totora
Nouveau poète
« De l’aube au crépuscule on se rince la gueule à l’amiante, espérant alors que le cancer nous prendrait vite. Les cachets de silence et les ombres que forment les sillons de tes propres écorchures sur ta peau, déjà brûlées me font bader. C’est ça le monde ? La respiration troublée par l’air moite, les yeux explosés par le manque de lumière, et puis les frissons, encore et encore, qui ne s’arrêtent pas, j’ai peur. J’ai peur de ce qu’il y a derrière la porte, derrière les murs, derrière les nuages cachant le soleil. J’ai peur de tout voir en noir, de rater les marches en descendant l’escalier, de trébucher, de tomber, tomber, toujours tomber plus bas. J’ai peur tu sais ? Et te voir ne me rassures pas… Jamais. Et si tout se passait mal ? Si le ciel nous tombait sur la gueule, et que les trémolos dans la voix des chanteurs, ne battaient plus le tempo d’un monde rose. Si les gens devenaient aussi "optimistes" que nous ! Si on se faisait contaminer ? Si je te perdais encore ? Si tes yeux ne regardaient plus jamais dans ma direction et si… et si.
C’est tellement mieux de fuir tu ne crois pas ? Aller, on le refait ? Encore une fois, un temps, un an, pas plus, et on reviendra je te l’assure ! On reviendra quand on aura plus peur, quand on sera mature, quand je serais mature. « Tu y crois toi ? La magie des rencontres… et la peur d’en mourir ? » Disais l’autre. Tu y crois toi ? Si tu y crois alors… alors viens avec moi, allons nous en, et ne nous obligeons pas à regarder derrière la porte, elle nous mènerait tout droit aux enfers… Et j’ai peur des enfers ! J’ai peur des morts, du feu qui brûlent encore un peu plus ta peau, et de ce dégoût que t’as de toi ! J’ai peur… J’ai peur du futur ! Du futur et de toi, du futur et de tes yeux mouillés, de tes yeux que je ne saurais sécher… J’ai peur du futur, tu m’entends ? Après tout j’ai de quoi non ? La porte est vieille, usée, les murs sont décrépis. T’es d’accord avec moi, non ? T’es d’accord ? Viens dans mes bras.»