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  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion totora
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totora

Nouveau poète
Il passa frénétiquement sa main dan ses cheveux, histoire de relever la mèche qui pendait devant ses yeux, il avait pris cette habitude, c’était comme un tic, puis après il passait lentement sa main sur son visage. Ça ne servait à rien, mais il le faisait tout le temps, comme pour se rassurer qu’il était toujours bien vivant, comme pour s’assurer qu’il respirait toujours et que tout l’univers autour de lui existait bel et bien… C’était une des rares choses qui le laissait encore conscient du monde, après tout le monde lui s’en fichait bien, il n’y avait rien. Que des souffles d’un oxygène pollué par tant d’autres respirations, par tant de bouffés des clopes qu’il regardait tournait autour de lui, que du bruit qui sortait compacte des tout les cotés, que des gens qui s’entassaient dans les couloirs, faisant la queue pour ne rien recevoir d’autre qu’une balle dans le cœur. Que de la chair à canon dans un carton moisie par la pluie, par la buée, par la fumée, la condensation de tout ces sentiments qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui.
Il alluma pour la quinzième fois en cinq minute son téléphone portable et composa encore une fois le même numéro, et pour la quinzième fois il éteignit son téléphone sans avoir appelé. Il aurait aimé qu’elle réponde, il aurait aimé lui dire qu’il était devant sa porte, et que malgré tout, il l’aimait fort, qu’il n’était pas parti pour rien, que s’il avait pu il serait rester, que ce n’était rien d’autre qu’un mot « adieu » rien de plus, qui n’engageait si peu de chose… mais au fond lui-même n’y croyais pas, a-t-on le droit de dire aux poètes que les mots ne valent rien ? Avait-on ce droit ? Est-ce que l’on peut se sentir crédible après tout ça ? Non, il le savait. C’était trop tard pour elle, il le savait. La douleur dans son ventre se réveilla et lui fit de nouveau se plier en deux, la bile remontait jusqu'à dans sa gorge et lui brûlait la langue. Aucun cachet ne lui faisait passer ça, c’est incroyable ce qu’ils appellent « le Spleen », ça ronge. Il aurait aimé l’appeler, appuyer enfin sur le bouton vert, lui proposer de boire un café, de s’asseoir sur un banc, de respirer l’air ambiant et de se parler, comme avant. Il aurait aimé une autre chance, encore. La deuxième, ou la dixième après son départ. Il aurait aimé s’asseoir avec elle sur ce banc, leurs regards l’un dans l’autre, en souriant, en rigolant. Comme ça n’a jamais existé, comme ça n’existait pas avant.
Il crachat ses poumons et tomba à genoux sur le sol, il en avait assez d’attendre, il se disait qu’après tout, s’il elle ne voulait plus de lui, c’était son choix, et qu’il devait faire avec, il n’existait pas qu’une personne dans le monde. Une ce n’est jamais tout. Après tout, les douleurs dans la tête, dans le corps, s’évaporeront bien avec quelques medocs, après tout on guérit tout par molécule de synthèse. Après tout on est jeune encore, et les amis ou les amours, on les déçoit on s’en refait, et de toute façon, les amis et les amours, ils ne restent jamais. Après tout c’était de sa faute, elle n’avait pas qu’a accepter tout ses écarts, toutes ses conneries. Après tout ils étaient pareils, et ils le savaient. Après tout eux deux, « ça ne se briserait jamais. C’était forgé dans la douleur, dans l’inquiétude. » Après tout… « On s’aidait l’un pour l’autre ». C’était de sa faute à elle. Il se releva et s’éloigna alors de la porte d’entrée.
Il marcha, quelques heures encore, un peu moins aveuglé par le déni. Personne n’est fautif, ou alors que lui, ou eux d’eux, mais surtout pas elle. C’est comme ça, le destin. Ils avaient demandé plus, ils l’avaient contrarié, ils ont voulu être deux et ne faire plus qu’un. Ça n’a pas marché. Après tout ils ont tout brisé, mais si ça se trouve c’est pour mieux se retrouver un jour, ou pas du tout. Qu’est ce que ça peut faire ? C’est comme ça, pas besoin d’être aveugle pour le voir, leurs poumons ne se serrent plus autant qu’avant quand ils entendent chacun de leurs cotés leurs prénoms, leurs regards ne se perdent plus le long de ces messages bidons envoyés avant, c’est un peu ça, « le prix à payer pour la maturité », un peu ça que l’on doit regarder mourir pour pouvoir grandir. « Comme pour cette plante, ou la maman meure pour laisser pousser ses enfants, explosant en milliers de graines, en millier de solutions. » Et si eux deux ce n’était pas un peu ça ? S’ils ne devaient pas exploser, pour donner naissance à des milliers d’autres situations, d’autres rencontres ? Dans l’une de ces graines peut être qu’il y aura un nouveau « Nous » différent, plus fort, plus grand. Peut être que celui là sera moins égoïste et fixé sur ses sentiments ? Après tout, peut être qu’il saura où sont les limites et ne demandera pas plus, aucun battement de cœur, ou ceux là dès le début. Quelque chose de décidé, quelque chose de fixe et pas changeant. Puisqu’il l’un ou l’autre doit être fataliste, alors il le sera. Il grandira et comprendra les choses différemment, et n’aura pas le gout amer du regret, rien, juste du silence et de la quiétude. Et les jours s’écouleront sans pensées, sans messages, sans appels, sans volontés de se battre contre ce qu’il ne comprenait pas.
Les jours sont passés, en effet, les mois même je crois, et ils n’avaient plus du tout de nouvelles, presque plus de ces messages froids qui les laissaient en contact. Ils étaient quoi ? Deux inconnus. Pas tout à fait étrangers au vue de leurs mauvaises pensées. Ouais ça fait mal, il le savait. C’était douloureux ce froid, et la sensation de savoir qu’ailleurs aussi il fera froid. Attendre, attendre que tout change, parce qu’évidement la décision ne tient plus, bien trop inconstant qu’il était comment pourrait il croire qu’il allait vraiment s’engager dans un « vrai » choix ? Alors il composa le numéro, s’arrêta un instant avant d’appuyer sur le fameux bouton vert. « Salut. - Salut. – ça te dirait d’aller boire un verre avec moi plus tard ? » Le refus, la boule au ventre, le soupir et rien. L’envie de retourner s’allonger sous sa couette pour chasser les fantômes hors de sa tête, ou bien les étouffés, seul sous son énorme couette il prendrait tout l’oxygène et les étoufferaient !
Le téléphone portable qui sonne, le message qui s’affiche, un « je suis d’accord » sorti de nulle part. Et puis l’attente d’une réponse, d’une heure, d’un lieu. Message auquel il ne répondit pas, auquel il ne répondrait jamais. Était-il prêt ? Cela faisait si longtemps qu’il ne s’était pas vu, ils se contentaient de quelques texto écrits à la va-vite, histoire de s’assurer que chacun se portait bien.




