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Le secret de Marie ... ( fin )

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion janu
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janu

Maître Poète
Leur nouvelle vie n’avait guère empiété sur leurs journées, mais elle ne pouvait s’empêcher d’être radieuse, et souvent rêveuse au bureau comme elle ne l’avait jamais été. Une de ses collègues fine mouche lui a dit :
-Tu serais amoureuse toi que ça ne m’étonnerait pas… comme tu ne sors pas, c’est de ton beau père ?
Elle s’est contentée de hausser les épaules, ne pouvant s’empêcher de rougir elle a plongé le nez dans ses papiers…
L’autre collègue du même bureau a dit doctement :
-En somme tu as chez toi un homme qui fait tout le travail de maison : Tu as tous les avantages et pas les inconvénients…
Disant cela car elle se plaignait toujours de la ‘corvée conjugale’ à laquelle elle n’osait pas couper ; Marie a souri en elle même, se disant : « si elles savaient ! »

Leur vie s’était organisée différemment, mais en apparence elle était la même. Seulement voilà, il l’a décidée à apprendre à conduire :
-Si je venais à disparaître, tu pourrais te déplacer sans avoir à demander à qui que ce soit de t’accompagner…
Le samedi et le dimanche après midi, ils ont été sur des routes alentour sans trop de circulation pour cette conduite accompagnée : St Quentin la poterie, Saint Laurent la Vernède, la Bruguière ou route de Vallabrix. Dans ces villages bien plus qu’à Uzès même, on regarde les gens passer : Ils étaient connus…cela a commencé à jaser !
-Ces deux là ils sont au mieux
depuis que Raymond n’est plus là !
– Le ‘Papé’ il est encore ‘vert’
– Oh ! toi, tu vois le mal partout, elle apprend à conduire… »

En même temps chaque soir, il a révisé le code de la route avec elle. Elle a appris plus vite que si elle s’y était plongée seule. Dés la première fois en mai, elle a été reçue coup sur coup, à l’examen du code puis à la conduite…Dotée de la feuille rose, elle a décidé qu’elle allait acheter une voiture neuve et plus petite, donc plus facile à conduire ! En même temps elle lui a dit qu’elle prendrait son mois de vacances en juin cette année, et que ce serait bien s’ils louaient quelque part en montagne ou à la mer ?
Et lui, il lui a proposé la Suisse, dans le Valais où il s’est occupé de louer un petit chalet pour 15 jours à la mi juin.
Georges est venu pour quelques jours de permission. Le soir elle faisait un passage plus bref à la petite chambre puis montait dans la sienne. Un soir au souper, il leur a dit :
-J’ai failli mettre mon poing sur la g… du ‘Thibaut’ qui m’a dit : Le Papé et ta mère, ils sont toujours ensemble. Tu ne crois pas qu’ils font des ‘affaires’ tous les deux ?
Et ils ont réalisé à quel point pour Georges leur liaison pouvait paraître incongrue !
Et cela jasait…Brassens l’a chanté : « Les braves gens n’aiment pas que
- l’on suive une autre route qu’eux… »

Ces quinze jours en Suisse ont été merveilleux pour les deux. Pour la première fois, ils étaient libres jour et nuit de laisser éclater leur amour au grand jour. Pourtant au début le jour, elle n’arrivait pas à être la même ; un respect, une gêne l’empêchaient d’être ce qu’elle était la nuit : une amoureuse pressée d’être dans les bras de son ‘homme’.
Hors, après une longue marche en montagne ils sont rentrés tôt, plutôt fatigués ; surtout elle qui n’avait jamais fait de randonnée. Le petit chalet était bien équipé, pendant qu’elle prenait une douche, il a fait du thé, et pendant qu’il infusait, il est allé se doucher à son tour. C’est après cette collation qu’il lui a
proposé d’aller s’allonger un peu puisqu’elle était fatiguée… gênée, elle
hésitait, alors il a dit :
-Il fait jour et tu ne veux pas voir ma tête de vieux au dessus de la tienne, je comprends !
Les larmes ont jailli de ses yeux à elle, tandis qu’elle a presque crié :
-‘Papé’ tu es fou, j’aime ton visage…toi ‘vieux’ ! viens…viens !
Et après cette sieste tardive et crapuleuse, elle a été complètement libérée. Les années de mariage avec Raymond n’étaient pas oubliées, ni par l’un ni par l’autre, mais ils en occultaient la partie intime dans leurs discussions de jour comme de nuit…

