POUR VIOLETTE
« Excusez-moi, Monsieur. Vous pouvez m’attraper cette poupée s’il vous plait ? »
Benoît, homme de petite corpulence, le ventre bedonnant, le crâne dégarni et l’aspect maladif se retourna. Il resta un cours instant sans rien dire. Ses yeux globuleux fixant la fillette qui lui avait adressé la parole. Il commença à transpirer.
« Qu’est-ce que tu veux ma petite ? demanda-t-il doucement avec un petit sourire.
_ La poupée là haut, s’il vous plaît. »
Benoît leva la tête puis regarda à nouveaux la fillette. Elle devait avoir onze ans, elle portait une petite robe blanche avec des petits nœuds roses, ses cheveux était longs et blonds.
Tout ce qu’aimait Benoît.
«Pourquoi celle-là ma petite ? Elle est moins belle que celle-ci, non ? »
Benoît lui montra une poupée toute magnifique et de plus a la hauteur de la fillette.
« Oui, mais je n’ai pas assez d’argent sur moi, Monsieur.
_ Ah, d’accord. »
Il s’accroupi pour avoir son visage face a celui de la jeune fille.
« Tu sais, si tu veux une très belle poupée comme celle-ci, je connais un petit magasin pas très loin d’ici qui la vend beaucoup moins cher.
_Ah bon, et c’est où ?
_ Tu veux que je montre ?
_Oh oui, s’il vous plaît. »
Benoît sourit à la jeune fille. (« quelle chance ! » se dit-il). Il n’avait même pas eu à parlementer pendant plus de dix minutes pour que la fillette le suive.
Ils sortirent et il l’emmena deux ruelles plus loin.
Là, il fit entrée la fillette dans un vieil immeuble en prétextant qu’il avait oublié de nourrir son chat.
Son cerveau était en ébullition. La fillette continuait à le suivre.
« Je n’en ai pas pour longtemps ma petite. Mais, si tu veux, tu peux monter m’aider à nourrir mon chat.
_oh oui, je veux bien, monsieur.
_ Oh, appel moi Benoît, on peut dire qu’on se connaît, maintenant. Et toi comment t’appelles-tu ?
_ Rose.
_quel jolie prénom. Et bien Rose, bienvenue chez moi. Entre, on va nourrir le chat et après on ira acheter ta poupée. »
Rose entra. Benoît ferma la tira et tira discrètement le verrou.
Il faisait semblant de chercher son et se dirigea dans la cuisine.
« Il a dû sortir par la fenêtre ce chenapan.
_oh, j’espère qu’i reviendra vite.
_oui, il revient tout le temps. Assis toi si tu veux. On va l’attendre cinq minutes et s’il n’est toujours pas là, on ira à sa recherche. Ça ne te dérange pas ?
_non, non.
Benoît transpirait beaucoup. Sa tête était en feu.
Puis, il s’assit à côté de Rose.
« Tu en as un bel ours en peluche.
_merci, Benoît.
_il s’appel comment ?demanda-t-il en s’approchant d’elle.
_Gaspard. »
Benoît souriait.
Il s’approcha encore un peu de Rose, la regardant dans les yeux.
BANG
Benoît s’écroula au sol. Il gémit et mit ses mains entre ses jambes.
« Que s’est-il passé ? »
Il se demandait pourquoi il avait si mal.
Il leva la tête et vit la fillette debout, face à lui, un revolver à la main pointé sur sa tête.
« Mais que… »
Benoît soufrait.
La fillette n'avait plus le visage rayonnant. Son visage était dur. Froid.
Benoît la fixait.
« Dis-moi Benoît. Te souviens-tu d’une petite fille au prénom de Violette ? »
Elle parla d’une voix dure, le regard noir de colère.
« Qu’… quoi ? Je ne comprends pas. Qu’est-ce que tu veux ? »
Il leva sa main droite vers Rose.
BANG
Benoît hurla. Elle venait de lui faire un trou dans la main.
Il commençait à pleurnicher.
« Je t’ai demandé si tu te rappelait de ma sœur : Violette.
_oui, mais qu’est-ce que…
_tais toi. Dit-elle sèchement. »
Elle leva son arme et la braqua en direction de la tête de Benoît.
« Non, ne me fais pas de mal s’il te plait.
_et toi, tu en as bien fait a ma sœur.
_c’est pas ma faute petite Rose.
_comment ?
_c’est dans ma tête. J’entends des voix dans ma tête qui me disent de faire du mal. Ce n’est pas ma faute tu sais.
_t’inquiète plus Benoît. Tu ne les entendras plus. »
Il leva la tête vers elle.
BANG
Benoît s’écroula, une balle entre les yeux.
Rose n’avait pas bronché lorsqu’elle tira et reçue une giclée de sang sur son visage et sa robe.
Puis, elle regarda son ours en peluche.
Elle recacha son arme dedans.
Puis s’adressa à Gaspard :
« Allez, rentrons dire à Violette qu’elle peut enfin redormir tranquille et qu’il ne pourra plus rien lui faire. »
Rose sortit.
Dans le couloir, deux voisins étaient sortis en entendant les coups de feu.
Ils regardèrent, stupéfaits, une petite fillette à la robe tachée de sang marcher tranquillement vers la sortie et en fredonnant une berceuse à son ours en peluche.