jackharris
Nouveau poète
Le Totalitarisme
L’humain, dans son esprit, réprouve la critique
Mais se plaît à nager, grâce à la politique,
Parmi des eaux troublées, aux infectes odeurs
Qui viennent en bouillon du sein des profondeurs.
Dans cette onde fétide, aux vagues ténébreuses,
Evoluent aisément, comme des capricieuses,
Des espèces multiples avides d’un pouvoir
Que chacune d’entre elles à son tour veut avoir.
Ce flot nauséabond, charriant la pourriture,
Est le plus répugnant des bouillons de culture
Que la Terre ait porté pour son plus grand malheur,
Acceptant le virus qui ravage son cœur.
Dans cette pollution de l’esprit et de l’âme
Se mêlent aussi bien l’homme autant que la femme.
Le mâle et la femelle atteints de déraison
Egarent leurs esprits devant une illusion.
La gangrène les prend, les palpe, les enlace,
Semble les sublimer dans un état de grâce
Où ils se glorifient de leur ignoble sort,
Comme aime à se vanter un pochard ivre-mort.
Etre mâle ou femelle, où est la différence
Quand l’esprit corrompu par une incohérence,
Refoulant les valeurs morales, religieuses,
Se livre aux idées nocives, pernicieuses
Qui détruiront son goût et son sens du devoir,
Jetant l’obscurité sur un cœur déjà noir,
Eteignant la lueur, la petite étincelle,
Le souffle de raison qui vacille, chancelle
Mais qui laisse espérer à une guérison,
Un probable retour au seuil de la raison ?
Le vent souffle l’espoir, entraînant dans sa suite
Les effets que dégagent une telle conduite.
L’être se donne entier à son aveuglement
Sans avoir, pour autrui, le moindre sentiment.
L’égoïsme l’aveugle, il subit la pression
De son instinct maudit, son ignoble passion ;
Il n’est plus qu’un objet brûlant de convoitise
Animé par un feu qui, doucement, l’attise,
Le pousse à refouler la noirceur de son tort
Pourvu que chaque jour s’améliore son sort.
L’honneur n’est, à ses yeux, qu’une chose sans gloire,
Rien ne compte pour lui sinon une victoire
Qui permette un élan vers un plus haut sommet
Qu’il convoite déjà, sans le moindre regret.
Pour supporter serein son odeur de charogne
Il parfume sa peau par une eau de Cologne
Et croit, naïvement, à sa désinfection
Dès qu’il a terminé sa petite ablution.
Il se dupe lui-même, et c’est là tout le drame
Car s’il se découvrait et se voyait infâme,
Il pourrait endiguer le flot ignominieux
Qu’il dispense, inconscient, sous ses airs prétentieux.
Son mépris pour autrui égale son audace,
Dans son cœur souffreteux, prisonnier de la glace,
Comme un fruit desséché sous l’action du soleil
Plus aucune émotion n’attire son éveil ;
Rien ne peut l’attendrir ou toucher sa carcasse,
Il se sent protégé par l’épaisse cuirasse
D’insensibilité, d’envie de possession
Qui lui masque le fond de sa propre vision.
Son univers est fou, il n’est qu’une chimère
Qui déverse une boue fielleuse et amère,
Qui empeste la haine et le ressentiment,
Qui cause le malheur ainsi que le tourment.
Il fait d’une prairie un site désertique,
Dispense autour de lui une telle panique
Que les âmes s’effraient et se plient à sa loi,
Non pour leurs convictions, mais plutôt par effroi
Car il atteint son but dans une apothéose
Et profite du choc, causé par la névrose,
Provenant d’un effet général de stupeur
Qu’il vise à transformer en profonde terreur.
Oui, en bon dictateur il harangue la foule,
La pétrit dans ses mains, la piétine, la foule
Par des mots insensés, reflétant son miroir
Mais qui porte la masse au fond du désespoir.
Or, dans tout son dialogue, on le voit par la suite,
Rien ne correspond plus au sens de sa conduite,
Il réprime quiconque ose le défier
En internant d’abord dans un pénitencier.
Si la situation lentement se dégrade
Il passera, dès lors, à une autre brimade ;
Ce sera la torture après l’internement,
Comme un chien que l’on bat pour passer son tourment.
Il sourira, narquois, constatant la grimace
De l’homme supplicié, et sa haine tenace
Ira en grandissant pour, plus tard, aboutir
A user de la mort. Il pourra s’assouvir.
Sa main tachée du sang d’innocentes victimes
Appellera le sang, et fera d’autres crimes.
Qu’est-il ce potentat dont le regard sournois
Fera trembler la biche osant sortir du bois ?
C’est un monstre aveuglé que plus rien ne démonte
Et qui, de ses méfaits, ne porte point la honte
Mais la fierté, l’orgueil des plus grands prédateurs,
Sublimant ses forfaits sur les conspirateurs.
Le sadisme, souvent, lui met l’eau à la bouche
En se plantant devant quiconque s’effarouche,
Ou se met à trembler, saisi par un effroi
Qu’il ne peut contenir sous le coup de l’émoi.
Oui, voilà sa grandeur ! Oui, voilà sa puissance !
Dans la suprématie il éprouve l’aisance,
Il se sent fortuné, riche de son destin
Comme un serpent maudit qui crache son venin ;
C’est une bête aveugle, une brute infernale
Dont la perversité est l’unique morale,
Qui joue avec la vie, la souffrance, le deuil,
Qui place sa nation plus bas que son orgueil.
