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Livre I d'Eorân/ chapitre I

Legende

Nouveau poète
Je mets ceci pour ceux qui auraient envie de connaitre cette histoire
Il ne restera pas longtemps ( Créa étant un site de poèsie)mais ce serait intéressant pour moi d'avoir vos impressions et vos critiques constructives.

LIVRE I


Pirates
et
Chasse-Dragons



Chapitre I



Célyse traversa en courant l’esplanade désertée du Temple des Guérisons.
En d’autres temps, elle n’aurait pas osé un tel sacrilège, mais cette nuit n’ayant rien d’ordinaire, elle se souciait peu de paraître inconvenante.
Il y avait beaucoup plus grave…
Ayant franchi la volée de marches et le portique menant au Temple, elle s’arrêta net, face au spectacle désolant que les portes ouvertes lui révélèrent.
Désormais, de nombreux blessés gisaient à même le sol, sur des paillasses de fortune, dans un entassement sans nom, qui révéla à la jeune fille l’ampleur du désastre, plus sûrement que la nouvelle qu‘elle apportait. L’air sentait les médecines, le camphre et la ferreuse odeur du sang. L’endroit résonnait de cris et de gémissements, que, nombre de Servants, passant entre les corps allongés, s‘efforçaient d’apaiser par un soin ou une parole. La maladrerie devait être submergée pour que l’on ait jugé bon de transporter soldats et civils mélangés dans le hall.
Elle ne s’était pourtant pas absentée plus d’une heure…
A nouveau, elle sentit une peur panique lui mordre les entrailles. Refoulant avec peine ses larmes, elle inspira lentement pour diminuer la nausée qui montait de son estomac. Un vertige la prit, la forçant à prendre appui sur l’un des pilastres de l’entrée, jusqu'à ce que la pièce cesse de tournoyer devant ses yeux.
Elle avait vomi son petit déjeuner et renoncé au déjeuner. Quant au dîner, elle ignorait quand elle trouverait le temps et la force de s’y consacrer.
Le dîner…
Il n’était pas sûr, au train où allaient les choses, que le repas du soir lui importe à ce moment là.
-Dhjane Lyse ? Vous allez bien ?
Mordia, le Maître-servant du Temple s’arrêta près d’elle et la considéra avec inquiétude. Il portait une pleine corbeille de linge souillé contre son tablier sanglant et faisait peur à voir. Le manque de sommeil avait levé un lourd tribu sur son visage. Ses yeux rougis, ses joues creuses et la barbe grise de quelques jours, lui donnaient une allure de vieillard fou. Célyse songea qu’elle ne devait pas offrir un meilleur tableau.
Depuis quand n’avait-elle plus dormi ?
-Ca va, Mordia…Ca ira. Où se trouve la Mère Guérisseuse ?
-A la Pharmacopée avec Sieth, apprentie…Nous commençons à manquer de…
-Mordia, je suis désolée, murmura la jeune fille, qui, grande pour son âge, dut se pencher à son oreille pour être entendue. Il va falloir faire encore de la place, quitte à utiliser le patio et la cour. Dhjane Koria est en train de faire évacuer les Halls d’Abendris et de Valrena. Le commandant Silvayer nous a fait savoir qu’il ne tiendrait plus longtemps la seconde muraille.
-Dieu tout puissant, souffla le vieil homme en blêmissant.
-Evitez de répandre cette nouvelle, Mordia. Elle viendra bien assez tôt aux oreilles de tous ici, lorsque Mélakoria arrivera. Faites de votre mieux. Je reviendrai vous aider dés que j’aurais parlé à la Mère Guérisseuse.
Elle n’attendit pas sa réponse et se fraya un chemin jusqu'au Vantail, l’arche du Temple, qui conduisait aux salles de soins. Certains qui reconnaissaient ses robes de prêtresse l’appelaient en suppliant, d’autres crochèrent sa cape. Elle se dégagea avec douceur et courut pour échapper à toutes ces mains et ces cris qui lui déchiraient le cœur. Elle avait hâte de transmettre son message pour enfin se remettre au travail. Elle constata avec horreur que les corridors étaient eux aussi encombrés de blessés.
Essentiellement des femmes et des enfants…
Des novices allaient et venaient, secondant et suivant les Servants comme leur ombre, leur visage pâle comme la lune.
La plupart, n’avait pas encore atteint leur quinzième année.
