CREATEUR34
Nouveau poète
Le Prince et les étoiles.
Dans un royaume lointain, vivait un Prince, et une Princesse, qu’il chérissait.
Les années s’écoulaient, heureuses, sans que rien ne vienne troubler la sérénité des lieux.
Le Prince, soucieux du confort de sa bien-aimée, veillait sur la beauté du royaume, sur sa sécurité, et il accédait aux moindres désirs de sa Princesse.
Un matin, toute tremblante et en sanglots, elle vint à sa rencontre :
- Mon Prince, Mon Prince, il se dit dans les contrées du royaume qu’une pluie de météorites va se déchaîner sur nos terres, et sur notre palais. On dit aussi que c’est un signe de la fureur du ciel. Protégez-moi mon Prince, protégez-moi !
Touché par l’angoisse de sa Princesse, le Prince est désemparé. Aussitôt, il va s’enquérir des conseils des grands mages, et des scientifiques du royaume. Il revient quelques jours plus tard avec des plans et un grand nombre de calculs, qu’il a passé plusieurs nuits à mettre au point et à vérifier.
Epuisé mais heureux, à grand renfort d’argent et d’énergie, il fait construire d’immenses remparts de pierre, un grand chapiteau pour recouvrir tout le palais, et il surveille passionnément l’avancée des travaux. Sa Princesse semble rassurée, et il est très fier de son œuvre.
Le danger des météorites écarté, la vie reprend son cours, calme et paisible.
Un soir, enlacé dans les bras de sa Princesse, alors que les étoiles commencent à poindre dans le ciel, celle-ci lui dit :
- Oh, regardez cette étoile mon prince ! Comme elle brille ! Ma foi, si la chance m’était donnée de pouvoir la toucher ou la voir de plus près, ce serait merveilleux.
Le Prince, qui se sait capable d’immenses exploits, et se sentant transporté par le vœu de sa bien-aimée, lui répond :
- Il n’y a point de choses que je ne sache faire pour vous, ma tendre épouse. J’irai chercher pour vous cette étoile, et je la ramènerai sur la terre.
Il sent une telle admiration dans les yeux de sa bien-aimée, qu’il se met aussitôt à l’ouvrage, et décide de construire une fusée. Les mois s’écoulent. La construction et les essais de la fusée ne sont pas simples, et le Prince y passe la majeure partie du temps.
Parfois, la Princesse passe le voir dans ses ateliers :
- Est-ce bien utile mon Prince, une telle tâche, si longue et si ardue ?
- Oh, oui, ma douce ! Mais, nous y sommes presque, et je vous ramènerai votre étoile.
La fusée est enfin prête et, joyeux du but atteint, le Prince part vers les étoiles. Chaque soir, il ne manque pas de transmettre des messages à sa Princesse, pour s’assurer que tout va bien, et relate avec passion l’avancée de son travail. Après plusieurs semaines d’efforts, il parvient à attacher l’étoile à la fusée, et la ramène sur la terre.
Heureux et souriant, il rejoint alors sa bien-aimée.
- Voilà votre étoile ! N’est elle pas belle ? Venez la toucher.
La Princesse fait la moue.
- Je ne pensais pas qu’une étoile était si grise, vue de près. Et quelle poussière ! Vous n’avez pas dû ramener celle que je voyais briller, j’en suis sûre. Celle-ci est bien trop terne.
Le Prince s’en défend, un peu furieux d’être accueilli de la sorte après tant d’efforts :
- C’est impossible ma douce, c’est bien votre étoile.
Elle lui rétorque :
- Ce n’est pas grave, maintenant que votre fusée fonctionne, vous pourriez trouver une étoile plus brillante.
Perplexe, déçu et interloqué, le Prince, qui n’a qu’une parole, décide de repartir. Dans le ciel, après un sérieux repérage, il se dirige vers l’étoile la plus brillante. Il se remet au travail comme un forcené, mais l’éclat de l’étoile alourdit celle-ci, et plusieurs mois de travaux sont nécessaires.
Enfin arrive le jour du retour.
A nouveau empli de bonheur à l’idée de voir la joie de sa Princesse, et la réalisation de son voeu, il rentre au royaume.
Il la fait quérir, mais personne ne la trouve.
Furieux et agacé, il fait le tour du royaume, et la découvre enfin.
- Mais qu’avez-vous donc, ma mie ? Savez-vous que j’ai réussi à ramener une nouvelle étoile, et la plus brillante ? Pourquoi n’étiez-vous pas là pour m’accueillir ?
- Je suis navrée mon Prince, mais je me dois de quitter le royaume.
- Mais pourquoi ? Quelle idée ? Vous êtes devenue complètement folle ma foi ! Quelle ingratitude ! Tous ces travaux pour vous protéger, tous ces remparts, ce chapiteau sur le palais ! Tout ce travail pour aller chercher vos étoiles ! Mais de tout cela, de tout ce temps passé pour vous, qu’en faites-vous ?
Elle lui répond alors :
- Il n’est nul besoin de construire des remparts ou de dresser des chapiteaux, mon Prince. Seuls vos bras auraient suffit à me protéger, et vos paroles à me rassurer. Mais peut-être n’en aviez vous pas le courage.
Il n’est nul besoin de tant de temps passé, à bâtir une fusée. Ne suffit-il pas de voir que chaque jour, la plus belle des étoiles est à vos côtés ? Donnez-moi votre main.
Abasourdi, le prince tend sa main. Elle lui prend, et lui dit :
- Voilà, mon Prince. Regardez comme c’est simple d’attraper une étoile !
Le Prince revint au Palais, et de rage, détruisit les remparts, le chapiteau, la fusée, et fit nettoyer la poussière des étoiles.
Il se dit aujourd’hui, plusieurs centaines d’années plus tard, que le palais est en ruine, envahi d’herbes folles. La légende raconte qu’un vieillard vient s’y asseoir toutes les nuits, pour regarder les étoiles.
A ses côtés, une douce voix lui murmure : l’étoile la plus brillante est seule celle de ton cœur.
Jean-Marie