Un lion aussi fier que prétentieuxPerché sur une pierre aussi haute qu’elle le puits
Présidait sur sa cours, noble et silencieux
Le regard vers le loin, son empire devant lui.
Le vent aurait cessé et la terre tremblé
Si par envie il se mettait, soudain, à bailler.
Mais voilà que par mégarde un être insignifiant
-Le plus laid de la création, il n’en est autrement-
Vient poindre, rouge et bouffi, timidement,
Sur le museau se son maitre à l’air pontifiant.
Le lion« Que fais-tu donc là infâme vermisseaux ?
Sais-tu qui je suis ?... es-tu si idiot
Pour venir, dont on ne sait quel fange,
Troubler ma quiétude, toi qui es si étrange ? »
La verrue « Je ne sais point qui me parle, je suis si petite
Et votre voix si forte, quelle ne pourrait jamais parvenir
Du monde que j’habite,
Et dont je ne saurai guerre partir. »
Le lion « Je suis le Roi des animaux qu’on se le dise !
Mais diantre je n’ai jamais vu pareille bêtise
Que de venir sur ma personne et ainsi déranger
Les réflexions importantes que j’ai sur mes sujets ! »
Pendant ce temps les autres animaux,
L’air stupéfait de ce troublant monologue
Ne comprenaient pas un traitre mot
De leur royal apologue.
Ni ce qu’il disait, ni ce qu’il admonestait !
Et surtout à qui il pouvait bien s’adresser ?
Le corbeau curieux de nature, mais avec méfiance,
Vint près du lion lui demander audience :
« Que votre grandeur pardonne mon arrogance
Je m’en veux puni sur le champ si je trouble son éminence !
L’on se questionne sur la dérangeante existence
Dont sa majesté houspille la présence ».
Le lion « Ne vois-tu dont point celui qui trouble mon humeur ? »
La verrue « quel est donc ce tonnerre qui me fait soudain peur ? »
Le corbeau « Non mon roi, juste votre splendeur »
Le lion « l’outrecuidance de se misérable bailleur
N’est-elle pas si voyante à tes yeux de flatteur ? »
La verrue « Est-ce un dieu, un titan,
Qui par sa voix rugissante fait trembler mon cœur ?...
Il ne peut en être autrement !»
Le lion « es-tu à ce pont, par mon statut, si effrayé ? »
La verrue « je suis terrifiée !
Si je puis cependant dire une chose à mon bienfaiteur,
C’est de renvoyer sur le champ ce vil trompeur »
Le lion « comment ? …Expliques toi ! »
Le corbeau « je n’ai encore rien répondu mon roi »
La verrue « Étant presque invisible aux yeux du monde,
J’ai pu, baladé par les vents, entendre que vos gens grondent ».
LE lion au corbeau « Me voilà fort déconvenu que tu sois encore là,
Tu peux disposer » à la verrue « racontes moi ».
Le corbeau écarquilla les yeux et vit soudain,
La présence ridicule de ce triste opportun.
Le corbeau au lion et prenant son envole
Lui dit rageur alors qu’il décolle :
« Sire, moi qui traite, sur les tombes, avec Charon
Du passage des morts empruntant l’Achéron,
Je vois sur votre tête la mort qui vous sourit, prompt,
A prendre votre vie, cela ne présage rien de bon.
Gardez-vous d’écouter les conseils fielleux
De ce minuscule monstre aux traits disgracieux ».
Le lion enragé enflé de vanité : « menacerais-tu un dieu ? »
Au corbeau de répondre : « une personne avertie en vaut deux ! »
Le corbeau dans le ciel disparu
Allant du moins, aussi loin qu’il le put.
Le lion fut rassuré tout à coup
D’avoir à ses côtés cet étrange joujou.
Le reste de la cour plus ébahit que jamais
Si surprise se tut et resta bouche bée.
Plus aucun d’entre eux ne se questionnèrent
Sur les paroles du roi car tous voulaient plaire.
Les jours, les mois et les années passèrent
Et la verrue passa de chuchoteuse, à conseillère.
Elle prit de l’importance autant que de vanité
Car elle était faite de la chaire du logis emprunté.
Ses ramures étaient si profondes et fermement encrées
Que le roi ne voyait plus le bout de son nez.
Elle avait fait en sorte d’aveugler le lion, par son endroit planté,
Et d’aveulir son corps pour mieux le contrôler.
Le chant du corbeau, un jour, se mit à résonner,
Et les paroles qu’il dit se mirent à glacer,
De la tête à la queue, sa pale majesté.
« Elle est arrivée et doit vous faucher ».
Le roi su sans qu’il ne faille en dire plus,
Que l’heure de sa mort était enfin venue.
« Que n’ai-je donc écouté ton avertissement,
Partir si jeune… Et flétrir pourtant …
J’aurai pu encore gouverner
Sur mes gens et mes fidèles sujets ».
La verrue se sentant menacé,
Tenta dans un sursaut de ne pas trépasser.
Car comme tout parasite
C'est dans un hôte qu'elle cohabite.
Mais la mort fit ce pourquoi elle est faite
Et d'un trait cueillit, pour le coup, les deux tristes bêtes.
Être si haut et vivre comme un roi
Il ne fallait pas moins que la mort pour en arriver là.
A quoi bon rayonner de force et de splendeur
si au moindre ragot, vous prenez déjà peur.
Les bienveillants ne sont pas forcément ceux qui vous ménagent
Et à dire la vérité les gens souvent prennent ombrage.
A Croire un ami qui souvent flatte ou complimente
Il faut se dire que toujours derrière vous il fomente.