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Le rossignol bleu

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Grand poète
Égarée dans ses contemplations, une fée s’est éloignée du jardin des âmes. Devant l’innocence d’un tel petit être, les portes des forêts du réel s’étaient ouvertes. La fée, ne pouvant plus battre des ailes sous l’emprise de la fatigue, prit pied sur une grande feuille de chêne. Elle s’y allongea et sombra dans un profond sommeil.
Au-delà du monde des rêves, à mille lieues des forêts du réel, l’aube se levait tandis que le majestueux rossignol prenait son envol dans l’air chargé d’une humidité matinale, non sans avoir préalablement lancé quelques derniers gazouillis, notes mélancoliques saluant la fin d’une nuit lui ayant appartenu.

Un accueil inattendu

Le vol du resplendissant oiseau, par magie, l’entraîna jusqu’aux antipodes de son univers et c’est là, au milieu de ce qui pour lui se nommait inconnu, qu’il aperçut dans la brièveté d’un regard une minuscule chose ressemblant vaguement aux libellules, mais en plus petit.
Sa curiosité le poussa à se poser sur la pointe de la branche sur laquelle gisait celle dont il ignorait jusqu’à l’espèce.
Il était maintenant à un bec de distance et se contentait d’observer cet être aux ailes transparentes, aux reflets bleuâtres, dont le corps parfaitement proportionné n’était ceint que d’un voile léger, aérien.
« Quel étrange animal », songea-t-il. Si l’on m’avait demandé ce que j’allais en ce jour découvrir ici, je me serais avisé de m’y pointer la veille afin que l’étrangeté qui, présentement, sommeille à mes pieds puisse jouir de mon fabuleux ramage. Mais qu’à cela ne tienne, rien n’est définitivement perdu et exceptionnellement, bien que le soleil soit déjà haut dans l’azur, je m’en vais, sur ce, gazouiller.
Le nocturne s’exécuta, heureux d’avoir un public, certes peu à l’écoute, mais un public quand même. Emporté par le plaisir de sa propre écoute, le narcissique volatile chanta de plus belle jusqu’à ce que l’astre solaire soit à son zénith.
Or, en dépit du raffut, la petite fée restait immuablement plongée dans les bras de Morphée.

Un adieu inaperçu
« Quelle outrecuidance », se dit intérieurement le passereau. « Je m’époumone à siffler pour lui et pour toute réponse, je ne reçois même pas un misérable applaudissement, une toute petite ovation. Que nenni ! Juste un ronflement en écho de mes vocalises. Je suis particulièrement déçu et loin de moi l’envie de continuer à m’égosiller pour cet ignare, ce malheureux béotien, ce triste inculte. Monsieur ou Madame, je ne sais, je vous laisse à vos rêves ou à vos cauchemars. Je ne vous salue pas, mais vous quitte pour un rendez-vous que je ne saurais manquer ; une audition que je sais d’avance gagnée, car ma plus fidèle groupie sera présente et je ne peux décemment plus longtemps faire languir Mademoiselle la Lune. »

Ainsi l’oiseau, sans se retourner, s’était envolé. Dommage, car il ne saura jamais qu’au même moment, celle pour qui il avait, croyait-il, gaspillé beaucoup d’énergie, s’était réveillée, juste le temps pour la fée de le voir disparaître à l’horizon, juste avant qu’elle se fonde, par quelque sortilège, dans le vert chlorophyllien de son lit improvisé. Le rossignol, quant à lui, après avoir lissé son bleu plumage, se lança dans un chant mélodieux, ensorceleur. Les sons qui s’échappaient de son organe vocal lui étaient inconnus ; plus grande encore fut sa stupéfaction lorsqu’il entendit, à l’orée de la forêt, tous les êtres diurnes et nocturnes confondus, l’acclamer, lui crier leur amitié et l’honneur qu’il leur faisait par la splendeur de son récital.

Retrouvailles
À cet instant, le soprano ailé comprit que l’être qu’il pensait sourd à son chant, l’avait, si ce n’est entendu, du moins ressenti. Il comprit alors, que ce qui est essentiel n’est pas forcément visible et que le siège de nos sentiments ne se situe pas dans la paume de nos mains, pas plus que dans nos cordes vocales. Notre réceptacle émotionnel palpite en nous, avant même notre première respiration et jusqu’à notre ultime souffle.

Le coeur a ses raisons que la raison ignore !
 
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