Angoissé dans mon sommeil
Comme à mon réveil
Le soir comme le matin
Au lever du jour et à son déclin
Constamment agacé
Mon petit corps harassé
Et le moral tracassé
Tel un fou je te cherche !
Partout dans la maison !
La maison sans ta présence ?
Qu’elle est vide et sombre !
Je cherche, en vain, ton beau visage !
Que quelques photos, que des images !
Que tes vêtements ici et là épars
Ou pêle-mêle dans l’armoire !
Que quelques objets t’appartenant,
Que des fatras dans des tiroirs !
Et ton beau sourire mélancolique et rare ?
Mirage !
Et ta colère froide et belle ?
Et celle que tu retiens noire puis
Qui éclate et devient rage ?
Et ton calme aussi ? Et ton indulgence ?
Et ta douceur ? et ta clémence ?
Et ton badinage ?
Vapeur ! Nuages !
Et ta voix puissante chaude et vibrante
Et tes lois justes bien qu’austères ?
Et ton regard agréable quoique sévère ?
Où es-tu père ?
Je ne cesse de me poser
La question et de la poser à ma mère
« Où est mon père ? »
Tantôt elle se fâche, et,
Autoritaire m’ordonne de me taire
Tantôt elle se cache et enfouit
Sa tête dans sa laine et pleure.
Toutes ses larmes. Elle les verse chaudes et amères.
Hier, au crépuscule,
Alors que j’étais accroupi
Dans mon coin noir du vestibule,
Après avoir fait sa prière,
Ma pauvre mère s’est approchée de moi,
S’est assise par terre,
Émue, la tête baissée,
La voix brisée, le cœur blessé,
Elle m’a caressé les cheveux ras.
Elle m’a embrassé et m’a serré dans ses bras.
Et après avoir tant résisté,
Ne pouvant plus garder pour elle seule,
La douloureuse vérité,
Elle a balbutié :
« Il est parti, ton père… Il est en mer… »
Très étonné, n’ayant rien compris,
J’ai demandé, les yeux grands ouverts,
« En mer !?… Mais pour quoi faire ?!…
- Après lui avoir volé sa jeunesse et sa sueur,
Après l’avoir jusqu’au sang sucé,
On ne veut plus de lui à l’usine
Et par une machine,
Le patron l’a remplacé.
Alors, depuis lors, le pauvre, jour et nuit il délirait :
« Rien de rien…
Vie de chiens…
Vie de misère…
Quelle galère !…
Quel enfer !…
C’est leur terre…
Ils l’ont volée…
ça leur appartient…
Nous, on n’a rien…
Que servitude, mépris et faim…
Je ne peux plus !…
Il faut "brûler"…Je "brûlerai"…
Le Pacifique, la Méditerranée ou l’Atlantique
…La mer !…La mer !…La mer !… »
Le soir de ce jour-là, le sommeil m’a déserté.
Toute la nuit, je voyais l’immense étendue
Des eaux bleues et glauques ;
Des marrées hautes et d’autres basses ;
Des oiseaux dessus qui flottent et qui passent,
S’envolant dans l’air. Je voyais tournoyer
Des hirondelles, des sternes, des mouettes,
Des goélands vachement chouettes,
Des macareux, des guillemots, des pingouins,
Des cachalots, des baleines, des dauphins…
Des vaguelettes mignonnettes déferlantes,
De l’écume, des algues, et des vagues grosses,
Hurlantes, effrayantes
Beaucoup, beaucoup de vagues !
Je voyais aussi, là bas, très loin,
Des bateaux qui voguaient ;
Et d’autres ici, amarrés qui tanguaient.
Mais mon père, je ne le voyais pas.
AbderrahmaneLaghzali
Comme à mon réveil
Le soir comme le matin
Au lever du jour et à son déclin
Constamment agacé
Mon petit corps harassé
Et le moral tracassé
Tel un fou je te cherche !
Partout dans la maison !
La maison sans ta présence ?
Qu’elle est vide et sombre !
Je cherche, en vain, ton beau visage !
Que quelques photos, que des images !
Que tes vêtements ici et là épars
Ou pêle-mêle dans l’armoire !
Que quelques objets t’appartenant,
Que des fatras dans des tiroirs !
Et ton beau sourire mélancolique et rare ?
Mirage !
Et ta colère froide et belle ?
Et celle que tu retiens noire puis
Qui éclate et devient rage ?
Et ton calme aussi ? Et ton indulgence ?
Et ta douceur ? et ta clémence ?
Et ton badinage ?
Vapeur ! Nuages !
Et ta voix puissante chaude et vibrante
Et tes lois justes bien qu’austères ?
Et ton regard agréable quoique sévère ?
Où es-tu père ?
Je ne cesse de me poser
La question et de la poser à ma mère
« Où est mon père ? »
Tantôt elle se fâche, et,
Autoritaire m’ordonne de me taire
Tantôt elle se cache et enfouit
Sa tête dans sa laine et pleure.
Toutes ses larmes. Elle les verse chaudes et amères.
Hier, au crépuscule,
Alors que j’étais accroupi
Dans mon coin noir du vestibule,
Après avoir fait sa prière,
Ma pauvre mère s’est approchée de moi,
S’est assise par terre,
Émue, la tête baissée,
La voix brisée, le cœur blessé,
Elle m’a caressé les cheveux ras.
Elle m’a embrassé et m’a serré dans ses bras.
Et après avoir tant résisté,
Ne pouvant plus garder pour elle seule,
La douloureuse vérité,
Elle a balbutié :
« Il est parti, ton père… Il est en mer… »
Très étonné, n’ayant rien compris,
J’ai demandé, les yeux grands ouverts,
« En mer !?… Mais pour quoi faire ?!…
- Après lui avoir volé sa jeunesse et sa sueur,
Après l’avoir jusqu’au sang sucé,
On ne veut plus de lui à l’usine
Et par une machine,
Le patron l’a remplacé.
Alors, depuis lors, le pauvre, jour et nuit il délirait :
« Rien de rien…
Vie de chiens…
Vie de misère…
Quelle galère !…
Quel enfer !…
C’est leur terre…
Ils l’ont volée…
ça leur appartient…
Nous, on n’a rien…
Que servitude, mépris et faim…
Je ne peux plus !…
Il faut "brûler"…Je "brûlerai"…
Le Pacifique, la Méditerranée ou l’Atlantique
…La mer !…La mer !…La mer !… »
Le soir de ce jour-là, le sommeil m’a déserté.
Toute la nuit, je voyais l’immense étendue
Des eaux bleues et glauques ;
Des marrées hautes et d’autres basses ;
Des oiseaux dessus qui flottent et qui passent,
S’envolant dans l’air. Je voyais tournoyer
Des hirondelles, des sternes, des mouettes,
Des goélands vachement chouettes,
Des macareux, des guillemots, des pingouins,
Des cachalots, des baleines, des dauphins…
Des vaguelettes mignonnettes déferlantes,
De l’écume, des algues, et des vagues grosses,
Hurlantes, effrayantes
Beaucoup, beaucoup de vagues !
Je voyais aussi, là bas, très loin,
Des bateaux qui voguaient ;
Et d’autres ici, amarrés qui tanguaient.
Mais mon père, je ne le voyais pas.
AbderrahmaneLaghzali