MEA CULPA
Aurais-je failli en les tables de la loi,
Dans le total irrespect du décalogue,
Aux preuves de désarroi, de mauvaise fois
En la ferveur des temples et des synagogues ?
Aurais-je failli en les tables de la loi,
Dans le total irrespect du décalogue,
Aux preuves de désarroi, de mauvaise fois
En la ferveur des temples et des synagogues ?
I « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face »
J’en ai rencontré tant et plus sans discerner
Quel pouvait être le plus bon du moins mauvais,
Et en leurs noms, en leurs courroux l’on se fait tuer,
L’on déracine et l’on lapide dans l’ivraie.
II « Tu ne feras point d’image taillée, tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point car je suis un Dieu jaloux qui puni l’iniquité des pères sur les enfants… »
Je me suis agenouillée aux pieds des statues,
J’ai embrassé les médailles et les icônes,
J’ai adoré les anges roses et ingénus,
J’ai remis mon denier du culte en aumône.
III « Tu ne prendras pas le nom d’Eternel en vain car l’Eternel punira celui qui prend son nom »
J’ai encensé et adulé moult idoles,
J’ai prié, supplié en vue de rencontrer
Ces dieux du ciné, de télé, de music hall,
Divinités en qui j’ai légué ma piété.
IV « Tu travailleras six jours et te reposeras le septième »
(et non se reposer six jours et travailler le septième)
Au nom de ce quatrième commandement
Unique jour de repos hebdomadaire
Nulle retraite au plaisir du gouvernement
Plus question de vacances d’été ou d’hiver….
V « Tu honoreras ton père et ta mère »
Ai-je respecté mes aïeux sans les juger,
En ai-je voulu à ces âmes volages ?
Toux ceux que je n’ai connus de les ignorer
Comme s’ils ne faisaient point partie de ma page.
VI « Tu ne tueras point »
Certes oui, j’ai les mains sales, ensanglantées,
J’ai décimé des guêpes, mouches et fourmis,
J’ai écrasé sur routes grenouilles et gibiers,
J’ai fait mourir des fleurs par fantaisie.
VII « Tu ne commettras pas d’adultère »
Avouer…de n’avoir su être fidèle,
De ne m’être contenté de ce que j’avais,
De toujours courir après un septième ciel
Sur la mousse tendre, en l’abri des futaies.
VIII « Tu ne déroberas point »
J’ai volé une pomme en le verger voisin,
Dérobé des regards, soustrais des sourires,
Subtilisé l’écriture des parchemins,
Soutiré des aveux, des secrets, des soupirs.
IX « Tu ne porteras point de faux témoignages contre ton prochain »
J’ai été témoin de ce qui n’existait pas
En jurant et en attestant sur mon honneur,
Me parjurant et me fourvoyant bien des fois
Au nom de l’amitié, au nom de la rancœur.
X" Tu ne convoiteras point les biens de ton prochain"
Ombrageuse du talent de grands poètes
J’ai jalousé bon nombre de blancheurs d’âmes,
Enviant la connaissance des prophètes,
Convoitant des louanges d’épithalames.
Je n’ai su vénérer ces dix commandements
Et ne m’en sens aucunement repentante,
Avec mes défauts je poursuis le cheminement
Et ne ploierai pas en pénitente.