jackharris
Nouveau poète
L’invisible raison
L'Amour
Si je devais un jour sonder les caractères,
Y chercher les défauts, en trouver les mystères,
Je ne saurais, ma foi, par quel bout commencer.
J’inventorie d’abord avant de commencer
Comme pour amener le calme à la tempête,
La flûte et sa douceur, la trompe qui inquiète,
Montant en crescendo comme une symphonie
La vertu vient alors avant l’ignominie.(1)
Suivant cette raison, je vais parler d’amour,
De celui qui, jamais, sans attendre en retour
Veut donner à autrui qui est plus miséreux,
Rien que pour le plaisir de le savoir heureux,
D’implanter le bonheur, d’apaiser la misère,
Dans une nuit sans fin d’apporter la lumière,
De semer pour semer, sans besoin de récolte
Car pour qui sait aimer court en lui la révolte
Devant une affliction, un soupçon de malheur
Qui, atteignant autrui atteint aussi son cœur.
Il doit puiser pour deux la force, la vaillance,
Pour vaincre du destin la moindre défaillance
Et s’il porte la croix, les chaînes, et les fers,
Connaissant, ici-bas, les affres des enfers,
Il lutte, courageux, comme un preux chevalier
Qui défend le bon droit et abat le geôlier.
Ce dernier, pernicieux, n’a pas de forme humaine
Puisqu’il est le destin à la face inhumaine,
Il peut donc s’opposer sans crainte de remords
Et sans créer, pour lui, le plus petit des torts.
Or pour qui sait aimer, qui sait ouvrir son cœur,
Le travail est constant, un épuisant labeur.
Sa raison est d’aider, de soulager la peine,
Supporter de la vie le poids de la déveine,
De rendre à son prochain une source d’espoir,
Repousser le chagrin, vaincre le désespoir
Comme une eau bienfaisante éteindra le brasier
Qui d’une âme appauvrie voudrait se rassasier.
Il est ce grand oiseau qui couvre de son aile
Le petit qui, craintif, se blottit sous son aile ;
Il réchauffe, rassure, et guette cet instant
De voir son protégé renaître, indépendant,
Dès qu’il aura acquis une nouvelle force
Comme l’arbre grandit protégé par l’écorce
Qui ne craint plus la pluie, ni la fureur des vents,
S’affermit, s’endurcit, devant les éléments.
Dans ces êtres d’amour existe une tendresse
Qu’un amant ne saurait donner à sa maîtresse ;
Tout en eux est grandeur, est illumination,
Déborde de noblesse ainsi que d’affection.
Leur cœur est une source où s’écoule la vie
Et leur faim de bonté demeure inassouvie.
Ils peinent pour aider quiconque leur demande,
Refusent le merci pour prix de leur offrande ;
Ils donnent pour donner dans un élan du cœur
Forçant l’admiration devant tant de grandeur.
Ces êtres d’exceptions se rencontrent parfois
Bien qu’ils soient peu nombreux. Dieu fait que, quelquefois,
Ils surgissent soudain aux moments de détresse
Avant de s’effacer avec délicatesse,
Et l’on reste surpris de ne plus les trouver
Quand tout devient normal, qu’il n’est plus de danger.
Ces êtres merveilleux possèdent une passion
Qui pour moi apparaît comme une punition,
Car ne pas égaler une telle attitude,
Montre que je suis loin de la béatitude.(2)
Servir le monde ainsi, avec autant d’ardeur,
Sans distinction de race ou même de couleur,
Quel que soit le pays ou bien les politiques,
Me porte à statufier ces âmes angéliques
Qui nous ouvrent la voie sur un monde meilleur
En laissant leurs empreintes au fond de notre cœur.