Elles devraient être en sécurité dans la Tour des Ombres, se révolta Célyse au désespoir. Elle passa sans s’arrêter, s’obligeant à continuer sa route, quand elle aurait voulu se joindre à ses petites sœurs pour prodiguer conseils et encouragements. Elle atteignit le bout du couloir et tourna à droite, prit l’escalier dont chaque marche était occupée. Le trajet, qui, lui prenait d’habitude si peu de temps, lui parut interminable. Finalement elle aperçut la réserve du Temple. Devant la porte grande ouverte, quelques personnes se pressaient autour de la Mère, face aux étagères bien peu fournies, remarqua soudain la jeune prêtresse.
L’intendante la vit et parla à l’oreille de la vieille femme, vêtue d’une robe rouge sous un tablier de cuir brun. Petite, menue, un chignon gris sur le haut du crâne, la Matriarque se retourna, dardant un regard profond sur l’arrivante. Sa pâleur d ‘ancêtre faisait ressortir l’obsidienne de ses yeux. L’épuisement et la douleur s’y lisaient, mêlés à une détermination sans faille. La jeune fille ne connaissait personne d’aussi tenace. Elle ressentit une bouffée de tendresse pour la vieille dame qui lui avait tant appris, s’efforçant de lui transmettre, jour après jour, son propre savoir concernant le Grand Art, ainsi que les Paroles Anciennes que toute servante de l’Unique était sensée connaître avant ses dix huit ans.
Elle-même avait devancé de deux ans les Epreuves de Ferranor devenant ainsi une Dhjane consacrée. Mais il lui restait encore du temps avant d’être reconnue guérisseuse.
Un destin choisi par d’autres, mais qu’elle bénissait chaque jour.
Chaque jour jusqu’à cette nuit…
Comment aurait-elle pu savoir ce qu’était la haine, la souffrance et la mort en pareil endroit ? Comment se préparer à l’horreur, quand ce qui venait chaque jour était source de beauté et de joie ?
Sa vie avait été si douce jusqu’à présent. Une existence heureuse, bercée par les Paroles Anciennes et le chant des oiseaux dans les jardins de Flaranth. Elle aimait tant le calme et la douceur des parcs et des patios de la Maison des Mères, les salles et les bassins à têtes de lions du Dhjanessé des guérisseuses. Elle se promenait souvent sur le Grand Promontoire, là où soufflait le Malane, le vent des mers chaudes, respirant les odeurs d’un monde qui, le temps passant, était devenu le sien.
Les choses ne seraient plus jamais semblables désormais. Elle ne serait plus jamais la même…Si bien sûr elle survivait…Et pourrait-elle jamais achever sa formation si Flaranth venait à tomber sous l’assaut de l’ennemi ?
-Sieth, termine pour moi, ordonna la Mère sans quitter Célyse des yeux.
-Oui Matriarque, s’inclina l’intendante, non sans jeter un regard interrogateur vers Célyse qui fit semblant de n’en avoir rien vu. Trop lasse d’être un porteur de mauvaises nouvelles, elle gardait ses forces pour Ayanee.
La vieille femme prit le bras de son apprentie et la conduisit dans une petite pièce dotée d’une cheminée sans feu, d’un lit étroit, d’une penderie et d’une fenêtre grande ouverte sur la nuit. Une petite lanterne, près du lit, avait attiré une nuée d’insectes. La guérisseuse souffla la bougie qui brûlait derrière le verre. Célyse fut surprise de constater qu’une clarté demeurait, illuminant toujours la pièce. Puis elle entendit le grondement qui sourdait au dehors et sentit l’odeur portée par la brise.
Ayanee, la Mère Guérisseuse se rendit à la fenêtre. Son regard se fixa sur la lune, pleine et luisante au firmament d’Eorân. Dans le jardin en contrebas, au creux de la verdure, elle se reflétait dans le bassin de jaspe. Tout comme les flammes qui brûlaient sa cité et montaient jusqu’au ciel. Non contentes de dévorer les hommes et les pierres, elles s’en prenaient aussi aux étoiles. Avides de détruire et de corrompre, convoitant le ravage et la ruine, elles lançaient leur assaut, leur traîne puante couvrant l’essence de chèvrefeuille qu’elle aimait tant sentir, le soir venu, quand elle regagnait sa petite cellule.
-J’ai prévenu Mordia, Matriarque, précisa Célyse. Mélakoria va nous rejoindre car…
Sa voix tremblait. Elle se tut, incapable de retenir ses larmes, incapable de continuer.
