L’escarpolette...
Au fond d'un parc, un vieil arbre noueux
Enlacé par deux cordes de chanvre blond,
Regarde s'envoler de doux et blancs jupons
Perchés sur une balancelle éclairée de bleu...
A la lumière turquoise d'une après-midi d'été
Qu'elle est belle la jeune et fraîche demoiselle!
Sa robe de satin saumoné bordée de dentelles,
Telle rose éclose, sur l'escarpolette s'est posée...
Au pied du vieil arbre, des buissons ensoleillés
Où se languit un homme tendant un chapeau
A la belle qui découvre ses jambes bien haut,
Laissant entrevoir ses jolis bas de soie irisée...
En arrière-plan un serviteur tire sur des cordes,
Deux angelots de marbre semblent s'animer,
Devant ce spectacle d'amour aux reflets diaprés...
Tout est douceur, alentour rien de monocorde...
Seule s'échappe une pantoufle de satin rose thé.
L'ange sur une stèle ouvragée, venu de gauche,
Est pensif devant ce soulier, discret il ébauche
Un geste figé comme s'il voulait l'attraper...
Attiré, l'homme énamouré suit le doux envol,
Émoustillé par ce spectacle d'assauts répétés,
Feutre tendu, il rend hommage à la beauté,
Sur un lit couvert de roses son amour décolle...
Et la belle continue doucement de se balancer,
Attisant les regards sous l'astre d'or triomphant,
Seul son chapeau de paille voile discrètement,
Les roses de sa candeur tout à coup dévoilée...
( L'escarpolette de: Jean-Honoré Fragonard 1732-1806 )
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