Au retour, elle a été sous le feu roulant des questions de la part de ses collègues de travail et dans sa famille aussi : Une location de chalet pour eux deux ? même quand elle disait qu’il y avait deux chambres, ils pensaient tous qu’il y avait « anguille sous roche… » Mais quand le même employé de la voirie l’a apostrophée grossièrement dans leur bureau où elles étaient à trois :
-Avec moi, çà aurait été autre chose qu’avec ce ‘vieux’…
Elle a fait un compte rendu de ce manque de respect au maire, leur patron. Le gars a du faire des excuses, dans le même bureau, devant ses collègues et un adjoint au maire.

Les gens ont jasé encore dans leur dos, mais comme leur vie était la même, exempte d’ostentation, la pâte du soufflé est vite retombée… Seulement elle était tellement heureuse, qu’elle n’a pas résisté au plaisir d’en parler sous le sceau du secret à Berthe sa cousine, et celle-ci de la même façon en a parlé à une parente, en la faisant jurer de ne rien révéler… et celle-ci…etc…
De même au travail, une collègue absente pour cause de maladie, avec l’autre bien plus amie, elle lui a fait des confidences, toujours avec des « Tu me jure de n’en parler à personne ? » et l’autre la main sur le cœur, de répondre : « cela va sans dire, tu me connais ? »

Lafontaine l’a bien conté avec l’histoire du Roi Midas… mais il n’est rien arrivé à ces dames et messieurs par ricochet, eux qui se disaient maintenant au fait d’une liaison entre belle fille et beau père, avec une différence d’âge de trente ans. Pour les uns, cela les faisait ricaner, extrapoler, déformer ce qu’ils en avaient entendu dire !
pour d’autres, ils ne dérangeaient personne et avaient parfaitement raison de vivre ainsi leur vie à deux, puisqu’ils s’entendaient si bien ensemble…

Elle avait conservé le terrain sur lequel ils devaient bâtir, cette chimère pour laquelle Raymond avait tant travaillé. Elle en avait l’usufruit mais ne pouvait le vendre sans l’accord de Georges qui lui, avait dit :
-Garde moi le ; quand j’aurais ma retraite je reviendrai à Uzès et j’espère réaliser ce que voulait Papa.
Le ‘Papé’ y allait quasiment chaque jour : il entretenait les quelques arbres fruitiers trouvés à l’achat. Il y plantait quelques légumes mais surtout des fleurs. Aux beaux jours, à la sortie du travail, elle allait l’y rejoindre et s’activait un moment après qu’il lui eut montré les nouveautés. On les y voyait donc, tout comme le samedi où déjà leur marche du matin était commentée. Une partie de sa famille lui ayant fait des remarques qu’elle a jugées déplacées, c’est par une promenade en voiture qu’ils avaient remplacé ces sorties.
Bien souvent ils emmenaient Berthe toujours aussi ‘abandonnée’ par son boulomane de mari. Les buts de promenade ne manquent pas : Pont du Gard, Avignon, Nîmes, Anduze et sa bambouseraie, le mont Aigoual… Pour la journée : l’Aven d’Orgnac et les gorges de l’Ardèche ; St Rémy de Provence et la chaîne des Baux de Provence ; la mer, Martigues et l’étang de Berre, d’une part, de l’autre la Camargue de Port St Louis aux Saintes Maries de la mer et le Crau du Roi, etc… Ces Dames une comme l’autre, étant pourtant nées et ayant vécu dans cette belle région, n’en connaissaient presque rien ! Le mari de Berthe les avait accompagnés quelques rares fois, mais il se trouvait toujours un concours de boules pour y couper !
Et à Berthe il a échappé une fois : « Je suis plus veuve que toi ! »