Ayanee ne répondit pas.
Elle savait.
C’était la dernière nuit.
Avant l’aube beaucoup de gens mourraient, sans espoir de secours, car l’ennemi avait fondu sur sa proie sans nul avertissement. Certes l’incendie porterait peut-être la nouvelle jusqu’à la côte, mais ceux qui viendraient alors, ne trouveraient que des cadavres. Le Yorka, l’Ile-royaume des prêtresses de l’Unique, serait devenu la tombe grandiose d’un peuple doux et pacifique, assassiné par la perfidie et la convoitise.
Ne l’ayant jamais vécu, les deux femmes connaissaient pourtant les désastres de la guerre. Les Paroles Anciennes évoquaient ces temps de chaos, cruels et absurdes où la fin des hommes suivait celle des idéaux et des espoirs.
Bien loin des histoires et des Gestes contées aux veillées par les Légendiers d’Esria…
-Matriarque, sont-elles nombreuses, celles qui demeurent en Esria, suffisamment pour que perdure le savoir de l’Unique ? Les Dhjanes survivront-elles à cette nuit ?
-Tant qu’elles existeront pour enseigner ce qu’on leur a enseigné, tant que les mères et les pères des Neuf Bannières consacreront leurs filles à l’Unique…Cependant beaucoup de choses disparaîtront cette nuit. Là où brûlent de grandes bibliothèques, seules restent les copies ou quelques pages dans des ouvrages précieux et la perte est sans mesure. Eorân n’entendra plus les Murmures de l’Unique et il faudra bien du courage à celles qui survivront pour continuer la mission qui nous fût confiée, il y a tant de siècles.
-Je les déteste ! Se révolta la jeune fille. Je déteste leur violence, leur désir d’or et de sang, leur folie meurtrière. Pourquoi ne peuvent-ils nous laisser la paix et la vie et se battre entre eux ? S’étriper, s’écharper ! Voilà tout ce qu’ils savent faire. Porter la mort en des lieux sacrés, tuer des enfants... Ô Mère, j’ai si peur ! Acheva-t-elle dans un sanglot.
Ayanee quitta la fenêtre et vint tendrement enlacer la jeune fille. Elle lui caressa les cheveux dans un geste maternel. Elle se retrouvait en elle, au temps de sa jeunesse, quand elle découvrait la vie et l’influence de son savoir, le pouvoir d’un esprit clair et neuf, sans nulle égratignure pour vous gâcher l’existence.
Par la suite, elle avait renoncé à bien des choses pour préserver sa soif de connaissance…Mais en réalité sa vie avait été si longue, si belle, pleine et riche. Elle serait partie sereine, s’il n’y avait eu Célyse Aradorn.
Fallait-il que sa vie s’achève avant même de commencer ?
On frappa à la porte et les deux femmes se séparèrent.
Sur l’invite d’Ayanee, l’huis fut poussé.
Une silhouette enfantine se découpa sur la lumière du corridor.
-Matriarque ?
-Merwyne ?
Sous la surprise, Célyse ouvrit de grands yeux.
-Méry que fais-tu là ? Souffla la jeune fille, effarée de voir l’enfant si près des combats. Pourquoi n’es-tu pas au palais ?
-C’est la reine, répondit l’enfant, en se tournant vers la vieille femme. Elle vous demande Matriarque.
Ayanee ferma les yeux, expirant l’air de ses poumons. Dans son esprit se matérialisa le Dhjanessé, ses frises, ses sculptures, ses bassins qui tapissaient la terre d’étoiles. Au-delà, les logis du peuple s’égrenaient sur la pente de la colline Afervel jusqu’à heurter la seconde enceinte, grande ombre crénelée. Dans le silence des jardins, dans le gargouillement des fontaines, des bruits de batailles montaient vers elles. Cendres et escarbilles volèrent soudain dans la pièce et Célyse alla fermer la fenêtre.
Jusqu’alors, inconsciemment, Ayanee avait refusé de croire que l’horreur viendrait engloutir la paix qui régnait là, même si chacun des blessés, peuplant le Temple des Guérisons, témoignait qu’elle habitait désormais les murs de la cité.
Mais cette fillette qui tremblait en s’approchant lui fit venir les larmes aux yeux.
Car elle révélait trop bien le désespoir de celle qui l’envoyait.
