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Le docteur Petiot revisité (1897-1946)

Filiatus

Maître Poète
Fils de rigide trentenaire
Et de mère jeune et discrète
Marcel Petiot naît à l'hiver
Mil huit cent quatre-vingt-dix-sept

La famille loge à Auxerre
Où le marmot est écolier
Et déjà son maître repère
Une ferme précocité

Fort d'une grande intelligence
Il sait vite lire et compter
Mais on note quelque violence
Dans ses façons et ses idées

À douze ans on envoie sa mère
Dans un asile d'aliénés
À son quinzième anniversaire
La mère est morte et enterrée

Marcel avec son jeune frère
En pension chez une cousine
Font en classe telles misères
Qu'ils tombent pour indiscipline

À Joigny où le père exerce
Celui-ci les reprend en main
Mais de chimères, il se berce
Pour son fils Marcel, tout du moins

À dix-sept ans, Marcel fait "Lettres"
[Non pas l'école, mais les boîtes]
Il aime en effet se repaître
Des épistoles délicates

Sur l'avis de quelques psychiatres
Il est déclaré "bipolaire"
Aussi, libre, il s'en va combattre
L'Allemand dans la Grande Guerre

Blessé d'un éclat de grenade
Il est soigné à Orléans
Mais là son cerveau se dégrade
Marcel vole des vêtements

Jeté en prison militaire
Puis au service psychiatrique
On le renvoie faire la guerre
Comme simple "neurasthénique"

Atteint de dépression nerveuse
Il se tire une balle au pied
Ce qui lui vaut une douteuse
Allocation d'infirmité

Puis, en tant qu'ancien combattant
Il peut reprendre ses études
De médecine, sur le champ
Avec notable mansuétude

Ainsi, à moins de vingt-cinq ans
Avec une mention "très bien"
Sous les bravos des étudiants
Marcel Petiot est médecin

C'est à Villeneuve-sur-Yonne
Qu'il tient cabinet médical
Là, où il devient à l'automne
Un conseiller municipal

À vingt-neuf ans, il est le maire
De ce sympathique village
Et d'un riche propriétaire
Il obtient la fille en mariage

Marcel serait-il donc guéri
Vous demandez-vous cher lecteur ?
Malheureusement notre ami
Va commettre quelques erreurs

Il va accorder des largesses
À des gens en difficulté
Il va se servir dans la caisse
De la municipalité

Il se fait transférer des fonds
Dans une banque de Paris
Via de fausses déclarations
À l'Assurance Maladie

Cité devant les tribunaux
L'aventure arrive à son terme
Mais l'avocat, maître Floriot
Lui évite la prison ferme

Déchu de son mandat de maire
Il part s'installer à Paris
Car au village les commères
Le soupçonne d'un incendie

Rue Caumartin, dans le neuvième
Le docteur Petiot officie
Ce qui ne pose aucun problème
À sa clientèle ébaubie

Il délivre des ordonnances
Un peu à tort et à travers
Aux truands, aux drogués en transes
Aux malades imaginaires

Courant mil neuf cent trente-six
Une crise de "cleptomanie"
Le traîne devant la justice
Qui l'abandonne en psychiatrie

Tranquillement six mois plus tard
Il reprend ses consultations
Se livrant même au marché noir
Au début de l'Occupation

Il a une fortune telle
Qu'on le dit millionnaire même
De quoi se payer un hôtel
Particulier, dans le seizième

Il y fait élever un mur
Pour être à l'abri des regards
Et dans la cave, il se murmure
Qu'il construit un laboratoire

En mil neuf cent quarante-deux
Il propose à quelques gogos
Un passage vers d'autres cieux
Pour éviter la Gestapo

Lors, les prétendants au voyage
Invités par un rabatteur
Avec de l'or dans leurs bagages
Disparaissent dans sa demeure

Pendant trois ans, sans une pause
Il dépouille de pauvres types
Mais, découvrant le pot-aux-roses
Les Fritz l'agrippent et l'étripent

Au bout de huit mois de souffrance
Les SS s'en désintéressent
N'étant pas de la Résistance
Il retourne à sa forteresse

À peine arrivé à demeure
Il nettoie du sol au plafond
Ce qui entraine des odeurs
Qui le font quitter sa maison

Les voisins écœurés, alertent
Le commissaire et les pompiers
Qui découvrent des corps inertes
Attendant d'être incinérés

En fuite, le docteur s'engage
Crânement dans les F.F.I.
Pour y jouer le personnage
Du "Capitaine Valéry"

On semble avoir perdu sa piste
On croît qu'il a pris le bateau
Jusqu'au jour où un journaliste
L'accable dans un édito

Imprudent, Petiot s'exaspère
Et insulte le rédacteur
La police alors le repère
Et l'arrête tout en douceur

Accusé de plus de vingt crimes
Vingt-sept pour être très précis
En fait le nombre de victimes
Serait soixante, selon lui

Au président de cour d'assises
Avec un satané culot
Le docteur Petiot lui précise
Qu'il s'agissait de "collabos"

Malgré les faits, malgré les preuves
Le célèbre René Floriot
Entame une plaidoirie fleuve
Pour défendre Marcel Petiot

Mais le tribunal implacable
Rend un funèbre jugement
Il expédie direct au diable
Le bien-nommé "Docteur Satan"
 
Vous m'avez éclairée sur la vie de ce dr petiot tout en vers qui plus est
Merci
 
Quel talent de conteur... tout en vers...
Je suis admirative du travail (de recherche et de confection)... et du résultat...
Bravo !
 
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