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Le Bébé de Mère Cigogne

Casbadji

Nouveau poète


LE BEBE DE MERE CIGOGNE !

Il y a des gens autour de moi
Les uns curieux, d'autres en émoi
Devant cet être d'à peine six mois
Qui chiale tout l'temps, et qui larmoie

Je suis vraiment embarrassé
Inquiet, perdu et angoissé
Je ne sais pas où sont passés
Mes jeunes parents; pour m'embrasser

Mais il paraît que c'est dehors
Qu'on m'a trouvé dans les décors
Abandonné au triste sort
Qui s'ra le mien, sans aucun tort

Alors comme ça ! J'ai pas de liens
Avec aucun des Algériens
Et c'est pourquoi; sachez combien
J'ai la déprime d'être un vaurien

Sur mon mat'las tout fait de mousse
Pendant que d'autres, toussotent ou gloussent
Moi; je médite et suce mon pouce
Une habitude vilaine mais douce

Mon origine n'a plus d'mystère
Car de la cuisse de Jupiter
J'en suis sorti; venant sur terre
Pour vivre seul en solitaire

Ou mère cigogne, celle qui vous pond
Juste comme ça, sous ces jupons
Une foultitude de p'tits poupons
M'a mis au monde; sous un vieux pont

Ou p't'être encore, bien protégé
Au cœur d'un choux vert et léger
Tout rose, tout nu mais; soulagé
J'ai donc poussé comme potager

En somme je suis en pouponnière
Y a pas de quoi en être fier
A cause d'une bévue grossière
D'un couple en rut, au cœur de pierre


Là, pour dormir si je m'attarde
Ou je dérange celle qui nous garde
De son regard furieux me darde
Et me secoue à la hussarde !

Mouillé et mal emmailloté
Sur mon alèse et, alité
Je me débats très agité
Pensant à ma paternité

Je suis chétif et gringalet
Car je refuse de prendre le lait
Ni le biberon, ni la bolée
Et rien ne peut me consoler

On fait tinter un beau hochet
Pour me faire taire et, déclencher
Une risette, que l'on cherchait
Sur mon visage effarouché

Parents chéris et adorés
Je suis vraiment très éploré
De vous avoir déshonorés
Par ma naissance non désirée

Mais cependant, faut convenir
Que l'on m'a pas laisser choisir
Si je voulais vraiment venir
A cet enfer, juste pour souffrir

Malheur à moi, qu'est-ce que j'ai fait ?
Etre venu après méfait
A ce bas monde où en effet
Règnent l'injustice et le forfait

Car comme étant adultérin
Je me retrouve dans le pétrin
Blâmé, maudit et puis contraint
De supporter un vil refrain

Tari d'caresse, moi le câlin
J'avoue qu'au fond; je suis enclin
A jalouser même l'orphelin
D'un père connu, brave ou vilain

Mais si j'n'ai pas trop le guignon
Et que quelqu'un me trouve mignon
Qu'il soit smicard ou maquignon
J'en s'rai son fils et compagnon

Abandonnés sur les sentiers,
Abandonnés du monde entier
Sachez que Dieu seul héritier
De cette terre, saura châtier
Les vils pécheurs, ces sans pitié
MERZAK OUABED
Alger, mars 1993
 
mots bien choisis,poeme merveuilleusement reussit!
merci merzak
 
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