Et ce désespoir devenait le sien.
Elle aimait tant cet endroit… Il ne pouvait pas disparaître ainsi…
-Retourne à l’abri Méry. Je dirais à l’Oliana que tu as bien fait ton office.
L’enfant s’échappa sans un mot de plus.
De toute façon Ayanee n’avait pas besoin de plus pour comprendre. Elle savait ce qui l’attendait au sommet de la Tour d’Orion, celle du Haut Chapitre, celle du trône.
Celle du secret…
Et parce qu’elle voulait sauver une vie autre que la sienne, elle emmena Célyse avec elle, par les marches de l’Ab Héria, le palais-sanctuaire des Dhjanes, au-delà du troisième mur, sur le Grand Promontoire.
Elle emmena Célyse Aradorn, de la cité de Calrath, vers une nouvelle existence.
Vers un nouvel espoir…


L’Oliana était seule en haut de la tour d’Orion.
Assise sur sa cathèdre, elle contemplait la salle à la lueur des flammes qui ravageaient son royaume. Dans son esprit les règnes se confondaient, le sien, ceux de celles qui l’avaient précédée. Si bien que l’impression lui venait d’avoir vécu plus que les pierres et les arbres de ces lieux.
Trois mille ans d’existence face à l’océan, qui prenaient fin cette nuit alors que cela n’aurait pas
Cela ne devait pas finir. Elle était là toute seule pour que cela ne s’achève pas, pour forcer le destin à infléchir sa course.
Elle avait cessé de s’interroger sur les navires qui avaient lancé l’assaut comme un blasphème. Venu de la Grande Ile, au-delà du Dalréhel, ils transportaient cependant plus que des pirates, car il ne s’agissait pas d’une simple rapine mais d’une conquête, d’une invasion qui ne s’arrêterait pas avec eux. C’était une réelle menace pour l’héritage de la Fratrie, ces terres et cette paix qui unissaient l’Esria. C’est pour cela qu’elle devait le leur faire savoir.
De même qu’elle se devait de préserver le trésor de L’Ab Héria, ce qui avait été caché depuis si longtemps.
La reine se leva, vieille et seule dans ses robes de prêtresse, pour contourner le trône sans âge et s’approcher du mur.
Là sur la pierre, demeurait le seul écrit qu’il n’y ait jamais eu en ce lieu. Non pas un écrit, mais un symbole, gravé sur l’argent poli d’un bouclier. La Seconde Bannière brillait dans l’obscurité, issue de temps immémoriaux.
Mille années après l’anéantissement des Anciens par les Yordragas, alors que se levait l’Ere du Roi, une jeune fille avait franchi le Détroit de Zran pour fonder son propre royaume, un pays de femmes et de savoir, un pays consacré à l’Unique. Flaranth avait édifié sa cité et le Yorka, le Matriarcat, bannissant de ses terres la guerre et le vice. Avec elle, d’autres femmes étaient venues, cherchant un asile.
Et l’une d’elle, pourvue d’un nom et d’un passé trop lourd, échappant à de puissants ennemis, avait transporté sur l’Ile un secret bien plus dangereux que le feu d’un dragon.
La Tour d’Orion avait préservé ce secret pendant des siècles…Jusqu’à cette nuit maudite…
Il devait à présent trouver un autre refuge…Ou bien être révélé au monde.
« Quand le moment sera venu, un grand bouleversement sera en marche. Aussi dangereux que puisse être ce que recèleront tes murs, il faudra qu’il soit libéré pour préserver le monde tel que nous le connaissons… »
Les paroles secrètes de son couronnement…
Pourtant il ne sauverait pas son royaume…
L’Oliana contempla la Bannière
Emergeant de vagues en émaux bleus, trois tours de nacre s’élevaient, dominées par un quartier de lune. Doucement, les mains tremblantes, elle déposa le bouclier à terre. Sur le mur restait une empreinte plus claire, témoignant qu’il avait toujours été là, gardien fidèle de ce qu’elle s’apprêtait à exhumer.
Des bruits de pas interrompirent son geste et la firent se retourner.
Une torche en main, Ayanee se tenait à l’entrée du Haut Chapitre. Près d’elle, une toute jeune femme considérait les lieux avec respect et vénération. La lueur du brandon révéla le sang séché qui souillait le tablier de cuir, passé sur ses robes blanches. Apercevant la reine, elle se courba vivement.
Ayanee l’imita avec plus de sobriété.