Dans son constant délire, atteint par la démence,
Il jouit de son plaisir, de sa concupiscence,
Il transcende le mal y mettant sa superbe,
Sa harangue est portée avec un ton acerbe
Qui le place en victime, en martyr incompris,
Qui hurle sa vengeance à l’égard du mépris ;
Il clame ses vertus, s’accroche des médailles
Puis menace chacun, bientôt, de représailles
Contre tous sentiments ou toutes interventions
Qui pourraient entraîner quelques agitations.
Lentement s’insinue, parmi son entourage,
Un sentiment de peur au-devant du carnage
Qui grandit chaque jour d’un rythme régulier
Mais qui lui interdit de se désapparier.
Aussi, se perpétuent l’holocauste, les crimes
Où femmes et enfants sont parmi les victimes ;
Devant ces génocides où naissent les charniers
Le dictateur ne voit qu’un acte routinier,
Il ne fait qu’ordonner puisqu’il a la tutelle
Puis, s’oblige à punir qui lui cherche querelle
Qui, sans déguisement, trouble l’ordre public.
Il estime normal d’arrêter ce trafic
Qui incite le peuple à quelques vilenies
Dont lui parvient déjà l’écho des gémonies.
Il doit se sublimer pour garder son contrôle,
Il en a le devoir, il en détient le rôle,
Quiconque ose un mépris ou un acte léger
Se condamne lui-même à ce jeu meurtrier.
Dans sa suprématie, il ne voit que l’outrage,
Il éprouve, dès lors, une sorte de rage
Qui l’aveugle et lui met tant de ressentiment
Qu’il use son ardeur dans son dérèglement.
La vanité s’inscrit parmi sa démesure,
Il poursuit sa vindicte et cela le rassure,
Il voit la félonie parmi ses compagnons
Qu’il interne sans preuve au fond de ses prisons.
Il sent, tel un fléau, s’installer la discorde
Et craint que, tout-à-coup, son armée le saborde
Aussi fait-il appel à quelques spadassins
Contre la sédition des officiers mutins.
Dans sa partialité, dans son intolérance,
Se roulant dans le lucre ainsi que l’abondance,
Il conduit son pays à la ruine, au trépas,
Sans le moindre scrupule ou le moindre embarras.
Car la nation s’éteint, son souffle se resserre,
Les émeutes, à présent, se transforment en guerre,
La famine s’étend et la misère aussi,
Le tyran se sent seul reclus dans son abri.
Son palais, lentement, se transforme en asile,
En un camp retranché qui s’agite, fébrile ;
On y place des chars et de nombreux canons
Qui sont prêts à tirer sous tous les horizons.
La répression sévère à nouveau s’accentue,
La mort, sa faux en mains, vivement s’évertue
A creuser des sillons, profitant du conflit,
Jouissant de cette aubaine elle en tire profit.
Les jours passent, s’étirent avec leur lot de peine,
De souffrance et de deuil. La coupe déjà pleine
Déborde largement pour abreuver le sol
De haine acidifiée comme du vitriol.
Le cancer qui s’étend dans une démesure
Atteint dans son ampleur une telle envergure
Que chacun reste coi, et n’ose plus sortir
S’il n’y est obligé, par crainte de mourir.
Puis, la révolution, pareille à un tonnerre
Qui, surgit violemment, veut ébranler la terre
Rassemble les nuées pour le bouquet final
Avant de déclencher le satanique bal.
La mort déjà s’apprête à son lot de victimes
Qu’elle pourra charrier au fond de ses abîmes,
Sa bannière de sang se dresse vers le ciel
Et lance son défi auprès de l’Eternel.
Le goût de la vengeance atteint son paroxysme,
C’est le déferlement furieux d’un cataclysme,
Chacun à pris sa pioche, ou son pic, son fusil,
Confectionne son arme avec un simple outil,
Puis se lance à l’assaut sur la place publique.
Aussitôt, les canons entonnent la réplique,
L’acier tranche les chairs, éclate les poitrines,
Abat des pans de murs, ne laisse que des ruines,
Mais l’assaut est puissant et la cause trop juste,
Le peuple, courageux, sur le terrain s’incruste,
Il mène vaillamment sa longue progression
Sur les forces armées qui sont en confusion.
Le tyran, pris de peur, devant cette menace
Comprend que vient sa fin, qu’il a perdu la face ;
Il a toujours le choix, constatant le péril,
De pouvoir s’échapper en acceptant l’exil.
Il prend sa décision, donne ses derniers ordres
Dans le bruit des combats, dominant les désordres,
Avant que de s’enfuir emportant sa rancœur,
Son dépit, son tourment, inconscient du malheur
Qu’il a créé lui-même en usant d’injustices
Par son esprit obtus l’incitant aux sévices,
A semer la misère, à répandre le mal,
Considérer l’humain comme un vil animal.
Les ans qui passeront cacheront son opprobre,
Très loin, dans son exil, menant une vie sobre,
Il portera en lui, avec son souvenir,
Sa haine et son mépris, mais non son repentir.
Il ne survivrait pas, perdu dans son errance,
S’il avait un instant la moindre clairvoyance,
S’il devenait conscient de la profonde horreur
Qu’il a pu inspirer au sein de chaque cœur.
Seul à ses illusions, caché dans sa retraite,
Sa pensée fuit au loin, abusée et distraite
Par l’oiseau qui, là-haut, s’envole vers les cieux,
Montant dans les espaces en un vol gracieux.