L’été ils ont continué à louer pour deux semaines par l’entremise de Maeva, le long de la côte un studio : Bandol, La Capte dans la presqu’îles de Giens, St Raphaël, Antibes, Menton tout à tour les a vus passer comme un couple uni de vacanciers. Quelques fois elle surprenait un regard curieux masculin ou féminin, et elle se rapprochait alors de son ‘Papé’ pour bien faire comprendre : « C’est comme ça ! et c’est mon Homme»
Comme dans tout couple, la lune de miel avait été suivie d’une routine, pleine de leurs habitudes, mais où au début elle disait très souvent après leurs…ébats :
-‘Papé’ tu n’as pas peur que ça te fatigue ?
Mais dés lors, il s’attachait à lui prouver de suite que non avec le :
-Tu veux bien ?
- qui précédait toujours l’assaut final car elle ne savait répondre que :
-oui, oui…

Berthe sa cousine et Lucie, sa seule amie au bureau à qui elle avait raconté leur histoire, écoutaient avec admiration que chaque soir, à son arrivée dans le lit, il ouvrait les bras Et qu’il la caressait, lui
disant des mots d’amour, cela se terminait par le :
-Tu veux bien ?
Qu’elle espérait tellement, tout en trouvant que c’était fou ! Et cela les faisait glousser. Encore plus quand poussant ses confidentes, c’est quand elle disait :
-Du fait de la prostate, il se lève chaque nuit… ça me réveille le plus souvent, et quand il revient c’est moi qui ouvre les bras ! et souvent ça se termine ‘bien’ encore !

Et l’hiver pour avoir quelques jours de liberté totale avec lui, elle a insisté pour qu’ils louent aussi huit jours à la montagne. Ils y ont fait du ski de fond qu’il lui a enseigné avec une patience infinie. Créolières au dessus de Nice d’abord, puis dans le Vercors, St Julien et St Martin, puis Villard de Lans, ces stations étant à une porte des magnifiques pistes de fond qui s’étendent sur 40 km pour le moins…
Georges sous officier de l’armée de l’air, spécialiste mécanicien cellule avion a été muté à Bordeaux dans un établissement régional de l’air. Il y a connu une employée civile, et ils ont vécu ensemble dés lors sans parler de mariage pour autant. Cette année quand il leur a amené sa Nadine pour la leur présenter, il leur a dit :
-Je lui ai raconté les circonstances qui vous ont amené à vivre ensemble, c’est pas la peine de vous gêner pour nous…
Et c’est eux, les jeunes qu’elle a installé dans la plus grande chambre du haut ; la sienne du temps de Raymond… une époque bien révolue et pas souvent évoquée !
…………………………………………………………………………….
Onze ans se sont écoulés depuis ce début d’année où ils étaient devenus amants… cette année la, un jour de mai où le soleil tapait le ‘Papé’ a passé beaucoup de temps au jardin. Le soir, tout s’est passé normalement. Couché vers 22 h, elle l’a rejoint, accueillie dans ses bras à l’habitude, mais la petite question n’est pas venue ( depuis qu’il était octogénaire, il lui arrivait plus souvent de se contenter de leurs câlins rituels, sans aller plus loin ) Elle ne s’est pas inquiétée. Un moment après pourtant elle l’a entendu respirer fort, puis il a rejeté le drap avant de dire :
-J’ai envie de rendre, mais je n’arrive pas à me lever, je n’ai plus de ‘pattes’…
Elle a allumé, lui a apporté une cuvette disant je téléphone au docteur X… celui qu’elle voyait plus souvent que lui ! Dés qu’il a connu les symptômes, celui-ci a dit :
-J’appelle l’hôpital pour qu’ils envoient une ambulance, je vous rejoins là bas…
Il était vraiment mal avant l’arrivée de l’ambulance déjà. Il lui a dit difficilement qu’il ne voyait plus.
Dans l’ambulance elle lui a tenu la main : on lui avait mis un masque d’oxygène, mais à l’arrivée dans l’hôpital le docteur n’a pu que constater le décès. Rupture d’anévrisme, ça ne pardonne pas souvent ! Il aurait gardé de grosses séquelles Si on avait pu l’opérer à temps, a dit le docteur en guise de consolation…

