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Grand poète
Il est étonnant de se souvenir de son enfance à un certain moment : celui au travers duquel nous n'arrivons plus à nous réchauffer les mains ; celui où nos yeux s'opacifient.
La lumière n'est plus lumière ; le chant du rossignol n'est plus cette douce mélodie vespérale qui nous enveloppait au sein de nos rêves, dans une nuit sans lune ni étoiles, qui naît et se prolonge. Son souffle glacial nous transperce et nous laisse transis. Dans l'incapacité de réagir et face au manque de confiance en nos facultés, qui peu à peu nous envahit, nous sentons monter en nous une indicible rage. Les souvenirs qui, en moi défilent, sont clairs ; limpides tels ces fleuves qui, jadis, m'entraînaient vers un nouvel et permanent éveil. Ils évoquent mes premiers mots, mes premiers «oui» comme mes premiers «non», mes premiers pas dans l'apprentissage de la vie.
Âgé de trois ans, j'étais alors encore plongé dans l'innocence et la naïve curiosité des verts pâturages de la prime enfance. J'ai souvenance d'une grande fenêtre, faite du bois d'un chêne séculaire, protégeant notre maison des violentes et imprévisibles tempêtes qui, chaque hiver, s'abattaient sur notre région. Cette ouverture circulaire, percée dans le mur gris, datait de bien avant ma naissance. Étrangement, elle se situait juste au centre de ma chambre, face à mon lit et c'est elle qui, en premier lieu, s'inscrivait dans ma rétine à mon réveil.
Je n'avais de cesse de la contempler. Elle vibrait, m'interpellait ; j'avais l'étrange sentiment qu'elle me disait qu'un jour j'arriverais à saisir, à palper ce qu'elle cherchait à exprimer, à me faire comprendre. Je me revois, essayant de me tenir en équilibre sur mes jambes, tentant de marcher seul et de l'atteindre, pour enfin savoir ce qu'il y avait de l'autre côté.
Dans combien de tentatives me suis-je lancé ? Je ne saurais le dire.
Une chose est sûre : cette fenêtre et le mystère qu'elle représentait à mes yeux m'obnubilaient. Parvenir à me hisser à sa hauteur est, sans doute, le premier objectif que je me suis fixé.
Toutefois, en dépit de mes forces et de ma persévérance, les moments d'intense désespoir n'ont pas manqué. J'avais envie de crier, de hurler jusqu'à ce que les murs cèdent, jusqu'à connaître ce qui m'était inconnu !
Vouloir réprimer ses angoisses, passer outre ses peurs ne sont jamais choses aisées et l'âge n'y change rien !
Enfant, j'ai atteint la fenêtre, je l'ai touchée, caressée ; j'ai observé ce qu'il y avait de l'autre côté du carreau. Mon univers venait de faire place au monde. Je ne le comprenais pas encore et cette incompréhension m'effrayait. Rien ne serait plus pareil ; j'étais tenu de m'adapter à cet autre environnement. J'étais obligé d'accepter... le changement !
Voilà comment, de l'enfance, de cette innocente et naïve comédie, on passe à l'âge adulte, où le spectacle se fait opéra révolutionnaire.
Suis-je nostalgique ? Peut-être ! Ai-je des regrets ? Aucun !
Maintenant, je suis là ! J'attends l'aube, j'attends le chant de l'alouette, comme hier j'attendais celui du rossignol.
Dans quelques heures et dans cette cellule, un autre me remplacera. Cet inconnu plongera-t-il, lui aussi, dans ses souvenirs avant que le système carcéral n'essaie de les lui effacer en l'obligeant à bifurquer ? Je l'ignore !
D'ici peu, j'arriverai au bout de cet apprentissage, celui qui, un jour, avait débuté devant une fenêtre. Cette fois-ci, c'est cent pas que je vais devoir faire ; pas un de plus, pas un de moins. Cent pas qui me conduiront au bout de mon chemin, au bout de mon destin. Face à ceux qui aujourd'hui m'assassinent, et avant que mes yeux définitivement ne se ferment, que ma bouche ne se taise à jamais, je leur lancerai en ultime confession : ma foi en l'homme, en la vie et en la liberté.
Nous ne pouvons ignorer les changements ; ils permettent à notre société d'évoluer. A nous de faire en sorte que cette évolution soit profitable à l'ensemble de la collectivité et non pas, ou non plus, à une minorité de nantis !