« Y a du ciment dans ton cerveau, tes neurones ont été figés sur place. Dis t’es conscient de ce que tu dis ? T’es conscient de ce que tu fais ? Le vide, là, l’illusion aussi, tu crois que ce n’est pas un peu trop ? Qu’il est temps de s’arrêter un instant de marcher, de courir et de réfléchir ? Mais de réfléchir vraiment ? Arrête de laisser les choses comme ça et bouges-toi. Arrête, avance. Ne fais pas une chose et son contraire. Retrouves-toi, retrouves là, vas la voir, réponds-lui, rejoins là. Et exclue de ta tête toutes pensées de départ. Une fois, pas deux. »


Amicalement.​
 
"s'asseoir 5 min sur un banc avec toi et regarder la vie tant qu'y'en a" (cf Renaud); et oui la fameuse retenue ou hésitation de "j'appuie sur le vert ou bien..."
La fusion entre deux êtres est très dangereuse et à mes yeux elle est négative; "ne former qu'un" n'est pas favorable, connais-tu cette phrase "marcher ensemble dans la même direction" : voilà ce qui est plus propice, la complémentarité dotée d'une bonne complicité! Alors, oui c'est vérace ci-dessus, au final on prend des news juste pour se conforter que l'autre aille bien et les échanges sont finalement très volatiles et finalement deux âmes esseulées qui auraient peut-être pu se compléter finissent par devenir inconnues l'une de l'autre et l'une pour l'autre... :(
Très bon texte que tu nous a offert là; beaucoup de matière à réflexion!! Merci!!
 
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