ORAGE NOCTURNE
hors concoursJe suis partie en claquant violement la porte
La maison en a vibré dans ses fondations
Il me fallait prendre l’air, que je sorte…
Je fis quelques pas dans l’obscurité, sans destination
Lorsqu’une pluie drue et glaciale se mit à tomber,
Des éclairs déchiraient le manteau de la nuit
Illuminant comme en plein jour les escarpes du sentier
Laissant surcroire en des forces infinies
Les fracassants assourdissements du tonnerre…
La foudre venait de tomber sur le vieux chêne
Brisant et anéantissant ses branches séculaires
Comme s’il ne s’agissait que de frêles porcelaines,
Soudain une forme confuse bondit d’entre les futaies,
Vêtue d’un long ciré d’un jaune phosphoressant
La silhouette se familiarisait aux ivraies,
Elle se redressa et s’avança vers moi résolument
A chacun de ses pas l’eau jaillissait de ses bottes,
Son visage était dissimulé sous une profonde capuche
Qui réfléchissait tel un cataphote,
Son accoutrement s’apparentait à celui de baudruche…
J’ai pu enfin la percevoir…son teint était olivâtre
Ses lèvres pincées en rictus amer
Aux sillons de rides profondes et bleuâtres,
De son haleine émanaient le souffre et l’éther…
Elle m’attrapa le bras, sans douceur ni véhémence,
Tétanisée par cette apparition fantasmagorique
Je ne pus faire preuve que de soumission et d’obligeance
Et ne sus que chuchoter en une voix mécanique
- Qui êtes vous…
- Que me voulez-vous ?
« Je ne suis que le reflet de ta colère,
La fureur gronde en ton cœur,
Tes yeux ont les couleurs de vipère,
Tu es verte de rage…tu saccages ton bonheur…
C’est ta hargne qui fabrique les éclairs,
Je ne suis que l’ombre de ta conscience
Fais preuve d’humilité et de compatissance ! »
Nous nous sommes étreintes et enlacées,
J’ai rejoins mon logis sous arc en ciel d’étoiles
L’orage fut bien vite oublié
Et sur mes sauts d’humeur j’ai dressé un voile…