La lumière n'est plus lumière ; le chant du rossignol n'est plus cette douce mélodie vespérale qui nous enveloppait au sein de nos rêves, dans une nuit sans lune ni étoiles, qui naît et se prolonge. Son souffle glacial nous transperce et nous laisse transis. Dans l'incapacité de réagir et face au manque de confiance en nos facultés, qui peu à peu nous envahit, nous sentons monter en nous une indicible rage. Les souvenirs qui, en moi défilent, sont clairs ; limpides tels ces fleuves qui, jadis, m'entraînaient vers un nouvel et permanent éveil. Ils évoquent mes premiers mots, mes premiers «oui» comme mes premiers «non», mes premiers pas dans l'apprentissage de la vie.
Âgé de trois ans, j'étais alors encore plongé dans l'innocence et la naïve curiosité des verts pâturages de la prime enfance. J'ai souvenance d'une grande fenêtre, faite du bois d'un chêne séculaire, protégeant notre maison des violentes et imprévisibles tempêtes qui, chaque hiver, s'abattaient sur notre région. Cette ouverture circulaire, percée dans le mur gris, datait de bien avant ma naissance. Étrangement, elle se situait juste au centre de ma chambre, face à mon lit et c'est elle qui, en premier lieu, s'inscrivait dans ma rétine à mon réveil.
Je n'avais de cesse de la contempler. Elle vibrait, m'interpellait ; j'avais l'étrange sentiment qu'elle me disait qu'un jour j'arriverais à saisir, à palper ce qu'elle cherchait à exprimer, à me faire comprendre. Je me revois, essayant de me tenir en équilibre sur mes jambes, tentant de marcher seul et de l'atteindre, pour enfin savoir ce qu'il y avait de l'autre côté.
Dans combien de tentatives me suis-je lancé ? Je ne saurais le dire.
Une chose est sûre : cette fenêtre et le mystère qu'elle représentait à mes yeux m'obnubilaient. Parvenir à me hisser à sa hauteur est, sans doute, le premier objectif que je me suis fixé.
Toutefois, en dépit de mes forces et de ma persévérance, les moments d'intense désespoir n'ont pas manqué. J'avais envie de crier, de hurler jusqu'à ce que les murs cèdent, jusqu'à connaître ce qui m'était inconnu !
Vouloir réprimer ses angoisses, passer outre ses peurs ne sont jamais choses aisées et l'âge n'y change rien !
Enfant, j'ai atteint la fenêtre, je l'ai touchée, caressée ; j'ai observé ce qu'il y avait de l'autre côté du carreau. Mon univers venait de faire place au monde. Je ne le comprenais pas encore et cette incompréhension m'effrayait. Rien ne serait plus pareil ; j'étais tenu de m'adapter à cet autre environnement. J'étais obligé d'accepter... le changement !
Voilà comment, de l'enfance, de cette innocente et naïve comédie, on passe à l'âge adulte, où le spectacle se fait opéra révolutionnaire.
Suis-je nostalgique ? Peut-être ! Ai-je des regrets ? Aucun !
Maintenant, je suis là ! J'attends l'aube, j'attends le chant de l'alouette, comme hier j'attendais celui du rossignol.
Dans quelques heures et dans cette cellule, un autre me remplacera. Cet inconnu plongera-t-il, lui aussi, dans ses souvenirs avant que le système carcéral n'essaie de les lui effacer en l'obligeant à bifurquer ? Je l'ignore !
D'ici peu, j'arriverai au bout de cet apprentissage, celui qui, un jour, avait débuté devant une fenêtre. Cette fois-ci, c'est cent pas que je vais devoir faire ; pas un de plus, pas un de moins. Cent pas qui me conduiront au bout de mon chemin, au bout de mon destin. Face à ceux qui aujourd'hui m'assassinent, et avant que mes yeux définitivement ne se ferment, que ma bouche ne se taise à jamais, je leur lancerai en ultime confession : ma foi en l'homme, en la vie et en la liberté.
Nous ne pouvons ignorer les changements ; ils permettent à notre société d'évoluer. A nous de faire en sorte que cette évolution soit profitable à l'ensemble de la collectivité et non pas, ou non plus, à une minorité de nantis !