Quand Raymond était mort, le ‘Papé’ avait fait toutes les démarches administratives, cette fois la mort dans l’âme, elle s’en est occupée. Berthe et son mari lui ont été d’un grand secours. George, seul est venu en train de Bordeaux ; Nadine venait d’accoucher de leur premier enfant…
Seule désormais dans sa grande maison, mais plus autonome, car elle conduisait depuis des années, ses seules sorties du week end sont pour le cimetière. Ce grand départ a été un arrachement viscéral et une solitude totale l’a assombrie au travail comme ailleurs.
Pendant onze ans : aimée, choyée, écoutée et servie par un homme qui ne savait quoi faire pour lui plaire, et qui lui avait fait connaître un bonheur total dont elle n’avait même pas eu idée jusque là !
Cela a été remarqué, l’occasion de bien des réflexions dont elle n’avait cure.

Quelques années ont passé ainsi, puis George avec ses 15 ans et demi d’armée a sollicité sa petite retraite. Ils avaient deux garçons et sont venus s’installer les quatre dans l’appartement d’Uzès. Ils occupaient les deux chambres du haut, et elle celle du bas où elle avait été si heureuse. George aidé par Nadine a repris un ensemble atelier
mécanique et postes d’essence qui allait de pair avec sa spécialité dans l’armée.
Marie a pris sa retraite. Maintenant elle était la ‘Mamé’ qui s’occupait des deux garçons, de la cuisine, du marché… On me l’a montrée justement au marché : une dame bien droite,
de beaux cheveux gris, mais un visage sévère les yeux comme absents. Berthe avait raison de dire qu’elle ne s’était jamais remise de ce second deuil, celui de son grand amour : onze ans de bonheur total et permanent qu’elle avait vécus auprès de son ‘Papé’ qu’elle n’avait jamais appelé autrement…..

Fin
 
Merci Patricia, merci Anne, pour votre lecture indulgente car le récit est long... Cette histoire
qu'on m'avait raconté différemment, j'en ai fait la synthèse et romancé un peu, surtout l'intimité...
Bises amicales
 
Très belle histoire d'amour... emplie d'émotion... Agréable lecture grâce à ton talent d'écrivain... Bises amicales
 
Beaucoup d'émotion sur tes mots et dans nos yeux de lecteur ... Dieu quel amour!
L'amour à l'état brute...sans barrière... se jouant des règles établies par la société...
Ton ouvrage mérite un prix d'excellence pour le fond et la forme!...j'ai adoré!
Tu me donnes une idée de poème...merci...(à suivre)
Bisous Jan
 
Je recommence car mon commentaire s'est éffacé tout à l'heure arrivé à la fin !
C'est tellement émouvant de voir à quelle point elle a pu s'épanouir grâce à cette belle vie amoureuse qu'elle a vécut avec Papé ce beau gentleman qui a tout fait pour elle ...Moi je dis que c'est çà l'amour vrai ! que cela en donne les larmes aux yeux a la fin de voir qu'il ont du se séparer...Voilà un homme qui a su rendre une femme heureuse et c'est cela le vrai bonheur ...Merci Jan pour ce bel Oeuvre j'ai beaucoup aimé ...Bisous de Patou
 
Anne, Juliette, Lilyrose, Sabine, Judy et Patricia
Je vous remercie infiniment car je vois à travers vos commentaires que cette nouvelle régionaliste vous a interpellée, pour les lieux mais surtout les sentiments que j'ai essayé de définir et recomposer au plus juste à travers les récits oraux qui m'en avaient été faits...
Bisous amicaux à vous : Jan
 
Comme j'ai aimé la délicatesse de ton récit, la force d'amour fou qui en émerge....un moment inoubliable de lecture...Merci pour ce beau récit...Amitiés...Lys
 
Chère Lys, je rougis sous ma peau tannée au vu de tes commentaires si élogieux... ( comme dit parfois, le poète est un saltimbanque qui se nourrit de : bravo ! ) Heureux que ces moments de lecture t'aient transportée un instant dans un ailleurs où le rêve a sa part
Avec mes amitiés : Jan
 
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