T’en souviens-tu ma mie au temps des amourettes Alors que je prenais dès l’école ta main Pour aller au jardin cueillir les pâquerettes Ou… plutôt sur ta bouche en baisers le jasmin. C’était l’hiver, malgré la pluie ou la froidure Qui nous accompagnait, guides inopportuns, Je trouvais la chaleur sous ta cape en fourrure Et pâmé, respirait dans ton cou les parfums. Le banc, hôte de tant d’idylles anonymes Et complice muet des serments éternels, Nous réservait ses soirs : les murmures intimes Se mêlant à nos corps dans leurs élans charnels. Ce qui, par la jeunesse, étoile bondissante, N’aurait pu devenir qu’une aube sans soleil Se mua lentement : la clarté sur la sente Nous apporta des feux implicites l’éveil ; Et l’amour ne fut point comme une régalade Qui se consume vite et sans chaleur, ses yeux Posèrent sur nos cœurs les mots d’une ballade Dont nous chantons toujours l’envoi mélodieux. Car après quarante ans d’existence commune Et deux fruits féminins mûris sur le chemin De nos étés, je suis la mer et toi la dune, Côte à côte l’on reste et ce jusqu’à demain. Alors que nous passons dans le bois de l’automne, Que le froid se profile à l’horizon blafard, A l’abri de ta vie encor je m’abandonne Et te dis simplement que je t’aime, sans fard. Dec 12