Cher Papa, En réalité, ça me fait bizarre de t'appeller Papa. Comme si j'éprouvais encore de l'affection pour toi. Mais c'est faux. Je ne sais pas quoi te dire, et en même temps, il y a tellement de choses que je voudrais te dire. Tu ne m'entendra jamais. Tu n'es pas mort, mais c'est tout comme. Je t'aimais, Papa. Oui, je t'aimais plus que tout au monde. Quand Maman s'est suicidé, tu étais là pour moi. Tu m'as sauvé d'une grave dépression. Même sans dix mille mots, tu me consolais. J'ai reporté tout l'amour qu'elle avait endommagé sur toi, et tu l'avais réparé. J'étais très jeune, j'étais forte grâce à toi, je pouvais faire mon deuil, je te vénérais, Papa ! J'aurais fait n'importe quoi pour toi, parce que j'avais tellement besoin de toi ... et tu le savais. Est ce que tu m'as un jour aimé vraiment ? Est-ce que ce que tu m'as fait, c'est parce que tu me détestes ou parce que tu m'aimes trop ? La confiance, c'est quelque chose de fort, à toute épreuve. Mais pas celle là. Je te faisais confiance, parce que c'était logique. Tu me disais que tu me protégerais au prix de ta vie. Est ce que c'était des paroles en l'air ou tu le pensais vraiment ? Je suis incapable de comprendre. Pourtant, crois moi, je suis une fille ouverte d'esprit. Très ouverte d'esprit. Je me demande encore si tu es vraiment méchant, ou si tu es dévasté, comme moi. Je t'aime, Papa. Je ne peux rien y faire, mais tu m'as détruit. J'avais à peine douze ans. Je vivais avec toi, juste avec toi, et c'est tout ce que j'avais toujours voulu. C'était mon rêve, à l'époque. Tout ce que je voulais dans la vie, c'était toi. Toi auprès de moi. Je te pardonnais tout, tu te rappelles ? Je pardonnais ta folie, ta violence, ta susceptibilité. Dans tous les coups que tu me donnais, je sentais la part d'amour et je te pardonnais. Mais ce soir là, tu as brisé une partie de moi, Papa. Ce soir-là, quand tout a commencé, j'ai réalisé une fois de plus que la vie n'a pas de sens. Tu me faisais peur. Tu étais à la fois l'être qui me faisait le plus peur au monde et celui que j'aimais le plus. Et j'ai toujours appris à m'adapter, à toutes les situations. C'est un principe de survie. Le plus vieux du monde. C'est pour ça que je me disais par moments que si tu m'aimais comme ça, je devais m'adapter. Parce que je ne voulais surtout pas perdre ton amour. Mais le temps a passé, et je me suis rendu compte que je ne supportais pas. Je ne supportais pas que tu me touches. Le désespoir au coeur, je me suis enfuie. Pour ne jamais revenir. J'ai tout raconté à quelqu'un, en larmes, et ma vie a été détruite un peu plus. Je te trahissais, Papa. Mais j'ai toujours agi pour te protéger. Alors qu'avec le //////, j'aurais pu détruire ta vie à mon tour. Mais je t'aime, et je ne veux pas te faire de mal.