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Le voyageur immobile - 6

jackharris

Nouveau poète
Le voyageur immobile, Suite du chapitre 5

Mes yeux se sont ouverts. Je sens ma bouche sèche,
Je voudrais déglutir mais ce fait m’en empêche.
Bien que mon pauvre esprit soit encor vaporeux
Je rassemble des forces et, d’un bond furieux,
Je vais à la cuisine y quérir un peu d’eau.
La lune qui éclaire à travers le rideau
Me pousse à regarder derrière la fenêtre
Où, malgré la fraîcheur qui pourtant me pénètre,
Je reste là, rêveur, à contempler le ciel
Qui m’invite à quitter ce monde artificiel.
Je n’y résiste pas et ma pensée s’échappe,
Vers quelle destinée ? Quelle nouvelle étape ?
Je ne m’en soucie guère et me laisse bercer
Par le rêve impromptu qui vient de commencer.
Tout là-haut, dans les nues, une étoile scintille
Pareille à la bougie dont la flamme vacille ;
Je la prends pour repère et guider mon chemin
Avec, au fond du cœur, une joie de gamin.
Je sens monter l’audace et presque téméraire
J’ose ainsi parcourir tout mon itinéraire
Sans connaître la peur, ni le moindre soupçon
D’avoir, le but atteint, à verser de rançon.
Je connais le sommet de mon apothéose
Quand, d’un pas très léger, sur le sol je me pose
Le regard éperdu dans un ravissement
Qui pénètre mon cœur sous cet enchantement.
Tout est limpide ici, tout n’est que transparence,
Je n’y découvre pas la moindre effervescence,
Tout est calme et repos, tranquille, confortable ;
Je me surprends, soudain, assis à une table
Devant un met de choix qui paraît m’inviter
A goûter son fumet, mieux, à le dévorer.
Je vais pour me servir quand une voix m’appelle.
Me tournant, j’entrevois une femme si belle
Que je crois défaillir, du moins sur le moment ;
Je retiens mon esprit assez confusément
Car mon cœur bat si fort pour cette créature
Qu’il me prend l’impression d’être sous la torture.
Le trouble qui me vient dans une telle ardeur
Me pousse à me livrer avec une impudeur,
Une impudicité d’une rare violence
Que je me vois sombrer sitôt dans la démence.
Or, devant mon émoi, la femme qui se livre
Paraît lire en mon cœur autant que dans un livre.
Pour mieux me supplicier, devant ma confusion
Due à sa nudité, par une contorsion
Elle imprime à ses hanches un mouvement précis,
Agitant son nombril recouvert d’un rubis ;
Elle claque des doigts, une douce musique
S’élève dans les airs. Son rythme romantique
Contribue à l’émoi qui me porte à l’extase.
Mon cœur déjà en feu se déchaîne, s’embrase
Par un ravissement qui verse le désir
Dans mon corps tout entier frémissant de plaisir.
Le sein que je convoite et qui s’offre à ma main
S’approche, se recule, et disparaît soudain
Car le corps en vivant le rythme de la danse
S’est tourné un instant pour suivre la cadence.
Mon regard est fixé sur cet être angélique
Me plaçant dans le cœur la pensée diabolique
De la prendre en mes bras afin de l’enlacer,
De caresser son corps et de la posséder.
Le sang bout en ma veine, il fait battre ma tempe,
A tel point que je sens la sueur qui me trempe,
Qui inonde ma peau, qui la fait ruisseler
Semblable à un poulet que l’on ferait griller.
Le feu qui me dévore et consume mon âme
S’attise lentement sous l’action de la flamme,
La raison m’abandonne et, comme un furibond,
Comme un fou furieux je m’élance d’un bond.
Devant ma réaction, je la vois qui s’échappe,
Se retourne soudain voulant que je l’attrape,
Que j’use mon ardeur à courir sur ses pas
Dans un halètement qui me porte au trépas.
Je poursuis un instant ma belle sauvageonne
Qui, dès que je m’arrête, aussitôt s’en étonne,
Se rit de ma souffrance, augmente mon chagrin,
Lançant à pleine gorge un rire libertin.
Relevant son défi, je m’élance à sa suite
Mais je ne parviens pas au cours de la poursuite
A estomper l’écart, réduire son avance
Et je dois, à nouveau, subir la défaillance.
La colère me prend, je m’insulte moi-même,
Cela ne résout pas cependant le problème.
Je m’applique aussitôt dans un suprême effort
A obliger mes pas. Dans l’ultime transport
J’épuise ma raison tout autant que ma force
Puis, de mon abandon, se profile l’amorce
Car je ne peux tenir à ce rythme d’enfer,
Cette femme est vraiment digne de Lucifer!...
Je poursuis néanmoins avec une assurance
Assez mal contenue, je l’ai dit à l’avance ;
Je subis la Géhenne en être passionné
Mû par un fou désir, un plaisir acharné.
Voyant que je faiblis, elle perd son allure,
Je me rapproche un peu et ceci me rassure
Mais l’espérance est vaine, voilà que je m’arrête,
Je me prends à pleurer en me tenant la tête.
L’espoir, mon fol espoir s’enfuit dans un sanglot,
Je me sens ridicule et même un peu idiot
Perdu dans mon malheur, entier à ma détresse,
Incapable à briser, à chasser ma tristesse.
Je peste contre moi, devant mon impuissance,
Je rage sans besoin d’éprouver de vengeance,
De goûter le désir d’imputer à autrui
Le mal qui m’indispose et cause mon ennui.
Le fiel ronge mon cœur, attise ma défaite,
Puis la honte m’incite à battre la retraite,
Je n’ai pas su gagner mon pari, mon enjeu
Malgré toute l’ardeur apportée dans ce jeu.
Je reviens sur mes pas avec la tête basse,
Mon esprit engourdi par une épaisse crasse,
Par un brouillard diffus qui aveugle mes sens
Et qui, de mes espoirs, démontre le non-sens.
Je n’aurais jamais dû m’arrêter sur cet astre
Qui cause mon tourment, mon malheur, mon désastre,
Après m’avoir donné une folle illusion
Je me retrouve seul en pleine confusion.

(à suivre)
 
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