tous leurs efforts
Laissant au fleuve le grand fauve
Quand on repêche son cadavre
On voit bien qu'il est mort noyé
Ce qui veut dire et qui me navre
C'est que vivant on l'a jeté
Et mil huit cent soixante et onze
Tous ses biographes hésitent
À dire quand est né le gonze
En soixante-neuf, dirons-nous
Histoire de fixer un âge
Car sur la vie de ce gourou
Je ne veux pas en faire huit pages
On sait que c'est en Sibérie
Que Raspoutine voit le jour
Non, ce n'est pas le fils maudit
Du Tsar ou quelqu'un de sa cour
Il laisse tomber sa famille
Pour se vouer au sacerdoce
Et vêtu de quelques guenilles
En Sibérie roule sa bosse
Un jour il quitte sa province
Pour se rendre à Saint-Pétersbourg
Là-bas, les religieux, bons princes
Impressionnés par son discours
Lui offrent l'hospitalité
À l'institut théologique
Aussitôt notre illuminé
Tisse sa toile maléfique
Un peu moine, un peu guérisseur
Un peu poète, un peu prophète
Un peu ivrogne, un peu hâbleur
Un peu coureur de bergerettes
Quelques miracles accomplis
Viennent aux oreilles du Tsar
Dont le jeune fils est au lit
Atteint d'une maladie rare
Le Tsarévitch est hémophile
Un mal incurable en ce temps
Aussi le Tsar réclame-t-il
Le moine au chevet de l'enfant
Raspoutine sauve Alexis
Seul héritier de la couronne
Dès cet instant, l'Impératrice
Pour le guérisseur se passionne
Bientôt la famille au complet
Lui voue une telle affection
Qu'on lui attribue au palais
Un appartement de fonction
Il devient le lieu de passage
De moultes sollicitations
Des plus importants personnages
Aux jeunes filles et garçons
Lors, attirés par son charisme
Les membres du gouvernement
Aux séances de spiritisme
Le rejoignent secrètement
En mil neuf cent seize, les Russes
Sont défaits par les Allemands
Dans le peuple il n'en faut pas plus
Pour montrer du doigt le géant
"Le moine est vendu aux Teutons
C'est un ennemi de nos terres
Il faut l'abattre !", tonne-t-on
Ce qu'un prince consent à faire
Accompagné de quelques gouapes
Ce prince invite Raspoutine
À profiter de ses agapes
Et se conclure en partie fine
Au repas le moine ingurgite
Une abondante nourriture
Que le hobereau hypocrite
Avait imprégné de cyanure
Mais au lieu de mourir d'emblée
L'ogre se porte comme un charme
Aussi le prince dégoûté
Est contraint de sortir son arme
Et sur le moine demandant
Qu'on lui resserve un peu de vin
Il tire un coup à bout portant
Puis appelle le médecin
Quand l'homme examine le corps
Raspoutine toujours respire
Longtemps il faut attendre encore
Pour que le moine enfin expire
Mais quelques minutes après
Le moine saute au cou d'un homme
Quatre ou cinq balles sont tirées
Et d'une matraque on l'assomme
Les conjurés jettent le corps
Dans la Neva et puis se sauvent
Épuisés de tous leurs efforts
Laissant au fleuve le grand fauve
Quand on repêche son cadavre
On voit bien qu'il est mort noyé
Ce qui veut dire et qui me navre
C'est que vivant on l'a jeté