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Les deux soeurs

LLUMIERELIVE

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Baudelaire
La Servante au grand cœur dont vous étiez jalouse…
La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Les deux sœurs (1ère version)

L’ainée, de sa cadette, n’était point jalouse,
Elle aimait la voir gambader sur la pelouse,
Sa blonde chevelure couronnée de fleurs.
Alors qu’elle, chétive, n’imageait que douleurs !
Décharnée, recroquevillée tel un vieil arbre,
Elle savait qu’elle dormirait bientôt sous un marbre,
Parmi les asticots et les larves qui ingrats
Se nourriront de son corps revêtu de draps.
A quoi bon pleurer sur ces tristes songeries,
Echanger avec sa sœur douces causeries,
Ne plus songer à être rongée par un ver,
Contempler l’oiseau qui s’enfuira l’hiver,
Profiter de l’instant au sein de sa famille
Qui refermera du cimetière la grille
.

Goûtant l’aube dorée et la brume du
soir
Sereine, paisible en l’autre rive s’asseoir…
Son âme sœur l’a quittée en décembre,
Elle reste seule désormais dans leur chambre
En la contemplation d’un stigmate éternel
Et se remémorant son regard maternel.
Son espérance de la retrouver est pieuse
Déjà sur son visage une ride se creuse.



********************

Les deux sœurs (
2ème version)

Cette vieille carne était vraiment fort
jalouse,
Souhaitant enterrer sa sœur sous la pelouse
Elle avait fait un trou sans prendre garde aux fleurs
Espérant que « l’autre » clamserait en douleurs…
Elle planterait sa rancune sous les arbres
Au sein de sa colère et rancœur de marbres
Songeant à leurs jeux et comportements ingrats
Cachant sa fureur et sa colère sous draps.
Bienvenues à ces avenirs et songeries,
L’ombre de son double ne ferait causeries.
Sa jumelle bouffée et rognée par le ver
Ne lui gâcherait plus sa vie et son hiver,
Ainsi elle se délivrera de sa famille
Et en fermera à tout jamais la grille
.

Elle m’a eu cette sale garce hier au
soir !
Sur le banc de ma vie je ne peux plus m’asseoir
Mais je vais lui concocter son dernier décembre,
Elle crèvera de peur dans sa sordide chambre,
Elle devra expliquer devant l’éternel
Son geste odieux, criminel et non maternel.
Ne me révélant guère de volonté pieuse

Son enfer, pas à pas je le mine et le creuse.

 
Beau travail. C'est la preuve qu'il peut y avoir de nombreuses versions (largement différentes) pour les mêmes rimes.
Je signale au passage que Baudelaire n'a pas écrit "Certes" avec un s (vers 8). Il s'est permis une licence pour l'écrire "Certe" afin de respecter la métrique.
 
exact....pich, je me suis posé la question, feuilleté les dico...certes oui! et pensé qu'il y a avait fote...ou phote...certe non...
 
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