L’Oliana fronça les sourcils.
Pourquoi la Mère n’était-elle pas venue seule ? Pouvait-elle ignorer la raison pour laquelle on l’avait fait mander ? Ou bien alors, existait-il encore un espoir dont elle ignorait tout ?
-Pas d’espoir et guère de temps, proféra la Matriarque en s’avançant, semblant lire dans l’esprit de la reine.
-Que fait-elle ici avec toi ?
-Je l’emmène Oliana. Les choses ont été décidées en d’autres temps, ceux de ma jeunesse et de ma vigueur. Aujourd’hui cette époque est révolue. Je suis plus vieille que vous ne l’êtes. J’ai besoin d’épaules solides pour me mener sur ce chemin. Vous seriez cruelle de me refuser cette aide alors que le danger sera grand.
L’Oliana considéra Célyse.
Elle connaissait l’enfant. Dernière apprentie d’Ayanee à avoir passé les Epreuves de Ferranor, donnant accès à la formation secrète des Dhjanes, quelques mois plus tôt, elle manquait de sagesse et d’expérience, mais sa volonté était plus forte que ne le laissait présager sa blondeur et ses grands yeux mauves, perplexes et effrayés.
-Le temps manque, pressa la guérisseuse. Acceptez ma reine.
-Sais-tu à quoi cela t’engage ? Fit la reine, en tournant vers Célyse un regard de glace bleu, qu’étonnamment l’âge ne voilait pas.
-Non, Majesté, murmura la jeune fille qui ne comprenait rien. Mais je veux bien apprendre.
-Tu apprendras en route, aux cotés de ton maître, trancha l’Oliana d’un ton sec. Car vous devez quitter les lieux dans l’heure, avant l’irréparable.
-Quitter les lieux ? S’enquit la nouvelle Dhjane. Mais comment ?
-Ayanee connaît le moyen.
Sans plus rien ajouter la reine se porta à nouveau vers le cercle clair sur le mur. Elle posa une main tachée de brun au centre de l’empreinte et poussa. Un raclement résonna dans la grande salle, tandis qu’une niche sombre apparaissait devant les yeux ébahis de Célyse. La reine y plongea les mains et en ressortit un objet couvert de poussière qu’elle vint poser sur la table du Chapitre. Usant sans façon de ses manches, l’Oliana fit disparaître la nuée grise, révélant à la lueur de la torche, qu’Ayanee avait levé, un petit coffret de bois marqueté d’ivoire. Un ouvrage visiblement précieux et délicat, s’ornant sur le dessus d’une étoile d’argent à sept branches, presque semblable à celle qui ornait la Première Bannière, celle du Pontife. Du moins supposa-t-elle que se fut le dessus, car aucune séparation ni serrure ne se voyaient sur l’objet. Aucune charnière non plus qui vint briser la parfaite harmonie de l’ensemble.
Etait-ce seulement un coffret ?
-Il n’a pas revu le jour depuis mon couronnement, murmura la reine. Et nul à ma connaissance ne l’a jamais ouvert depuis que nos ancêtres l’ont mis là, sous la protection de notre Bannière. Le temps est sans doute venu de le faire, car jamais depuis la fondation du Yorka n’est arrivée une telle tragédie. Il est trop tard pour nous, mais nous devons préserver la Fratrie et ses peuples. Ayanee tu sais ce qui doit être fait. Une seule personne sait ouvrir cet objet. Il te faudra le lui amener. Soyez prudentes toutes les deux car le voyage sera long et dangereux et peu de personnes sont assez dignes de confiance pour connaître ce que je vous confie. Mais le plus important sera de taire l’affaire à l’Inquisit. Si vous souhaitez demeurer en vie, scellez toutes choses aux prélats du Pontife.
Célyse sursauta et coula un regard inquiet vers la Mère Guérisseuse. Impavide la Matriarque ne semblait pas s’indigner des dernières paroles de la reine. Elle s’était déjà saisit du coffret.
-Majesté, osa la jeune fille. Pourquoi craindre ceux que l’Unique a choisi, pour détenir ses secrets ?
Il n’y eut pas de réponse.
Elle sentit à peine qu’Ayanee l’entraînait hors de la grande salle. Elle jeta un regard en arrière et vit la reine qui, ayant refermé la niche désormais vide, replaçait doucement la Seconde Bannière à sa place, derrière le trône du Yorka.
