lostlove15
Nouveau poète
O Leila*, ils m’interrogent tout le temps : « puisqu’elle t’a refusé, Pourquoi ne cherches-tu pas une autre ? » Sais-tu par quoi je leur réponds, désabusé : « Qu’on me pende, que je meure deux fois ! Qu’est-ce que cela peut me foutre ? » Mais avec tout ce que les enfants ont d’entêtement, Je refuse d’aimer deux fois ! Oublie mes reproches à moi et renonce à ceux à toi définitivement, Je me suis vite effondré sous mes malheurs peu benoîts. La passion m’est religion et le nid d’amour m’est royaume, Je suis Kais* et la Thora m’est livre sacré, Dieu n’a jamais interdit un amour ; c’est l’un de ses axiomes. A l’opposé, Il a plutôt béni mes rêves innocents et feutrés ! Je suis d’une argile que le Seigneur a dotée D’une âme qui virevolte aux supplications. Renonce aux supplices et ne blâme point une fascinante beauté, Je n’ai jamais taillé mon cœur d’une grossière pierre à construction. Sans affection, je ne suis qu’une bûche sèche, Sans coup de cœur, je m’apparente aux morts. Oh malheur ! Dans notre ville un réquisitoire tue comme flèche : L’amour y est grand péché ou mauvais sort. La pulsation du cœur est profanation pour sa sainteté, Tu en entends des légendes diffuses, Un panneau fixé, que tu vois, à tous coins de la cité. Puisse Dieu nous épargner de telles bêtises ! S’éprendre des filles est péché dans notre commune S’éprendre des filles ouvre la voie des tentations Gare à toi, si jamais tu rencontres une créature féminine Gare à toi, deux fois, si tu t’approches de cette chère gent. Si l’amour est souillure dans notre mégapole, Que dire alors d’avouer mon feu aux princesses ? Oh ! Belle brune, tant pis, si mon âge s’envole ! Je t’aime, même si l’adoration est drame et détresse ! Kais et Leila : deux figures de l’amour platonique dans la littérature arabe classique.