jackharris
Nouveau poète
Lettre de Jacques à l’adresse de Maryse. Cet extrait du roman "Les deux cœurs" concerne les vers 3761 à 3804
TOULON le 15 Septembre, à bord du Basque,
«- Mon doux et tendre amour,
Avec le soir venu
- Pour venir converser, sans être interrompu,
- Avec toi, cher trésor, oui toi, la souveraine
- Qui règne sur un cœur totalement soumis
- Pareil à un ilote enchaîné à son maître,
- Toi qui a pris mon cœur, ô toi qui l’a soumis
- Mais par toi grâce à qui il put enfin renaître.
- Sache qu’il bat pour toi tout comme au premier jour
- Et que quand, quelquefois, il est dans la tourmente
- Il aspire, impatient, l’instant de son retour
- Pour retrouver les bras de sa maîtresse ardente.
- Maryse, tu es là, toujours aussi parfaite
- Ton image me hante et je t’aime si fort
- Que je prie très souvent et qu’ardemment souhaite
- De retrouver Lorient avec son petit port.
- Je revois chaque jour, en fermant mes paupières,
- Chaque coin, chaque lieu où nous sommes passés,
- Le parc, rue Courbet, avec les nombreux lierres
- S’enroulant sur les troncs des arbres élancés.
- Et puis le quai des Indes, et le quai de Rohan
- Que nous longions le soir bras dessus, bras dessous,
- Vrai!... tous ces souvenirs pourraient faire un roman
- Mais un roman secret qui concerne que nous.
- Vas-tu voir quelquefois dans la rue Fénelon
- Nos très chers amis qui sont chez Marie-Pierre ?
- Me trouver auprès d’eux plutôt qu’être à Toulon
- Voici une pensée qui quelque peu m’atterre.
- Ô Maryse !... sans toi, je suis un corps sans âme,
- Une cuirasse à qui manque son chevalier,
- Je ne joue pas, je vis, un véritable drame
- Et je porte ma croix sans même sourcilier.
- Revenir près de toi comblerait mon désir,
- Me rendrait à la vie, étoufferait ma peine,
- Il n’y faut point compter dans un proche avenir
- Aussi je me morfonds, rageant sur ma déveine.
- Que te dire de plus sinon que mon amour
- Pour toi est sans limite, aussi sans restriction,
- L’heure se fait tardive et m’oblige en ce jour
- A abréger mon pli, non sans hésitation.
- Maryse, mon amour, toi si chère à mon cœur,
- J’embrasse cette lettre avant de la fermer,
- Fasse que sa lecture apporte du bonheur
- Dans ton âme meurtrie que j’aimerais calmer. »