jackharris
Nouveau poète
Comment puis-je résister à vous offrir un autre extrait du roman "Les deux coeurs", ceci sera ma façon de vous remercier pour les commentaires que vous avez eu la gentillesse de laisser sur les extraits précédents
Seconde conclusion
ANNONAY, mi-Mars 1988,
Depuis le premier jour où j’ai tenu la plume
La fièvre m’a saisi doucement et consume
Mon pauvre cœur qui bat dans le ressouvenir
Des amants déchirés, qui ont voulu mourir.
J’ai tenté d’oublier, mais à quoi bon le taire ?
J’en devins accablé sans pouvoir rien y faire,
Mon sort s’était uni aux enfants de l’amour
Et moi, simple témoin, j’en souffrais à mon tour.
Je refoulais souvent le mal mystérieux
Qui faisait que les pleurs jaillissaient de mes yeux,
Que l’angoisse perçait dans ma bouche haletante,
Que mon corps tout entier transpirait d’épouvante,
Que ma lèvre asséchée par trop d’aspirations
Retransmettait la peur au cœur et aux poumons.
Je recherchais à fuir l’impression douloureuse
Que me causait, soudain, la tension nerveuse
Qui brisait mon moral en y jetant l’effroi
A tel point, qu’à la fin, je demeurais pantois.
J’ai mille fois envié votre amour malheureux
Qui vous a sublimés bien au-delà des cieux,
J’aurais aimé connaître une telle fortune
De sentiments, d’honneur, et même d’infortune ;
La vie ne m’a laissé que la consolation
De vous avoir connus, vous et votre passion.
J’ai vécu trop de temps terrassé de douleur,
A supporter le poids qui pesait sur mon cœur,
A garder dans l’esprit l’image qui me hante
Jusqu’à en devenir une horrible épouvante.
J’ai, par là, dû passer bien des nuits sans sommeil,
Un moindre bruit, un son, me tenaient en éveil,
Tout n’était plus en moi qu’atroce déchirure,
Fréquemment, je sentais la cruelle morsure
Quand, l’esprit égaré parmi le souvenir,
J’attendais, impatient, à vous voir revenir.
Déjà j’ouvrais les bras, les tendais vers le ciel,
Prêt à vous accueillir d’un geste paternel ;
La joie illuminait sur l’instant mon visage
Sombrant dans l’euphorie pour un très court passage
Car, après un moment, comprenant mon erreur,
Je sentais à nouveau se déchirer mon cœur.
Les larmes jaillissaient en des gouttes amères,
S’épanchaient sur mes joues, tandis que mes paupières
S’efforçaient à barrer le chemin à ces eaux
Pour que, fleuves au départ, ils deviennent ruisseaux,
Pour que l’âme s’apaise, ainsi que la tourmente,
Pour étouffer le poids de l’amour qui le hante,
Qui vient empoisonner toute ma vie entière
Comme si, devant moi, vivait une chimère.
J’ai tenté d’oublier, d’exorciser le mal
Car ce puissant venin pouvait m’être fatal,
Mais la moindre nouvelle ou la moindre pensée
Aussitôt, près de moi, vous ramenait d’emblée.
Je reste condamné, puisque tel est mon sort,
A vous garder en moi, jusqu’à ce que la mort
Vienne pour me chercher, me prenant par la main,
M’entraîner avec elle en ce monde lointain
Qui nous réunira dans la terre promise
Tous les trois, Jacques et moi, sans oublier Maryse.