Filiatus
Maître Poète

Voici le "Prince des poètes"
Aussi le "Poète des princes"
Chevalier, dont l'auguste tête
Ne fut pas couronnée à Reims
Mais par une céleste muse
Dans la cathédrale du temps
Pour ne pas que ses rimes s'usent
Et gardent leur parfum d'antan
À l'été mil cinq cent vingt-quatre
Pierre naît tout près de Vendôme
Puis son père s'en va se battre
Avec le roi, loin du royaume
Mais la défaite de Pavie
Retient son père prisonnier
Alors, sa mère le confie
À son frère pour l'éduquer
Celui-ci, un archidiacre
Qui parle latin couramment
Entre deux thèses se consacre
À l'éducation de l'enfant
Libéré, le père Ronsard
S'en vient s'installer à Paris
Et au collège de Navarre
Inscrit son petit érudit
Pierre est introduit à la Cour
En tant que page du dauphin
Mais l'aventure tourne court
Car ce prince meurt un matin
Auprès de sa sœur Madeleine
Le page est aussitôt placé
Lors, pour l'Écosse elle l'entraîne
Car son mari est écossais
Il passe des années tranquilles
À courir le nord de l'Europe
Étudiant Catulle, Virgile
Horace, Juvénal, Ésope
Au printemps mil cinq cent quarante
Pierre qui n'a pas dix-huit ans
Souffre d'une crise inquiétante
Qui le rend sourd un an durant
Au cours de sa convalescence
Il complète sa formation
En lisant des auteurs de France
De Marot à François Villon
Il a vingt ans quand il compose
Sa magnifique "Ode à Cassandre"
"Mignonne, allons voir si la rose"
Qu'on ne se lasse pas d'entendre
Avec quelques bons camarades
Épris de versification
Il constitue une brigade
"La Pléiade", telle est son nom
On y trouve, autour de Ronsard
Du Bellay, Étienne Jodelle
Le Baïf, Pontus de Tyard
Dorat, Guillaume des Autels
Le but de cet aréopage
C'est de surpasser leurs rivaux
De l'autre côté des alpages
Pétrarque, Dante et puis Bembo
En mil cinq cent quarante-huit
Pierre publie "Hymne de France"
Et quelques "Odes" par la suite
Témoignant d'un talent immense
Mais le succès se fait attendre
À la cour du roi Henri II
Même "Les Amours de Cassandre"
Ne trouvent pas grâce à leurs yeux
Peu-après ses "Folastreries"
Pour les abus qu'elles soulèvent
Par le Parlement de Paris
Sont brûlées en place de Grève
À Toulouse, c'est le contraire
On l'encense et l'académie
Le couvre de prix littéraires
Mais peu d'argent lui est remis
C'est quand il atteint la trentaine
Que notre aimable troubadour
Écrit avec sa verve ancienne
La "Continuation des Amours"
Enfin il déniche un mécène
Pour qui, heureux, il dédicace
Ses "Meslanges", mais pas de veine
Le pauvre bienfaiteur trépasse
Et meurent d'autres camarades
Saint-Gelais, aussi du Bellay
Et le père de sa "Franciade"
Le roi Henri II qui l'aimait
Peu à peu la France s'enfonce
Dans les Guerres de Religion
Catholique, Ronsard renonce
À fréquenter ses compagnons
Ainsi Théodore de Bèze
Odet de Châtillon, Belleau
Font de la poésie française
Une bataille des égos
Ces escarmouches à distance
Lui inspirent deux beaux écrits
"Remontrance au peuple de France"
Et de "Nouvelles poésies"
S'ensuivent d'âpres "Élégies
Mascarades et bergeries"
Puis il répond aux calomnies
D'un prédicateur d'Annecy
Catherine de Médicis
Pour le louer de ses services
Lui offre l'honorable office
D'aumônier du prince, son fils
Ronsard s'adonne au jardinage
Travaille à la publication
D'ultimes et rimants ouvrages
Dont le roi lui fit commission
Mais ledit Charles IX trépasse
Et l'œuvre de Pierre Ronsard
Laissant son successeur de glace
S'empoussière dans une armoire
Le maître, vers la quarantaine
Publie "Le Bocage royal"
Duquel, les "Sonnets pour Hélène"
Jaillissent en pluie de pétales
Mais le poète est bien malade
En l'an mil cinq cent quatre-vingt
Le roi, la cour, ses camarades
L'encouragent, mais c'est en vain
Des crises de goutte le minent
Et quand il part de mort brutale
Dans le ciel alors s'illumine
Toute une pléiade d'étoiles.