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L'appel du faux silence.

popper

Nouveau poète
L’appel du faux silence.


On se regardent en cercle, mes objets et moi,
Autour d’une table recouverte d’une nappe jaunâtre.
Il fait nuit, je pense, les stores sont toujours baissés.
Dehors apparaissent furtivement des bruits, ils gravitent une montagne puis en redescendent.
Toujours.
Le fromage sent de plus en plus fort, et la tranche de pain se durcit.
L’écran de ma télévision est noir.
Le couteau dort, le ventre à terre, il est confortablement allongé
Sur ces têtes de bestioles poussières.
L’ampoule est froide depuis des lustres. Mon tableau reste un tableau.
Ce qui est plaisant, c’est de n'être acteur de rien et de se laisser observer.
L'ambiance est une nappe de crème à base de lait, douce, lisse, sans prétention,
Que je caresse avec ma joue et mes mains.
Je suis d'un calme divin.
Et pourtant, je veux faire exploser les rues de la ville, arracher mes vêtements, hurler
Sans qu’un mot ne soit versé, mais comme un son sourd et terriblement puissant.
Je veux. Enfoncer mes poings dans le sol bétonné naît de l’Aire citadine
Et faire craquer le bitume pour qu’en jaillisse la terre.
Je veux déambuler sur les terres avec mon arme
Comme un guerrier solitaire qui se bat contre une armée de fantômes,
Des hommes déjà morts qui n’existent plus,
Seul face aux démons, je taquine la mort en lui offrant un sourire mesquin
Et ma colère, danse affreuse et dévastatrice, n'a plus rien d'humaine.
Je me sens d’une légèreté incroyable, libre de modeler le monde entier.
Mais soudain, l’atmosphère gronde et tremble.
Il y a beaucoup trop de vent pour que je comprenne quelque chose à cela.
C’est comme un sens que je ne peux pas prendre. Il me pousse, me fait reculer.
Je vois ce trou noir gigantesque sous mon talon droit.
Je finis par tomber emporté par un air glacial, avalé par l’Enfer
Et ne pouvant bouger le moindre muscle.
Mes amis applaudissent.
Ma nappe est chaude et légèrement humidifiée par ma bave et ma transpiration.
Je me redresse, maintenant éveillé.
C'est lors de ces nuits
Que mon langage se transforme en poésie.

Et mon pain s’en raidit.​
 
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