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Poème de François Devillet

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion Frip
  • Date de début Date de début

Frip

Nouveau poète
Ils sont si bien élevés, les gosses qui meurent de faim :

Ils ne parlent pas la bouche pleine,
Ils ne gâchent pas leur pain,
Ils ne jouent pas avec la mie pour en faire des boulettes,
Ne font pas des petits tas au bord de leur assiette,
Ne font pas des caprices, ne disent pas : « J’aime pas ça ! »
Ne font pas la grimace quand on enlève un plat.
Eux, ils ne trépignent pas pour avoir des bonbons,
Ils ne donnent pas aux chiens le gras de leur jambon,
Ne courent pas dans vos jambes, ne grimpent pas partout…
Ils ont le cœur si lourd, et le corps si faible, qu’ils vivent à genoux…
Pour avoir leur repas, ils attendent sagement…
Ils pleurent quelquefois, quand ça dure trop longtemps…
Non, non, rassurez-vous, ils ne vont pas crier :
Ces petits-là, ils sont si biens élevés…
Ils pleurent sans bruit, on ne les entend pas,
Ils sont si petits qu’on ne les voit même pas…
Ils savent qu’ils ne peuvent rien attendre de leur mère et de leur père.
Ils cherchent stoïquement leur riz dans la poussière,
Mais ils ferment les yeux quand l’estomac se tord,
Quand la douleur atroce irradie tout leur corps.
Non, non, soyez tranquilles, ils ne vont pas crier,
Ils n’en n’ont plus la force :
Seuls leurs yeux peuvent parler…
Ils vont croiser leurs bras sur leur ventre gonflé,
Ils vont prendre la pose pour faire un bon cliché…
Ils mourront doucement, sans bruit, sans déranger…
Ces petits enfants-là…
Ils sont si bien élevés.

François Devillet
Oui, ils sont si bien élevés les gosses qui meurent de faim
 
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