Son enseignante s’arrêta sur le seuil et suivit le regard de son apprentie. Doucement dans un murmure presque inaudible, elle salua sa souveraine.
-Adieu à toi, Massaty Foregown et que l’Unique te garde…
Sur ce, elle se détourna, entraînant sa jeune apprentie dans les entrelacs de la Tour d’Orion.
Ni l’une ni l’autre n’aperçurent l’enfant qui, durant toute leur entrevue, s’était tenue silencieuse, dans un coin sombre. La fillette rejoignit la reine qui la serra fortement contre elle.
Des larmes coulèrent sur ses joues.
C’était les dernières qu’elle verserait de sa vie.
L’ancêtre ouvrit son aumônière et, dans sa main, l’éclat du brasier fit briller le verre d’une petite fiole, dans laquelle dansait un liquide sombre.


Dans le grand hall déserté du Dhjanessé des Mères, au bas de la Tour d’Orion, leurs pas précipités résonnaient sur le marbre comme à l’intérieur d’un tombeau. Célyse frissonna à cette évocation, malheureux présage de l’avenir qui guettait son peuple d’adoption. Courant à la suite d’Ayanee, qui, en ces heures sombres, semblait avoir retrouvé un peu de sa vigueur passée, elle songeait à la chance qui lui était donnée de survivre à cette horrible nuit.
Le cœur partagé, elle ne pouvait effacer de son esprit, Mordia, Sieth, la reine, les petites novices, les autres Mères, et toute une population, qu’elle avait appris à aimer parce que, paisible et joyeuse, simple et plus vertueuse qu’en nul autre endroit. Elle ne pouvait oublier ainsi Flaranth et fuir quand son devoir se trouvait auprès de tous ces gens, entassés dans le Temple des Guérisons.
N’était-ce par pour cela, qu’elle avait souhaité apprendre le Grand Art ?
Une plainte s’échappa de ses lèvres.
Elle s’arrêta contre une colonne et glissa jusqu’au sol, hoquetant de douleur. Elle n’avait jamais ressenti une telle déchirure, une telle douleur. Sa vie entre les murs de l’Ab Héria ne l’ayant en rien préparée à ces événements. Ayanee revint sur ses pas et la releva sans ménagement, la forçant à poursuivre sans décrocher un mot.
Célyse comprit qu’elle n’en avait pas besoin.
La même douleur transperçait son âme, le même désespoir.
Seulement, c’était plus qu’une simple injustice, qu’une fuite égoïste…La Matriarque serrait le coffret contre sa poitrine, consciente que ce qui se trouvait en jeu les dépassait toutes deux. Leurs sentiments ne pouvaient interférer, ni entrer en ligne de compte. C’était une rude tâche qui les attendait, un long chemin. Elle espérait que sa jeune apprentie serait une aide précieuse car elle ne se sentait plus capable d’assumer seule un tel fardeau.
Elle s’arrêta enfin devant un panneau mural, représentant l’Ab Héria élevant ses trois tours immaculées au-dessus des coupoles du Dhjanessé des Mères. C’était une magnifique journée ensoleillée. Orion, la Tour des Ombres et celle des Lumières resplendissaient sur un fond d’azur où volaient des sternes et des goélands. La mer s’étendait dans le lointain et l’horizon confondait écume et nuages.
Célyse se crut devant une fenêtre, observant un paysage familier. Mais les ombres dansantes, créees par la torche, donnaient une impression d’irréalité. Elle reporta son attention sur la Mère. A l’instar de la jeune fille, Ayanee avait revêtu une sobre tenue de voyage, abandonnant sa robe rouge de Matriarque. C’était la première fois que l’enfant la voyait porter chausses et bottes. Elle semblait une autre personne et Célyse ne parvenait pas à s’y faire.
Elle-même regrettait sa tenue de prêtresse. C’était une partie de son identité, acquise de haute lutte. Elle aspira une grande goulée d’air, s’efforçant de ne plus penser pour ne plus souffrir.
Ayanee lui tendit le sac contenant le coffret et s’avança vers la fresque.
De ses longs doigts maigres, elle suivit les courbes du palais blanc et vint finalement poser la main sur la coupole du Temple. Elle pressa le centre du dôme puis s’écarta.

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que dire de plus ,,,,,,,,,,,,,,,merveilleux
a quand la sortie ??????,,,,,,,,
bisous
papi,,,,,,,,,,,,,,,,guy
 
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